Les Grandes Plaines (en anglais : « », Great Plains ou GrasslandJean-Paul Amat, Lucien Dorize, Charles Le Cœur, Emmanuelle Gautier, Éléments de géographie physique, Paris, Bréal, coll. Grand Amphi, 2002, , ) sont une région de l'Amérique du Nord, la partie médiane du continent au centre-ouest des États-Unis et du Canada, à l'est des montagnes Rocheuses. La région est semi-aride, constituée de vastes plaines qui s'étendent des provinces canadiennes de la Saskatchewan et de l'Alberta au nord, jusqu'au Texas au sud.

Aux États-Unis, la plupart des Grandes Plaines du Nord sont drainées par le Missouri et ses affluents. vignette|redresse=1.2|Les États et provinces des Grandes plaines. En rouge, le méridien ouest.

Histoire vignette|Paul Kane, Camping on the Prairie. Huile sur papier, imprimée en 1846.La scène montre Paul Kane (1810-1871) accompagné de son guide dans les Grandes Plaines du Dakota.

Avant la colonisation européenne

Historiquement, les Grandes Plaines étaient le domaine des bisons et des Indiens des Plaines, les tribus des Pikunis, Crows, Sioux, Cheyennes, Arapahos, Comanches, entre autres. La partie orientale des Grandes Plaines était habitée par des tribus semi-sédentaires, vivant dans des huttes de terre, comme les Arikaras, Mandans, Pawnees et Wichitas.

Époque coloniale L'arrivée de Francisco Vásquez de Coronado, un conquistador espagnol envoyé par le vice-roi de Nouvelle-Espagne, Antonio de Mendoza, donne lieu à la première incursion européenne dans les Grandes Plaines, dans une région qui est aujourd'hui le Texas, Kansas et Nebraska, de 1540 à 1542. À la même époque, Hernando de Soto traverse les Grandes Plaines en direction de l'ouest-nord-ouest, dans ce qui est aujourd'hui l'Oklahoma et le Texas, selon un parcours que l'on nomme la De Soto Trail. Les Espagnols pensaient alors que dans les Grandes Plaines se trouvaient les mythiques sept cités d'or.

Lors des siècles qui suivent, la traite des fourrures amène des milliers d'Européens dans les Grandes Plaines, des trappeurs français, espagnols, britanniques, puis américains. Avec la vente de la Louisiane par la France aux États-Unis en 1803, puis l'expédition Lewis et Clark en 1804, les Grandes plaines deviennent plus accessibles. Un centre important de traite de la fourrure s'installe à Fort Lisa sur la Missouri au Nebraska. Ces premières implantations ouvrent la porte à la vaste expansion vers l'ouest de la colonisation européenne qui va bientôt s'étendre à travers les Grandes Plaines.

Explorations Après les conquistadors espagnols en 1540 et l'exploration de 1722, du Français Jean-Baptiste Bénard de la Harpe, et d'autres, l'expédition Lewis et Clark qui se déroule de 1804 à 1806, est la première expédition américaine à traverser les États-Unis, et donc les Grandes plaines, jusqu'à l'océan Pacifique. Thomas Jefferson avait alors convaincu le Congrès d'attribuer dollars au projet.

L'expédition Pike, conduite par le capitaine Zebulon Pike de l'US Army du au , a pour but d'explorer le sud et l'ouest des nouveaux territoires achetés à la France lors de la vente de la Louisiane.

Premières implantations En 1722, l'explorateur français Jean-Baptiste Bénard de la Harpe<ref>Un Explorateur de la Louisiane Jean-Baptiste Bénard de la Harpe, 1683-1765 ; Marc de Villiers du Terrage, baron; Montréal : Bibliothèque nationale du Québec, 1988. </ref> construit un relais commercial au lieu-dit « La petite roche » qui deviendra plus tard Little Rock.

Le Fort Lisa construit par le trappeur Manuel LisaManuel Lisa and the opening of the Missouri fur trade. ; Richard Edward Oglesby ; Norman, University of Oklahoma Press 1963. (1772-1820), à l'emplacement de l'actuel North Omaha dans le Nebraska, en 1806, pour la société qu'il a fondée avec William Clark, la St. Louis Missouri Fur Company. La fameuse Expédition Astor passa probablement par le fort en 1811Journal of a fur-trading expedition on the Upper Missouri, 1812-1813, John C Luttig; Stella Madeleine Drumm; St. Louis, Missouri Historical Society, 1920. .

Le Fontenelle's PostThe Fontenelle & Cabanné trading posts : the history and archeology of two Missouri River sites ; Richard E Jensen ; Lincoln : Nebraska State Historical Society, 1998. construit par l'American Fur Company près de ce qui est aujourd'hui Bellevue (Nebraska) en 1806. Le Fontenelle's Post prend tour à tour le nom de Sarpy's Point, Point aux Poules, Point of the Pulls, Pull Point, Nebraska Post Office, Council Bluffs Post Office, puis Traders Point. Il est situé le long de la Missouri. Son nom lui vient d'un chef de la tribu Omaha, Logan Fontenelle, qui était le fils d'une femme de la tribu Omaha et d'un trappeur français, Lucien Fontenelle, de La Nouvelle-Orléans(n.d.) Logan Fontenelle Nebraska Department of Education..

Le Cabanne's Trading Post construit en 1822, aussi connu comme le Fort Robidoux, du nom du trappeur Joseph Robidoux (1783-1868)Trappers of the Far West : sixteen biographical sketches ; Le Roy Reuben Hafen; Harvey Lewis Carter; Lincoln : University of Nebraska Press, 1983. . Dès son ouverture le poste est connu sous le nom de French Company Things To Do: Historical Sites. Lewis and Clark Scenic Byway website. Retrieved 6/4/07.. Il est aussi appelé Cabanne's Post, du nom de son premier gérant, Jean-Pierre Cabanne (1773-1841). Situé à une quinzaine de kilomètres au nord de l'actuel Omaha (Nebraska). Il va devenir un facteur important dans les relations entre les États-Unis et les Amérindiens.

Caractéristiques naturelles Formation géologique Durant la dernière glaciation du Quaternaire (appelée glaciation du Wisconsin sur le continent américain), les lœss se sont déposés dans la région du fleuve Mississippi sur plusieurs dizaines de mètres. Des blocs de glace isolés ont laissé sous leur poids des dépressions aujourd'hui remplies d'eau douce.

Climat vignette|droite|redresse=0.6|Les Grandes Plaines américaines, Nebraska.

Le climat des Grandes Plaines est continental modéré dans sa partie centrale. La région connaît une forte amplitude thermique : à Saint Louis par exemple, il y a de différence entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid. La neige recouvre le sol tout l'hiver et les étés sont orageux, ce qui provoque d'immenses incendies. Les Grandes Plaines sont soumises à des vents violents : en hiver, le northern et le grizzly of the plains sont des blizzards glaciauxMichel Goussot, Espaces et territoires aux États-Unis, Paris, Belin, 2004, , . En janvier et février, les vagues de froid (cold waves) peuvent faire chuter brutalement les températures. Les tornades sont des phénomènes violents et ponctuels qui concernent une grande partie de la région. Elles naissent de la rencontre de l'air tropical avec l'air plus froid venant du nord. En été, les vents brûlants provoquent des sécheresses et favorisent l'érosion des sols (voir l'épisode célèbre du Dust Bowl dans les années 1930).

Cours d'eau

Mississippi (fleuve) Les affluents de la rive droite (Ouest) du Mississippi : Minnesota Iowa Des Moines Missouri Arkansas rivière Rouge Smoky Hill River

Écorégions Plusieurs organismes ont défini des écorégions, pour les Grandes plaines l'Agence de protection de l'environnement en a défini 16, le World Wildlife Fund en a défini une quinzaine dont certaines sont trans-frontalières avec le Canada et occupent environ .

EPA WWF 25 Western High Plains 26 Southwestern Tablelands 27 Central Great Plains 28 Flint Hills 29 Central Oklahoma/Texas Plains 30 Edwards Plateau 31 Southern Texas Plains 34 Western Gulf Coastal Plain 40 Central Irregular Plains 42 Northwestern Glaciated Plains 43 Northwestern Great Plains 44 Nebraska Sand Hills 45 Piedmont 46 Northern Glaciated Plains 47 Western Corn Belt Plains 48 Lake Agassiz Plain Forêt-parc de trembles (Canadian aspen forests and parklands) Central and Southern mixed grasslands Central forest-grasslands transition Central tall grasslands Plateau d'Edwards Prairies à herbes hautes des Flint Hills Prairies des vallées et des contreforts du Montana Prairies mixtes des Sand Hills du Nebraska Prairies mixtes du Nord (Northern mixed grasslands) Prairies à herbes courtes du Nord (Northern short grasslands) Prairies à herbes hautes du Nord (Northern tall grasslands) Prairie palousienne (Palouse grasslands) Western short grasslands

Végétation vignette|Prairie de Konza (Kansas).

La prairie (grassland en anglais) est le biome dominant dans les Grandes Plaines : il s'agit d'une formation herbeuse fermée continue, à la différence de la steppe. Les arbres y sont rares. La hauteur et la nature des herbes varient en fonction de la latitude et des précipitations.

Les graminées dominent en surface où elles forment des plaques continues ou des touffes jointives, mais elles s'imposent dans le sol par un réseau dense de racines enchevêtrées, que seules les rhizomes et bulbes des composées et légumineuses arrivent à traverser. La plus grande partie des précipitations est absorbée par les graminées. La quasi-totalité (95 %) de ces plantes sont des vivaces qui peuvent vivre de dix à vingt années.

Dans les Grandes Plaines la pluviométrie diminue d'est en ouest. Ainsi on peut séparer cet espace en deux aires en fonction de leur végétation, usuellement cette limite suit grossièrement le . À l'est, il s'agit d'une prairie à hautes herbes : la « Prairie » (tall grassland) qui s'étend de l'Ouest des Appalaches au . Les plantes peuvent y dépasser de haut comme l'andropogon (Andropogon gerardii ou big bluestem en anglais). La côtoient l'herbe des indiens (Sorghastrum nutans) et le pâturin des prés (Poa pratensis) et diverses espèces de phorbes (nom donné au mélange des composées et des légumineuses). Cette formation se développe sur sols de prairie bruns (castanoziom) ou noirs (tchernoziom) avec un fort pourcentage de matière organique, d'humus. À l'ouest, sur le piémont des Montagnes Rocheuses, elle se transforme en herbes basses (short grassland ), vers mètres d'altitude qui s'étend de l'ouest du jusqu'aux pieds des Montagnes Rocheuses. Les graminées annuelles deviennent fréquentes. On y trouve l'herbe à bison (Bouteloua dactyloides), le boutelou grecieux (Bouteloua gracilis) et même dans les régions les plus sèches l'armoise tridentée (Artemisia tridentata). Ce type de prairie se développe sur sols noirs.

Les incendies et le passage des grands herbivores, notamment les bisons, qui sont aujourd'hui au nombre de Haya El Nasser, « Plaine, ô mon immense plaine », article de USA Today cité dans Courrier international du 17-09-2007, participent à la conservation de ce milieu ouvert mais n'en sont pas les facteurs principaux. La prairie est une formation végétale naturelle à cet endroit du globe.

Les défrichements réalisés par l'Homme ont réduit ce vaste milieu : le brûlis était pratiqué par les Amérindiens dès l'époque précolombienne. Puis les Européens ont introduit de nouvelles espèces domestiques. Ils pratiquaient la chasse intensive aux bisons et aux prédateurs. Certaines zones sèches ont été transformées en champs de céréales grâce à l'irrigation. Les marécages hérités de la dernière glaciation ont été drainés par les agriculteurs. Aujourd'hui, il ne reste quasiment plus de milieux vraiment naturels sauf dans les réserves et les parcs protégés. La prairie a tendance à reculer à cause de la désertification, malgré les efforts de préservation. Les incendies maîtrisés permettent d'éliminer les plantes invasives et de renouveler la fertilité du sol. Des animaux sont réintroduits ou protégés. On estime que 80 % de la prairie originelle a disparu depuis l'arrivée des Européens en Amérique du Nord. Elle couvrait alors d'immenses territoires jusqu'à l'état actuel de l'Illinois.

Exemples de plantes typique des Grandes Plaines Benoîte Spartina pectinata Faune vignette|Les Grandes Plaines représentent une halte pour les grues du Canada (Nebraska).