Pessa'h (en « passage, saut », prononcé [] ou [], en , « Pâque ») est l'une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme prescrites par la Bible hébraïque, au cours de laquelle on célèbre l'Exode hors d'Égypte et le début de la saison de la moisson de l'orge qui inaugure le cycle agricole annuel.
Elle commence le à la tombée de la nuit (qui correspond, selon les années, à la fin du mois de mars ou au mois d'avril dans le calendrier grégorien) et dure sept jours (huit en diaspora selon le judaïsme orthodoxe) dont seuls les premiers et les derniers sont totalement fériés. Elle inaugure en outre la période de l'omer au terme de laquelle est célébrée la fête de Chavouot.
Particulièrement riche en rites et coutumes, la fête se distinguait originellement par l'offrande pascale que les Juifs ne peuvent réaliser depuis la destruction du Temple (les Samaritains continuent à l'offrir sur le mont Garizim). L'obligation de manger des matzot (aliments azymes) et de bannir le hametz (aliments à base de pâte levée ou fermentée) tout au long de la fête demeure en application.
Pessa'h dans les sources juives L'étymologie habituellement donnée au nom de la fête est qu'il vient du verbe Pessa'h qui signifie sauter au-dessus ou passer au-dessus en hébreu. Ceci rappelle que lors de la dixième plaie d'Égypte, la mort « saute » au-dessus des maisons des Hébreux, pour ne frapper que les premiers-nés égyptiens..
Dans la Bible hébraïque vignette|Scène biblique du sacrifice pascal (korban pessa'h), vitrail d'église paroissiale, Andelsbuch (1880).|alt=|centré thumb|220 px|Les Israélites mangent la Pâque (illustration de G. Hoet et al., Figures de la Bible, 1728). La fête de Pessa'h actuelle regroupe deux célébrations bibliques.
La première est l'offrande pascale (korban pessa'h en hébreu), le sacrifice d’un agneau âgé d’un an et sans défaut réalisée selon certaines règles par les chefs de famille au soir du quatorzième jour du mois de l’aviv. Prescrite pour la première fois avant la dixième plaie d’Égypte, la mort des premiers nés de chaque foyer, elle a pour but d’en protéger ceux qui l'auront observée : tandis qu'ils mangeront l'offrande rôtie avec des pains azymes (matzot) et des herbes amères, le sang de l’agneau mis sur les linteaux de leur demeure servira de signe car Exode 12:1-13, id. 13:4 & Deutéronome 16:1..
La seconde est la fête des azymes (hag hamatzot). Prescrite conjointement pour commémorer la sortie d’Égypte, elle dure une semaine pendant laquelle on ne peut consommer que des azymes, où le levain (hametz) doit être éliminé du foyer sous peine de retranchement du sein du peuple et dont les premier et septième jours sont des convocations saintesExode 12:14-20..
Associées à la hâte avec laquelle les Israélites sortent de l’ÉgypteExode 12:11 & Deutéronome 16:3., la pâque et la fête des azymes sont cependant présentées comme distinctes, tant dans le temps et le rite que dans la significationLévitique 23:5-6 ; Nombres 28:16-17 : Deutéronome 16:2-8. : la première, réalisée au soir du quatorzième jour du premier mois, célèbre la délivrance d’Égypte (une seconde pâque est prévue pour ceux qui auraient été dans l’impossibilité de réaliser la première) tandis que la seconde, observée pendant sept jours à compter du quinzième jour, est liée à la germination de l’orge et au cycle agraire annuel ; s'y rattachent l’offrande de l’omer prélevée sur les prémices de la nouvelle récolte et le décompte de sept semaines entières à dater de cette offrande, au terme desquelles on célèbre une nouvelle convocation sainte, la fête de la Moisson (ou des Prémices)Exode 23:15-16 ; Lévitique 23:10-16 ; Nombres 9:1-12 & 28:26..
La pâque, célébrée après la victoire de Josué à GuilgalJosué 5:10., n’est plus mentionnée jusqu’aux règnes d’Ézéchias et de Josias, dans un climat de ferveur populaire (bien qu’elle ait, selon les Chroniques, été observée au temps de Samuel et de Salomon ; les intervalles s’expliqueraient par la désunion nationale au temps des Juges et par l’idolâtrie introduite par Jéroboam)2 Rois 23:21-23, 2 Chroniques 8:12-13, 30:1-27 & 35:1-19 ; cf. .. Une autre célébration a lieu lors du retour à Sion, en conformité avec la Loi et dans un esprit joyeuxEzra 6:19-22..
vignette|Juifs à Pessah (école de Van Eyck, XV s.).
Dans la littérature rabbinique La fête de Pessa'h est, à l’époque du second Temple, fortement suivie : Flavius Josèphe estime le nombre de pèlerins venus au Temple en 65 EC à Flavius Josèphe, Guerre des Juifs 2:280. et, selon le Talmud, lorsque le roi Agrippa veut réaliser un recensement en prélevant un rein par offrande pascale, il trouve T.B. Pessahim 64b, cité dans .. Ces chiffres sont probablement exagérés : Jérusalem devait accueillir à cette occasion plusieurs dizaines de milliers de pèlerins venant de la terre d'Israël, mais aussi de la diaspora, ce qui faisait doubler la population de la ville sainte estimée à .
Outre les lois générales sur les jours fériés, mi-fériés et le pèlerinage, couvertes dans les traités Beitza, Moëd katan et Haguiga respectivement, les lois propres à la fête de Pessa'h sont détaillées dans le traité Pessa'him, troisième de l’ordre Moëd (à l’exception des lois de l’omer, traitées dans le dixième chapitre du traité Menahot).
Lois du hametz
Les quatre premiers chapitres de Pessa'him couvrent les lois relatives au hametz. Les Sages définissent comme hametz tout ce qui provient ou dérive de la fermentation des cinq espèces céréalières (blé, orge, seigle, avoine, épeautre) par adjonction de ferments, réchauffement ou contact avec l’humiditéT.B. Pessa'him 35a, cf. ..
Il est interdit d’en consommer, d’en posséder, d’en tirer profit ou d’en voirMekhilta deRabbi Ishmaël, parashat Bo, massekhta dePis'ha, parasha 10.. Bien que les rabbins du Talmud se montrent déjà fort précautionneux à ce sujet, de nouvelles mesures s’ajoutent avec le temps.
Ainsi, le nettoyage du foyer pour en chasser le hametz débute généralement après la fête de Pourim, ce qui n’empêche pas une recherche minutieuse du hametz à la veille de la fête, soit le 13 nissan au soir. (cet engouement sera expliqué dans la littérature hassidique par la volonté de chasser le « hametz spirituel », c’est-à-dire le « mauvais penchant », au travers du matérielAvodat Israël, cité dans ; cf. .). Le hametz doit être ensuite recherché dans toute la maison à la lueur d’une bougie, dès la tombée de la nuit qui précède la fête. Le hametz qui a été trouvé durant cette recherche doit être brûlé dans la matinée de la veille de Pessa'h.. Les ustensiles de cuisine doivent également en être débarrassés, par ébouillantage ou chauffage à blanc ; tous les ustensiles ne pouvant subir de tels procédés, il est de coutume de posséder un service de vaisselle réservé à la semaine de Pessa'h. Alternativement, certains vendent leur hametz à un non-Juif, en prévoyant éventuellement de le racheter après la semaine de fête.
vignette|Cuisine de Pessah, Al. Lévy (v. 1900).
La confection des matzot pour la fêteT.B. Pessahim 120a, cité dans . fait l’objet d’une surveillance si stricte pour éviter tout risque de fermentation qu’elles deviennent, chez les ashkénazes, dures, sèches et craquantes (elles sont plus hydratées chez les séfarades mais se conservent moins bien pour cette raison)Cf. .. Les plus zélés s’abstiennent même, depuis le , de manger du pain ou de la farine azyme trempésMahatzit HaShekel 458:1, Shaarei Teshouva 460:10, Birkei Yossef 463. alors que cela n’avait posé aucun problème aux rabbins du Tamud ou à RachiRachi sur T.B. Berakhot 38b. et que le Gaon de Vilna considère qu’observer cette coutume nuit à la joie de la fêteMaasse Rav 137, cf. ..
Par ailleurs, bien que l’opinion de Yohanan ben Nouri, qui considérait le riz comme hametz, soit rejetée sans équivoque dans la Guemara, les ashkénazes ainsi que certains séfarades s’en abstiennent par précaution et étendent l’interdiction aux légumineusesT.B. Pessa'him 114b, cf. Mordekhaï Pessa'him, siman 588 & Kol Bo 7b ; voir aussi ., en dépit de l’opposition de décisionnaires influents comme Jacob ben AsherArbaa Tourim Orah Hayim 453.. Ces lois déterminent grandement le menu de Pessa'h, lors de la fête et de la semaine qui s’ensuit..
Lois de la Pâque
Les cinq chapitres suivants traitent des offrandes pascales ; leurs ordonnances avaient quelque peu changé depuis la « pâque d’Égypte », elles n’étaient plus offertes à domicile mais dans l’enceinte de Jérusalem et sans aspersion de sang sur les linteauxMishna Pessa'him 9:5, cf. .. Les célébrations de Pessa'h à l’époque du Temple sont relatées avec nostalgie :
Outre l’immolation de l’agneau, les pèlerins réalisaient leurs offrandes de pèlerinage, qu’ils consommaient en même temps que l’offrande pascaleTossefta (éd. Lieberman) Pessa'him 8:7.. Il ne convenait cependant pas de sacrifier l’agneau avec l’intention de l’offrir pour le pèlerinage et réciproquement ; cette faute était l’une de celles qui rendaient l’individu passible d’apporter une seconde offrande pascale le mois suivantMishna Pessa'him 5:2 & T.B. Pessa'him 59b..
Ce rituel prit fin après la destruction du second Temple. Des groupes isolés pourraient cependant avoir continué à le réaliser sous une forme modifiée pendant un certain temps.
Rite du séder
vignette|On lui apporte le pain azyme avec le hazeret et le harosset (Mishna Pessa'him 10:3).
Le dixième et dernier chapitre de Pessa'him est consacré à l’ordonnancement du séder, un rituel élaboré sous l’influence formelle du symposion hellénique, à observer la nuit du 14 nissan en souvenir de l’offrande pascale après la destruction du second Temple...
Son rituel liturgique n’est certes pas définitivement fixé avant le au moins mais les éléments principaux sont déjà établis dix siècles plus tôt : même le plus pauvre doit manger accoudé (à la manière des patriciens romains) et trouver quatre coupes de vinVoir, « Joseph Berger. The Grape Juice Wars of Passover », The New York Times, April 7, 2017. à sa table car l’accession à la liberté doit être célébrée avec fasteMishna Pessa'him 10:1, cf. .. Après qu’il a réalisé la sanctification du jour, on lui apporte ensuite non du pain comme il serait de coutume mais du hazeret (raifort) qu’il trempe pour le ramollir ; le pain azyme vient ensuite avec le hazeret et le harosset (une pâte de fruits et de noix)Mishna Pessa'him 10:2-3, .. Des noix sont distribuées à l’enfant afin d’exciter sa curiositéT.B. Pessa'him 109a.. Après le deuxième verre, l’enfant interroge son père et s’il n’en est pas capable, son père lui pose et répond à quatre questions, glosant ensuite sur le passage arami obed avi ; sa leçon doit rappeler trois éléments : l’offrande pascale pour rappeler que Dieu « est passé au-dessus » (passa'h) des maisons des Israélites en Égypte lors de la dixième plaie, le pain azyme qui symbolise la rédemption, les herbes amères en souvenir des conditions de vie des Hébreux en Égypte. Puis, comme chacun doit joindre le passé au présent, et se considérer libéré d’Égypte en cette nuit, il commence le Hallel (qui constitue sans doute la couche la plus ancienne du séder)Mishna Pessa'him 10:4-6, cf. .. Il ne l’achève cependant qu’après avoir béni son repas sur la troisième coupe et boit la dernière coupe après l’avoir concluMishna Pessa'him 10:7.. On n’ajoute pas, après le repas, d’afikomane (au sens originel, comme il était d’usage chez les Grecs mais les rabbins babyloniens l’ont compris comme un « dessert » et c’est la coutume actuellement suivie.), et on l’achève avant la mi-nuitMishna Pessa'him 10:8-9.
vignette|Trois matzot.