ou , né en 1905 et mort à Montréal en 1993, est un psychiatre britannique, français et canadien d'origine suisse.

Biographie Henri Ellenberger naît à Nalolo (Barotseland-Rhodésie du nord-ouest) dans une famille suisse lettrée de missionnaires protestants (SMEP) installés en Afrique du Sud. Il est le fils de Victor, pasteur et missionnaire, qui s'attacha à préserver la mémoire des Bushmena dans son ouvrage La Fin tragique des Bushmen) et d'Évangéline Christol. Ses frères François et Paul, paléontologues (Paul était aussi pasteur) seront réputés dans leurs disciplines.

Il passe son baccalauréat en 1924 à Strasbourg, où il poursuit ses études à la faculté de médecine. Durant ces années alsaciennes , il assiste à des conférences de Fernand Baldensperger, Maurice Halbwachs et du professeur Charles Blondel, psychologue farouchement hostile à Freud.

Étudiant, attiré par l'Histoire, il lit Marc Bloch, initiateur de l'École des Annales. Mais ce n'est qu'en Suisse, au début des années 1950, qu'il commencera à se former aux méthodes historiques.

En , il se marie en l'église orthodoxe de Saint-Serge à Paris avec Esther Von Bachst, dite Émilie, qui est originaire de Russie.

Il vient rapidement poursuivre ses études à Paris et est reçu en 1932 au concours de l’internat des Asiles de la Seine, puis il devient résident à Saint Anne, dans le service du Dr Édouard Toulouse puis celui du Dr Joseph Capgras.

Il rencontre Henri Baruk qui lui donne l'idée du sujet de sa thèse - Essai Sur Le Syndrome Psychologique de la Catatonie - qu'il soutiendra avec succès en 1934 devant Maxime Laignel-Lavastine.

Désormais docteur en psychiatrie, il s'installe à Poitiers où il fréquente le Docteur Paul Foucault, père de Michel Foucault.

Fidèle à la tradition familiale, il profite de son séjour dans le Poitou pour recueillir des données ethnographiques« De 1934 à 1940, Ellenberger pratiqua comme jeune psychiatre en Poitou où il observe combien les pathologies mentales rencontrées dans la province française diffèrent de celles de Paris.

Il fut frappé par la persistance des croyances en la sorcellerie ou au mauvais sort. Il signale à quel point les malades, méfiants de la médecine officielle, consultaient secrètement les guérisseurs ; il est étonné de constater que les gens par ailleurs sains d’esprit puissent croire qu’un humain puisse être transformé en loup par l’intervention d’une sorcière ou d’un magicien ou pouvaient attribuer leur maladie à des êtres étranges comme la galipote, la bigorne, le cheval-malet, ou les fadets. » - « Henri Ellenberger (1905-1993) » – qu'il partage avec Arnold van Gennep.

L'invasion de la France en mai 1940 met fin à cette période. Son jeune frère François Ellenberger - qui deviendra un éminent géologue - est fait prisonnierOflag XVII-A. Son beau-frère, le prêtre orthodoxe Valentin de Bachst, aumônier de la Cimade, s'engage dans la Résistance.

Peu de temps après, l'occupant nazi, en établissant la Liste Otto, interdit la vente d'un livre que le père d'Henri venait de traduire (Chaka, roman de Thomas Mofolo)En mai 1940, les éditions Gallimard publie Chaka, roman de Thomas Mofolo traduit du sesotho par Victor Ellenberger, le père d’Henri. La publication de ce roman est annoncée ainsi : « Un aventurier famélique, avide, sans scrupules, arrive, par son habileté et avec le concours de puissances occultes, à conquérir le pouvoir suprême. Identifiant son ambition avec la destinée de sa nation, il la réorganise sous une discipline de fer, institue le service militaire obligatoire, tourne toutes les activités du pays en vue de la guerre, puis, grâce à une tactique audacieuse, subjugue les peuples voisins, arrive de proche en proche à jeter des millions d’hommes dans un carnage indescriptible, cependant qu’ivre de sang il massacre même ses amis et ses bienfaiteurs, pour finir lui-même assassiné par ses proches, laissant sa nation épuisée et bientôt asservie par l’étranger. Pour éviter toute confusion, précisons que ces évènements se passaient il y a un peu plus d’un siècle chez les païens sauvages de l’Afrique Australe, et que ce tyran sanguinaire se nommait Chaka, roi des Zoulous. » Malgré cette dernière précision, le livre est aussitôt interdit à la vente par l’occupant nazi ! – The Ellenbergers ( D.Frédéric, Victor, Paul): interpreting sesotho.

Lui-même, naturalisé depuis peu, craint d'être dénaturalisé par le gouvernement de Vichy« Sur le plan de sa formation médicale, H. Ellenberger vient terminer ses études à Paris en intégrant l’internat des asiles de la Seine (1932).

Henri Claude (1869-1946) détient alors la chaire des maladies mentales et de l’encéphale (CMME), mais c’est sous l’influence d’Henri Baruk (1897-1999) que H. Ellenberger présente une thèse sur la psychologie de la catatonie.

Ensuite, il s’installe quelque temps à Poitiers en tant que médecin des maladies nerveuses. En 1941, il doit fuir l’État vichyste qui met en danger la nationalité française qu’il a récemment acquise. » .

En 1941, il émigre donc en Suisse où il doit repasser des examens pour obtenir un diplôme de Médecine suisse. Il obtient un poste à la clinique cantonale de Schaffhouse. Il enseigne quelque temps à Zurich où il fréquente Carl Gustav Jung, Ludwig Binswanger, et entreprend une analyse didactique avec le pasteur Oskar Pfister de à Attestation d'analyse d'Oskar Pfister: « Je soussigné certifie que Monsieur le Dr H. Ellenberger, médecin-chef de l'asile de Breitenau, Schaffhausen, Suisse, né le 6 septembre 1905, a suivi une analyse didactique avec moi du 2 mars 1949 au 6 février 1952. Comme il possédait déjà de très bonnes connaissances de la psychanalyse freudienne qui se concrétisaient par de nombreuses publications reconnues, l'analyse a spécialement porté sur sa personnalité et consisté en des exercices pratiques sur lui-même. Monsieur le Dr H. Ellenberger travaillait avec grande adresse et application, ce qui me permet de lui établir la meilleure attestation. - - Par ailleurs, ses qualités éthiques, laissent attendre de lui d'excellentes performances psychanalytiques, dès qu'il aura effectué l'analyse de contrôle. Je fonde de grands espoirs sur sa carrière en tant qu'analyste freudien. - - Cela certifié. Dr Théol. et Philo. Oskar Pfister, Pasteur » - Une copie de cette attestation datée du 23 août 1952 est présente dans le livre de Ellenberger, Médecine de l'âme, Paris, Fayard, 1995.. Il songe à devenir membre de la Société suisse de psychanalyse (SSP) qui avait justement été fondée par Oskar Pfister ainsi que par Hermann Rorschach, l'inventeur du fameux test projectif. Il recueille des informations en vue d'écrire une biographie sur Hermann Rorschach qu'il publiera en anglais en 1954. Il est alors médecin-chef de l'asile cantonal d'aliénés de Breitenau, à Schaffhouse. Il collabore néanmoins à la revue française L'Évolution psychiatrique dirigé, à l'époque, par Henri Ey qui lui commandera trois articles pour son grand Traité de psychiatrie clinique et thérapeutique qui prend place dans la collection de l'Encyclopédie médico-chirurgicale.

En 1952, il reçoit une bourse qui lui permet d'effectuer un voyage d'étude aux États-Unis où il rencontre des psychanalystes ayant fréquenté Freud (F. Fromm-Reichman, F. Alexander) et des psychiatres américains (John Rosen et Karl Menninger). La rencontre avec Karl Menninger, lui donne l'occasion d'aller travailler, en 1953 en pleine période du Maccarthysme, à la Menninger School of Psychiatry, à Topeka, Kansas aux États-Unis.

Dans la revue de la clinique, Henri Ellenberger publie plusieurs articles, relatifs à l'histoire de la découverte de l'inconscient, qui préfigurent son œuvre majeure - . Fin 1958, il fait une demande de naturalisation..

Comme son épouse était née en Russie, et compte tenu du contexte de la guerre froide, elle ne peut obtenir de visa longue duréeà vérifier : le Maccarthisme s'est terminé en 1954 !. En 1959, il s'installe donc définitivement à Montréal au Québec.

Jusqu'en 1962, il travaille à l'Allan Memorial Institute dirigée par le docteur Ewen Cameron, le psychiatre anglo-saxon le plus renommé de l'époque dont on apprit en 1977 qu'il était engagé dans un programme de lavage de cerveau secrètement financé par la CIA (MK-Ultra) - Le nom du Docteur D Ewen Cameron est cité une fois en note dans le livre d'Henri F. Ellenberger qui évoque laconiquement ses « principes assez différents » (note 128 du chapitre 8 consacré à Alfred Adler) - Il faut remarquer que le départ d'Henri Ellenberger se situe la même année que la parution de l'article suivant : . Durant trois ans, il collabore à la Transcultural Psychiatric Research Review - Le Transcultural Psychiatry Institute de l'Université McGill était dirigé par le Dr Eric Wittkower et avait été créé par Ewen Cameron en 1955. La Revue, à laquelle collaborait Margaret Mead, était aussi financée par la Society for Investigation of Human Ecology ().

Puis, il occupera un poste de professeur à l'Université de Montréal dans le département de criminologie, où il côtoie Denis Szabo et Marie-Andrée Bertrand, jusqu'à sa retraite en 1977. En 1963, il met en garde la communauté médicale contre les illusions de la classification psychiatrique, notamment celle employant l'outil statistique.

Aboutissement de vingt années de recherche, il acquiert une reconnaissance internationale après la publication en 1970 de , livre dans lequel il replace et retrace la découverte de l'inconscient dans son contexte historique et dans une perspective plus large que celle exclusivement centrée sur Freud.

À la découverte de l'inconscient

Publié donc aux États-Unis en 1970, le maître-ouvrage d'Ellenberger paraît en France une première fois en 1974 sous le titre A la découverte de l’inconscient. Histoire de la psychiatrie dynamique. Méconnu d'abord quelques années par la communauté freudienne française, il ne fut cependant pas ignoré par les spécialistes de l’histoire de la psychanalyse et de la psychiatrie comme l'atteste un article élogieux d'Henri Ey dans la revue L’Évolution psychiatrique. La deuxième édition française paraît en 1994, à l'instigation d'Elisabeth Roudinesco et d'Olivier Bétourné, sous le titre Histoire de la découverte de l’inconscientRoudinesco Élisabeth, « Le club de l’horloge et la psychanalyse : chronique d’un antisémitisme masqué », Les Temps Modernes, 2004/2 (n° 627), p. 242-254. DOI : 10.3917/ltm.627.0242. URL : https://www.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2004-2-page-242.htm .

Dans l'esprit de l'École des Annales, Henri F. Ellenberger aborde la découverte de l'inconscient comme une « histoire-problème », et non plus comme une « histoire-récit » chronologique, évènementielle et hagiographique: . Il replace donc la lente élaboration des concepts de la psychiatrie dynamique dans la durée et dans la « totalité des faits sociaux », évoquant toujours le cadre politique, culturel et social de l'époque de leur émergence. Ainsi deux chapitres sont tout particulièrement consacrés au contexte du siècle des Lumières puis du Romantisme, et à l’émergence des nouvelles doctrines scientifiques, sociales et philosophiques, notamment celles de Charles Darwin et de Karl Marx : . Quant à Nietzsche, Ellenberger le qualifie de « prophète d'une ère nouvelle » dont la pensée influença les travaux d'Alfred Adler, de Carl Gustav Jung et de Sigmund Freud.

Pour commencer, Ellenberger cherche les ancêtres lointains de la psychothérapie du côté des chamans, des exorcistes et des guérisseurs ; en effet, « l'utilisation thérapeutique des forces psychiques inconscientes remonte à la nuit des temps ». D'ailleurs, . Ainsi en est-il du Magnétisme animal de Mesmer dont la théorie, bien qu'elle ait été rejetée, donna une « impulsion décisive qui devait permettre la création de la psychothérapie dynamique ».