Quintus Caecilius Metellus Numidicus, né vers 152 et mort en 91 , est un homme politique romain de la fin du et du début du
Né dans la très influente famille des Caecilii Metelli, qui domine la politique romaine de la fin de l'époque des Gracques au début de l'hégémonie de Marius, il atteint le consulat en 109 comme quatre de ses cousins et son frère aîné avant lui. Il prend le commandement de la guerre contre Jugurtha qu'il repousse jusqu'en Maurétanie. Mais son client et légat Caius Marius se fait élire consul et attribuer le commandement de la guerre, devenant l'ennemi personnel de Metellus. Celui-ci obtient malgré tout un bon accueil à Rome et le triomphe en 106 pour ses victoires sur les Numides. Il reçoit le surnom de « Numidicus ».
Il est un des piliers de l'aristocratie sénatoriale conservatrice, menée par le princeps senatus Marcus Aemilius Scaurus, défendant les vieilles valeurs républicaines, les optimates, s'opposant au réformisme et au populisme des populares qui se réclament notamment des Gracques. Avec le soutien des populares, l’homo novus et brillant général Marius affirme sa supériorité sur la nobilitas de 107 à 100, année où seul Numidicus refuse de s'incliner et s'oppose à une de leurs lois. Déjà, lors de sa censure en 102, il a tenté de faire exclure Lucius Appuleius Saturninus et Caius Servilius Glaucia du Sénat. En 100, ces derniers contraignent alors Numidicus à l'exil. Mais Marius doit se résoudre à perdre une partie de ses violents soutiens, notamment Saturninus et Glaucia, exécutés en vertu d'un senatus consultum ultimum proposé par Scaurus.
Numidicus est rappelé en 98 et fait alors un retour triomphal à Rome, où il meurt quelques années plus tard. Son fils Quintus Caecilius Metellus Pius, qui a joué un rôle important dans le retour d'exil, par sa détermination, est un fervent soutien de Sylla, et ils sont vainqueurs des populares en 82. Numidicus s'est révélé être un bon général et un homme politique d'une incorruptible probité à une époque où la politique romaine est de plus en plus corrompue.
Famille
Il est membre de la famille plébéienne très influente des Caecilii Metelli.
Il est le fils de Lucius Caecilius Metellus Calvus, consul en 142 et le neveu de Quintus Caecilius Metellus Macedonicus, général et consul en 143
Il est né vers 152 S'il est devenu consul à 43 ans.
Il a pour frère Lucius Caecilius Metellus Delmaticus, consul en 119 et pontifex maximus de 115 à sa mort en l'an 103 Sa sœur est Caecilia Metella Calva, qui épouse Lucius Licinius Lucullus, et est la mère de l'homme d'État et général Lucullus. Une autre de ses sœurs épouse Caius Servilius Vatia, père de Publius Servilius Vatia Isauricus. On lui connaît une nièce, Caecilia Metella Dalmatica, qui épouse le princeps senatus Marcus Aemilius Scaurus, un politicien âgé alors à l'apogée de sa puissance, puis après la mort de son premier mari, elle se marie en 88 au consul et futur dictateur Sylla, alors âgé d'environ cinquante ans.
Il a pour cousins germains Quintus Caecilius Metellus Baliaricus, consul en 123 , Lucius Caecilius Metellus Diadematus, consul en 117 et censeur en 115 , Marcus Caecilius Metellus, consul en 115 et Caius Caecilius Metellus Caprarius, consul en 113 et censeur en 102
Il a un fils, Quintus Caecilius Metellus Pius, partisan de Sylla et consul en 80 et pontifex maximus de 81 à sa mort en l'an 63
Biographie
Début de carrière
Le début de sa carrière se fait à l'époque des Gracques. Les actes politiques des deux frères ont un grand retentissement dans l'histoire romaine, ayant eu à gérer le tribunat de la plèbe à une période où la situation politique et sociale romaine impose des aménagements importants. Ces questions qui cristallisent les oppositions politiques et dont se sont saisis les Gracques sont centrales : le rôle des diverses institutions, la place des Italiens dans la structure sociale et l'éternelle question agraire. Leur fin tragique, en 133 pour l'aîné, Tiberius, et en 121 pour le cadet, Caius, marque aussi l'histoire de Rome. C'est la première fois, mais non la dernière, qu'un senatus consultum ultimum est prononcé et qu'une telle vague de violence envahit Rome à cause de divergences politiques. Appien ne s'y trompe pas en commençant son ouvrage sur l'histoire des guerres civiles romaines par cette période aux conséquences symboliques et politiques considérables :
Dans sa jeunesse, il est envoyé à Athènes, où il étudie sous Carnéade, décédé en 128, célèbre philosophe de la Nouvelle Académie et grand maître de l'éloquence. Il revient ostensiblement cultivé et avec de brillantes compétences oratoires. Il commence son cursus honorum en l'an 126, étant questeur. Il devient ensuite tribun de la plèbe en l'an 121.
Avec la mort de Caius Gracchus en 121, la paix civile semble rétablie, mais les évènements des deux dernières décennies vont laisser leurs marques jusqu'à la fin de la République romaine. De très nombreux procès politiques marquent la vie romaine jusqu'à la guerre sociale. L'aristocratie sénatoriale va faire annuler les dispositions agraires prises par les Gracques dans les quinze années qui suivent la mort du cadet des Gracques. La lutte politique est permanente entre une partie de l'aristocratie sénatoriale qui mène une politique anti-gracchienne et une recherche des vieilles valeurs républicaines, avec notamment les Caecilii Metelli et le princeps senatus Marcus Aemilius Scaurus, et des populares qui tentent de défendre la politique et reprendre le flambeau des deux frères. Cette lutte revêt souvent des aspects violents.
Il est édile en 115 et préteur en 112. Il est ensuite désigné l'année suivante comme propréteur en Sicile.
En 115, il succède peut-être à son oncle Quintus Caecilius Metellus Macedonicus, décédé, dans le collège des augures.
Début du consulat (109)
En 109, il est consul avec Marcus Junius Silanus. Il reçoit le commandement de la guerre contre Jugurtha en NumidieSalluste, Guerre de Jugurtha, 43.. Salluste le décrit alors comme un « homme actif, énergique, d'une réputation intacte, également respecté de tous les partis, bien qu'il soit opposé à celui du peuple ; [...] de grands talents et d'une incorruptible probité ».
Durant son consulat, une loi transforme définitivement les locations du domaine public en propriétés privées. La plus grande partie de l’ager publicus se trouve définitivement privée. Il n’y a plus de loi agraire de grande envergure possible. Cela met fin aux dispositions prises par les Gracques. Il met aussi fin aux dispositifs mis en place par Tiberius Gracchus d'exemption ou réduction de la durée du service militaire.
Contexte de la guerre de Jugurtha
vignette|La Numidie entre 112 et 105, et les batailles majeures de la guerre.
À la mort du roi numide, Micipsa, en 118, le royaume de Numidie est divisé entre le neveu Jugurtha et les deux fils du roi. En 116, Jugurtha tue le plus jeune fils du roi, Hiempsal et une commission part de Rome afin de diviser le royaume entre Jugurtha et Adherbal. Jugurtha connaissant bien les Romains réussit par des cadeaux à corrompre le chef de la délégation romaine Lucius Opimius et ses compagnonsSalluste, La guerre de Jugurtha, 16.Plutarque, Gracques, 18, 1.Cicéron, Discours pour Sextius, 140.. Jugurtha reçoit ainsi la partie la plus peuplée et la plus riche de la Numidie. Adherbal reçoit celle qui était la plus équipée en ports et en édifices. En 113-112, Jugurtha attaque Adherbal qu’il tue, agissant contre les ordres de Rome. Des marchands italiens de Cirta sont tués et cela déclenche une guerre entre Rome et Jugurtha.
Pendant que le consul Bestia lève des troupes en Italie, et Jugurtha tente d'ouvrir des pourparlers, mais le Sénat rejette catégoriquement la possibilité d'une négociation, et insiste pour recevoir une reddition complète du prince numide. Cependant, en 111, le consul Lucius Calpurnius Bestia, accompagné du princeps senatus Marcus Aemilius Scaurus, se laisse corrompre pour signer un simulacre de paixSalluste, La guerre de Jugurtha, 28-30.. Un tribun de la plèbe, Caius Memmius, accuse le consul Bestia, Scaurus et d'autres aristocrates d'accepter des pots-de-vin du roi Jugurtha. Il convoque ce dernier à comparaître à Rome, et Jugurtha rejoint la capitaleSalluste, La guerre de Jugurtha, 30..
En 110, c'est au nouveau Spurius Postumius Albinus qu'échoit de régler l'affaire de Numidie. Il propose de donner la couronne à un autre prince numide, mais celui-ci est assassiné à Rome à l'instigation de Jugurtha, qui rejoint ensuite ses terresSalluste, La guerre de Jugurtha, 35.. Postumius Albinus prépare activement sa campagne, mais est ensuite soupçonné d'avoir été corrompu à son tour. De retour à Rome pour organiser les élections, il a laissé son frère sur place, qui prend l'initiative de combattre Jugurtha et est honteusement vaincu. Spurius souhaite redresser la situation compromise par son frère, mais il ne peut lancer une campagne avec uniquement les troupes sur place, vaincues et démobiliséesSalluste, La guerre de Jugurtha, 36-39..
Un tribun de la plèbe en 109, Caius Mamilius Limetanus, obtient qu'une commission soit mise en place pour juger ceux qui, dans leurs ambassades ou leurs commandements, ont reçu de l'argent de Jugurtha. Quatre consulaires sont condamnés : Lucius Opimius, chef d'une ambassade corrompue en 116, Caius Porcius Cato, consul en 114, Lucius Calpurnius Bestia, consul en 111 et qui se laisse corrompre pour signer un simulacre de paix, et Spurius Postumius Albinus, consul et commandant inactif de la guerre contre Jugurtha en 110Cicéron, Brutus, 34..
Première année de campagne contre Jugurtha (109)
thumb|Pièce à l'effigie de Jugurtha.
Ainsi, en cours d'année, Metellus part en Afrique prendre le commandement de la guerre contre Jugurtha avec notamment pour légat son client Caius Marius ainsi que Publius Rutilius Rufus. Trouvant sur place une armée démoralisée, désorganisée et se livrant au pillage, il impose une rude discipline aux soldats. Il a aussi le soutien du Sénat, du peuple et des alliés de Rome pour obtenir approvisionnements et renfortsSalluste, Guerre de Jugurtha, 43-45..
Une fois la discipline et l'organisation revenue, il se lance dans une campagne militaire vers l'intérieur de la Numidie en l'an 109. Le roi numide, devant la détermination de son nouvel adversaire, tente d'ouvrir des négociations, en vain. Metellus cherche quant à lui à retourner certains députés contre Jugurtha, pour mettre fin à la guerre. Jugurtha est toujours fuyant et le proconsul s'enfonce envahit la Numidie, recevant plutôt bon accueil. Le roi numide, envahi et menacé d'être trahi, est contraint de combattre. Assisté de Bomilcar, il parvient à surprendre les Romains à la bataille du Muthul. Elle est indécise, les Romains étant sauvés de la défaite grâce à Caius Marius, et se termine par une retraite stratégique des troupes de Jugurtha. Publius Rutilius Rufus se distingue aussi pendant la bataille. Metellus ravage ensuite le royaume numide recevant la soumission d'une bonne partie de la populationSalluste, Guerre de Jugurtha, 46-55..
Une deuxième bataille rangée est alors inévitable, et elle se déroule sous les murs de Zama. Cette bataille dure deux jours avant de voir les Romains l'emporter. L'hiver met fin aux opérations mais pas aux manœuvres diplomatiques. Le consul réussit à retourner Bomilcar, pourtant très proche de Jugurtha. Ce dernier accepte de se rendre, livre de l'argent et ses éléphants, ainsi que des déserteurs ligures et thraces, auxquels le consul inflige un châtiment exemplaire. Le roi numide refuse finalement la convocation du général romain. Une ville numide occupée par les Romains se rebelle et massacre toute la garnison romaine, Metellus agit promptement en écrasant la rébellionSalluste, Guerre de Jugurtha, 55-62..