Isabelle de France (vers 1295, Paris – , Hertford) est la seule fille parmi les enfants survivants du roi de France et de son épouse , reine de Navarre. Elle est reine en tant qu'épouse d', roi d'Angleterre. La reine Isabelle est connue à son époque pour sa beauté, son habileté diplomatique et son intelligence. Elle n'a cependant jamais été surnommée la « Louve de France » par ses contemporains.

Isabelle va en Angleterre à douze ans, dans une période de conflit grandissant entre le roi et la puissante faction des barons du royaume : son nouvel époux comble notoirement de grâces son favori le comte de Cornouailles, Pierre Gaveston, au détriment des anciennes familles du royaume. Cependant, Isabelle apporte son soutien à son mari dans ces premières années, usant de ses relations avec la cour de France pour asseoir du même coup sa propre autorité dans son pays d'adoption. Après la mort de Gaveston en 1312, tué par les barons, choisit un nouveau favori, Hugues le Despenser (le Jeune), et tente de se venger : il en résulte la guerre des Despenser en 1322, et une période de répression à l'intérieur du royaume. Isabelle ne peut accepter le nouveau favori. En 1325, le couple royal est au bord de la rupture.

Voyageant en France sous le prétexte d'une mission diplomatique, Isabelle entame peut-être une relation adultère avec le baron de Wigmore, Roger Mortimer. Tous deux conviennent de déposer et de se débarrasser de la famille Despenser. En 1326, la reine revient en Angleterre avec une petite armée de mercenaires. L'armée royale fait rapidement défection. Isabelle dépose et devient régente au nom de son fils aîné, proclamé roi sous le nom d'. Beaucoup supposent qu'Isabelle est par la suite l'instigatrice de l'assassinat de son mari. Le gouvernement d'Isabelle et de Roger Mortimer commence à chanceler, en partie à cause des dépenses excessives de la régente, en partie également à cause de sa façon, efficace mais impopulaire, de résoudre les problèmes récurrents comme la situation militaire en Écosse.

En 1330, s'empare du pouvoir et fait exécuter Mortimer. La reine n'est pas poursuivie et vit encore longtemps entourée de beaucoup de considération, mais loin de la cour d'Angleterre, jusqu'à sa mort en 1358. Au fil du temps, Isabelle devint une figure de « femme fatale » dans la littérature, habituellement représentée comme une femme belle, mais cruelle et manipulatrice.

Naissance et mariage

Isabelle naît à Paris à une date incertaine. Les Annales de Wigmore la font naître en 1292, en accord avec Pierre de Langtoft, qui lui donne sept ans en 1299. Le chroniqueur français Guillaume de Nangis et Thomas Walsingham disent qu'elle a douze ans à l'époque de son mariage en , ce qui permet de situer sa date de naissance entre et . La dispense papale de en permet son mariage immédiat par procuration, en dépit du fait qu'Isabelle doit avoir alors dix ans. Puisque son frère Charles est né le et qu'on doit attendre les douze ans canoniques d'Isabelle avant la célébration de son mariage en , elle serait donc née entre et . Ses parents sont le roi et la reine . Ses frères Louis, Philippe et Charles seront tous plus tard rois de France et de Navarre.

Isabelle naît à l'intérieur de la famille des Capétiens, qui gouverne alors le plus puissant royaume d'Europe. Son père, le roi Philippe, dit « le Bel » du fait de sa beauté, est un homme étrangement froid et l'un de ses contemporains, l'évêque de Pamiers Bernard Saisset, dit de lui : . Les historiens modernes notent que Philippe cultive l'image d'un roi chrétien et n'éprouve que peu les faiblesses de la chair. Il consolide la centralisation du pouvoir royal dans le pays, affrontant les conflits nécessaires pour étendre ou asseoir l'autorité française dans ses possessions, mais se retrouve régulièrement à court d'argent dans ses projets tout au long de son règne. Il paraît presque obsédé par les richesses et les terres, choses dont plus tard sa fille sera elle-même accusée. Quant à Jeanne de Navarre, elle meurt subitement en 1305, alors qu'Isabelle a à peine dix ans. Philippe le Bel est soupçonné par certains de ses ennemis d'avoir empoisonné sa propre épouse, mais cette accusation est sans fondement.

Isabelle est élevée à l'intérieur et aux alentours du Louvre et du Palais de la Cité, à Paris, par sa nourrice Théophania de Saint-Pierre. Elle reçoit une bonne éducation, apprend à lire et développe le goût des livres, qu'elle conservera toute sa vie. Comme il est d'usage à cette époque, tous les enfants de Philippe le Bel sont mariés jeunes pour des raisons politiques. Un rôle de premier plan est assuré à Isabelle de France, unique fille survivante du roi Philippe et de Jeanne de Navarre, sur l'échiquier européen. Déjà durant les négociations en vue d'une trêve franco-anglaise en 1298 , Isabelle est proposée à l'héritier du roi d'Angleterre , dans l'intention de résoudre les conflits entre France et Angleterre au sujet des possessions continentales de Gascogne des rois d'Angleterre, et leurs prétentions sur l'Anjou, la Normandie et l'Aquitaine. Le pape lui-même presse au mariage qui achoppe sur le contrat. En 1299, afin de cimenter la conclusion de la trêve, le roi d'Angleterre prend pour épouse la propre tante d'Isabelle, la jeune Marguerite de France. En 1303, des rumeurs courent selon lesquelles le roi d'Angleterre souhaiterait ne pas s'engager plus avant avec son beau-frère de France, en dépit de ses protestations d'amitié et d'amour, car il envisagerait désormais un mariage espagnol pour son fils. Mais ces rumeurs tournent court et, la même année, peu après la confirmation de la trêve permanente, les fiançailles de la princesse Isabelle et du prince Édouard de Carnarvon sont annoncées.

Après le décès du roi en 1307, agrandit le douaire d'Isabelle à la demande de Philippe le Bel et, malgré les désaccords continuels entre les rois de France et d'Angleterre au sujet des droits d'Édouard sur l'Aquitaine, le mariage a lieu à Boulogne-sur-Mer le , en la présence de cinq rois et trois reinesMis à part évidemment , les sept autres personnalités royales présentes aux noces sont le roi le Bel, son fils aîné de Navarre , sa sœur Marguerite de France , sa belle-mère Marie de Brabant , le roi et son épouse Élisabeth de Tyrol et, enfin, le roi .. La garde-robe d'Isabelle nous renseigne sur la richesse et les goûts de l'épousée . Lors de son mariage, Isabelle a probablement douze ans, et Geoffroi de Paris la désigne . Le roi son père mais aussi ses frères sont considérés comme fort beaux par leurs contemporains, et le mari d'Isabelle la surnommera « la belle Isabelle » (en anglais, Isabella the Fair). Les contemporains rapportent d'ailleurs qu'Isabelle ressemble davantage à son père qu'à sa mère Jeanne de Navarre, cette dernière étant décrite comme potelée par les chroniqueurs. Si l'on s'en tient à cette remarque, Isabelle semble donc avoir été mince et pâle de peau comme Philippe le Bel. Toutefois, la mode au début du pour les femmes est alors d'être blonde et d'avoir le visage légèrement arrondi, et Isabelle a très bien pu ressembler à ce genre de stéréotype. Tout au long de sa vie, on relèvera le charme et la diplomatie de la reine.

Aux côtés de son époux En tant que reine, Isabelle dois relever de nombreux défis : son époux est très lié à son favori Piers Gaveston puis, plus tard, à Hugues le Despenser le Jeune. De plus, Édouard entre en conflit avec les barons du pays, en particulier avec son cousin Thomas de Lancastre, tout en poursuivant la guerre avec l'Écosse, héritage du règne de son père. Usant de ses propres soutiens à la cour d'Angleterre, mais aussi de celle de France, Isabelle tente de trouver ses marques à l'intérieur de ce paysage politique troublé. Si l'alliance qu'elle forme avec Gaveston se révèle positive, la mort du favori tombé entre les mains des barons de l'opposition la met dans une situation très précaire. Et lorsqu'Édouard, dans son désir de revanche sur ses ennemis, forme une alliance avec le clan Despenser, Isabelle se retrouve à son tour en conflit à la fois avec le roi son époux, mais aussi avec Hugues le Jeune, le nouveau favori.

Arrivée en Angleterre et couronnement

En dépit de sa jeunesse et de son inexpérience, la nouvelle reine d'Angleterre est bien plus liée à la cour anglaise que nombre de ses prédécesseurs et, par conséquent, mieux à même, semble-t-il, de trouver sa place et d'influer sur le sort de son nouveau pays. Sa tante est la reine douairière Marguerite, qu' affectionne particulièrement, ses jeunes beaux-frères Thomas de Brotherton et Edmond de Woodstock sont ses cousins, et le plus puissant comte du royaume, Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, n'est autre que son oncle, par sa mère Jeanne de Navarre . Et cependant, dès le début, des problèmes apparaissent : avant même que le couple n'ait atteint l'Angleterre, on apprend que le roi a fait don des présents et bijoux offerts par le roi Philippe à son favori Piers Gaveston, comte de Cornouailles. Les oncles d'Isabelle, Charles de Valois et Louis d'Évreux, qui l'accompagnent en Angleterre pour le couronnement, s'alarment bientôt de la façon dont Édouard traite son épouse: à leur arrivée le , Édouard s'est jeté dans les bras de Gaveston, en l'appelant « frère », conduite qui déplaît grandement à la reine, à ses oncles, et pousse nombre de personnes à s'inquiéter de la force de la relation entre les deux jeunes hommes. Même si Isabelle et son entourage décident de passer outre à ce comportement pour le moins inopportun, ils vont devoir très vite affronter une humiliation publique sans commune mesure puisque le couronnement, organisé par Gaveston, va se révéler un fiasco et une insulte envers la nouvelle reine.

Bien que la beauté d'Isabelle ait gagné l'admiration de la cour et que son costume de sacre soit, selon les témoignages, magnifique, il semble que son mari n'ait d'attention qu'envers Gaveston le jour du couronnement, qui a lieu le . Non seulement outrage-t-il les hauts seigneurs en confiant les plus importantes tâches du cérémonial à son favori, mais l'apparition de ce dernier, vêtu plus somptueusement que le roi lui-même d'une robe de pourpre impériale enrichie de perles, couleur réservée normalement aux rois, achève de blesser l'orgueil des seigneurs anglais. L'un d'eux, dit-on, est si outré que « seule la considération qu'il avait pour la sensibilité de la reine et la sainteté de l'abbaye le retinrent d'en venir aux coups dans l'église elle-même ». Soit Gaveston a pris ses dispositions sans le moindre jugement, soit ses ordres ne sont pas suivis, toujours est-il que la journée se déroule dans la confusion et le désordre le plus total. Un chevalier est piétiné à mort par la presse de la foule, les cérémonies sont interminables, la nourriture du banquet n'arrive qu'à la nuit tombée et, de plus, mal cuite, mal présentée et mal servie. Mais la reine et sa suite doivent encore endurer une dernière insulte, puisque le roi préfère s'asseoir aux côtés de Gaveston, dans la salle où des tapisseries suspendues représentent les armes du roi et celles de son favori, alors qu'aucune de celles d'Isabelle n'y figure.

Cohabitation avec Pierre Gaveston