vignette|upright=1.25|Kibboutz Kfar Masaryk. vignette|upright=1.25|Kibboutz Lotan.
Un kibboutz (de l'hébreu : , au pluriel, : kibboutzim, signifiant « assemblée » ou « ensemble ») est un type de village collectiviste créé pour la première fois en 1907 en Palestine alors ottomane. Le premier, Degania Alef (en français : « le bleuet »), fut créé par douze Juifs d'origines russe et polonaise. Les kibboutzim étaient environ une douzaine en 1920 et à peu près quatre-vingt en 1940. Ils ont essaimé à compter de la création de l'État d'Israël, le : ils étaient environ 230 en 1960. Il s'agit à l'origine de communautés rurales, mais des activités industrielles ont commencé à y être développées, dans les années 1960 et suivantes.
Historiquement, leurs membres étaient perçus comme une élite du futur État juif avant 1948 comme d'ailleurs après la création de l’État d'Israël, particulièrement militante et engagée. Ainsi, des années 1960 jusqu'aux années 1980, les militaires issus des kibboutz représentaient près de du corps des officiers de l'armée israélienne, pour moins d'1 % de la population totale juive.
Ces villages collectivistes ont été l'objet d'attaques véhémentes de la droite israélienne, notamment après la victoire aux élections législatives de juin 1977 de la coalition des partis de droite où Menahem Begin, ancien leader de l'Irgun puis député du Likoud à la Knesset, devenu chef du gouvernement, a traité les habitants des kibboutz de .
Les kibboutz ont pris un virage libéral dans les années 1990 et ont renoncé au rôle révolutionnaire qui devait être le leur à l'origine, qui devait être le fer de lance d'un homme juif nouveau, débarrassé des déterminismes anciens. Les logements y sont privatisés depuis les années 1990. Les « homes » où les enfants étaient logés en dehors de leurs familles ont été fermés au cours de la même période. Beaucoup de kibboutz ont également été convertis en moshavim, coopératives reconnaissant la propriété des terres dont l'attributaire est le fonds national juif (KKL), afin de survivre, au sein du tournant social-libéral israélien.
Le poids idéologique et démographique des kibboutz est en baisse constante depuis plus de cinquante ans et leurs habitants ne pèsent plus que de la population israélienne en 2005 et un peu plus de en 2010 ; en 2020, ils sont moins de (environ de la population juive) réparties sur à peu près 250 implantations, dont environ 25 sont encore totalement collectivistes, comme celles créées au .
Leur population ne progresse plus, depuis des années, dans une société israélienne en développement démographique rapide., qui compte en environ 10 millions habitants (populations juive, arabe et druze confondues). Malgré cette baisse constante de leur poids démographique, en 2010, les kibboutz occupaient environ de la surface du pays ; ils représentaient de la production industrielle israélienne et entre et de sa production agricole..
Définitions Le kibboutz est, par définition : Encyclopaedia Judaica, 1969.. Le caractère principalement agricole est aujourd'hui largement dépassé ; Définition juridique figurant dans le Registre des sociétés coopératives. ; Une organisation sioniste destinée à l'implantation de populations juives en terre d'Israël.
Sa principale force vient de l'engagement individuel de tous les membres. L'esprit d'entreprise collective compte pour beaucoup et contribue à la création et à la maturation de communautés qui réussissent économiquement sur le marché libre. Enfin, le niveau de vie élevé aujourd'hui, atteint grâce aux succès économiques, favorise aussi le maintien des communautés.
Organisation, principes et fonctionnement En pratique, la plupart des kibboutz sont conçus sur le même modèle : au centre se déploient les édifices communs tels que réfectoire, auditorium, bureaux et bibliothèque, entourés par des jardins et les maisons de leurs membres ; les bâtiments et les équipements sportifs sont légèrement décentrés ; les champs, vergers et bâtiments industriels enfin se trouvent à la périphérie.
Il n'y a généralement pas de structure permanente élue : les décisions sont prises par l'assemblée générale, qui doit se réunir au moins une fois par an. Avec le temps, des organes élus sont apparus, tels des bureaux exécutifs, mais l'idéal impose qu'ils aient peu de pouvoir.
La laïcité et l'égalité des sexes sont revendiquées depuis les débuts (sauf dans les rares kibboutz religieux : une dizaine environ), ce qui explique les relations historiquement très tendues avec les juifs religieux. Les membres des kibboutz ont même été accusés de ne plus être Juifs, même si cette accusation, qui avait été portée par le rabbin Eliezer Menahem Schach, un des principaux rabbins haredi (ultra-orthodoxes) israéliens de la fin du , reste relativement isolée. Même quand ces accusations ne sont pas reprises par les autres haredim, les relations avec les autorités religieuses juives sont très mauvaises. De nombreuses accusations ont ainsi fleuri dans les milieux ultra-orthodoxes. Lors de l'affaire des « enfants de Téhéran » (des orphelins qui furent placés dans des kibboutz, après leur venue en Israël), les haredim créèrent « une organisation secrète », les activistes, pour tenter par tous les moyens de contrer l'action et l'influence des partis laïcs dans les lieux où les immigrants étaient temporairement hébergés. C'est une cicatrice historique qui marquera deux générations successives de haredim qui se racontèrent des histoires de livres sacrés trouvés en lambeaux dans des clapiers à lapins, de douches communes où jeunes filles et garçons des kibboutz se laveraient ensemble et où des immigrants auraient été forcés de manger du porc. En 1990, le rabbin israélien Eliezer Menahem Schach interdira à ses ouailles (membres des partis ultra-orthodoxes Degel HaTorah et Shass) de se joindre à une coalition gouvernementale où la gauche serait majoritaire. Il justifiera sa position par le vieil argument selon lequel le kibboutz est l'ennemi de la foi..
Jusqu'au tournant des années 1990, afin de permettre aux femmes de travailler et de les libérer de la maternité, les enfants sont éduqués ensemble, par la collectivité et non par leurs parents : ils ne dorment pas avec leurs parents..et les contacts avec les parents sont d'une durée limitée chaque jour (entre une et trois heures, selon le règlement intérieur de chaque kibboutz). Au kibboutz, est dispensé un programme scolaire local pour l'enseignement élémentaire et primaire ; pour le secondaire, chaque kibboutz n'est pas tenu de disposer d'un lieu d'enseignement et un équivalent de collège et de lycée mutualisés reçoit alors les élèves de plusieurs kibboutzim. Ils logent dans une maison qui leur est consacrée, la « maison des enfants ». Ils voient leurs parents en fin d'après-midi, après leurs cours du matin et les activités prévues dans l'après-midi. Jeunes adolescents, ils reçoivent des cours de secourisme afin d'être actifs lors d'éventuels attentats et se préparaient au Gadna (préparation militaire pour lycéens, lorsque cette structure existait).
Issus des premiers mouvements sionistes laïcs de la fin du et du début du , les membres permanents des kibboutz sont tous juifs. Il y a eu des tentatives avortées d'organisation de ferme collectiviste musulmane mais les kibboutz sont restés des organisations sionistes, dont la base politique est essentiellement de tendance socialiste et dont les participants sont exclusivement juifs. Toutefois, ont été fondés après la création de l’État d'Israël, le , quelques kibboutz religieux mais ces établissements sont très peu nombreux par rapport à l'ensemble des kibboutz : une dizaine.
Indépendamment des kibboutz, des travailleurs extérieurs (qui n'ont pas de droit de vote aux assemblées), juifs ou non juifs, ne sont pas rares : volontaires étrangers (pour des périodes temporaires, plus ou moins longues), salariés arabes israéliens, salariés travailleurs immigrés venant de l'Est de l'Europe ou de pays du Sud-Est asiatique…
Entre membres permanents (en dehors des salariés extérieurs), il existe une rémunération très faible, variable selon la composition de la famille car le kibboutz fournit gratuitement différents services à ses membres et aux volontaires : la nourriture, les biens collectifs (éventuellement piscine, école élémentaire et collège, soins médicaux, pharmaceutiques et dentaires, salle de cinéma ou de théâtre ou auditorium, salle de sport, cours de formation pour les adultes, activités diverses pour les retraités, etc.), les biens affectés aux habitants (logement, télévision, radio, ordinateur), voiture (si cela a été prévu). Aucune différence n'est faite selon le statut, la qualification ou le poste de travail des membres permanents.
L'activité économique du kibboutz est collectiviste : les moyens de production et d'échanges sont la propriété de tous et il n'y a pas d'entrepreneurs privés dans un kibboutz.
À la différence des membres des kibboutz « historiques », quand ils furent fondés jusqu'aux années 1970, chacun des membres est libre d'aller dans le monde extérieur, pour y consommer ce qu'il veut.
vignette|centre|upright=3.0|Panorama du kibboutz Barkai dans la région de Wadi Ara.
Histoire
vignette|droite|Kibboutz Yas'ur (Israël), 1949. Le premier kibboutz - Degania - fut créé en 1909, par une dizaine de juifs venant de Russie et de Pologne (actuelles Russie, Lituanie, Biélorussie et Pologne).
Le modèle qui finalement s'impose est apparu après une dizaine d'expérimentations, qui toutes ont périclité. Il y a eu, entre 1910 et 1920, des essais non égalitaires et semi-capitalistes de villages collectivistes avec des contingents d'ouvriers, d'ingénieurs, de techniciens agricoles, etc., ne possédant pas les mêmes droits ou le même salaire. La « possession » par le biais d'un salaire et les privilèges accordés aux plus diplômés n'apportèrent que tensions et incohérences, incompatibles avec l'idéal socialiste des nouveaux émigrants, ce qui fait dire à certains que le kibboutz fut une nécessité et non la réalisation d'un idéal. Néanmoins, l'expérience dégagea suffisamment d'enseignements pour perfectionner les principes qui, en grandes lignes, subsistent aujourd'hui, dans les établissements réellement collectivistes, peu nombreux – une vingtaine – en 2023, soit environ 10 % du nombre total des anciens kibboutz estimé à environ 260 établissements .
Quant au premier moshav, conçu comme un village coopératif, il apparut à partir de 1921 ; cette forme d'organisation agricole a aussi, dès cette époque, fait l'objet de recherches et de tâtonnements. Les terres détenues par les habitants des kibboutz et des moshav représentaient environ 7 % des terres cultivables à la fin du mandat britannique sur la Palestine, en 1947. Les autres occupants des terres agricoles, à cette période, étaient des Arabes, musulmans ou chrétiens (pour environ 75 % des terres) ou de propriétaires individuels, juifs (pour environ 17 % des terres).
Le collectivisme contre l'économie de marché L'origine des kibboutz se trouve au sein du parti Ha'poel Hatzaïr, parti politique non marxiste, influencé par le socialisme populiste russe et l'œuvre de Tolstoï, dont le principal inspirateur est Aharon David Gordon. L'idéal est celui d'un socialisme rural, anti-industriel et anti-autoritaire, marqué par l'anarchisme, avec le refus des structures élues.
En 1909, un petit groupe d'environ dix jeunes immigrants juifs originaires d'Europe de l'Est, mus par les idées sionistes et socialistes, fondaient sur les rives du lac de Tibériade la première kvoutza (groupe en hébreu), groupement auquel fut ultérieurement donné le nom de « kibboutz », communauté basée sur l'adhésion à un même mode de vie rural et collectiviste. Ils appelèrent cette structure « kibboutz Degania » (en français, bleuet), qui est depuis considéré comme la « mère des kibboutz ».. Kinneret en est le second, créé en 1912.