Matthias« Colloque Matthias Corvin », sur cnrs.fr, 2007. Il est aussi possible d'écrire « Mathias ». Corvin (en latin : Matthias Corvinus ; en hongrois : Hunyadi Mátyás ; en roumain : Matia Corvin ; en allemand : Matthias Corvinus ; en italien : Mattia Corvino) ou Matthias I de Hongrie, dit « le Juste » (en hongrois : Igazságos), né le à Kolozsvár en Transylvanie (actuelle Cluj, en Roumanie), et mort le à Vienne, est roi de Hongrie de 1458 à 1490, roi de Bohême de 1469 à 1490 et duc d'Autriche de 1486 à 1490.

Associant des qualités de diplomate et de militaire (il a perfectionné les tactiques de cavalerie avec la création des hussards noirs) à un goût pour la culture humaniste de son époque, la Renaissance, il est considéré comme un des plus importants rois de Hongrie. Mais faute de descendance légitime, son empire disparaît à sa mort, partagé entre la maison de Habsbourg, première famille du Saint-Empire romain germanique, possessionnée en Autriche, et l'Empire ottoman.

Origine de son surnom

L'épithète Corvin (en ), suggérée par l'historien italien Antonio Bonfini et adoptée par Matthias, trouve son origine dans le blason de la famille de Huniade qui montre un corbeau (corvus en latin) tenant un anneau, ce qui peut être en lien avec le « rocher du corbeau » situé dans la grande propriété de la famille en Transylvanie (voir aussi le département de Hunedoara en Roumanie). D'après les annales de Silésie, un jour un corbeau emporta l'anneau que le roi Matthias avait retiré de son doigt. Matthias l'attrapa, le tua et récupéra sa bague : il aurait alors pris le corbeau comme symbole de son sceau en mémoire de cet événement. D'autres prétendent que lorsque le jeune Matthias était en prison à Prague, sa mère lui aurait envoyé un corbeau porteur d'un message.

Biographie Origines familiales et formation Il est le fils cadet de Jean HunyadiC'est-à-dire « Jean Corvin » ; en roumain, il s'appelle Ioan Corvin ; en hongrois, János Hunyadi., voïvode et gouverneur de Hongrie entre 1446 et 1452, dirigeant dès 1438 certains territoires de la principauté de Transylvanie. Il mena plusieurs campagnes militaires avec succès contre l'Empire ottoman en Hongrie.

Sa mère est Erzsébet Szilágyi, une noble hongroise.

vignette|gauche|upright|Les armoiries de Corvin dans un manuscrit allemand de Johannes de Thurocz (1490).

Matthias a pour précepteurs l'érudit János Vitéz (« Jean le Vaillant » en hongrois), évêque de Nagyvárad (aujourd'hui Oradea en Roumanie), dont il fera plus tard le primat de Hongrie, l'humaniste polonais Grzegorz de Sanok, et l'Italien Antonio Bonfini, régent de Hongrie jusqu'à sa majorité. Ils lui enseignent l'allemand, l'italien, le roumain, le latin et les principales langues slaves, de sorte qu'il sert souvent d'interprète à son père lors des ambassades. Son éducation classique explique sa fascination pour les réalisations de la Renaissance italienne, dont il assurera la promotion en Hongrie. Son père veille de près à sa formation militaire et, dès qu'il a l'âge de douze ans, l'emmène dans ses différentes campagnes. En 1453, il est fait comte de Beszterce, et il est armé chevalier lors du siège de Belgrade en 1456.

Le souci de sa succession amène son père à lui choisir une princesse dans la puissante famille des comtes de Cilli : Matthias est marié à Élisabeth de Celje (morte en 1455), fille unique d' et de Catherine CantacuzèneCf. et ses enfants sur le site « Medieval Lands » de Charles Cawley..

Au moment de la mort de Jean Hunyadi, une guerre oppose pendant deux ans les barons de Hongrie à leur suzerain, le roi Habsbourg . Matthias est envoyé à Buda où, mêlé à un prétendu complot contre le roi, il est incarcéré et condamné à la décapitation ; seul son jeune âge lui permet d'avoir la vie sauve. Son frère aîné László Hunyadi, qui a rejoint le parti des prétendants, est lui-même capturé par trahison en 1457 et décapité, tandis que le roi Ladislas meurt en novembre (sans doute empoisonné). Matthias est emmené comme otage par un ami de sa famille, le gouverneur George de Poděbrady, qui rêve de mettre sur le trône de Hongrie un prince du pays. Ce dernier traite son otage avec hospitalité et le fiance à sa fille Catherine, mais le maintient en détention à Prague (peut-être pour sa propre sécurité), même lorsqu'une délégation de barons vient lui suggérer de faire sacrer Matthias roi de Hongrie. De son côté, Matthias joue du prestige de son père et laisse accroire aux barons qu'il ne sera qu'un jouet entre leurs mains. Bien qu'une faction influente de nobles hongrois menée par le comte palatin et par le voïvode de Transylvanie, , l'un des juges de László Hunyadi, s'oppose aux Hunyadi en tant que Hongrois de fraîche date, elle ne peut s'opposer à l'armée expérimentée forte de de Mihály Szilágyi, l'oncle de Matthias.

Roi de Hongrie C'est ainsi que le , Matthias est élu par la Diète : Georges de Poděbrady l'a libéré à la condition qu'il épouse sa fille Kunhuta (alias Catherine). Le , Hongrois assemblés sur le Danube pris par les glaces proclament Matthias Hunyadi roi de Hongrie, et le le jeune roi (il n'a alors que 15 ans) fait son entrée à Buda.

thumb|240 px|Imagerie nationaliste du : Matthias Corvin et son beau-père Georges de Poděbrady par Mikoláš Aleš, peintre tchèque.

La région est alors menacée : les Ottomans et les Vénitiens pressent le royaume au sud ; les rois et , qui contestent l'élection, menacent au nord et à l'ouest. Les mercenaires tchèques commandés par Jiszkra qui tiennent les comtés de Moravie font régulièrement des incursions. Les alliés de Matthias ne sont parvenus à traiter avec les potentats locaux qu'en leur promettant que la fille du comte palatin Garai épouserait le souverain, mais Matthias refuse d'épouser quelqu'un de la famille des assassins de son propre frère : le , il respecte la promesse faite à Poděbrady, élu peu après roi de Bohême (). Tout au long de l'année 1458, le combat fait rage avec les barons, rejoints par Szilágyi, le propre oncle et tuteur de Matthias qui vient d'être congédié. Mais le jeune souverain dépose le comte Garai puis lève un impôt de guerre sans l'autorisation de la diète, et ainsi met sur pied une armée de mercenaires. Matthias parvient à s'assurer l'indépendance et le pouvoir aux dépens des barons en s'appuyant sur leurs divisions, et en levant une grande armée de mercenaires, la fekete sereg (« cavaliers noirs de Hongrie »), dont l'âme est formée des vétérans hussites de Bohême. À l'origine corps de cavalerie légère créé en 1458 pour combattre les Turcs ottomans, ces « hussards » tirent leur nom du mot hongrois húsz (prononcer « houss ») qui signifie « vingt » : en effet, dans le royaume de Hongrie, dès le Moyen Âge, chaque village devait fournir au souverain des cavaliers montés équipés et armés au nombre de un pour vingt hommes valides, d'où le nom de « houzard » devenu par la suite « hussard ». Les hussards affrontent avec succès les spahisSpahi : mot d’origine turque. À l’origine, les sibahis sont des cavaliers fournis par les tribus inféodées à l’Empire ottoman qui viennent renforcer les effectifs de Mamelouks (troupes régulières) lorsque l’ampleur des opérations le nécessite. turcs lors des guerres contre les Ottomans. Le modèle sera copié dans d'autres armées, en premier lieu par les Polonais.

Matthias Corvin reprend aux Ottomans la forteresse de Golubac, envahit la Serbie, et réaffirme la suzeraineté de la couronne de Hongrie sur la Bosnie. L'année suivante, la rébellion reprend à la faveur du contre-couronnement de Frédéric de Habsbourg à Wiener Neustadt, organisé par les barons en fuite () ; Matthias repousse toutefois les armées Habsbourg, et s'assure l'appui du pape en lui promettant de monter une croisade contre les Ottomans qui ne verra jamais le jourVoir à ce sujet : .. Le , il épouse Catherine Poděbrady.

Les années 1461-1465 ne sont qu'une suite de combats à peine interrompus par des trêves. Réconcilié avec son beau-père Georges Poděbrady, Matthias peut se consacrer à l'affrontement avec Frédéric de Habsbourg : en , ce dernier s'assure la couronne de Roi des Romains et la souveraineté sur quelques comtés de Hongrie contre une rançon de ducats ; Matthias, qui doit à ce moment faire face à une nouvelle révolte des barons menés cette fois par Victorinus (fils de George Poděbrady), s'est résolu à cet arrangement. En contrepartie, reconnaît Matthias en tant que roi de Hongrie. Matthias se tourne ensuite contre les Ottomans, qui menacent les provinces méridionales : il défait leur général Ali Pacha, et pénètre en Bosnie, s'emparant du nouveau fort de Jajce au prix d'un siège long et difficile (). Il est solennellement sacré roi de Hongrie avec les regalia à son retour le . Trois semaines plus tôt, le , la reine Catherine est morte en couches à l'âge de 14 ans, avec un enfant mort-né.

Ayant repoussé les cavaliers tchèques hors des comtés du nord, Matthias reprend les combats en Bosnie avec les Ottomans et conquiert cette fois le pays. thumb|left|upright|Buste en bronze de Matthias dans les jardins du Nemzeti Történeti Emlékpark, à Ópusztaszer.

Construction d'un empire personnel Politique en Valachie et en Moldavie Matthias eut temporairement , le prince de Valachie, comme vassal. Malgré les succès de Vlad contre les armées ottomanes, les deux chrétiens se querellent en 1462, amenant Matthias à emprisonner Vlad à Buda (Matthias, selon certaines sources, l'a trahi). Toutefois, l'intercession de plusieurs monarques occidentaux en faveur de contraint Matthias à assouplir les conditions de détention de son singulier prisonnier. Lorsqu’en 1476 les menaces turques sur la Hongrie se précisent, Vlad Țepeș parvient à reconquérir la Valachie avec l'aide des Hongrois. Malgré les tensions entre les deux princes, l'assassinat de Vlad cette année-là est un coup sévère porté aux intérêts hongrois en Valachie.

Matthias cherche à s'emparer de la Moldavie : passant par Roman qu'il incendie, il menace Suceava. En 1467, le prince moldave Étienne, lassé de la politique impérialiste des Hunyadi dans sa principauté (les Hongrois stationnent une garnison permanente à Kilia) et non oublieux des prises de position passées du roi de Hongrie (il a naguère soutenu Alexăndrel, rival d'Étienne, et peut-être le chef connu comme Ciubăr Vodă ; il a d'ailleurs déposé Petru Aron), se soulève. Étienne occupe Kilia, ce qui entraîne une répression des Hongrois, qui se solde par la sévère défaite de Matthias à Baia en . (Ștefan cel Mare), obtient à titre de réconciliation Küküllővár et Csíkcsicsó.

Prise de contrôle du royaume de Bohême thumb|400px|Croissance des possessions de la maison de Habsbourg, à partir de 1282, en Europe centrale et dans les Balkans. vignette|400px|Guerres de Matthias Corvin. thumb|400px|Étendue du territoire contrôlé par Matthias Corvin en 1480. thumb|400px|Organisation territoriale du royaume de Matthias Corvin à son apogée.