, surnommé « le Pieux », est né à Orléans vers 972On sait, grâce à son biographe Helgaud de Fleury, qu'il est né à Orléans mais de date inconnue. Sachant qu'il avait une quinzaine d'années lors son association au trône (en 987), on établit sa naissance vers 972 . et mort au château de Melun le . Fils d'Hugues Capet et de son épouse Adélaïde d'Aquitaine, il est le deuxième roi franc de la dynastie capétienne. Régnant de 996 à 1031, il est ainsi l'un des souverains de l'an mille.
Couronné et associé dès 987 au trône et au gouvernement, il assiste son père sur les questions militaires (notamment lors des deux sièges de Laon, en 988 et 991). Sa solide instruction, assurée par Gerbert d'Aurillac (le futur pape ) à Reims, lui permet de s'occuper des questions religieuses dont il devient rapidement le garant (il dirige le concile de Saint-Basle de Verzy en 991 et celui de Chelles en 994). Poursuivant l'œuvre politique de son père, après 996, il parvient à maintenir l'alliance avec la Normandie et l'Anjou et à contenir les ambitions d'.
Au prix d'une longue lutte débutée en , il conquiert le duché de Bourgogne qui aurait dû lui revenir en héritage à la mort, sans descendance directe, de son oncle , mais que ce dernier avait transmis à son beau-fils Otte-Guillaume. Il fut donc Robert I de Bourgogne.
Les déboires conjugaux de Robert le Pieux avec Rozala d'Italie et Berthe de Bourgogne (qui lui valent une menace d'excommunication), puis la mauvaise réputation de Constance d'Arles, contrastent étrangement avec laura pieuse, à la limite de la sainteté, que veut bien lui prêter son biographe Helgaud dans la Vie du roi Robert le Pieux (). Sa vie est alors présentée comme un modèle à suivre, faite d'innombrables donations pieuses à divers établissements religieux, de charité envers les pauvres et surtout de gestes considérés comme sacrés, tels que la guérison de certains lépreux : Robert est le premier souverain considéré comme thaumaturge. La fin de son règne révèle la relative faiblesse du souverain qui doit faire face à la révolte de son épouse Constance puis de ses propres fils (Henri et Robert) entre 1025 et 1031.
Historiographie L'historiographie se consacre depuis longtemps à l'époque de Robert le Pieux, l'an mille, et s'est attachée à décrire l'instauration de la paix de Dieu qui visait à canaliser les seigneurs et assurer la protection des biens de l'Église et des seigneuries. Par ailleurs, si, depuis Jules Michelet, les historiens ont longtemps avancé que le passage à l'an mil avait provoqué des peurs collectives de fin du monde, cette thèse a été réfutée par l'historien Dominique Barthélémy à partir de la fin des années 1990 et par Sylvain Gouguenheim, professeur d'histoire médiévale à l'École normale supérieure de LyonSylvain Gouguenheim, Les Fausses Terreurs de l'an mil, Picard, Paris, 1999.. En fait, la fin du et la première moitié du connaissent le début d'un changement économique et social avec l'augmentation de la productivité agricole et des capacités d'échanges permises par le développement de l'usage du denier d'argent. Dans le même temps, la fin des invasions et les continuelles guerres personnelles entraînent, à partir de 1020, la prolifération des châteaux privés, du haut desquels le droit de ban s'impose, ainsi que l'émergence de la chevalerie, nouvelle élite sociale qui tient son origine des cavaliers carolingiens.
Contrairement à son père Hugues Capet, nous avons conservé une littérature contemporaine de Robert le Pieux, exclusivement ecclésiastique, qui évoque la vie du roi. En premier lieu, il y a la biographie écrite par Helgaud (Epitoma vitæ regis Roberti pii, v. 1033), abbé de Saint-Benoît-sur-LoireUne édition illustrée de la Vie du roi Robert le Pieux par Helgaud de Fleury, traduite du latin par François Guizot, est disponible en ligne sur le Corpus étampois., qui n'est en réalité qu'un panégyrique voire une hagiographie du souverain. Autres sources exceptionnelles sont les Histoires (v. 1026-1047) du moine bourguignon Raoul Glaber. Homme de haute culture, il est, par son réseau clunisien, très bien renseigné sur l'Occident tout entier. Raoul est de loin l'informateur le plus complet sur le règne de Robert le Pieux. Secondairement, il faut noter la traditionnelle Histoire de Richer de Reims et le poème que l'évêque Adalbéron de Laon, dit « Ascelin », a adressé à Robert, décrivant ainsi la société de son temps.
Biographie Jeunesse et formation
L'unique héritier du duc des Francs vignette|Denier d'Hugues Capet, « duc par la grâce de Dieu » (), atelier de Paris (Parisi Civita), fin du .
Comme pour son père Hugues Capet, on ne connaît ni la date, ni le lieu précis de la naissance de Robert, et cela bien que les historiens penchent fortement pour l' et pour Orléans, capitale du duché robertien depuis le .. Le fils unique du duc des Francs, Hugues, et de sa femme, Adélaïde de Poitiers, se prénomme « Robert » comme son ancêtre héroïque Robert le Fort, mort en combattant les Vikings en 866. Le reste de la progéniture royale est composé de trois sœurs : Gisèle, Edwige et Adélaïde.
Au , la famille des Robertiens est le clan aristocratique le plus puissant et le plus illustre du royaume de Francie. Durant les décennies précédentes, deux de ses membres sont déjà montés sur le trône, évinçant déjà la dynastie carolingienne : (888) et (922). Le principat d'Hugues le Grand, duc des Francs et grand-père de Robert le Pieux, marque l'apogée des Robertiens jusqu'à sa mort en 956. Néanmoins à partir du milieu du , Hugues Capet, qui lui a succédé à la tête du duché et malgré un rayonnement encore important, ne parvient pas à s'imposer comme son père..
La jeunesse de Robert est surtout marquée par les combats incessants du roi Lothaire pour récupérer la Lorraine, « berceau de la famille carolingienne », aux dépens de l'empereur :
En , le roi Lothaire lance à l'improviste un assaut général sur Aix-la-Chapelle où réside la famille impériale qui échappe de peu à la capture. Après avoir pillé le palais impérial et les alentours, il retourne en Francie en emportant les insignes de l'Empire. Au mois d'octobre suivant, pour se venger, réunit une armée forte de soixante mille hommes et envahit le royaume de Lothaire. Ce dernier, n'ayant que peu de troupes autour de lui, est contraint de se réfugier chez Hugues Capet, qui passe pour être le sauveur de la royauté carolingienne.. La dynastie robertienne prend alors un virage qui bouleverse le destin du jeune Robert. L'évêque Adalbéron de Reims, à l'origine homme du roi Lothaire, se tourne de plus en plus vers la cour ottonienne pour laquelle il éprouve une grande sympathie.
Une éducation exemplaire vignette|redresse|Denier anonyme attribuable à Reims et à l'archevêque Gerbert d'Aurillac ou à Arnoul, fin du .
Hugues comprend rapidement que son ascension ne peut se faire sans l'appui de l'archevêque de Reims. Lui-même illettré, ne maîtrisant pas le latin, il décide d'envoyer Robert, vers 984, non pas chez l'écolâtre Abbon de Fleury (à une quarantaine de km en amont d'Orléans), mais chez Adalbéron afin qu'il le forme aux rudiments de la connaissance. En effet, à la fin du , l'école cathédrale de Reims a la réputation d'être la plus prestigieuse école de tout l'Occident chrétien. Le prélat accueille volontiers Robert, qu'il confie à son secrétaire le fameux Gerbert d'Aurillac, l'un des hommes les plus instruits de son temps..
On suppose que pour suivre l'enseignement de Gerbert, le jeune garçon dut acquérir les bases du latin. Il enrichit ainsi ses connaissances en étudiant le trivium (c'est-à-dire ce qui se réfère à la logique : grammaire, rhétorique et dialectique) et le quadrivium (c'est-à-dire les sciences : arithmétique, géométrie, musique et astronomie). Robert est l'un des rares laïcs de son temps à profiter de la même vision du monde que les clercsÀ cette époque, même les riches seigneurs étaient illettrés. La culture est surtout réservée à l'Église et ne sert qu'à la compréhension du monde du point de vue religieux. .. Après environ deux années d'études à Reims, il regagne Orléans. Son niveau intellectuel s'est aussi développé dans le domaine musical, comme le reconnaît un autre grand lettré de son temps, Richer de Reims.. D'après Helgaud de Fleury, à un âge inconnu de son adolescence, le jeune Robertien tombe gravement malade, à tel point qu'Hugues et Adélaïde craignent pour sa vie. C'est alors que ses parents vont prier à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans et offrent un crucifix d'or et un vase somptueux de () en offrande. Robert guérit miraculeusement..
L'association de Robert au trône (987) vignette|redresse|Denier de frappé à Soissons.
Devenu roi des Francs, Hugues souhaite en finir avec l'alternance entre Carolingiens et Robertiens pour le trône de France, Eudes en 898 et en 923 ayant eu des Carolingiens pour successeurs. C'est ainsi qu'il propose à Adalbéron l'association de Robert au trône. L'archevêque de Reims est hostile à cette proposition et selon Richer, il aurait répondu au roi : . On pense que Gerbert d'Aurillac (qui est lui-même proche de qui fut un temps son protecteur), serait alors venu au secours d'Hugues pour convaincre le prélat d'évoquer l'appel du comte , comte de Barcelone, demandant l'aide du nouveau roi pour lutter contre Al-Mansur. Contraint par la crainte de la mort possible du roi, Adalbéron cède..
vignette|200px|Rozala d'Italie, comtesse de Flandres (enluminure, fin du ).
À la différence de celui d'Hugues Capet, le sacre de Robert est raconté précisément par Richer de Reims (jour et lieu bien identifiés). Vêtu de pourpre tissé de fils d'or, comme le voulait la tradition, le jeune garçon de quinze ans est acclamé, couronné puis sacré par l'archevêque de Reims le dans la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans.Pour certains historiens, Robert aurait été sacré le , jour non-religieux, puisque Adalbéron aurait réfléchi longuement avant de céder. Voir R.-H. Bautier, « L'avènement d'Hugues Capet et de Robert le Pieux », dans Le Roi de France et son royaume autour de l'an mil, Picard, Paris, 1992, ..
« les princes des royaumes étaient réunis le jour de la nativité du Seigneur pour célébrer la cérémonie du couronnement royal, l'archevêque, prenant la pourpre, couronna solennellement Robert, fils d'Hugues, dans la basilique de Sainte-Croix, aux acclamations des Français, puis le fit et ordonna roi des peuples occidentaux de la rivière de la Meuse jusqu'à l'Océan.. »
Richer souligne que Robert est seulement « roi des peuples de l'Ouest, depuis la Meuse jusqu'à l'Océan » et non pas « roi des Gaulois, des Aquitains, des Danois, des Goths, des Espagnols et des Gascons » comme son père. Aussitôt associé, Hugues veut pour son fils une princesse royale mais l'interdiction d'épouser des personnes sous le seuil du troisième degré de parenté, l'oblige à chercher en Orient. Il fait rédiger une lettre de la plume de Gerbert qui demande au basileus, , la main de sa fille pour le jeune Robert. Aucune réponse ne parvient. Finalement, sous la pression de son père, Robert doit épouser, au , Rozala d'Italie, trentenaire et veuve d', comte de Flandre et fille de , roi d'Italie. Elle apporte à la royauté capétienne Montreuil, le Ponthieu et une possible tutelle sur la Flandre étant donné le jeune âge de son fils .P. Riché, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette, Paris, 1997, ..
Le corps épiscopal, premier soutien du roi Robert dirige les affaires religieuses