Gabriel Péri né le à Toulon et mort pour la France le au Mont-Valérien (Suresnes), est un journaliste et homme politique français. Membre du Comité central du Parti communiste français, responsable du service de politique étrangère de L'Humanité et député de Seine-et-Oise, il est arrêté comme résistant par la police française et fusillé comme otage par les Allemands au fort du Mont-Valérien.
Enfance et jeunesse Né dans une famille d'origine corse, d’un père comptable à la chambre de commerce de Marseille de sensibilité républicaine, Gabriel Péri est un élève brillant qui suit sa scolarité à Marseille, au lycée PérierBiographie de Gabriel Péri., puis au lycée Thiers, où il obtient de nombreux prix mais qu'il quitte avant le baccalauréat. Tuberculeux il renonce à se présenter à toutes les épreuves. Ce qui ne l'empêchera pas d'être reconnu comme un intellectuel.
L’engagement de Péri en politique est très précoce. Il adhère aux Jeunesses socialistes en 1917 alors qu’il a seulement quinze ans. Trois ans plus tard, il adhère à la internationale communiste et devient le secrétaire régional des Jeunesses communistes. C’est moins d’un an plus tard, lors du premier congrès national de la Section française de l'internationale communiste que Péri, au nom des Jeunesses communistes, est remarqué par la direction du jeune PCF qui le charge, à vingt ans seulement, de la Fédération nationale des Jeunesses communistes, et le nomme responsable de son journal, l'Avant-garde. En tant que délégué au congrès international de la jeunesse communiste, il fait son premier voyage à Moscou à la fin de l'année 1922 ; il reste un mois en URSS - il y aurait rencontré Lénine. Selon ses biographes du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, ce séjour en Russie soviétique serait le seul qu'il eût effectuéTome 38, 197).. Il est emprisonné trois mois en 1924 pour « attentat contre la sûreté extérieure et intérieure de l’État », après avoir dénoncé l'occupation de la Ruhr ordonnée par le gouvernement de Raymond Poincaré afin de contraindre l’Allemagne à accélérer les paiements..
Après deux années entre Marseille et Nîmes, il s’installe à Paris en août 1924 et prend en charge en octobre de la même année la rubrique internationale du quotidien communiste L'Humanité, fonction qu'il exerce sans discontinuité jusqu'au . Durant cette période, il se révèle être un virulent opposant aux régimes fasciste et nazi. En 1927, il épouse Mathilde Taurinya, qui deviendra députée après guerre. Par cette union, il devient le beau-frère d'André Marty, autre personnalité importante de la sphère communiste internationale de l'époque.
Au comité central du Parti communiste français vignette|Parmi les dirigeants communistes emprisonnés à prison de la Santé en juillet 1929 : Gabriel Péri, à la droite de Maurice Thorez (au centre), André Marty. Assis devant eux, Paul Vaillant-Couturier. Dès , il est alors âgé de vingt ans, Gabriel Péri est associé à la direction du Parti communiste, au titre de représentant de la Fédération nationale de la Jeunesse communisteArchives du Parti communiste français, réunions du comité central, tome 1 (1920-1939), présentation de Serge Wolikow, Archives départementales, Bobigny. En ne tenant compte que des réunions de Comité directeur, pour lesquelles il y a recension des présents, Gabriel Péri participe à 16 réunion de cet organisme entre juin et octobre 1922. au Comité directeur. Le congrès du Parti (Lyon, 20-) l'élit membre titulaire du Comité directeur. Il est réélu à cette fonction lors de deux congrès suivant. En 1929, au pic de la politique sectaire et "gauchiste" du PCF son nom disparaît de la direction. Puis en ( congrès, Paris) il réintègre (comme suppléant) le Comité central. Réélu lors du congrès (Villeurbanne) en , il est promu "titulaire" par les congressistes lors du congrès (Arles, ). Cette longévité dans l'organisme national de direction du parti communiste entre les deux guerres est relevée par l'historienne Annie KriegelAnnie Kriegel, "Les communistes français", Le Seuil, 1968, page 169.. Gabriel Péri est dans le cercle restreint de ceux qui dirigent le Parti. Six fois élu au comité central, il est devancé par trois militants (Marcel Cachin, 9 fois élu, Henri Gourdeaux, 8 fois élu, et Renaud Jean, 7 fois élu). Il est en compagnie de cinq militants élus comme lui à six reprises : Henri Raynaud, Louis Sellier, Pierre Semard, Maurice Thorez, et Paul Vaillant-Couturier. Bien qu'il n'ait jamais accédé au Bureau politique, Péri est un de ceux qui maintiennent le Parti communiste en dépit des virages politiques au cours de ses quinze premières années, puis de ceux qui mettent en œuvre avec succès la politique de Front populaire.
Député de Seine-et-Oise Gabriel Péri est candidat aux élections législatives en avril- dans la de Toulon (Var): « Gabriel Péri, rédacteur à l'Humanité » affronte le socialiste Pierre Renaudel, ancien directeur de l'Humanité. Le duel tourne court et son maintien au second tour n'empêche pas la réélection du cacique socialiste. Gabriel Péri recueille au premier tour (13,9 % des suffrages) et, suivant les consignes de la direction de son parti, il se maintient au second tour où il obtient . Renaudel est élu par , devant son adversaire (socialiste indépendant) qui obtient suffrages. Gabriel Péri est encore présenté par son parti en lors d'une élection partielle à Marseille. Malgré ses 25,7 % au premier tour il est devancé dans sa ville natale par le candidat du Parti socialiste SFIO, qui est élu au second tourPéri recueille au premier tour, et au deuxième tour..
Candidat du PCF aux élections législatives de 1932, il est présenté dans la première circonscription de l'arrondissement de VersaillesLui-même aurait préféré retrouver les électeurs marseillais, mais il s'incline devant son parachutage, Cf .. Il semble que les militants de cette circonscription ouvrière eussent préféré un militant du crû et que la direction nationale ait imposé Gabriel Péri, pour ses talents d'orateur, dans une circonscription jugée potentiellement gagnable. Des neuf communes de la circonscription, Argenteuil est la villeVoir Robert Montdargent, Gabriel Péri, la double loyauté. la plus importante, mais seule la ville de Bezons élit régulièrement depuis 1920 une municipalité "rouge". La bataille électorale de 1932 se traduit nationalement par une déroute du Parti communiste. À Versailles 1, Gabriel Péri est devancé au premier tour par le député sortant André de Fels- 1932, circonscription de Versailles 1 () : inscrits, votants, suffrages exprimés, de Fels voix, Péri voix (les 6 autres candidats obtiennent voix, voix, voix, voix, etc. Cf. Le Temps 3 mai 1932. d'une centaine de voix. La division de candidats de droite, le désistement du candidat socialiste, le retrait "bienveillant" du candidat radical, et les qualités de Gabriel Péri transforment le second tour : Péri est élu avec plus de 900 voix d'avance sur son concurrent immédiat- 1932, Versailles 1, : votants, suffrages exprimés, Gabriel Péri, voix, de Fels voix ; Deux autres candidats obtiennent et 532 voix. Cf Le Temps, 10 mai 1932.. À trente ans Gabriel Péri devient député, à la suite d'une élection de type "front populaire", bien avant la lettre. Il est l'un des douze élus communistes, dont Maurice Thorez, 32 ans, lui aussi élu pour la première fois. Les électeurs du département de Seine-et-Oise (ceux de Corbeil 1) envoient un autre communiste au Palais-Bourbon, en la personne de Lucien Midol, ingénieur des chemins de fer.
Parmi les causes que Gabriel Péri défend à la Chambre des Députés figure celle du pédagogue et militant communiste Célestin Freinet, alors au cœur d'une polémique nationale violente, à l'Assemblée nationale, puis en audience auprès du ministre de l'Éducation Anatole de Monzie. Il ne peut pourtant pas empêcher le déplacement d'office de Freinet. Maurice Wullens, présent lors de cet entretien, en fait le récit dans la revue Les Humbles. Les élections législatives des et se déroulent dans une configuration favorable à sa réélection : selon le préfet de Seine-et-Oise les atouts de Gabriel Péri en font le favori de l'épreuve : il est "intelligent et actif, ayant un gros ascendant personnel et une réelle popularité." De plus les élections municipales de 1935 ont renouvelé le mandat du maire communiste de Bezons, et permis l'élection d'une municipalité communiste à Argenteuil, une des plus importantes communes de la banlieue parisienne avec ses habitants. En Seine-et-Oise même, 31 communes sont administrées par des maires communistesRapport d'organisation au congrès du PCF, Arles, 1937.; la ceinture "rouge" des communes du département de la Seine, se double d'une ceinture de même couleur en Seine-et-Oise. Le maire d'Argenteuil, Victor Dupouy, d'un an plus âgé que Gabriel Péri, est son assistant parlementaire. Le conseiller d'arrondissement d'Argenteuil élu en 1934 est communisteIbid....et les électeurs du canton d'Argenteuil, lors des cantonales d'octobre 1937, envoient siéger au conseil général de Seine-et-Oise, Louis Perronnet, maire de Bezons, parachevant le quadrillage électoral.. Au soir du premier tour il ne s'en faut que de 122 voix pour que Péri soit élu- 1936, Versailles 1, : inscrits, votants, suffrages exprimés, (majorité absolue : ), Gabriel Péri, voix, 49,61 % des suffrages. Mauranges, "radical indépendant", voix, Weber (socialiste SFIO), voix. Deux autres candidats obtiennent 924 voix et 671 voix. cf Georges Lachapelle, élections législatives 26 avril & 3 mai 1936 édité par, Le Temps, 1936.. Au second tour Péri obtient des suffrages exprimés; voix le séparent de son adversaire malheureux. Péri réélu est l'un des neuf députés communistes (pour un total de 16) de Seine-et-Oise, où le total des voix communistes croît de 45,6 % par rapport aux élections de 1932Selon les chiffres publiés dans L'Humanité du 29 avril 1936 : voix en 1932, voix en 1936..
Vice-président de la Commission des Affaires étrangères Membre tout d'abord de la Commission de l'Enseignement à la Chambre des députés, lors de son premier mandat, il avait fort logiquement intégré en 1934 la Commission des Affaires étrangères. En 1936, la majorité du front populaire le fait élire vice-président de cette commission. Il y déploie une activité qui en fait un des orateurs les plus écoutés de la Chambre des députésNotice Gabriel Péri, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, tome 38,page 199..
À son retour d’Espagne en , il s'oppose à la politique de non-intervention, adoptée par le gouvernement français mais « ouvertement niée par l’Allemagne (hitlérienne), l’Italie (mussolinienne) et le Portugal (salazariste) ».. Il continue de défendre par la suite, dans ses interventions à l'Assemblée, l'idée d'une autre politique étrangère pour éviter que « le rapport de forces » ne soit modifié de façon décisive entre « les forces de la démocratie et celles du fascisme international ». En , il séjourne pendant près d'un mois en Algérie, en Tunisie et au Maroc, d'où il publie une enquête diffusée dans l’Humanité, avant de l’être en brochure.
Présent à Prague en , alors que l'Allemagne nazie manifeste ses ambitions sur la région des Sudètes, il défend « la Tchécoslovaquie (qui) veut vivre libre », fustigeant « les prétendus amis de la Tchécoslovaquie qui dans les couloirs de la Société des Nations ou bien dans quelques salles de rédaction parisienne prétendent que le gouvernement tchécoslovaque ne pourra faire autrement que de céder aux revendications territoriales allemandes : de Prague, je vous crie de toutes mes forces que ces prophètes de malheur se trompent. Les peuples de la Tchécoslovaquie ne veulent pas connaître le sort de la malheureuse Autriche. Ils sont résolus à défendre leur indépendance et leur liberté. Ils ne céderont pas. »