André Masséna, né Andrea Massena, duc de Rivoli et prince d'Essling, né le à Nice (alors dans le comté de Nice du royaume de Sardaigne) et mort le à Paris, est un militaire italien naturalisé français, élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon en 1804.
Il commence sa carrière dans l'armée de l'Ancien Régime et participe aux guerres de la Révolution française, au cours desquelles il s'affirme comme l'un des meilleurs généraux de la République. Après avoir été le principal lieutenant de Napoléon Bonaparte pendant la première campagne d'Italie, où il contribue de façon décisive aux victoires d'Arcole et de Rivoli, il remporte en 1799 la deuxième bataille de Zurich dont les répercussions stratégiques sont considérables pour la France.
Sous l'Empire, il continue de faire preuve d'une grande compétence dans ses divers commandements, tant sous les ordres directs de Napoléon qu'à la tête d'une force indépendante sur des théâtres d'opération secondaires. En 1805, il se bat une nouvelle fois en Italie, envahit peu après le royaume de Naples et joue un rôle majeur au cours des batailles d'Essling et de Wagram en 1809. Cependant, son échec au Portugal face au général anglais Wellington l'année suivante lui vaut la disgrâce de l'Empereur qui ne lui confie plus aucun poste militaire d'envergure durant l'Empire. Rallié aux Bourbons à la Restauration, il meurt peu après à l'âge de 58 ans.
Doté d'un sens tactique et stratégique dans l'exercice de son commandement, Masséna jouit de l'estime de Napoléon qui le considère comme son meilleur subordonné, allant jusqu'à le surnommer pour son comportement à la bataille de Rivoli. Sa réputation est cependant ternie par sa cupidité et son goût pour le pillage.
Biographie Ancien Régime Fils de Jules César Masséna et de Catherine Fabre, André Masséna naît le à Nice, dans le comté du même nom, il a pour nom de baptême Andrea Massena et est baptisé le 6 en la cathédrale Sainte-Réparate par le chanoine Ignazio Cacciardi. Sa famille, originaire du Piémont et installée depuis au moins trois siècles dans la vallée de la Vésubie, possède des terres à Levens, situé dans l'arrière-pays de Nice. Son père, après avoir servi un temps dans l'armée, devient marchand de vin puis négociant à son retour au pays en 1754. Il se marie la même année avec Catherine Fabre, dont le père est entrepreneur de travaux et armateur toulonnais, et de qui il a six enfants. Malade de la tuberculose, il meurt en 1764 et sa veuve, vite remariée, confie les orphelins aux soins de la famille de son premier époux ; André, l'aîné des trois garçons, est alors âgé de six ans.
Il passe son enfance à Levens dans la maison familiale et se révèle très tôt comme un garçon turbulent. Alors qu'il n'a pas encore dix ans, sa grand-mère, soucieuse de compenser son manque d'éducation, tente d'en faire un boulanger mais le jeune André ne s'y plaît guère, pas plus qu'à la savonnerie de son oncle où il travaille jusqu'à l'âge de 14 ans. Renonçant alors à une carrière d'artisan, il préfère s'enfuir pour s'engager comme mousse sur un navire marchand et effectue plusieurs traversées océaniques. En 1775, à l'âge de 17 ans, il abandonne définitivement le métier de marin et, sur le conseil de son oncle Marcel qui y sert déjà en tant que sous-officier, s'engage dans le régiment Royal-Italien stationné à Toulon.
Avantagé par sa bonne condition physique, il y apprend le métier des armes tandis que son oncle se charge de son éducation. Caporal le , il est successivement promu sergent le , fourrier en 1782 et enfin adjudant à 26 ans le . C'est alors le plus haut grade au sein de l'armée royale française qu'un roturier est en droit d'espérer. Le de la même année, Masséna est reçu apprenti dans la loge Les Élèves de Minerve, à Toulon. Sa progression au sein de la hiérarchie de cette loge est rapide et il en devient maître de cérémonie dès le . Le , le Grand Orient crée la loge de La Parfaite Amitié au sein même du régiment Royal-Italien, dont Masséna devient le président..
En 1788, à la suite de la restructuration du Royal-Italien, Masséna est envoyé à Antibes où il intègre le corps des chasseurs royaux de Provence. Il s'y fait remarquer comme un sous-officier compétent ; son avancement étant désormais bloqué, il demande l'année suivante à passer dans la gendarmerie, mais sa demande est rejetée en dépit des recommandations de son supérieur. Il quitte finalement son régiment le , dans les premiers jours de la Révolution française, pour aller s'installer à Antibes. Il s'y marie le avec Marie Rosalie Lamera (ou Lamare), fille d'un maître chirurgien. Peu fortuné, Masséna ouvre une épicerie et se livre pendant environ deux ans, sans grand succès, à la contrebande. Dans le même temps, il devient un membre actif des cercles révolutionnaires locaux. La Révolution ayant instauré la formation de gardes nationales dans les villes, Masséna est nommé instructeur de celle d'Antibes en raison de son expérience militaire. Il montre à ce poste une grande efficacité et est directement élu capitaine instructeur du de volontaires du Var le . Il passe ensuite lieutenant-colonel en second le et lieutenant-colonel en premier le suivant.
Guerres de la Révolution française
thumb|upright|left|André Masséna en uniforme de lieutenant-colonel au du Var (peinture de Ferdinand Wachsmuth, 1834).
Il participe à la première campagne du Piémont dans les armées de la République. Son bataillon est affecté à l'armée du Var commandée par le général Jacques Bernard d'Anselme, dans une brigade comprenant aussi le bataillon du Var, le bataillon de l'Hérault et un escadron de dragons. Masséna se forge rapidement une réputation de chef soucieux de la discipline et de l'entretien de son unité. Le général d'Anselme pénètre dans la ville de Nice le à la tête des troupes françaises d'occupation du comté de Nice ; peu de temps après, le bataillon de Masséna, intégré à la colonne du général Brunet, occupe la principauté de Monaco au mois d'octobre. Les exactions commises par l'armée française suscitent la colère des populations locales et Masséna doit participer à la répression du mouvement barbet de résistance à l'occupation française du Comté de Nice. Originaire du pays et le connaissant parfaitement, il est de ce fait particulièrement apprécié par sa hiérarchie qui cite également en exemple la bonne tenue de son bataillon.
Le , Masséna participe à un assaut sur le col de Tende. Malgré un succès initial, lui et ses hommes butent sur le camp défensif de Pérus, tenu par les Austro-Piémontais, et doivent se retirer en désordre. Cet échec ne porte pas atteinte à la carrière de Masséna qui bénéficie du soutien du nouveau commandant en chef de l'armée, le général Dumerbion, un ami de la famille. Il reçoit le commandement du camp de Fougasse, sur le col de Turini, et procède dans le même temps, sur ordre, à l'arrestation du général Dortoman, dont la gestion des troupes est mise en cause. Le , il est nommé chef de brigade du d'infanterie, mais Dumerbion refuse de le laisser rejoindre son affectation et Masséna reste donc au camp de Fougasse ; cinq jours plus tard, le , il apprend son élévation au grade de général de brigade. Il résiste aux assauts des Piémontais les 7 et puis, après son transfert à l'aile gauche de l'armée d'Italie, s'empare d'Utelle le . Il sollicite peu après un congé pour se reposer chez ses proches à Antibes.
Cet intermède ne dure pas longtemps : le , il est détaché au corps de siège de Toulon sous les ordres de Dugommier. Dès son arrivée, remplaçant au pied levé le général La Poype, il conduit en personne une colonne à l'assaut du fort Lartigue dont il se rend maître à la première charge. Il retourne alors les canons de gros calibre présents dans le fort contre la flotte anglaise déployée dans la rade de Toulon, ce qui, conjuguée à la chute du fort de l'Aiguillette — dans laquelle s'illustre un officier du nom de Napoléon Bonaparte —, précipite le repli de l'escadre britannique. En récompense de ses services, Masséna est promu au grade de général de division à titre provisoire le et nommé gouverneur de Toulon deux jours plus tard.
Il retourne ensuite à l'armée d'Italie en et obtient le commandement de l'aile droite. À la fin du mois de mars, conformément aux ordres de Dumerbion, il déclenche une offensive dans le secteur de Gênes qui le porte jusqu'à Garessio le puis à Colle Ardente qu'il enlève en même temps que le camp des « mille Fourches ». En conjonction avec le général Macquard, commandant la division du centre, il enlève le fort de Saorge le puis le col de Tende le , ouvrant à l'armée d'Italie les portes du Piémont. Selon Jean-Jacques Prévost, . Il est confirmé dans son grade de général de division le . À la même période, jugeant son dispositif trop étendu, il décide cependant de rétrograder avec ses hommes jusqu'à Ormea par crainte d'un retour offensif des Impériaux. Le suivant, il bat avec soldats les Autrichiens du général Wallis à la bataille de Dego.. Malade, il quitte ses fonctions le et sa division est confiée au général Sérurier.
De retour à l'armée en , Masséna est placée à la tête de la division de l'aile droite de l'armée d'Italie. Le front italien ne connaît alors guère d'activité mais, à la fin du mois de juin, les Austro-Piémontais passent à l'attaque et obligent les Français à reculer sur Borghetto, reconquérant le terrain perdu l'année précédente. Chassé de Melogno le , Masséna se replie mais parvient tout de même à maintenir la discipline parmi ses troupes. À la suite de cet échec, le général en chef Kellermann est remplacé par Schérer qui décide, après avoir consulté Masséna, de lancer une offensive à l'approche de l'hiver. La manœuvre principale au centre est confiée à Masséna, qui commande pour l'occasion les deux divisions Laharpe et Charlet auxquelles s'ajoute un contingent de réserve. Le , lors de la bataille de Loano, il bouscule les positions adverses jusqu'au mont Settepani, non sans essuyer des pertes sévères, avant de se rabattre au sud en direction de Finale, sur la côte méditerranéenne. Ses forces contournent ainsi Loano et l'armée autrichienne du général Wallis positionnée sur la route de Finale, qui rétrograde finalement sur Savone en abandonnant aux Français une grande partie de son artillerie et de ses bagages. La contribution décisive de Masséna à la victoire lui vaut les félicitations du général Schérer, et le représentant François Joseph Ritter écrit aux autorités : .
Sous les ordres de Bonaparte en Italie
vignette|Le général André Masséna.
Masséna, alors âgé de 37 ans et à la réputation déjà bien établie, semble tout désigné pour succéder à Schérer au commandement en chef de l'armée d'Italie. C'est donc avec scepticisme qu'il accueille la nomination à ce poste du général Napoléon Bonaparte, de dix ans son cadet, davantage connu pour ses influentes relations dans les cercles parisiens que pour son expérience des champs de bataille. D'abord hostiles au nouveau venu, Masséna et les autres divisionnaires sont cependant très vite séduits par la détermination, l'énergie et le sens du commandement de ce dernier. Au commencement de la campagne, en , Masséna a sous ses ordres les divisions Laharpe ( hommes) et Meynier ( hommes).