Axel de Fersen (en suédois : ), dit « le Jeune », né le à Stockholm et mort lapidé le dans la même ville, est un comte et militaire suédois, célèbre pour son rôle de favori et d'intrigant auprès de la reine de France Marie-Antoinette.

Biographie À Versailles Il est le fils du feld-maréchal Fredrik Axel de Fersen et de la comtesse, née Hedwige-Catherine de La Gardie, et frère de la comtesse Piper et de la comtesse Klinckowström. Cousin de la maîtresse du futur roi de Suède et dame d'honneur (Hovmästarinnan) de la reine Sophie-Madeleine, la comtesse Löwenhielm, née Augusta von Fersen, et d'Ulrika von Fersen, il a pour tante la fameuse scientifique Eva Ekeblad.

En 1774, achevant son Grand Tour d'Europe destiné à parfaire son éducation, il arrive à la cour de France, où il fait vive impression par son physique avantageux. Le comte de Creutz, ambassadeur de Suède, écrit à son sujet au roi Gustave III : De tous les Suédois qui ont été ici de mon temps, c'est celui qui a été le mieux accueilli dans le grand monde. Il a été extrêmement bien traité dans la famille royale. Il n'est pas possible d'avoir une tenue plus sage et plus décente que celle qu'il a tenue. Avec la plus belle figure et de l'esprit, il ne pouvait manquer de réussir dans la société, aussi l'a-t-il fait complètement.

Le , il rencontre la dauphine Marie-Antoinette, incognito, au bal de l'Opéra. Il rentre ensuite en Suède, puis revient à la Cour de France en août 1778. La reine, qui ne l'a pas oublié, en le voyant dit « C'est une vieille connaissance ! » et toute la Cour note qu'elle traite avec une attention particulière le jeune homme. Au cours de l'hiver 1779, il devient l'un des familiers de la reine, et collectionne les conquêtes féminines. Mais Fersen rêve également de se battre.

Il demande à rejoindre le corps expéditionnaire français qui part en Amérique. Le roi de Suède, à qui le comte de Creutz a fait part de l'inclination de Marie-Antoinette, intervient, et Fersen obtient d'être nommé aide de camp du comte de Vaux, qui doit commander les troupes. Finalement, le corps expéditionnaire ne part pas, et Fersen rentre au château de Versailles, très dépité. Il fait le siège du comte de Vergennes et du prince de Montbarrey, ministre de la Guerre. Le , il est nommé colonel attaché à l'infanterie allemande, et part enfin pour les Amériques fin , où il participe à la guerre d'indépendance des États-Unis sous les ordres du comte de Rochambeau.

La guerre d'indépendance américaine Il se fait apprécier de Rochambeau qui l'appelle son « premier aide de camp », se lie avec le duc de Lauzun qui lui promet le brevet de colonel commandant sa légion, et le marquis de Ségur, qui lui promet également de le nommer colonel en second. Fersen se conduit brillamment au siège de Yorktown en Virginie. Grâce à l'intercession de Marie-Antoinette, il obtient, en octobre 1782, la place de colonel en second du régiment Royal-Deux-Ponts. Il déclare alors à son père qu'il souhaite rester en Amérique jusqu'à la fin du conflit, et ensuite passer au service de Gustave .

Retour à Versailles vignette| Portrait en miniature (1778) : Fersen, à 23 ans (Nationalmuseum, Stockholm). Il rentre de campagne en , et se rend à Versailles où il obtient, toujours par la faveur de Gustave et de la reine, le Royal-Suédois en pleine propriété. La rumeur va alors bon train à la courFersen est admis dans le premier cercle de Marie-Antoinette et grossit les rangs de ses chevaliers servants, tels Lauzun et Besenval. Le Suédois soupe au Petit Trianon, offert par Louis XVI à la reine – ce fut sa première décision lorsqu'il devint roi - qui en a fait son séjour favori et l'instrument de son indépendance à distance de la cour. On le voit jouer à colin-maillard avec la duchesse de Polignac et la princesse de Lamballe au Hameau de la reine. La masse des courtisans maintenue à l'écart de cette coterie s'aigrit et l'on jase sur les familiarités, voire pire, prêtées aux intimes de la souveraine.. En septembre, il quitte Versailles et rejoint Gustave qui se rend incognito en Italie. Tout en multipliant les conquêtes féminines, il entretient à partir de novembre une double correspondance suivie avec Marie-Antoinette, officielle adressée à la reine de France, et personnelle, secrète, adressée à .

En , Fersen revient à Versailles, dans l'entourage de Gustave qui voyage toujours sous le nom de « comte de Haga », et qui ne va pas tarder à le gratifier d'une pension de livres annuelles, qui lui permet de mener bon train à la cour. En juillet, il rentre en Suède pour huit mois. Il revient ensuite en France prendre possession de son régiment, à Landrecies, près de Valenciennes, et partage son temps entre la cour et son régiment.

En 1787, il part quelques semaines pour accompagner Gustave dans sa guerre en Finlande contre Catherine II de Russie. Au printemps 1789, son père est arrêté pour avoir pris parti pour les droits de la noblesse dans le conflit qui oppose Gustave à son aristocratie, après des revers dans la guerre (que Gustave mènera finalement à terme après la bataille navale à Svensksund). Marie-Antoinette lui ordonne alors de rentrer à Paris. En juin, inquiet pour la reine, il prend un logement à Versailles. Les proches de la famille royale prennent mal l'installation de Fersen près de la reine, redoutant que cela n'attise la haine des courtisans envers elleOutre l'inclination du cœur, un autre mobile pousse sans doute la reine à rechercher le réconfort d'un confident : Marie-Antoinette est soudain sensible à la dégradation de son image publique et à son impopularité. Surnommée « Madame déficit » pour ses dépenses somptuaires, visée par un flot de libelles à la fois haineux, obscènes et moralisateurs (suscités, dans un premier temps, par les coteries de la cour qui la détestent, puis imités par d'autres), « l'Autrichienne » a besoin d'un soutien affectif et moral.. Fersen devient un favori du couple royal.

La Révolution En 1791, Fersen participe à la fuite de Varennes dont il est l’un des principaux organisateurs. Devenu l'amant d'Eleonore Sullivan, il lui emprunte les livres nécessaires pour la préparation de la fuite. Fersen escorte lui-même la famille royale, la nuit du , jusqu'à Bondy, mais Louis XVI refuse qu'il les accompagne plus avant. Fersen doit rejoindre la place-forte de Montmédy, où se dirige la famille royale, en passant par la Belgique. Mais, mal préparée, la fuite échoue et les fugitifs sont reconduits à Paris.

Fersen continue à correspondre avec Marie-Antoinette. Il se rend à Vienne pour avertir la cour de l'empereur et le décider à l'action. Mais Léopold II temporise, et Fersen, se sentant berné, parle à la reine de trahison. Lui-même est désorienté par les rumeurs faisant de Barnave l'amant de la reineBarnave : L'inviolabilité royale, la séparation des pouvoirs et la terminaison de la Révolution française (15 juillet 1791).. Il quitte alors Vienne pour Bruxelles.

Les lettres échangées entre Marie-Antoinette et Axel de Fersen entre et montrent la nature de leur relation... Alex de Fersen reçoit une lettre de Marie-Antoinette, datée du , où elle l'assure de son amour : lettre déchiffrée par spectrométrie de fluorescence des rayons X, micro-faisceau μXRF, ..

En Suède vignette| La Mort de Fersen, vue par une gravure d'époque (1818). Rentré en Suède, il se consacre ensuite à sa carrière. En 1792, Gustave est assassiné et, comme tous ses anciens favoris, Fersen se trouve en disgrâce entre 1792 et 1796, période de régence de Charles de Södermanland, futur Charles , frère du roi assassiné. Quand Gustave Adolphe monte sur le trône, il retrouve ses offices et dignités. En 1797, il est envoyé pour représenter son pays au traité de Rastatt, mais le général Bonaparte qui dirige la délégation française proteste, et il doit se retirer.

En 1801, il est nommé riksmarskalk (Grand maréchal du royaume), ministre et chancelier d'Uppsala, mais il perd la faveur royale en s'opposant fermement à l'entrée en guerre de la Suède contre la Prusse, voulue par Gustave , pour punir celle-ci d'avoir refusé d'envahir la France.

Jusqu'à la fin de sa vie, il tente en vain de se faire rembourser les sommes avancées aux souverains français.

Le , au cours d'une guerre perdue d'avance avec la Russie, Gustave est déposé par un coup d'État militaire sans violence : dans cette histoire, Fersen ne prend pas parti, et personne n'ignore ses sympathies pour le fils du roi déchu, le prince Gustave, âgé d'à peine 10 ans. Le , les organisateurs du coup d'État placent sur le trône le duc de Södermanland, l'oncle de Gustave IV, qui prend le nom de Charles XIII. Ce dernier est sans héritier, aussi il adopte Christian-Auguste, frère cadet de Frédéric-Christian , un prince danois d'origine germanique. Ce fils adoptif est élu prince héritier le et prend le nom de Charles-Auguste. Dans le même temps, une nouvelle constitution est promulguée, plus libérale et la paix est signée.

Mais ce nouvel héritier, âgé de 41 ans, meurt le suivant d'une chute de cheval, des suites d'une apoplexie. La rumeur accuse Fersen de l'avoir empoisonné car le médecin du prince est aussi le médecin de Fersen. Cette mort provoque en réalité une crise dynastique.

Le — ironie de l'histoire, la date anniversaire de la fuite de Varennes —, en vertu de ses fonctions de riksmarskalk, Fersen est chargé d'escorter le corps du prince dans Stockholm. Une émeute se forme et Fersen meurt lapidé et piétiné par la foule sur la place Riddarhustorget, en présence de nombreuses troupes qui n'interviennent pas. Il est probable que Charles ait saisi l'occasion de se débarrasser aisément de l'un des partisans de Gustave de Vasa. Cette crise aboutira à la proclamation par le parlement suédois le de Jean-Baptiste Bernadotte comme prince-héritier.

Postérité et représentations upright=0.7|vignette|Jamie Dornan incarne Axel de Fersen dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Au début du , Jacques d'Adelswärd-Fersen, écrivain à la réputation sulfureuse, ajouta son patronyme à son nom de naissance, se disant son descendant et comteFrançoise Wagener, L'Énigme Fersen, Albin Michel, 2016, avant propos..

Thomas Fersen a choisi son nom de scène en référence à Axel de Fersen.

Son personnage fait partie du manga Lady Oscar et de ses adaptations, notamment en anime.

Cinéma Dans le film Marie-Antoinette (1938), Axel de Fersen est incarné par l'acteur américain Tyrone Power.

Dans le film La Révolution française (1989), il est incarné par l'acteur français Jean-Yves Berteloot.

Dans le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006), il est incarné par l'acteur britannique Jamie Dornan.

Télévision Dans la saison 2 de la série Marie-Antoinette de Deborah Davis (2025), Axel de Fersen est incarné par l'acteur néerlandais Martijn Lakemeier.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie Biographies Par ordre chronologique de parution : Le comte de Fersen et la Cour de France, extraits de ses papiers, publiés par son petit-neveu le baron R. M. de Klinckowström, 2 tomes, Paris, 1878. Baron R. M. de Klinckowström, Le Comte de Fersen et la cour de France, 2. vols, Firmin-Didot, 1877–1888. Émile Baumann, Marie-Antoinette et Axel de Fersen, Grasset, 1931 Ture Nerman, Fersenska mordet (Le Meurtre de Fersen), Stockholm, 1933. Roger Sorg, « Fersen officier français et Marie-Antoinette (Documents inédits) », dans Mercure de France, , tome CCXLV, , (lire en ligne) Évelyne Lever, Marie-Antoinette, Fayard, 1991. Herman Lindqvist, Axel von Fersen, Stock, 1995

Simone Bertière, Marie-Antoinette, 2002 Françoise Wagener, L'énigme Fersen, Albin Michel, 2016

Romans historiques et biographies romancées Henry Bordeaux, Amitié ou amour. L'amitié amoureuse, Marie-Antoinette et Fersen, Pauline de Beaumont et Chateaubriand, les amours de Xavier de Maistre à Aoste, Rosalie de Constant, le secret de madame Récamier, Plon, 1932. Stefan Zweig, Marie-Antoinette, 1933.