thumb|Le « dragon à la perle », motif des boucliers des Equites Honoriani Taifali iuniores cantonnés en Gaule, d'après le Notitia Dignitatum. Sur le fond blanc, le dragon et sa « perle » sont peints en bleu, de même que la bosse centrale, entourée d'une bande rouge.

Le peuple « barbare » des Taïfales (en latin Taifali, Taifalae ou Theifali) est un ensemble de tribus germaniques ou plus sûrement sarmates qui tient une place de second plan dans l'histoire des grandes invasions. D'abord localisés sur le cours inférieur du Danube, nomades et guerriers cavaliers, liés aux Goths, ils ont combattu puis servi les armées romaines. Ils se sont établis dans l'Empire romain à partir de la fin du , principalement en Aquitaine. Dans les armées romaines puis mérovingiennes, ils fournissent des unités de cavalerie d'importance significative. Au , la région qu'ils occupent dans l'ouest de la Gaule acquiert une identité spécifique, la Thifalia (autour de Poitiers).

Histoire

Établissement des Taïfales sur le bas Danube

La plus ancienne mention des Taïfales par un auteur antique est le fait de Mamertin, leur contemporain, en 291. Jordanès, au , mentionne leurs premiers faits d'armes avec leur participation aux campagnes du roi goth Cniva sur le bas-Danube, en Dacie et Mésie, autour de l'an 250..

Les textes d'Ammien Marcellin et d'Eutrope permettent de les situer approximativement sur le rive nord du Danube, des environs de Sirmium jusqu'aux bouches du Danube. Leur appartenance ethnique est incertaine : politiquement et géographiquement, ils sont initialement proches des Goths, ce qui peut inciter à les affilier aux Germains orientaux (Goths tervinges ou Wisigoths, Goths greutunges ou Ostrogoths, Hérules, Burgondes, Vandales, Gépides, Ruges, Skires, Bastarnes) ; cependant leur non-assimilation à ceux-ci et la fréquence de leurs associations avec les Sarmates peut donner matière à les apparenter plutôt à ces derniers, avec lesquels ils auraient migrés de la steppe pontique.Maenchen-Helfen, 26 n50, affirme qu'il n'y a "aucune preuve qu'ils étaient un peuple germain". Dalton, I, 172 n7, fair référence à leur "probable ascendance asiatique." Wolfram, 92, mentionne l'hypothétique origine vandale en assimilant les Taïfales et les Lacringi et considère le "Taifali" comme un nom de culte en langue celtique. (Sud des actuelles Ukraine et Russie).

À la fin du troisième siècle ils s'installent sur le Danube, des deux côtés des Carpathes, partageant ce territoire avec les Goths, qui maintiennent leur domination politique sur celui-ciWolfram, 56.. Au printemps 291, ils s'allient avec les Goths Tervingues, formant une confédération tribale qui dure jusqu'à 376Wolfram, 91., et combat les Vandales et les Gépides : Tervingi, pars alia Gothorum, adiuncta manu Taifalorum, adversum Vandalos Gipedesque concurruntPanegyrici Latini, iii[xi].17, cité par Thompson, 9 n2.Wolfram, 57ff, mentionne un panégyrique du avril 291 qui mentionne la victoire des Tervingues et des Taïfales sur une coalition vandalo-gépide coalition.. Avec les Victufali, les Taïfales et les Tervingues sont signalés comme occupant l'ancienne province romaine de Dacie à partir de 350 « au plus tard ». Des fouilles archéologiques suggèrent que les Gépides leur ont disputé l'actuelle Transylvanie, la région autour de la Someș. Les Taïfales sont ensuite foederati des Romains, qui leur accordent le droit de s'installer dans l'actuelle OlténieThompson, 4.. Ils étaient alors indépendants des GothsMusset, 36..

En 328, l'empereur Constantin fait la conquête de l'Olténie et des Taïfales, profitant probablement de l'occasion pour en installer un grand nombre en Phrygie, dans le diocèse de Nicolas de MyreThompson, 11 and n3.Wolfram, 61 and n141.. En 332 il envoie son fils Constantin II attaquer les Goths Tervingues, qu'il écrase. Selon Zosime (ii.31.3), environ 500 Taïfales à cheval affrontent les Romains et il n'y a pas de preuve que cette campagne ait échoué. Toutefois, les Taïfales sont largement sous domination romaine à cette époque.

Vers 336, les généraux romains Herpylion, Virius Nepotianus et Ursus répriment leur révolteBarnes, "Forty", 226, et "Constans", 331–332.. En 358 les Taïfales sont considérés comme des foederati indépendants de Rome et l'Olténie est hors du contrôle de l'Empire romainThompson, 13.. Ils se lancent dans des campagnes militaire comme alliés des Romains, contre les Limigantes (en 358 et 359) et les Sarmates (358)Wolfram, 63.. Cependant, les campagnes de l'empereur Valens contre les Goths Tervingues en 367 et 368 sont gênées par l'indépendance de l'Olténie. Il est aussi possible qu'à cette époque les Taïfales continuent de combattre aux côtés des GothsWolfram, 67.. En 365 l'empereur ordonne la construction de tours défensives dans la Dacia Ripensis, mais il n'est pas certain que cette province puisse être identifiée avec l'OlténieThompson, 14 n1.. Les fouilles archéologiques n'ont pas permis de prouver l'existence de sedes Taifalorum (établissements Taïfales) à l'est de l'Olt.

Franchissement du Danube

Au milieu du , les Taïfales harcèlent la province romaine de Dacie avec les Iazyges et les Carpiens. Cependant, l'arrivée des Huns change le contexte politique de la Dacie : « Les Huns se jettent sur les Alains, les Alains sur les Goths, et les Goths sur les Taïfales et les Sarmates »Ambroise de Milan, Expositio evangelii secundum Lucam, X.10, cité par Maenchen-Helfen, 20.. Le roi Athanaric a refusé d'étendre son mur de protection au territoire taïfale et les Huns forcent les Taïfales à abandonner l'Olténie et l'ouest de la Munténie en 376Maenchen-Helfen, 26 and n50.Wolfram, 408 n225.Wolfram, 71.. Les Taïfales s'allient avec les Greuthungi de Farnobius contre Rome ; ils traversent le Danube en 377 et sont battus à la bataille des Saules en septembre. Ammien écrit qu'ils sont annihilés, mais Zosime leur donne la deuxième importance numérique après les Goths. Il est certain qu'ils étaient nombreux. Les Taïfales étaient le plus important contigent parmi les survivants de la coalition de Farnobius. Après la victoire des Goths commandés par Fritigern à la bataille d'Andrinople (378), le roi Athanaric commence d'attaquer les Taïfales. La rupture de l'alliance entre Goths Tervingues et Taïfales est peut-être en rapport avec des divergences tactiques face à la pression des Huns et lors de la traversée du Danube, les Taïfales étant des cavaliers et les Goths combattant à piedWolfram, 99..

À la fin du , les Taïfales fournissent deux vexillatio à l'Empire, une en Orient (vexillatio palatina), l'autre en Occident (vexillatio comitatensis)Lot Ferdinand. « La « Notitia dignitatum utriusque imperii » ses tares, sa date de composition, sa valeur. », Revue des Études Anciennes. Tome 38, 1936, . 319..

Colons et lètes

Après leur rupture avec Athanaric et après avoir été vaincus par Frigérid en 380Émilienne Demougeot, « L’image officielle du barbare dans l’Empire romain d’Auguste à Théodose ». Ktèma : civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, , 1984. 138. les Taïfales sont officiellement réinstallés comme coloni pour cultiver des terres dans le nord de l'Italie (Modène, Parme, Reggio d'Émilie) et en AquitaineWolfram, 123.. L'Olténie, abandonnée, est occupée par les Huns vers 400. Certains Taïfales sont alliés aux Huns dès 378, et on en retrouve à leurs côtés à la bataille des champs Catalauniques en 451. Et donc, les Taïfales qui ont accompagné les Wisigoths ont combattu d'autres Taïfales à la bataille des Champs catalauniques. En 412, les Taïfales entrent en Aquitaine à la suite des Wisigoths.

Les Taïfales ont souvent été associés aux Sarmates et aux Citrati iuniores par les Romains, puis par Clovis. Selon la Notitia Dignitatum (début du , il y avait une unité appelé Equites Taifali (cavaliers taïfales), créée par Honorius et placée sous le commandement du comes Britanniarum en Bretagne (province romaine)Wolfram, 478 n562.. Cette unité a pu être envoyée dans les îles par Stilicon en 399, et ils ont pu être dans la même unité que les Equites Honoriani seniores mentionnés à la même époque. Ainsi, les Equites Honoriani Taifali seniores ont combattu en Bretagne alors que les Equites Honoriani Taifali iuniores ont servi en Gaule sous le commandement du maître de cavalerie. Les Taifali iuniores utilisaient un bouclier orné du dragon et de la perleNickel, 139.. Les Equites Taifali seniores avaient deux ours placés en miroir de chaque côté de la bosse centrale du bouclier, comme on le voit sur la Notitia Dignitatum. La Notitia signale aussi une unité appelée Comites Taifali dans l'empire romain d'Orient, probablement créée sous le règne de Théodose IINischer, 51..

Quelques Taïfales sont installés en Phrygie à la fin du . Aréthas de Césarée, qui écrit au , le signale en Gothograeci (sur la côte sud de la mer de Marmara), poussant Gustav Anrich que ces Taïfales de Phrygie sont les ancêtres de ces Gothograeci aux Haldon, 369–370..

Présence dans la Gaule mérovingienne

La Notitia dignitarum mentionne un praefectus Sarmatarum et Taifalorum gentilium, Pictavis in Galia (préfet des Sarmates et Taïfales à Poitiers, en Gaule)Bachrach, Merovingian, 12 n30.. La région de Poitiers est ainsi appelée Thifalia, Theiphalia ou Theofalgicus pagus au (toutes appellations signifiant "le pays des Taïfales"). Les Taïfales sont déterminants dans la défaite de la cavalerie wisigothe à la bataille de Vouillé en 507Bachrach, Merovingian, 17.. Les Taïfales conservent leur propre dux (duc) sous les MérovingiensBachrach, Merovingian, 29 and 38.. Il est possible que les lètes Taïfale qui ont servi les Romains aient également fourni des garnisons aux Francs, mais ce n'est pas mentionné dans les sources primairesDalton, I, 226, qui les appelle foederati.. Les lètes ont été intégrés à l'organisation militaire mérovingienne sous Childebert IerDalton, I, 44..

L'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, la principale source sur les Taïfales au , mentionne encore un groupe distinct en l'an 561, soit après leur établissement en Gaule, lors de leur révolte contre leur dux AustrapiusAssociation Taifali, « La préfecture des Taifales du Poitou », consulté le 25 décembre 2022.. Ce dux opprimait ce groupe, probablement dans le vicus de Tiffauges ; les Taïfales se sont donc soulevés et l'ont tuéGrégoire de Tours, IV.18.D'après Grégoire de Tours, Wolfram, 238.. L'attitude généralement positive du chroniqueur envers les Taïfales est probablement une preuve de leur orthodoxie leur manque relatif de gothisation compte tenu de leurs nombreuses années passées dans des alliances gothiques.

Les fouilles du cimetière mérovingien de Neuvicq (Charente-Maritime) ont permis de mettre au jour plusieurs sarcophages avec les noms des défunts inscrits sur le couvercle. Parmi les quelques noms, on trouve celui de Senoca, qui rapproché du nom de saint Sénoch, fait penser à un membre de ce peuple inhumé dans cette nécropoleLouis Maurin, « Le cimetière mérovingien de Neuvicq-Montguyon (Charente-Maritime) », Gallia, tome 29, fascicule 1, 1971. ..

Si la dernière mention des Taïfales comme groupe distinct date de 565, les groupes de Taïfales restés en Olténie ont certainement pris part aux migrations des Lombards et à leur invasion de l'Italie en 568Musset, 88..

Culture

La culture spécifique des Taïfales est très mal connue, bien qu'elle se rattache à celle des Germains ou des Sarmates, et que leur art ait des liens avec l'art des migrations.