Le Campagnol terrestre (Arvicola amphibius), appelé également Campagnol fouisseur ou Grand campagnol, est une espèce de rongeurs de la famille des Cricétidés qui, parmi les campagnols, est une des espèces les plus grandes (jusqu'à ). Il est très commun en Europe et en Asie en zone de prairie de moyenne montagne, où il se signale par les dégâts qu'il cause dans les herbages. Il y creuse des galeries et ronge les racines des végétauxAiroldi JP (1976) Le terrier de la forme fouisseuse du campagnol terrestre, Arvicola terrestris scherman Shaw (Mammalia, Rodentia). Z. Säugetierk, 41, 23-42..

Par suite de la régression de leurs prédateurs et en raison de modifications du paysage induites par des changements de pratiques agricolesGiraudoux, P., Delattre, P., Habert, M., Quéré, J. P., Deblay, S., Defaut, R.... & Truchetet, D. (1997) Population dynamics of fossorial water vole (Arvicola terrestris scherman): a land use and landscape perspective. Agriculture, ecosystems & environment, 66(1), 47-60 (PDF, 14pp)., ces campagnols pullulent dans certaines régions où leur doit être contrôlée. Inversement, certaines populations sont menacées d'extinction, notamment dans les îles Britanniques, où ils sont désormais protégés.

Son nom scientifique a évolué du fait des doutes sur la distinction traditionnellement faite entre les populations de Campagnol terrestre forme fouisseuse (Arvicola scherman) et Campagnol terrestre forme aquatique (Arvicola terrestris), qui semblent conspécifiques d'après la plupart des chercheurs. Cela peut engendrer des confusions avec une autre espèce du même genre, le Campagnol amphibie (Arvicola sapidus)Arvicola sapidus Miller, 1908 sur l'Inventaire national du patrimoine naturel..

Dénominations Nom scientifique valide : Arvicola amphibius (Linnaeus, 1758) Protonyme : Mus amphibius Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Campagnol terrestre, Campagnol fouisseur, Grand campagnol, Rat taupier, Arvicola terrestre, Campagnol amphibie de montagne, Campagnol nageur, Campagnol terrestre forme aquatique, Campagnol terrestre forme fouisseuse, Rat d'eau Noms vernaculaires (langage courant) : Europar ur-arratoi (basque), muenn voutin (breton), rata talpera (catalan)

Description Le corps est ramassé, plutôt rond. Les oreilles sont fines, la queue relativement courte et le museau est arrondi. Son poids est généralement compris entre 100 et . Il mesure entre 15 et de long, dont 6 à de queue. Il possède un pelage brun roux ou clair, foncé dessus, et gris-beige, plus ou moins foncé, dessous. Il possède 4 doigts et 5 orteils.

Autrefois très commun dans toute l'Europe jusqu'à la Sibérie, le campagnol terrestre est présent en France surtout dans l'est et le nord du pays, notamment dans les massifs montagneux (Alpes, Jura, Massif central) où on le trouve jusqu'à d'altitude.

Biologie

Habitat thumb|Campagnol terrestre au bord d'un cours d'eau en Allemagne. Le campagnol terrestre vit sous terre dans les prairies, mais aussi dans les jardins ou les vergers quand il y trouve une nourriture facilement accessible et appétissante (fruits en particulier).

Dans un premier temps ils colonisent les réseaux de taupes. Les terriers sont creusés profondément et suivent plusieurs niveaux. Il est possible de distinguer un niveau de galerie superficiel à moins de de profondeur, un autre plus court peut descendre de jusqu'à , il contient les nids, favorables pour passer la mauvaise saison et la reproduction. Son réseau peut atteindre . Avec ses griffes et si nécessaire à l'aide de ses incisives, il creuse des galeries dans le sol, repoussant la terre derrière lui avec les pattes, puis avec la tête, formant des monticules de surface évoquant les taupinières. Les tas provoqués par les campagnols terrestres sont plus éparpillés, et le grain de la terre plus fin. Contrairement à celui des taupes, le réseau de galeries du campagnol terrestre n'est pas rectiligne mais anarchique.

L'espèce passe presque tout son temps dans ses terriers, mais une étude basée sur la pose de pièges en surface a montré dans les années 1990 que les juvéniles quittent le terrier et se dispersent en masse au-dessus du solSaucy F. & Schneiter B. (1997) Juvenile dispersal in the vole Arvicola terrestris during rainy nights: a preliminary report, Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, 84(4), p. 333-345 (Notice Inist-CNRS et résumé) ; ces mouvements de dispersion ayant principalement lieu durant des nuits pluvieuses.

Alimentation thumb|Campagnol terrestre naturalisé. Son régime est végétarien ; il se nourrit principalement des parties souterraines des plantes, racines, bulbes, tubercules, et n'hésite pas à s'attaquer aux grosses racines des arbres, qu'il ronge progressivement leur donnant une forme caractéristique en poignard. Ces dégâts sont insidieux car le dépérissement des arbres est progressif et, souvent, quand il devient apparent, il est trop tard pour les sauver.

Il peut causer des dégâts dans certaines cultures et les vergers.

Reproduction

Le Campagnol terrestre vit en couple. Sa durée de vie varie de 6 à 8 mois.

La reproduction donne lieu à plusieurs portées de deux à huit petits. Une femelle peut avoir jusqu'à six portées par an (stratégie r) conduisant − en l'absence de prédateurs − à d'importantes pullulationsSaucy F (1988) Dynamique de population, dispersion et organisation sociale de la forme fouisseuse du campagnol terrestre (Arvicola terrestris scherman (Shaw), Mammalia, Rodentia) (Doctoral dissertation, Université de Neuchâtel, Institut de Zoologie)..

La gestation dure trois semaines.

Les jeunes : ils sont émancipés vers quatre semaines et atteignent leur maturité sexuelle vers deux mois. Dans un milieu riche en prédateurs, la plupart des petits sont mangés dans les premiers mois de leur vie.

Prédation Ses prédateurs naturels sont le loup, le lynx, la belette, l'hermine, le putois, le renard ainsi que les rapaces.

Chiens et chats peuvent aussi le chasser (et alors devenir vecteurs potentiels de certaines zoonoses pour l'Homme, dont l'échinococcose). Le vison d'Amérique introduit en Europe au semble un prédateur très efficace, au point d'être − au moins dans le Parc national des North York Moors, au Royaume-Uni − considéré comme responsable de la quasi-disparition du campagnolWoodroffe GL, Lawton JH & Davidson WL (1990) The impact of feral mink Mustela vison on water voles Arvicola terrestris in the North Yorkshire Moors National Park. Biological Conservation, 51(1), 49-62. (résumé).

Aspect sanitaire Comme tous les rongeurs, il peut véhiculer de nombreuses maladies susceptibles de toucher l'homme : parasitaires (trichinose, échinococcose alvéolaire - maladie grave pour l’homme), bactériennes (tularémie, peste, listériose) ou virales (rage)

Classification Cette espèce a été décrite pour la première fois en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778).

Arvicola terrestris est au considéré comme étant l'unique espèce vivante du genre Arvicola, mais des recherches réalisées par la suite ont amené les auteurs à distinguer d'autres espèces, jusqu'à sept espèces différentes, parmi les individus de ce genre. Après 1900 les études tendent à démontrer que le nom valide de l'espèce serait plutôt Arvicola amphibius, ce qui correspond mieux à son mode de vie semi aquatique, mais sans prendre en compte des différentes formes observées dans les îles Britanniques, en Italie, Espagne

Contrôle des populations thumb|left|alt=Campagnol mort vu du dessus|Campagnol terrestre capturé en Autriche. Le campagnol terrestre n'est pas apprécié dans les campagnes à cause de son impact négatif sur les récoltes et les berges des cours d'eau qu'il abîme en creusant des tunnels et en dévorant les racines. Ces rongeurs sont aussi des vecteurs potentiels de zoonoses comme la tularémie, une maladie infectieuse. Les hommes lui font donc de tout temps la chasse par tous les moyensJ.Niethammer, 1990. Water Voles (Genus Arvicola). Pp. 242245 dans S. Parker, ed. Grzimek's Encyclopedia of Mammals, Volume III. NY: McGraw-Hill Publishing Company.. Toutefois cette extermination systématique non concertée a conduit à sa raréfaction inquiétante dans certaines aires de son habitat naturel, tout comme dans le cas du Hamster d'Europe. Dans les îles Britanniques, par exemple, l'animal fait l'objet de mesures de conservation, en particulier depuis l'introduction du Vison d'Amérique (Mustela vison) qui met l'espèce en danger sur ces îlesADW. En France, une mission a produit un rapport rendu en portant sur les moyens de lutte à préconiser ou à rechercher et proposant des pistes de compensation financières en cas de gros dégâts. La mission a insisté sur la nécessité d'une lutte prudente et , coordonnée, collective, précoce et combinant différents moyens, et basée sur une surveillance intégrée dans le réseau d'épidémiosurveillance accompagnant le plan Écophyto 2018 du Grenelle de l'environnement. Un Bulletin de santé du végétal (BSV) spécifique aux problèmes de pullulation est éditée dans certaines régions touchées. Le Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) ne peut pas rembourser les dégâts dus aux campagnols, mais la Commission européenne n'exclut pas l'usage de fonds de mutualisation (nouveau dispositif issu du bilan de santé de la politique agricole commune) en cours de définition début 2011Question de l'assemblée nationale N° : 94871 posée au ministre de l'agriculture par M. Pierre Morel-A-L'Huissier publiée au JO du 07/12/2010 (page 13223) et réponse publiée au JO du 15/03/2011 .

Il a été récemment proposé d'utiliser des drones à caméra multispectrale (couplés à un technicien expérimenté de terrain) pour mieux recenser l'animal (un travail fastidieux)Ramadier E., Pinot A., Sobczyk-Moran G., (2019). « Discussions autour de l'estimation de la densité des populations de campagnols terrestres ». Présentation du programme de recherche sur le déclin des populations de campagnols terrestres. Mini-symposium de recherche sur la forme fouisseuse des campagnols terrestres - Clermont-Ferrand (FR) - 27/06/2019 et évaluer sa démographie..

Il a été proposé, en 1925, d'utiliser des virus pour le combattre., mais la pandémie de myxomatose chez le lapin a montré que ce mode de lutte est à moyen et long terme peu fiable et dangereux.

Méthodes préventives

Des bonnes pratiques d'hygiène contribueront à éloigner les campagnols et d'autres rongeurs : l'élimination de sources de nourriture telles que légumes, fruits ou semences laissés dans le jardin en fin de la saison. Le fauchage des herbes hautes permet aux prédateurs du campagnol de mieux le repérer.

Utilisation de prédateurs naturels La protection de ses prédateurs, mammifères carnivores et rapaces (busard cendré et busard Saint-Martin en particulier) permet d'en mieux contrôler les populations. Ces rapaces se nourrissent des rongeurs habitant dans les prairies et cultures, mais ils ont été dans certaines régions massivement tués par les appâts empoisonnés utilisés pour la lutte contre les rongeurs.

La destruction volontaire de plusieurs milliers de renards tous les ans dans nombre de départements français (où des arrêtés préfectoraux déclarent encore le renard nuisible) favorise la prolifération de ses proies régulières, les rongeurs. On estime en effet qu'un renard consomme entre et chaque annéel'alimentation du Renard http://www.chambon.ac-versailles.fr/science/faune/phy_a/alim/renard.htm.