Philippe d’Orléans, couramment appelé le Régent, né le à Saint-Cloud et mort le à Versailles, est le régent du royaume de France pendant la minorité de .

Petit-fils de , il est le fils du frère cadet de Louis , Philippe de France, duc d’Orléans, dit « Monsieur ». D'abord duc de Chartres, il devient duc d'Orléans à la mort de son père en 1701 ; il est aussi duc de Valois, duc de Nemours et duc de Montpensier.

À la mort de Louis XIV, il devient régent, et son gouvernement, qui dure de 1715 jusqu'à sa mort en 1723, est appelé la Régence.

Il est l'arrière-arrière-grand-père de , qui est le dernier roi ayant régné en France.

Biographie gauche|vignette|277x277px|Philippe d'Orléans, duc de Chartres puis duc d'Orléans et enfin régent du Royaume de France, enfant.

Les jeunes années Petit-fils de France, Philippe d'Orléans est le fils de Philippe, précédent duc d'Orléans (dit Monsieur, frère unique du Roi) et de sa seconde épouse la Princesse Palatine Élisabeth-Charlotte de Bavière, et le neveu du roi .

Ses deux sœurs aînées ne joueront pas un grand rôle dans sa vie : Marie-Louise épouse dès 1679 , et meurt en 1689, Anne-Marie d'Orléans épouse en 1684 . Sa cadette de deux ans Élisabeth-Charlotte attendra jusqu'en 1698 pour épouser .

Philippe d’Orléans est d'abord titré duc de Chartres. Il reçoit une éducation soignée, principalement tournée vers la fonction militaire et diplomatique, comme il sied à un petit-fils de France. Il s'intéresse particulièrement à l'histoire, la géographie, la philosophie, aux sciences et à la musique. Contrairement à son oncle et à son père, il monte mal, se montre mauvais danseur et n’aime pas la chasse. En revanche, il a la prodigieuse mémoire de son oncle : très tôt, il connaît sur le bout des doigts les mémoires et généalogies des grandes familles de la cour. Il a aussi une grande capacité de travail et de l'intelligence.

Le mariage gauche|vignette|Françoise-Marie de Bourbon, duchesse de Chartres. Avec la naissance des trois fils du Grand Dauphin, fils aîné de , le duc de Bourgogne en 1682, le duc d'Anjou en 1683, le duc de Berry en 1686, le duc de Chartres se retrouve sixième dans la ligne de succession au trône, ce qui ne lui laisse que bien peu d’espérances de régner et ne le place pas dans la meilleure situation pour faire un mariage avantageux. De plus, la France est en guerre avec la presque totalité de l’Europe, ce qui rend impossible un mariage étranger.

Aussi, dès 1688, fait allusion à Mademoiselle de Blois, bâtarde légitimée. Ce mariage parachèverait la politique d’abaissement des branches cadettes de la maison de Bourbon voulue par le Roi Soleil, mais Monsieur et sa femme, la Princesse Palatine, jugent une telle union tout simplement scandaleuse, indigne et pour tout dire inimaginable. Louis XIV utilise alors l'influence du marquis d'Effiat sur Monsieur pour le convaincre.

Philippe est plus hésitant, d’autant que l’idée est soutenue par son précepteur, l'abbé Dubois. Au début de 1692, convoque son neveu et lui déclare qu’il ne peut mieux lui témoigner son affection qu’en lui donnant en mariage sa propre fille Françoise-Marie de Bourbon, ce à quoi le jeune homme ne sait répondre qu’en balbutiant un remerciement embarrassé. La Palatine, apprenant l’issue de l’entrevue, jette les hauts cris mais ne peut affronter le roi, d’autant qu’elle sait ne pouvoir compter sur le soutien de son mari. Ce dernier ne se révolta que peu de temps avant sa mort, lançant à son frère que : . Elle borne l’expression de son mécontentement à tourner le dos au Roi, après qu'il lui a fait une profonde révérence mais ensuite, comme seul le prétend le duc de Saint-Simon, elle donne à son fils une énorme gifle devant toute la Cour. Le mariage n’en a pas moins lieu, le Archives des Yvelines, registres paroissiaux de Versailles (1080399 - BMS 1691-1692, p. 125)..

Descendance Ce mariage arrangé, non désiré, ne fut guère heureux. Philippe, devenu duc d'Orléans en 1701 à la mort de son père, appelait sa femme « Madame Lucifer ». Ils eurent cependant huit enfants ensemble, mais un seul fils :

« Mademoiselle de Valois » ( – ) ; Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans ( – ), surnommée « Joufflotte », épouse (1710) Charles de France, duc de Berry ; Adélaïde d’Orléans ( – ), « Mademoiselle d’Orléans », abbesse de Chelles ; Charlotte-Aglaé d'Orléans ( – ), « Mademoiselle de Valois », épouse (1720) François Marie d’Este, duc de Modène ; , duc de Chartres, puis duc d’Orléans (1723), surnommé « le Pieux » ( – ) ; Louise-Élisabeth d'Orléans ( – ), « Mademoiselle de Montpensier », épouse (1723) , roi d’Espagne ; Philippine-Élisabeth d'Orléans ( – ), « Mademoiselle de Beaujolais » ; Louise d'Orléans ( – ), « Mademoiselle de Chartres », épouse (1732) Louis François de Bourbon, prince de Conti.

Il eut également plusieurs enfants naturels dont :

une fille, née en 1688 d'une prénommée Éléonore, servante au Palais Royal et fille de la femme du concierge du garde-meubles du Palais Royal, qui épousa par la suite Henri de Charencey ; Charles de Saint-Albin (1698-1764), né de Florence Pellerin, qui fut évêque-duc de Laon (1721) puis archevêque-duc de Cambrai (1723) ; Angélique de Froissy (1700-1785), née de Charlotte Desmares (1682-1753), qui fut légitimée en 1722 et épousa le comte de Ségur ; Jean-Philippe d'Orléans (1702-1748), né de Marie Louise Madeleine Victoire Le Bel de La Boissière de Séry, dite la comtesse d’Argenton, qui fut légitimé en 1706 et fut Grand-Prieur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem en France (dit « le chevalier d’Orléans » ou « le Grand-Prieur d’Orléans ») ;

Sa favorite était Madame de Parabère.

Le militaire L'année précédente, Philippe avait commencé la carrière des armes aux Pays-Bas, aux côtés de . Très vite, il se révèle bon officier, aimé de ses soldats, enchaînant les campagnes. En 1693, il se distingue par une brillante conduite au siège de Mons, à la bataille de Steinkerque et à la bataille de Neerwinden. Il se montre également très critique vis-à-vis de la stratégie de l’armée de Flandre. Ses quelques initiatives, de portée certes modeste, s’avèrent en revanche des succès. À la cour, les comparaisons fusent avec le Grand Condé, ce qui lui attire la jalousie des autres princes du sang.

Désireux de calmer le jeu, rappelle tous les princes en 1697. Philippe vit cette décision comme un camouflet personnel : on ne lui accorde aucun grand gouvernement, à la différence des bâtards, et on le prive de grand commandement. Il sait que son oncle désapprouve sa conduite : depuis l’adolescence, il fréquente les milieux libertins et mène une vie dissolue, ce que réprouve le strict duc de Saint-Simon, son ami d’enfance, qui reste pourtant à ses côtés lors de cette période de disgrâce. Il reçoit, à la mort de son père en 1701, le titre de duc d’Orléans. Rappelé à l’armée lors des campagnes difficiles de la guerre de Succession d'Espagne, il prouve sa bravoure à la bataille de Turin, en 1706.

En , il est nommé pour commander les armées françaises en Espagne. Il accepte assez mal que le duc de Berwick ait précipité la bataille pour remporter un jour avant son arrivée, donc sans lui, une victoire.. Philippe d’Orléans marche sur Saragosse qu’il prend, et fait de même avec Lérida. Il rentre à Versailles et revient en Espagne en pour entamer le siège de Tortosa, entreprise vouée à l’échec selon les jaloux prince de Condé et prince de Conti. Le , Tortosa capituleLettres de la Princesse Palatine de 1672 à 1722, 1964, . - Dick van der Cruysse, Madame Palatine, Fayard, 1988.. Condé et Conti envoient le marquis de Dangeau complimenter Madame, la mère de Philippe d’Orléans, persuadés que la nouvelle était fausse. Ils en sont pour leurs frais et doivent constater la victoire de leur rival dans les faveurs du roiJournal du Marquis de Dangeau - Madame Palatine, .

Mais l’ambition du duc d’Orléans le fait participer à des réunions où l’on évoque ce qui pourrait advenir si le roi d’Espagne, venait à quitter son trône. Un personnage agissant en son nom se fait repérer et la princesse des Ursins, intriguant contre la France de façon maladroite, réussit à convaincre la couronne d’Espagne qu’Orléans voulait le renverser. Ce dernier rentre en France et paraît à Versailles comme si de rien n’était. , avant de mourir, certifiera qu’une enquête avait été menée et que rien ne justifiait les soupçons de la cour d'Espagne.

Son ambition mal déguisée et son goût pour la chimie le font soupçonner d’avoir contribué aux morts du dauphin et de sa familleClaude Pasteur, La princesse Palatine, Taillandier, 2001 .. lui témoigne froideur et défiance et lui impose, par son testament secret, la présence des légitimés dans le Conseil de régence. Ces soupçons d'empoisonnement semblent d'autant moins justifiés que pour accéder à la couronne de France, Philippe d'Orléans aurait dû assassiner le nouveau dauphin et futur , mais également d'Espagne, qui venaient avant lui dans l'ordre de succession. En fait, la famille avait succombé à une maladie virale - ces rumeurs furent sans doute semées par les princes jaloux.

Le Régent

vignette|gauche|Conseil du Régent au Palais-Royal.À droite, le cardinal de Fleury. Le lendemain de la mort de , le , conformément à l’usage, la lecture du testament royal est effectuée lors d'une séance solennelle au parlement de Paris, rassemblant toutes les cours souveraines, les princes du sang et les ducs et pairs, qui doit proclamer la régence. Dans son testament, tente de limiter les pouvoirs du duc d’Orléans, et indique alors la composition du conseil de régence, véritable conseil de gouvernement. Il confie ainsi au duc du Maine, un de ses bâtards légitimés, la garde et la tutelle du jeune en le nommant régent du royaume, disposant également de la Maison militaire..

Philippe d'Orléans, adulte de la famille royale le plus proche du roi, qui dispose alors de la charge, purement honorifique, de « président du conseil de régence », s’efforce, et obtient, de faire casser un testament qui le prive de prérogatives qu’il juge dues à sa naissance.. Le Parlement le reconnaît donc comme seul régent, ce qui lui permet de réorganiser le Conseil à son gré et d’évincer le duc du Maine, bientôt exclu de la succession au trône que son père lui avait accordée. Toutefois, le Régent doit, pour rallier le Parlement de Paris à sa cause, lui restituer le droit de remontrance supprimé par , ce qui ne sera pas sans conséquence..

vignette| d’Orléans et .

En entamant sa régence, Philippe d'Orléans adresse, le , une « Lettre à les intendants commissaires départis dans les provinces », dans laquelle il déclare que sa préoccupation majeure est le poids excessif des différentes taxes et annonce son intention d’établir un système d’imposition plus juste et plus égalitaireUn des contrecoups de cette réforme est peut-être la conspiration de Pontcallec, tentative de soulèvement d'origine antifiscale menée par une partie de la noblesse bretonne, en 1718-1720, au début de la Régence, possiblement en lien avec la conspiration de Cellamare, qui échouera misérablement.. Sur le plan de l’organisation du gouvernement, le Régent entame la politique de polysynodie, sans doute sous l'influence de son ami Saint-Simon : le remplacement des ministres par des conseils rassemblant des grands seigneurs et des techniciens.

Il tente de séduire les Français par une politique nouvelle : . Il soutient les jansénistes, abandonne la cause des Stuarts, et tente de rétablir les finances et l’économie avec les audaces de Law. Ce revirement diplomatique aura pour conséquence sur les derniers descendants de la dynastie catholique des Stuart que le prétendant Jacques François, alors en Avignon, doit partir pour Rome.. Autre conséquence plus fâcheuse : le roi d'Espagne, inquiet de son renversement d’alliance, apporte son soutien au duc du Maine à travers la conspiration de Cellamare.