thumb|upright=1.4|Face avant du cippe de Pérouse dit Cippo perugino. Létrusque fut la langue de la civilisation étrusque, parlée sur le territoire de l'ancienne Étrurie en Italie centrale, correspondant approximativement à l'actuelle Toscane, au tiers nord du Latium et au nord-ouest de l'Ombrie, ainsi que dans les régions d'expansion étrusque de la plaine padane (Étrurie padane) et de Campanie (Étrurie campanienne). Attestée à partir du , elle s'est progressivement éteinte au contact du latin, aux alentours du de notre ère.
Le corpus épigraphique étrusque compte à ce jour environ 13 000 inscriptions répertoriées, provenant majoritairement d'Étrurie propre (notamment de Caeré, Tarquinia, Véies, Clusium, Velathri) mais aussi des zones d'influence commerciale et diplomatique étrusque : la plaine padane, la Campanie, le Latium, et des sites plus éloignés comme la Corse, la Sardaigne et la Narbonnaise. La grande majorité de ces inscriptions sont brèves, dédicaces, épitaphes, formules votives ; seul un petit nombre de textes présente une longueur et une complexité suffisantes pour une analyse linguistique approfondie.
La seule langue attestée avec laquelle l'étrusque présente une parenté démontrée est le lemnien, parlé sur l'île de Lemnos avant la conquête athénienne (), ainsi que le rhétique des Alpes orientales ; ces trois langues sont aujourd'hui regroupées au sein de la famille des langues tyrséniennes, proposée par Helmut Rix en 1998 et largement acceptée par les spécialistes.
L'étrusque est une langue dont la structure grammaticale (phonologie, morphologie, syntaxe) est aujourd'hui bien connue des spécialistes, grâce notamment à la méthode combinatoire développée depuis le et affinée au cours du . Le lexique reste partiellement lacunaire, en l'absence de tout texte littéraire conservé ; néanmoins, le contenu général des principaux textes étrusques peut être établi avec une fiabilité suffisante. Comme le formule Rex E. Wallace dans l'Oxford Classical Dictionary : (« Les positions actuelles sur la langue étrusque varient considérablement : certains spécialistes la considèrent obscure et mystérieuse ; d'autres estiment que les textes les plus longs et les plus complexes peuvent être traduits. La vérité se situe quelque part entre ces deux extrêmes »).
L'alphabet
vignette|Alphabet étrusque. L’alphabet étrusque était l'alphabet utilisé par les Étrusques pour la langue étrusque. Dans sa variante archaïque il comporte 26 lettres (dans le modèle reproduit sur les abécédaires les plus anciens) dont trois ne sont jamais utilisées en étrusque (B D O). On ne peut pas exclure non plus l'hypothèse selon laquelle le système alphabétique lacunaire utilisé, ne permettait pas de différencier certains sons à l'écrit (notamment, le P et le B ; le T et le D ; le U et le O), qui auraient bel et bien existé distinctement à l'oral. La lettre thêta notait parfois un son /d/ comme dans UDISTE, « Ulysse », où le son D connaissait parfois une graphie avec thêta.
L'origine de la lettre C est la même que celle de la lettre latine G. L'étrusque ne semblant faire aucune différence entre les consonnes occlusives vélaires sourdes et sonores ([k] et [g] en API), l'alphabet étrusque utilisa la troisième lettre de l'alphabet grec, le gamma, pour transcrire [k].
Description linguistique Phonologie Dans les tableaux suivants figurent les lettres des alphabets latin et grec utilisées pour transcrire l'étrusque, suivies de leur prononciation en API, puis du signe correspondant de l'alphabet étrusque, qui s'écrivait de droite à gauche.
Voyelles L'étrusque a un système vocalique formé de quatre voyelles distinctes. Il n'y aurait pas de distinction phonologique entre les voyelles [] et [], possiblement simplement des allophones d'un unique phonème qui ressemblait plutôt à [] ou [], d'après les sons adjacents. C'est aussi le cas du nahuatl et d'autres langues qui ne distinguent pas [o] et [u]. Dans l'écriture, un seul signe est employé pour couvrir les emprunts du grec avec []. (ex. grec kōthōn > étrusque qutun « jarre »).
Antérieure Centrale Postérieure Fermée i u Ouverte ea
Consonnes Le système consonantique étrusque distingue principalement les occlusives aspirées et les non-aspirées. Toutefois, il n'y a pas de différence entre les sourdes et les sonores, et [b], [d] et [g] se confondent, respectivement, avec [p], [t] et [k].
Bilabiale Dentale Alvéolaire Palatale Vélaire GlottaleOcclusivespφt, d θc, k, q χ Fricatives f sś hAffriquées zNasalesmnLatérales l rSpirantesvi
En se fondant sur le standard orthographique des écrits étrusques, qui ne marquent pas les voyelles ou contiennent une série de groupes de consonnes semblant impossibles à prononcer, dans des mots comme cl « de cette (génitif) » et lautn « homme libre », il est probable que « m », « n », « l » et « r » étaient parfois prononcées comme sonantes syllabiques. Ainsi, cl // et lautn //.
Morphologie L'étrusque est une langue agglutinante avec des cas grammaticaux.
Textes Outre les abécédaires et les inscriptions épigraphiques (voir Alphabet étrusque) que l'on trouve sur quantité d'objets comme les poteries, les tablettes à écrire (tablette de Marsiliana) ou les miroirs de bronze, sur les parois des tombes ou des sarcophages, des « inscriptions parlantes »Dominique Briquel, La Civilisation étrusque, 26. généralement brèves et limitées aux nom et filiation des personnes auxquelles appartenaient ces objets ou ces sépultures, parmi les textes retrouvés« plus que l'ensemble des autres textes de l'Italie pré-romaine », Dominique Briquel, La Civilisation étrusque, 22., les plus longs et les plus importants sont les suivants :
Cippe de Pérouse
vignette|Transcription du texte du Cippe de Pérouse.
C'est une stèle, un cippe, découvert à Colle San Marco en 1822, contenant, gravés sur deux faces latérales, quarante-six lignes et une centaine de mots dextroverses, relatifs à un contrat passé entre deux familles à propos des limites des domaines respectifs, avec les désignations des parties, des lois invoquées et du dignitaire les faisant appliquerNotice du musée archéologique de Pérouse..
Quatre inscriptions sur tablettes de plomb Elles ont été trouvées : la première aux alentours de Rome à Santa Marinella, onze lignes, réponse oraculaire ou formule de nature rituelle ; la seconde, le disque de Magliano, à Magliano in Toscana, dans la Maremme, incisée en spirale et faisant allusion aux offrandes en l'honneur de plusieurs divinités ; la troisième à Volterra, comportant treize lignes et environ soixante mots, de nature vraisemblablement magico-rituelle ; la quatrième à Campiglia Marittima dans le nord de la Maremme, comportant dix lignes et une cinquantaine de mots, correspondant à une malédiction lancée par une affranchie à l'encontre de plusieurs personnes.
Lamelles de Pyrgi
Incisions sur plaquettes d'or retrouvées dans le sanctuaire dédié à Astarté, deux inscriptions intéressantes en ce qu'elles ont été retrouvées avec une troisième rédigée en langue punique (dialecte du phénicien), donc une inscription bilingue. La première contient la dédicace, de la part d'un certain Thefarie Velianas, « magistrat » ou « seigneur » de Caeré, à la déesse assimilée ici à Uni (Héra-Junon), ainsi qu'une formule augurale. La seconde fait allusion aux cérémonies qui doivent être accomplies en son honneur. Découvertes en 1964.
Momie de Zagreb
thumb|right|Les « bandelettes » du Liber linteus Le texte est le plus important qui ait été retrouvé, par la longueur et par conséquent le contenu, vu la rareté et la brièveté des textes qui sont parvenus, et qu'il est convenu d'appeler le Liber linteus. Il s'agit d'un « livre », manuscrit sur toile de lin, servant de bandelettes enveloppant une momie trouvée en Égypte et conservée au Musée national de Zagreb en Croatie, d'où son nom. Datant du environ, il s'agit d'un texte calligraphié en rouge et noir en une douzaine de colonnes verticales, et, sur les 230 lignes contenant environ mots lisibles (plus une centaine qu'il est possible de déduire du contexte), 500 mots originaux émergent compte tenu des répétitions typiques des formules et invocations rituelles. On pourrait définir ce livre comme une sorte de calendrier religieux évoquant certaines divinités et les cérémonies à accomplir aux lieux et dates indiqués. Acheté en Égypte en 1848.
Tabula Capuana La Tabula Capuana ou tavola capuana, est une tablette en terre cuite datant du contenant un texte en langue étrusque de 390 mots lisibles partagé en dix sections par des lignes horizontales, découverte en 1898 dans la nécropole de Santa Maria Capua Vetere, en Campanie, conservée auprès des Musées nationaux de Berlin.
Tabula Cortonensis
Découverte en 1992 à Cortone, elle comporte 32 lignes de texte en langue étrusque sur une plaque en bronze fragmentée en huit morceaux (dont un manque).
Stèle de Poggio Colla En mars 2016, un groupe de chercheurs du Mugello Valley Archaeological Project a découvert sur le site de Poggio Colla en Toscane une stèle en pierre. Le bloc, qui pèse et mesure environ de haut, faisait partie d'un temple sacré qui a été démoli il y a pour en bâtir un autre à sa place. Restée enfouie pendant tout ce temps, la stèle est bien conservée. Elle comporte lisibles et des signes de ponctuation. Ces caractéristiques en font un des plus longs exemples d'écriture étrusque découverts .. Les scientifiques sont convaincus que les paroles et les concepts gravés sur la pierre sont un témoignage de cette civilisation, puisque les connaissances actuelles sont essentiellement issues de nécropoles, tombes et objets funéraires. La stèle, de par sa provenance, pourrait fournir des détails sur la religion étrusque et sur les noms des divinités. La traduction sera effectuée par les chercheurs de l'Université du Massachusetts de Amherst.
Autres traces écrites
Le bilingue de Pesaro, en étrusque et en latin, donnant le nom du défunt et de sa fonction. De petits vases (encriers ?) comportant l'alphabet entier et ordonné, sur le pourtourLes Etrusques et l'Italie avant Rome : De la Protohistoire à la guerre sociale de Ranuccio Bianchi bandinelli, Antonio Giuliano, et Jean-Paul Thuillier, 165.. Les inscriptions étrusques de l'Achensee, gravées sur les parois d'une grotte, dans le Tyrol autrichien. Les monnaies étrusques.
Classification linguistique Le consensus actuel des spécialistes est que l'étrusque est une langue non-indo-européenne, appartenant à la famille des langues tyrséniennes avec le rhétique et le lemnien. Son lexique de base, sa morphologie et sa phonologie ne présentent pas les correspondances systématiques que la linguistique historique requiert pour établir une parenté avec les langues indo-européennes. Les numéraux étrusques constituent sur ce point une preuve particulièrement solide : la numération et les termes familiaux sont précisément les catégories lexicales les moins susceptibles d'être empruntées à des substrats étrangers, et ils ne présentent aucune correspondance régulière avec les formes proto-indo-européennes reconstruites.