Léopold Sédar Senghor (), né le à Joal (Sénégal, AOF) et mort le à Verson, est un homme d'État sénégalais, poète, écrivain et premier président de la république du Sénégal. Il est ministre en France avant l'indépendance du Sénégal et est le premier Africain à siéger à l'Académie française.
Il est le symbole de la coopération entre la France et ses anciennes colonies pour ses partisans ou du néocolonialisme français en Afrique pour ses détracteurs.
Sa poésie, fondée sur le chant de la parole incantatoire, est construite sur l'espoir de créer une Civilisation de l'Universel, fédérant les traditions par-delà leurs différences. Par ailleurs, il approfondit le concept de négritude, notion inspirée par Paulette Nardal et développée par Aimé Césaire qui la définit ainsi :
Biographie Enfance et jeunesse (1906-1928) Léopold Sédar Senghor naît le Son acte de baptême indique le , sa fiche d'état civil le 9 octobre et certains membres de sa famille font état d'une autre date..Voir la généalogie de la famille Senghor sur la base généalogique roglo.eu. à Joal, petite ville côtière située au sud de Mbour, Sénégal. Son père, Basile Diogoye Senghor, est un commerçant catholique. Originaire de Djilor, sa mère, Gnilane Ndiémé Bakhoum, morte en 1948, que Senghor appelle dans Élégies « Nyilane la douce », appartient à l'ethnie sérère et à la lignée Tabor. C'est la troisième épouse de Basile Diogoye Senghor, avec lequel elle a quatre filles et deux garçons. Le prénom sérère Sédar signifie « qu’on ne peut humilier ». Son prénom catholique « Léopold » lui fut donné par son père en souvenir de Léopold Angrand, riche commerçant métis ami et employeur ponctuel de son père.. Avant son baptême, Sédar Gnilane (il était alors d'usage que le prénom du fils fût accompagné de celui de sa mère), futur Léopold, passe les premières années de sa vie chez sa famille maternelle, les Bakhoum. Puis de retour chez son père, le jeune Léopold fréquente plus tard la maison catholique de Joal (auprès du père Dubois) où il apprend le catéchisme et les premiers rudiments de la langue française. Senghor commence ses études au Sénégal, d'abord chez les Pères Spiritains à Ngazobil pendant six ans, puis à Dakar au collège-séminaire François Libermann et au cours secondaire de la rue Vincens, qui s'appellera plus tard le lycée Van-Vollenhoven et aujourd'hui lycée Lamine-Guèye. Il est déjà passionné de littérature française. Bon élève, il réussit le baccalauréat, notamment grâce au français et au latin. Le directeur du lycée et ses professeurs recommandent d'envoyer Senghor poursuivre ses études en France. Il obtient une demi-bourse de l'administration coloniale et quitte pour la première fois le Sénégal à l'âge de 22 ans. Il appartient à la petite minorité d’élèves destinée à constituer l'élite noire de la colonie..
Études supérieures Senghor arrive à Paris en 1928. Cela marque le début de « seize années d’errance », selon ses dires. Il étudie en classes préparatoires littéraires au lycée Louis-le-Grand (grâce à l'aide du député du Sénégal Blaise Diagne) et également à la faculté des lettres de l'université de Paris. À Louis-le-Grand, il côtoie Paul Guth, Henri Queffélec, Robert Verdier et Georges Pompidou, avec qui il se lie d'amitié. Il y rencontre également Aimé Césaire pour la toute première fois. Il obtient en 1931 une licence de lettres..
Début de carrière dans l'enseignement En 1935, il réussit le concours d'agrégation de grammaire après une première tentative sans succès. Il est le premier Africain lauréat de ce concours. Pour s'y présenter il a dû faire une demande de citoyennetéSenghor est né à Joal, ville située en dehors de la zone administrative directe limitée en 1890 aux communes de Dakar, Gorée et Rufisque et Saint-Louis. Seuls les habitants de ces quatre communes pouvaient bénéficier du statut de « citoyen français », les autres demeuraient sujets français ()., qu'il obtient grâce à l'appui de Blaise Diagne. Il possédait auparavant le statut de sujet français.
Il commence sa carrière de professeur de lettres classiquesLe dossier de carrière de Léopold Sédar Senghor est conservé aux Archives nationales sous la cote F/17/30418/B. au lycée Descartes à Tours, puis est muté, en , au lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, dans la région parisienne (une stèle y commémore son passage). Outre ses activités d'enseignant, il suit des cours de linguistique négro-africaine dispensés par Lilias Homburger à l'École pratique des hautes études et ceux de Marcel Cohen, Marcel Mauss et de Paul Rivet à l'Institut d'ethnologie de l'université de Paris.
Seconde Guerre mondiale (1939-1945) En 1939, Senghor est enrôlé comme fantassin de au d'infanterie coloniale. Le , il est arrêté et fait prisonnier par les Allemands à La Charité-sur-Loire (selon son propre récit) ou à Villabon (selon ses documents de captivité). Il est interné dans divers camps de prisonniers (Romilly, Troyes, Amiens). Il est ensuite transféré au Frontstalag 230 de Poitiers, un camp de prisonniers réservé aux troupes coloniales. . D'après son récit, Senghor facilite l'évasion de deux soldats français et est transféré au camp des As à Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux (selon le chercheur allemand Raffael Scheck son récit est douteux et il est probable que son transfert soit lié à un regroupement administratif). Il y est emprisonné du jusqu'en début d'année 1942 où il est libéré, pour cause de maladie. Au total, Senghor passe deux ans dans les camps de prisonniers, temps qu'il consacre à la rédaction de poèmes dont Hosties noiresCette expérience est consignée dans un rapport découvert en 2010 aux Archives nationales par le chercheur allemand Raffael Scheck : .. Il reprend ses activités d'enseignant et participe à la résistance dans le cadre du Front national universitaire..
Homme d'État Dans la France coloniale (1945-1960) Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il reprend la chaire de linguistique à l’École nationale de la France d'outre-mer qu'il occupe jusqu'à l'indépendance du Sénégal en 1960. Au cours d'un de ses voyages de recherche sur la poésie sérère au Sénégal, le chef de file local des socialistes, Lamine Guèye, lui propose d'être candidat à la députation. Senghor accepte et est élu député à l'Assemblée nationale française, où les colonies viennent d'obtenir le droit d'être représentées. Représentant la circonscription du Sénégal et de la Mauritanie, il se démarque de Lamine Guèye au sujet de la grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger. Guèye vote contre car le mouvement social paralyse la colonie alors que Senghor soutient le mouvement, ce qui lui vaut une grande popularité.
Il souhaite une réforme du système colonial, ce qui le conduit à publier en "La Communauté impériale française", dont les propositions rejoignent celles d'Henri Laurentie. Opposé à l'indépendance des colonies, il milite pour que l'Union française constitue « une maison familiale, où il y aura sans doute un ainé, mais où les frères et les sœurs vivront vraiment dans l'égalité ». Cette position très modérée est conforme à celle de son parti, la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), et tend à occulter la question des droits politiques réels des colonisés.
Le , Senghor se marie avec Ginette Éboué (1923-1992) , qui est attachée parlementaire au cabinet du ministre de la France d'Outre-mer et fille de Félix Éboué, ancien gouverneur général de l'Afrique-Équatoriale française (AEF). De leur union naissent deux fils : Francis-Arphang (né le ) et Guy-Wali (né le , décédé en 1983 à la suite d'une chute du cinquième étage de son appartement de Paris. Senghor lui consacre le poème « Chants pour Naëtt », repris dans le recueil de poèmes Nocturnes sous le titre « Chants pour Signare »).
Il n'est pas présent en au congrès fondateur du Rassemblement démocratique africain (RDA) à Bamako du fait des pressions du ministre la France d’Outre-mer Marius Moutet. Revenant sur cet épisode, il incrimine alternativement le communisme du RDA et l'autoritarisme de la SFIO, tout en précisant :
Fort de son succès, il quitte en 1948 la section africaine de la SFIO qui avait soutenu financièrement en grande partie le mouvement social, et fonde avec Mamadou Dia le Bloc démocratique sénégalais (1948), qui remporta les élections législatives de 1951. Lamine Guèye perd son siège. La même année, il écrit le poème Tiaroye, réagissant au massacre de Thiaroye ; une fois président, il ne fait aucune démarche pour obtenir justice pour les tirailleurs assassinés ce jour-là .
Il se rapproche de Louis-Paul Aujoulat, député conservateur du Cameroun, et constitue avec lui un nouveau bloc parlementaire entrant en concurrence avec celui du RDA. Il est partisan d'un modèle associatif d'union des États confédérés au sujet des territoires africains, s'opposant à Félix Houphouët-Boigny, qui préférait les territoires aux fédérations. À cette époque, François Mitterrand le décrit dans un rapport confidentiel comme un Le ministre de la France d’outre-mer, Pierre Pflimlin, juge pour sa part :
Réélu député en 1951 comme indépendant d'Outre-mer, il est secrétaire d'État à la présidence du Conseil dans le gouvernement Edgar Faure du au , devient maire de Thiès au Sénégal en , puis ministre conseiller du gouvernement Debré, du au .. Il fut aussi membre de la commission chargée d’élaborer la constitution de la Cinquième République, conseiller général du Sénégal, membre du Grand Conseil de l'Afrique occidentale française et membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Plutôt malheureuse, son union avec Ginette se conclut par un divorce en 1955-1956, au terme d'un long procès devant les autorités ecclésiastiques qui avait abouti à déclarer nul — fait rare — ce premier mariage. Il s'était remarié l'année suivante avec Colette Hubert., une Française née en 1925 de l'union de Jean Roger Hubert et Marie Thaïs Daniel de Betteville, originaire de Normandie, avec qui il eut un fils, Philippe-Maguilen ( - ), mort dans un accident de la circulation à Dakar. Il consacre le recueil Lettres d'Hivernage à sa seconde épouse. Senghor fait paraître en 1964 le premier d'une série de cinq volumes intitulée Liberté. Ce sont des recueils de discours, allocutions, essais et préfaces. vignette|140x140px|Drapeau de la Fédération du Mali.
Senghor est un fervent défenseur du fédéralisme pour les États africains nouvellement indépendants, une sorte de « Commonwealth à la française ». Le , une « convention africaine » est créée. La convention réclame la fondation de deux fédérations en Afrique française. Senghor se méfie de la balkanisation de l'AOF, composée de huit petits ÉtatsCôte d’Ivoire, Dahomey, Guinée, Haute-Volta, Mauritanie, Niger, Sénégal et Soudan.. Le fédéralisme n'obtenant pas la faveur des pays africains, il décide de former, avec Modibo Keïta, l'éphémère fédération du Mali avec l'ancien Soudan français (l'actuel Mali). La fédération du Mali est constituée en et regroupe le Sénégal, le Soudan français, le Dahomey (l'actuel Bénin) et la Haute-Volta (l'actuel Burkina Faso). Un mois après, le Dahomey et la Haute-Volta quittent la fédération refusant sa ratification. Les deux fédéralistes se partagent les responsabilités. Senghor assure la présidence de l'Assemblée fédérale. Modibo Keïta prend la présidence du gouvernement. Les dissensions internes provoquent l'éclatement de la fédération du Mali. Le , le Sénégal proclame son indépendance et le , Modibo Keïta proclame l’indépendance de la République soudanaise qui devient la république du Mali.
République parlementaire bicéphale (1960-1962)
Élu le à l'unanimité de l'Assemblée fédérale., Senghor préside la toute nouvelle République du Sénégal. Il est l'auteur de l'hymne national sénégalais, le Lion rouge.