Le Main (on trouve aussi Mein) est un cours d'eau en Allemagne, qui arrose notamment Francfort et conflue avec le Rhin sur sa rive droite, entre Wiesbaden et Mayence.
Étymologie et orthographe
L'hydronyme Main est d'origine celtique ; les Celtes appelaient cette rivière Moïn ou peut-être Mogin. Lorsqu'au début du , les Romains occupèrent militairement la vallée, ils latinisèrent ce nom en Moenus : la première mention de cette latinisation (Moenis) nous est fournie par la Chorographia<ref>De Chorographia, livre III, §30 </ref> de Pomponius Mela (vers 43/44 de notre ère) ; on retrouve ce mot ensuite entre autres chez Pline (Naturalis historia) ou Tacite (Germania). Il y a des rivières de même nom en Irlande (Maoin) et en Grande-Bretagne (Meon, lat. maionus). Plusieurs thèses s'affrontent sur la signification de l'étymon : certains auteurs le relient à la racine indo-européenne mei qui signifie « eau » (cf. letton maina ou le lituanien maiva: « marécage ») ; d'autres auteurs à une frontière naturelle (cf. latin moenia: murailles). Au Moyen Âge, l'appellation la plus commune de cette rivière était Moyn ou Moyne ; quant à la forme Meyn, elle n'apparaît pour la première fois dans les sources écrites qu'au et persiste jusqu'au , sous la forme « Mein ». Au milieu du , le Consulat général de France à Francfort-sur-le-Main écrivait lui aussi encore « Mein ». Depuis, l'orthographe allemande a été reprise en français.
Dans les régions riveraines du Main, on lui donne les noms suivants : Maa en Haute-Franconie ; Mee en Basse-Franconie orientale ; Moa dans la région de Wertheim, de Miltenberg et dans l'arrondissement d'Aschaffenburg ; Mää à Aschaffenburg même ; Maa (parfois nasalisé, parfois muet), autour de Seligenstadt et de Francfort.
Hydrographie Vue d'ensemble Le Main se forme de la jonction de deux rivières : le Main blanc, venu du Fichtelgebirge ; le Main rouge, issu du massif du Jura franconien. Il arrose sur les Länder de Bavière, Hesse et Bade-Wurtemberg. Il forme de grands méandres dans sa partie centrale et traverse les villes de Bayreuth (Main rouge), Bamberg, Wurtzbourg, Aschaffenbourg et Francfort, où son débit atteint /s. En face de Wiesbaden, dans le quartier de Mainz-Kostheim, le Main se jette dans le Rhin.
Lorsque l'on parle de la longueur du Main, il convient de préciser les embranchements considérés. Si l'on part de sa source la plus longue, le Main Rouge, sa longueur est de ; avec sa source secondaire, le Main Blanc, elle n'est plus que de ; enfin le Main proprement dit, abstraction faite de ces deux lits amonts, est long de . À à l'aval de la confluence des deux Main, la rivière reçoit les apports de la Regnitz, qui est nettement plus grosse que le Main. Si donc l'on considère le cours de la Regnitz, de son affluent la Rednitz y compris la Rezat franconienne, on obtient une longueur de . Cela faisait du Main, jusqu'à la Réunification allemande, le plus long cours d'eau situé entièrement sur le territoire de la République FédéraleAujourd'hui, le qualificatif de « plus longue rivière allemande intérieure » est attribué selon des critères assez discutables, puisque la Weser et son lit amont le plus long, celui de la Werra, battraient de loin le record avec . Ce n'est qu'en prenant comme point de départ la Fulda et la Werra, que la Weser se trouve réduite à de moins que le Main. Pourtant la Weser est depuis sa source un fleuve allemand. Les autres rivières d'Allemagne plus longues que le Main : le Danube, le Rhin, l’Elbe, l’Oder et la Moselle, prennent leur source ou débouchent hors de la République Fédérale..
Le bassin hydrographique du Main et de ses affluents recouvre , soit la plus grande partie de la Franconie, la pointe septentrionale de la Bade et la moitié de la Hesse méridionale. Il confine au sud au bassin hydrographique du Danube (la source du Fichtelnaab, qui se déverse dans la Mer Noire via la Naab et le Danube, ne se trouve qu'à quelques centaines de mètres au sud de la source du Main Blanc) ; la ligne de crête entre ces deux bassins forme une partie de la Ligne de partage des eaux Atlantique/Mer du Nord.
Avec un débit moyen de /sLe débit moyen à l'embouchure est tiré des données de (bassin versant: , soit 99,5 % du bassin hydrographique ; MQ: /s), mais dans l'étude de (p. 122) propose plutôt une valeur de /s, ce qui donne un débit d'apport plausible de km² à la station de jaugeage de Francfort-Osthafen. Le débit du Main à la confluence n'est donc en tout état de cause que de /s., le Main est le quatrième plus impétueux affluent du Rhin après l’Aar (/s), la Meuse (/s) et la Moselle (/s).
La section navigable de la rivière, longue de , part de Bamberg et rejoint depuis 1992 le Danube via le canal Rhin-Main-Danube. Les grands chalands viennent surtout de l'agglomération Rhin-Main, centrée sur Francfort.
vignette|gauche|Confluence Main blanc (à gauche) - Main rouge (en haut).
Le Main s'écoule d'est en ouest par de larges boucles à travers la Haute-Franconie, la Basse-Franconie et la Hesse méridionale. Il arrose les villes de Bayreuth (Main Rouge), de Kulmbach, de Lichtenfels, de Schweinfurt, de Wurtzbourg, d’Aschaffenburg et de Francfort-sur-le-Main, puis débouche dans le Rhin au lieu-dit Mainspitze, face à la ville de Mayence.
Si le Main draine sur la plus grande partie de son cours le pays rural de Basse-Franconie, il est plus souvent associé à la plaine du Main inférieur qui va d'Aschaffenburg à Mayence, zone très urbanisée et entrecoupée d'importantes infrastructures de transport du bassin Rhin-Main.
vignette|Le Main sert de frontière naturelle au nord de la Suisse franconienne. vignette|Source du Main Blanc. vignette|Source du Main Rouge. Le Main est le produit de la confluence de deux rivières, le Weißer Main et le Roter Main. Les deux sources du Main confluent dans les faubourg ouest de Kulmbach, au château de Steinenhausen : c'est là que commence le Main proprement dit.
Le Main Blanc Le Main Blanc (Weißer Main), d'une longueur de , est la source septentrionale. Il prend sa source dans les Monts du Fichtel (à à vol d'oiseau au nord-est de Bayreuth, au nord-ouest du Fichtelberg. La résurgence, creusée dans le granit, se trouve à d'altitude, sur le versant oriental de l’OchsenkopfD'après (alt. ). Le Main Blanc traverse ensuite le massif de Bischofsgrün d'une altitude de , puis la ville d'eaux de Berneck, laquelle doit sa célébrité à l’abbaye cistercienne d’Himmelkron ; enfin, dépassant par le nord le Plassenburg, il arrose la ville de Kulmbach célèbre pour ses brasseries. Là, il est traverse un champ d'expansion de crues aménagé dès les années 1930.
Le Main Blanc doit son nom à la teinte d'albâtre des roches de granit à travers lesquelles il a tracé son lit, et qui confère à la rivière un aspect blanchâtre.
Le Main Rouge Le Main Rouge (Roter Main), d'une longueur de , est la source méridionale. Il prend sa source dans le Jura franconien, à au sud de Bayreuth, à l'ouest de Creussen. La résurgence, aménagée avec des canules en bois, se trouve dans la clairière de Lindenhardt, à au nord-ouest de HörlasreuthD'après .. Cette rivière charrie les sédiments ferrugineux de son bassin versant, auxquels elle doit son nom.
Le premier village traversé par la rivière est Hörlasreuth, puis elle arrose le bourg de Creussen. Le Main Rouge s'écoule ensuite vers le nord jusqu'à Bayreuth puis vers le nord-ouest en traversant une large vallée par de multiples méandres.
Le Main en Haute-Franconie La haute vallée du Main se déploie entre la confluence de Kulmbach, au château de Steinenhausen, et les hauteurs de Bamberg. La rivière s'écoule d'abord vers l'ouest à travers une large vallée bordée par les coteaux septentrionaux du Jura franconien. Après Bayreuth et Kulmbach, elle arrose deux autres villes pittoresques : Burgkunstadt et sa forteresse carolingienne, et Lichtenfels, dont l'hôtel de ville, le château, le temple protestant et la porte de ville ont été conçus vers 1740 par Heinrich Dientzenhofer.
À Burgkunstadt, la rivière se grossit des apports du Weismain, qu'il ne faut pas confondre avec le Main Blanc (Weisser Main).
De Lichtenfels au bourg de Bad Staffelstein, le Main irrigue une large vallée, au riche passé : on peut y voir, dressé sur une colline de la rive gauche, l'un des chefs-d'œuvre du baroque allemand, conçu d'après des plans de Balthasar Neumann, le sanctuaire de Vierzehnheiligen (il y a d'autres constructions de Neumann plus à l'aval, notamment dans la région de Wurtzbourg). Sur l'autre rive, il y a les magnifiques extensions baroques de l’abbaye bénédictine de Banz, fondée au . En amont de la ville médiévale de Bad Staffelstein avec sa grande maison à colombages du , se dresse la colline du Staffelberg, haute de , dont le plateau rocheux a été colonisé dès le Néolithique. Au , le géographe grec Claude Ptolémée y situait l’oppidum celtique de Menosgada, abandonné vers 30 av. J.-C.
Puis, bifurquant vers le sud, le Main parcourt en de courts méandres une ripisylve, tourne à droite de l’Itz à Breitengüßbach et atteint au bout de quelques kilomètres au nord-ouest la ville-frontière de Bamberg. Là, il reçoit les apports de ce qui est de loin son plus gros affluent, la Regnitz , qui s'écoule dans la direction nord-ouest. La vieille ville, dominée par la cathédrale de Bamberg romane et de nombreux faubourgs, s'étend sur les deux rives, ainsi que sur les quelques îles de la Regnitz, qui entoure le vieil hôtel de ville (). Ce centre-ville est l'un des mieux conservés d'Allemagne et a été classé pour cette raison au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1993.
C'est de Bamberg que part le canal Rhin-Main-Danube, inauguré en 1992, et destiné à desservir dès 1972 le bassin industriel de Nuremberg. Le kilomètre zéro du canal se trouve à la confluence de la Regnitz et du Main (Main-km 384,07) à Bischberg. À environ en amont de la confluence avec la Regnitz, on trouve en rive nord le port fluvial de Bamberg, inauguré en 1962. Dès 1846, le canal Ludwig reliait Bamberg sur le Main et Kelheim sur le Danube. Ce canal du , détruit pendant la seconde guerre mondiale, a été désaffecté en 1950.
Le Main devient navigable à l'aval de Bamberg : il est à peu près rectiligne sur puis tourne vers l'ouest jusqu'à Schweinfurt. Il sépare les monts de Haszberge, en rive droite, de la cuesta de Steigerwald (rive gauche). Il y a là encore quelques belles petites villes comme la citadelle médiévale d'Eltmann, Zeil et les maisons à colombages de sa grande place, ou Haßfurt et sa chapelle des chevaliers, de style gothique, et enfin l'abbaye de Mariaburghausen au bord de la rivière. Il y a deux célèbres sanctuaires à Limbach et à Zeil. Schweinfurt marque l'entrée dans le « Triangle du Main », première section du fleuve à travers la Basse Franconie.
Le Triangle du Main Deux des côtés du Triangle du Main sont, d'une part, la ligne Schweinfurt—Frickenhausen am Main, et d'autre part Ochsenfurt et Gemünden : sur une carte, ces lignes forment un angle aigu ouvert au Nord. Au Moyen Âge, cette région, qui formait la moitié orientale du pays de Waldsassen, recouvre une bonne partie du Vignoble de Franconie.
En amont se trouve la Ville libre d'Empire de Schweinfurt, qui allait s'imposer plus tard comme le centre de l'industrie des roulements à billes : c'est la raison pour laquelle elle devint une cible privilégiée des bombardements de l’Operation Double Strike. Parmi les bijoux architecturaux de Schweinfurt, il faut citer l'ancien hôtel de ville (1572), l'un des chefs-d'œuvre de la Renaissance en Bavière.
À quelques kilomètres en aval de Schweinfurt, en rive gauche du Main, se dresse la centrale nucléaire de Grafenrheinfeld, dont les deux aéroréfrigérants, hauts chacun de , pompent l'eau du Main.