vignette|Le temple d'Apollon en 1869 Le temple d'Apollon Épicourios (ou Épikourios) à Bassae est un temple de la Grèce antique situé à Bassae (, du , , nom signifiant « les ravins »), à 8 km NO de la cité antique de Phigalie et à 7 km S du village moderne d'Andrítsena.

Perché à mètres dans les montagnes arcadiennes, en plein Péloponnèse, il est orienté face au nord sur une des terrasses ouest du mont Cotylion.

Le temple fait l'objet de travaux importants et d'une restauration radicale. Depuis 1990, il est protégé par une structure en toile soutenue par des poteaux métalliques et des câbles d'acier, qui le recouvre entièrement. Ses éléments architecturaux ont été nettoyés et solidarisés par des étais et échafaudages boulonnés et capitonnés.

Description

C'est un bâtiment périptère, de forme allongée, d'environ 40 m sur 16 m, ce qui lui donne une apparence archaïque. Mais sa particularité essentielle est que ses colonnes appartiennent aux trois ordres, et surtout qu'il mêle ingénument des innovations originales à des archaïsmes architecturaux, lui donnant de ce fait une étrange identité, à la fois conservatrice et révolutionnaire.

Ce temple hexastyle (six colonnes de face) possède une colonnade extérieure de style dorique en calcaire gris local d'une extrême sévérité, les métopes, souvent ornées, étant ici vierges de toute sculpture. Par contraste, l'intérieur offre une plastique de grande qualité, associée à une architecture très élaborée.

On trouve sur les fronts du pronaos et de l'opisthodome deux colonnes in antis d'ordre dorique et, à l'intérieur du naos, deux rangées de cinq colonnes ioniques engagées sur les parois par des murets transversaux. Au fond du naos, les deux dernières colonnes ioniques encadrent une unique colonne corinthienne, séparant le naos de l'adyton aménagé au fond, qui comporte une entrée latérale au sud-est, tout à fait exceptionnelle.

À la différence du calcaire rustique employé à l'extérieur, le matériau des chapiteaux ioniques et corinthien, ainsi que les métopes sculptées de la frise et les plaques de la frise intérieure sont en marbre de Doliana.

Histoire Construction du temple

Le peu que nous connaissons de ce temple nous vient de Pausanias, géographe grec du , qui le visita. Cet auteur parcourut la Grèce continentale et laissa des notes rassemblées de façon confuse, toutefois précieuses par leur caractère unique.

Pausanias avance que ce temple fut consacré par les habitants de Phigalie à Apollon Épicourios, dieu guérisseur qui vint à leur secours lors d'une épidémie de peste, « comme il le fit durant les guerres du Péloponnèse ». Cette explication laisse sceptiques beaucoup d'archéologues modernes.

Il indique également que l'architecte fut Ictinos, sans apporter de preuve étayant cette affirmation. Or Ictinos est l'architecte le plus connu de la Grèce classique : il fut l'auteur du Parthénon d'Athènes et du Télestérion d'Éleusis. Pausanias néglige de dire comment et pourquoi Phigalie, modeste bourgade d'Arcadie, fut capable d'engager un architecte aussi prestigieux. C'est pourquoi les archéologues modernes hésitent à confirmer cette hypothèse. Mais si cette thèse était vraie, la construction de ce temple pourrait être datée précisément de l'époque de Périclès.

Pausanias n'explique pas non plus pourquoi le temple fut établi à l'écart dans la montagne, à 8 kilomètres de la cité, dans un lieu d'accès si difficile qu'il faille plusieurs heures de marche pour l'atteindre.

Plus loin, il rend hommage au toit exceptionnel du temple, « fait exclusivement de pierres », alors qu'en réalité des poutres de bois étaient employées pour soutenir le plafond. Et enfin, il fait l'éloge de la beauté des pierres et de l'harmonie des proportions, tout en restant silencieux sur le contraste des matériaux, sur la combinaison novatrice des colonnes et surtout, isolée dans l'axe de l'édifice, sur cette toute première colonne corinthienne connue de l'aire grecque, qui constitue une avancée historique, et qui eut un impact mondial sur l'architecture des siècles suivants.

Redécouverte du temple

Ce temple, à l'écart de toute agglomération, resta ignoré pendant des siècles. Ce n'est qu'en que l'architecte français Joachim Bocher, voyageant dans le Péloponnèse et traversant cette région montagneuse, découvrit ces ruines fortuitement. Lors d'un second voyage dans cette région, il fut assassiné par des bandits<ref>William Bell Dinsmoor, "The Temple of Apollo at Bassae" Metropolitan Museum Studies (Mars 1933:204-227) page 204</ref>Notes Bocher's drawings, acquired by the Victoria and Albert Museum in 1914.

L'architecte britannique Charles Robert Cockerell, accompagné d'un certain nombre d'amis, explora le temple en , lors de son Grand Tour et y découvrit la frise, épisode qu'il raconte dans son journal. On y lit tout l'enthousiasme romantique de l'époque et la chance qui semble guider alors toute découverte d'un trésor archéologique :

La frise ionique

Ce fut en explorant le terrier que Cockerell découvrit un fragment de la frise (le fragment n°530 du catalogue des Marbres de Phigalie au British Museum). Cockerell et ses amis négocièrent auprès du Pacha de Tripolizza le droit de fouiller le temple. L'autorisation fut accordée en 1812, en échange de la moitié de ce que rapporterait la vente des trésors découverts. Le temple fut exploré entre juin et David Watkin, The Life and Work of C.R. Cockerell., p. 13..

La frise, transportée à Zante, y fut vendue aux enchères en et achetée dollars par le gouvernement britannique pour le British Museum.

Les éléments laissés sur place (notamment le chapiteau corinthien, exemple le plus ancien de cet ordre) furent malheureusement détruits au cours des années suivantes (entre 1814 et 1819)Frederick A. Cooper, The Temple of Apollo Bassitas I: The Architecture pp 10 et 305-306, probablement transformés en chauxGeorges Roux, Le Temple de Bassae : relevés et dessins du temple d'Apollon à Bassae, conservés à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, 1976, pp VII et 28. Des fragments en furent retrouvés lors de fouilles sur le site en 1902-1908.

Cinéma Bassae (1964) de Jean-Daniel Pollet Bassae, Bassae'' (2014) de Fabien Giraud et Raphaël Siboni

Notes et références

Voir aussi Article connexe

Liens externes

Visite du temple vidéo (3 min) La frise du temple de Bassae, British Museum La frise du temple en 22 photographies anciennes de qualité, université d'Erlangen Vues anciennes de qualité, université d'Erlangen Description du temple, Odysseus, Ministère grec de la culture Document archéologique avec illustrations Document avec vue ancienne du temple avant le montage du vélum

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