La civilisation carthaginoise ou civilisation punique veut dire « phénicien » en latin, sachant que le mot « phénicien » vient du grec . Lui-même est fortement lié au mot grec « pourpre » ( ou phoĩnix), une spécialité phénicienne. est une ancienne civilisation située dans le bassin méditerranéen et à l'origine de l'une des plus grandes puissances commerciales, maritimes, culturelles et militaires de cette région dans l'Antiquité. Sa capitale et berceau est Carthage, sur le territoire de la Tunisie actuelle.

Elle est fondée par les Phéniciens et, selon la légende, par la reine Didon de Tyr, sur les rives de l'actuelle Tunisie et plus précisément dans le golfe de Tunis en Cette tradition, désormais la plus couramment admise, est reprise par le premier président tunisien Habib Bourguiba en quête de sentiment national. Carthage a pris peu à peu l'ascendant sur les cités phéniciennes de la Méditerranée occidentale, avant d'essaimer à son tour et de développer sa propre civilisation. Celle-ci est cependant moins connue que celle de la Rome antique, en raison de la destruction de la cité par l'armée romaine à la fin de la troisième guerre punique en , une fin relatée par des sources gréco-romaines qui furent largement et durablement relayées dans l'historiographie. Décriée au travers de la célèbre punica fides, préjugé issu d'une longue tradition de méfiance envers les Phéniciens à partir d'Homère, cette civilisation a suscité par ailleurs des avis plus favorables :

Résultant de la fusion entre la culture qu'apportèrent avec eux les pionniers phéniciens et la culture autochtone des Libyens en Afrique, la civilisation carthaginoise a cependant toujours conservé son aspect oriental, si bien qu'il n'est pas aisé de distinguer ce qui relève des Puniques de ce qui relève des Phéniciens dans le produit des fouilles archéologiques, dont le dynamisme depuis les années 1970 a ouvert de vastes champs d'études où apparaît l'unité de cette civilisation en dépit de particularismes locaux.

Malgré les nombreuses fouilles archéologiques réalisées, de nombreuses inconnues sur la civilisation non matérielle perdurent en raison de la nature des sources écrites : celles-ci sont toujours secondaires (car toute la littérature punique a disparu), lacunaires et souvent subjectives car issues des peuples ayant eu à les combattre (Grecs et Romains).

Histoire

vignette|upright=1.5|Routes du commerce phénicien. Des origines au Phéniciens en Afrique

L'Afrique du Nord, qui, au départ, n'est vraisemblablement pour les Phéniciens qu'une simple étape sur la route des métaux d'Espagne, connaît des installations phéniciennes permanentes de façon très précoce, comme Utique qui est fondée en selon Pline l'Ancien.. Le aurait vu également une installation à Lixus au Maroc. et la fondation de Gadès en EspagneVelleius Paterculus, Histoire romaine, I, 2, 3..

La date de la fondation de Carthage par Didon, une princesse tyrienne, a toujours fait l'objet d'un débat, non seulement durant l'Antiquité mais encore de nos jours. Deux traditions antiques se sont affrontées : la plus diffusée la situait en , à la suite d'écrits de Timée de Tauroménion dont il ne reste que des fragmentsFragment 82. réutilisés par d'autres auteurs. L'autre légende plaçait quant à elle la naissance de Carthage à peu près à l'époque de la guerre de Troie (soit aux alentours du ), tradition reprise par AppienAppien, Libyca, I, 1..

Les fouilles archéologiques n'ayant rien livré d'une date aussi ancienne, certains historiens ont émis l'hypothèse d'une fondation beaucoup plus tardive (vers ), voire d'une double fondation, un comptoir ayant précédé la naissance de la cité au sens strict selon Pierre Cintas. Les historiens les plus récents se fondent sur l'analyse des annales de Tyr, utilisées comme source par Ménandre et Flavius Josèphe, pour accepter une datation autour du dernier quart du

Substrat libyen À l'époque des premières installations phéniciennes, l'Afrique du Nord est occupée par des populations libyennes importantes, dont la continuité avec les Berbères du Maghreb a été défendue par Gabriel Camps. Il a été considéré qu'il y avait un hiatus chronologique trop important et surtout des vagues d'invasions successives trop nombreuses pour n'avoir pas marqué les populations locales de façon durable. Avant l'arrivée des Phéniciens, ces populations berbères ne se définissaient pas elles-mêmes comme un seul et même peuple uni : durant toute leur histoire, ils ont été divisés en plusieurs tribus, et d'après Gabriel Camps ils devaient plutôt s'identifier en référence à ces dernières. À partir du , les Phéniciens installent des comptoirs partout à travers l'Afrique du Nord dont le plus prospère est Carthage, et colonisent ces différents peuples berbères. Les Égyptiens mentionnent les Libyens sous le nom de Lebou dès le comme étant les populations situées immédiatement à l'ouest de leur territoire.

Les Phéniciens vont immigrer en petit nombre et se métisser avec les populations berbères, ce qui donnera naissance aux Libyphéniciens. Ils sont mentionnés pour la première fois par Hécatée de Milet, cité par Étienne de Byzance. Un texte très controversé, le Périple d'Hannon, les mentionne. Polybe les considère comme des sujets de Carthage ayant les mêmes lois qu'eux en tant que métis phénicien-berbère. Pour Diodore de Sicile (XX, 55, 4), il s'agirait d'habitants des villes maritimes qui possédaient le conubium (droit de mariage) avec les Carthaginois et devaient leur nom à ce mélange d'ethnies.. Tite-Live les considère comme un mélange de Puniques et d'Africains. Strabon (XVII, 3, 19) place leur origine entre le littoral carthaginois et les montagnes de Gétulie. Pline (Histoire naturelle, V, 24) dit qu'ils habitent le Buzakion, ce que précise peut-être Ptolémée qui les situe au sud de la région de Carthage et au nord de la Buzakitis. En fait, ces Libuphoinikès (locuteurs d'une langue libyenne) étaient limités au sud de Carthage. Leur influence culturelle est importante puisqu'ils sont les intermédiaires culturels entre la civilisation phénicienne (punique) et les Berbères.

Les Phéniciens créent les premières villes de l'ouest de l'Afrique du Nord comme Volubilis, Utique, Carthage

L'origine des populations libyennes a été relatée par un grand nombre de légendes et de traditions, plus ou moins fantaisistes, certaines faisant état d'une origine mède, voire perse, selon Procope de CésaréeProcope de Césarée, Guerre contre les Vandales, II, 10-13.. Mieux informé, Salluste évoque l'origine des Libyens dans sa Guerre de Jugurtha.. Strabon. a également décrit leurs différentes tribus.

Expansion en Méditerranée et en Afrique

Mainmise sur les possessions phéniciennes en Méditerranée occidentale et colonisation punique Il est très difficile de distinguer, à partir des fouilles archéologiques menées dans l'ensemble du domaine phénico-punique, ce qui relève des Phéniciens de ce qui relève des Puniques. Ainsi, les archéologues ne signalent pas de rupture comme pour certains sites anciens (Bithia et Nora en Sardaigne). La fondation d'Ibiza, traditionnellement datée de 675 , a donc pu être le fait des uns comme des autres.

L'« empire » punique, dont la formation et le fonctionnement ne relèvent pas d'un impérialisme au sens strict, est désormais considéré comme une sorte de confédération des colonies préexistantes derrière la plus puissante d'entre elles au moment du déclin de la cité mère, Tyr. Carthage aurait été chargée d'assurer la sécurité collective et la politique extérieure, voire commerciale, de la communauté.

Les Phéniciens d'Occident puis les Puniques ont eu des relations précoces avec d'autres civilisations, surtout les Étrusques, avec lesquels des liens commerciaux se tissent (III, 9, 6).. L'archéologie témoigne de ces échanges, avec en particulier les lamelles de Pyrgi de Caere et certaines découvertes effectuées dans les nécropoles carthaginoises : vases de production étrusque dits bucchero mais aussi inscription en étrusque sur laquelle un Carthaginois se présente.. L'alliance avec les Étrusques a aussi visé à entraver l'expansion des Phocéens d'Occident, l'opération aboutissant à la défaite phocéenne d'Alalia.. À partir du déclin des Étrusques, l'alliance devient cependant inopérante.

Antagonisme avec les Grecs : les guerres siciliennes

vignette|Possessions de Carthage en Afrique au temps de l'invasion d'Agathocle.

La prospérité de Carthage, liée au commerce maritime, entraîne une rivalité avec les Grecs sur le territoire sicilien. C'est pourquoi l'île reste longtemps une zone d'affrontements locaux, dus à la volonté des protagonistes d'implanter des comptoirs ou des colonies sur ses côtes.

Au début du , le conflit change de nature : Gélon, tyran de Syracuse, tente d'unifier l'île avec le soutien de plusieurs cités grecques. La guerre, inévitable, éclate avec Carthage, qui obtient peut-être l'aide de l'Empire perseSelon la tradition, la bataille d'Himère eut lieu le même jour que la bataille de Salamine.. Hamilcar de Giscon, commandant les troupes puniques, est battu à la bataille d'Himère en

Vers , Carthage s'est remise de ce revers ; son implantation africaine est plus puissante, et les expéditions lointaines d'Hannon et d'Himilcon confortent sa maîtrise des mers. Hannibal de Giscon prend alors pied en Sicile en et remporte des victoires localisées qui ne touchent cependant pas Syracuse. En , la seconde expédition est plus difficile, le chef de l'armée ayant succombé à une épidémie de peste lors du siège d'Agrigente. Himilcon, qui succède à Hannibal, parvient à négocier avec Denys une cessation des hostilités qui est davantage une trêve qu'une paix réelle. Dès , Denys attaque en effet Motyé, qui tombe mais est reprise par la suite. Un nouveau siège a lieu devant Syracuse et dure jusqu'en , année où la peste oblige sa levée. La guerre continue durant soixante ans entre les belligérants. En , l'armée carthaginoise reste cantonnée uniquement au sud-ouest de l'île.

En , Agathocle de Syracuse s'empare de Messine, et en , il envahit les derniers comptoirs carthaginois de Sicile. Hamilcar mène la riposte ; en , il contrôle la quasi-totalité de la Sicile et met le siège devant Syracuse. L'expédition menée par Agathocle sur le continent africain représente une victoire puisque Carthage est contrainte de rappeler son armée pour défendre son propre territoire ; la guerre dure trois années et s'achève par la fuite d'Agathocle.

et naissance d'un empire africain Selon le point de vue le plus communément admis, Carthage s'est tournée vers son arrière-pays à la suite de la défaite d'Himère en . Toutefois, cette thèse est de plus en plus remise en cause par des historiens qui estiment que l'implantation africaine était devenue plus importante de manière tardive. Le n'aurait vu dans cette optique qu'une extension de l'espace nécessaire à l'alimentation d'une population croissante.

Antagonisme avec Rome et fin de la Carthage punique Premières relations avec Rome : les traités Les premières relations avec Rome sont pacifiques, comme le prouvent les traités conclus en 509 – transmis par l'œuvre de Polybe (III, 5). – puis en 348 et ; ils garantissent à Carthage l'exclusivité du commerce depuis l'Afrique du Nord et l'absence de pillage mené contre les alliés de Rome en Italie. La durée de plus en plus brève entre ces traités a été considérée comme significative des tensions croissantes entre les deux puissances.

Affrontement : les guerres puniques

vignette|Emprise carthaginoise au vignette|Variations du domaine carthaginois, de 265 à , et localisation des principaux faits d'armes de la période.

Les épisodes dénommés voient l'antagonisme s'étendre sur plus d'un siècle, de 264 à , l'issue ayant pu sembler longtemps incertaine.