Chramn, né entre 520 et 540 dans le royaume Franc et mort en décembre 560 dans le pays de Vannes (actuel département du Morbihan), est un prince mérovingien, fils de , roi de Soissons (511-561), lui-même fils de Clovis.
Envoyé en 555 par son père pour gouverner et surveiller ses possessions en Aquitaine, il se révolte et entre en guerre contre lui, allié à son oncle Childebert, roi de Paris. À la suite de la mort de celui-ci (558), il se soumet à son père, mais l'année suivante, s'enfuit chez un chef breton de la région de Vannes, Conomor, se lançant ensuite dans des raids contre les territoires francs les plus proches (pays de Rennes et pays nantais). En 560, Clotaire envoie une armée qui bat celle de Conomor. Chramn, fait prisonnier avant d'avoir pu fuir, est condamné et mis à mort.
Le nom de ce prince, généralement écrit Chramn, apparait aussi sous la forme Chramne. Ce nom correspond à un mot de vieux francique qui signifie « corbeauBruno Dumézil, La Reine Brunehaut, Paris, Fayard, 2008, 9.».
Biographie
Naissance et jeunesse Origines familiales Il est le fils de Clotaire Ier (vers 500-561), un des quatre fils de Clovis (453-511), qui à la mort de celui-ci a reçu en partage le royaume de Soissons (Soissons, Tournai, Tongres), alors que Thierry devient roi de Reims, Clodomir roi d'Orléans et Childebert roi de Paris.
En 524, à la mort de Clodomir, Clotaire s'empare du royaume d'Orléans. Puis il conquiert le royaume des Burgondes en 534. Il détient aussi une partie de l'Aquitaine, province mal soumise aux Francs qui a été partagée en 511 entre les quatre fils.
La mère de Chramn, mal connue, porte le nom de ChunsineDe Sismondi, 195.. C'est peut-être la deuxième des épouses qu'a eues ClotaireArmand (2008), 34..
Fratrie Chramn a plusieurs frères : Gonthier, mort jeune Childéric, mort jeune Caribert (vers 520-567), roi de Paris (561-567) Chilpéric (vers 530-584), roi de Soissons (561-584), roi de Paris (Neustrie) (567-584), époux de la princesse Frédégonde Gontran (vers 533-592), roi d'Orléans (561-592), roi de Paris (567-592), canonisé comme saint Gontran Sigebert (vers 535-575), roi de Metz (Austrasie) (561-575), époux de la princesse wisigothique Brunehaut Gondovald (mort en 585), roi d'Aquitaine (584-585)
et une sœur : Clodoswinthe (morte en 560), épouse du roi des Lombards Alboin (vers 530-572)
Le problème de la date de naissance de Chramn (entre 520 et 540) Les historiens, notamment Frédéric ArmandFrédéric Armand, , le roi assassiné deux fois, La Louve édition, 2008, 35. se fondent sur un élément biographique essentiel : en 555, Clotaire le charge de prendre en son nom possession de l'Auvergne, ce qui implique que Chramn soit majeur à cette date, c'est-à-dire âgé d'au moins quinze ans, donc né au plus tard en 540.
Son père lui confiant cette responsabilité plutôt qu'à un autre fils, notamment Caribert, Chramn est peut-être le fils le plus âgé après Gonthier et de Childéric, tous deux morts jeunes, ce qui dans ce cas situerait sa date de naissance vers 520, avant celle de Caribert.
Représentant de son père en Aquitaine Nomination de Chramn (555) En 555, Thibaut, petit-fils de Thierry de Reims et fils de Théodebert , meurt. Son royaume, dont la capitale est désormais Metz, passe sous la domination de . Celui-ci récupère aussi les possessions de Thibaut en Aquitaine : les villes de Clermont (Auvergne), Javols (Gévaudan), Le Puy, Cahors, Limoges, Albi, Rodez, Lodève et Eauze. Il détient aussi Bourges, prise à en 535.
Contrairement à et Thibaut, qui ont pratiqué une politique de rapprochement entre Romains et Francs à la suite de la révolte de l'Auvergne en 532, préfère surveiller la région et charge Chramn de cette missionRouche (1979), 58.. Ce dernier, qui a pour lieu de résidence la ville de Clermont« Pectavus civitatem venit. Ubi cum magna potentia resederet », Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 16. L’expression « resederet » prouve que Chramn a installé sa résidence royale après Clermont et Poitiers. Ces deux villes devaient être les deux plus importantes de l’Aquitaine à cette époque. va régler et mettre la région en coupe régléeGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 9..
Son vice-royaumeGeorges Tessier, Le Baptême de Clovis, Paris, Gallimard, 1964, 176. (UnterkönigtumErich Zöllner, Geschichte der Franken, bis zur Mitte des sechsten Jahrhunderts. Auf der Grundlage des Werkes von Ludwig Q unter Mitwirkung von Joachim WERNER neu bearb, C.H. Beck, Munich, 1970.), le premier royaume d'AquitaineRouche (1979), 139.Stéphane Lebecq, Les Origines franques, , Paris, Le Seuil, 1990, 70., est composé des diocèses (anciennes civitates romaines de Gaule) de Poitiers, Tours, Limoges et Clermont. Les cités de la provinces d'Aquitaine première lui ont probablement été accordées, c’est-à-dire Bourges, Le Puy, Javols, Rodez, Cahors, Albi, et même ToulouseRouche (1979), 494, n. 67..
Une politique de rapts et de pillages Chramn a sa propre politique en Aquitaine : il émet des préceptes et met en place des fidèles.
À l'aide de gens de sa suite (sa truste« Pectavus civitatem venit. Ubi cum magna potentia resederet ». Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 16. Les mots « magna potentia » ne peuvent désigner que la présence de son entourage et de sa truste armée., garde personnelle du roi dont les membres sont généralement d'origine servile)Rouche (1979), 365., il fait enlever des filles de sénateurs« Ne s'étant entouré de personnes de basse condition, versatiles en raison de leur jeune âge, il n'affectionnaient qu'elles au point de suivre leurs conseils, lorsqu'il leur donna d'enlever de force des filles de sénateurs ».. Cela constitue une infraction au code théodosien et au bréviaire d'Alaric qui interdisent le rapt de jeunes filles mineures« De raptu virginum vel viduarum », Code théodosien, éd. T. Mommsen, Berlin, 1905, , 23, 476. La loi 25, 2, punit de mort les auteurs de rapt. ainsi que le mariage entre femmes de l’ordre sénatorial et esclaves. Cette manœuvre permet aux futurs maris d’hériter des terres de ces jeunes filles de la haute société, de dépouiller les grands propriétaires terriens et d'implanter des jeunes Francs richement pourvus et alliés aux grandes familles.
Il remplace le comte de Clermont Firmin par Saluste, fils d’Envode, homme issu d’une famille sénatoriale clermontoise et apparenté à l’ancien comte HortensiusGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 11.. Il fait également remplacer le comte de Limoges. Violant l’asile de l'église Saint-Julien de Brioude, il expulse Firmin et Césarie, sa belle-mère, et s’empare de tous leurs biens.
Première révolte de Chramn (vers 556-558) Débuts du complot et alliance avec Childebert Il se rend alors à Poitiers où il se laisse influencer par le désir d’indépendance des AquitainsPoitiers fait partie de l'Aquitaine depuis la création de la province romaine de Gaule aquitaine par l'empereur Auguste., dont le rêve est la création d’un royaume indépendant. Le complot est mené par des laïcs hostiles au roi des Francs et aux évêques aquitains qui lui sont fidèles. Le poitevin Léon, un des conjurés et sujet de ChildebertRouche (1979), 62., tente de faire restituer au fisc royal tous les biens que les églises de Saint-Martin de Tours et Saint-Martial de Limoges avaient obtenus des rois.
Chramn demande alors à son oncle , roi de ParisLe royaume de Paris inclut les villes épiscopales de Rouen, Lisieux, Bayeux, Avranches, Le Mans, Rennes et Vannes ; au-delà de ces deux dernières, on trouve des chefferies bretonnes qui ne reconnaissent pas l'autorité des rois francs., qui n’a pas aimé que Clotaire s’empare du royaume de Metz sans effectuer le partage prévu par la loi salique, de le soutenir dans son projet. Childebert encourage Chramn à se proclamer roi et à créer sa propre armée pour renverser Clotaire.
Entrée en guerre Chramn réunit une armée, avec le soutien des comtes de Tours et de Poitiers, malgré l’opposition du duc AustrapiusGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 18.. Il se rend alors à Limoges où il proclame son autorité sur toute la région.
Rencontre de Nigremont avec Caribert et Gontran Clotaire, alors en train de faire la guerre aux Saxons, soulevés peut-être à l'instigation de Childebert, envoie ses fils Charibert et Gontran contre Chramn. Passés en Auvergne, puis à Limoges, ils le rejoignent à Saint-Georges-Nigremont (près de Crocq, actuel département de la Creuse).
Leurs armées se font face au pied du mons Niger (« Nigremont »). Ils demandent à Chramn de se soumettre, mais il refuse. La bataille est cependant empêchée par une tempête. Chramn en profite pour duper ses frères en envoyant un messager les informer de la mort de Clotaire dans un combat contre les Saxons.
Renforcement de l'alliance avec Childebert Charibert et Gontran se replient aussitôt dans le royaume de Bourgogne. La rumeur disant que Clotaire est mort en Saxe se répand dans toute la Gaule et parvient aux oreilles de Childebert qui se laisse lui aussi abuserGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 17.. Il est possible que cette rumeur n'ait donc pas été seulement une ruse de Chramn, avec qui Childebert est en relation.
Chramn en profite alors pour étendre son influence en Bourgogne, s'emparant de Chalon-sur-Saône. Il vient ensuite à Dijon afin de rencontrer Childebert, mais se voit refuser l'accès à la ville.
C'est alors qu'il épouse Chalda, fille du comte d’OrléansGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 18. Wiliachaire (Willacharius), subordonné à Childebert.
Chramn rencontre finalement Childebert à Paris et leur alliance est confirméeGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 16.Marius d'Avenches, Chronique, a. 555.Liber Historiae Francorum, 28..
Il est possible qu’ils aient fait battre monnaie à leurs noms pour sceller leur alliance : un tremisse (tiers de sou d’or) portant sur une face le nom Hildebertus et sur l’autre Chramnus daté d’avant 570, trouvé à BordeauxCharles Higounet, Bordeaux pendant le Haut Moyen Âge, 316, $7., est attribué au roi . Grégoire de Tours définit Chramn comme rexGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 13.. Cependant, il est possible dans ce cas que Chramnus ait simplement été un monétaireArmand (2008), 59..
La mort de Childebert (558) et la soumission de Chramn Le Marius d’Avenches, Chronique, a. 558 ; D’après W. Levison, Neues Archiv, t.35, 1910, 38, s’appuyant sur la Vita Droctovei c.15, 541, et sur le martyrologe d’Usuard., Childebert meurt d’une longue maladie, ce qui permet à Clotaire de s’emparer de son royaume et met Chramn dans une situation difficile, les Grands du royaume de Paris devant se soumettre à Clotaire.
Chramn et sa famille se réfugient à Tours, chez son beau-père WillachariusRouche (1979), 63. dans la basilique Saint-Martin de Tours, qui est incendié « à cause des péchés du peuple et des scandales qui y étaient perpétrés par Wiliachaire et sa femme ». Clotaire fait ensuite restaurer la basilique. Chramn est obligé de se soumettre à l’autorité de son père comme il aurait dû le faire suivant les lois romaines, germaniques et chrétiennesGrégoire de Tours, Histoire des Francs, , 42 ; , 14..
Clotaire lui accorde son pardon, mais le met sous surveillance.
Seconde révolte de Chramn (559-560) Fuite près du chef breton Conomor
En 559, il s’enfuit avec sa femme et ses filles auprès du chef breton Conomor, ancien allié de Childebert, qu’il a dû rencontrer à la cour de son oncle. Conomor, parfois identifié comme roi de Domnonée en Grande-Bretagne, avait tué le comte breton Iona avec la complicité de Childebert, pour s’emparer de son comtéArmand (2008), 62..
Raids contre les terres franques (559-560)