thumb|La « Dame d'Auxerre », statue crétoise (style dédalique), v. 640-630 av. J.-C. Musée du Louvre. thumb|Kylix attique à figures noires peint par Exékias représentant Dionysos sur un bateau, v. 530 av. J.-C., retrouvé à Vulci. Altes Museum (Antikensammlung).

Dans l'histoire de la Grèce antique, l’époque archaïque précède l'époque classique et succède aux âges obscurs. Ses limites chronologiques précises diffèrent selon les auteurs : son début peut être l'année 776 av. J.-C. ou situé quelque part au ; sa fin est souvent placée en 480/479 av. J.-C. .

C'est une période formative pour la civilisation grecque, marquée par des innovations décisives initiées durant la fin des siècles obscurs et un très riche en changements. L'époque archaïque voit la formation de la polis, la cité-État grecque, concomitante à une expansion du monde grec, visible en particulier dans le phénomène de la colonisation grecque qui conduit à la mise en place de cités grecques dans plusieurs régions bordières de la mer Méditerranée et de la mer Noire. Le monde grec est marqué par la diversité sur ce très vaste espace. Se constituent progressivement un ensemble de cités ayant souvent des spécificités très affirmées, telles qu'Athènes, Sparte, Érétrie, Corinthe, Argos, Égine, Thèbes en Grèce continentale, Cnossos et Gortyne en Crète, Milet, Éphèse, Samos et Phocée en Asie Mineure, Syracuse, Tarente, Sélinonte, Métaponte en Italie et en Sicile (« Grande Grèce »), Massalia dans le sud de la France, etc. La cité n'est pas le seul modèle politique, puisque se développent aussi les ethnè, entités ayant souvent une échelle régionale, souvent dans des régions moins peuplées (Thessalie, Macédoine, Épire, Locride, Béotie, etc.). Au-delà de leurs différences, les cités grecques partagent de nombreuses traditions communes, ainsi que des développements historiques et culturels similaires. Dans le domaine politique ces évolutions sont marquées par la constitution de régimes politiques avec des institutions semblables, dominés par des oligarchies, dérivant parfois au gré des conflits internes vers la tyrannie, ou à l'inverse vers des formes plus ouvertes (démocratie athénienne). Dans le domaine militaire, elles se dotent d'armées de fantassins recrutés parmi leurs citoyens et essentiellement destinées à défendre le territoire civique (hoplites).

Dans le domaine culturel, la mise en place de la cité s'accompagne de nombreux changements qui aboutissent à la mise en place des éléments fondamentaux de la civilisation grecque antique. Une innovation majeure est l'apparition de l'alphabet grec, son adoption dans tout le monde grec. Les caractéristiques rituelles, idéologiques, spatiales et architecturales de la religion grecque antique achèvent de se mettre en place, avec par exemple la constitution de grands sanctuaires panhelléniques (Olympie, Delphes). L'art et l'architecture connaissent de nombreuses évolutions, là encore avec des variations selon les régions. Plusieurs phases ont été distinguées : l'époque géométrique (v. 900-700 av. J.-C.), puis l'époque orientalisante (v. 700-600 av. J.-C.) et la période artistique archaïque à proprement parler (v. 600-480 av. J.-C.), durant lesquelles sont notamment élaborés des styles de céramique très populaires dans le monde méditerranéen, une statuaire en pierre et en bronze avant tout marquée par la représentation humaine, des temples à colonnes avec des styles spécifiques (les « ordres ») et un décor architectural sculpté de plus en plus élaboré. La vie culturelle et intellectuelle connaît aussi une floraison. Le début de l'époque archaïque est marqué par les poèmes d'Homère et d'Hésiode, puis se développe parmi l'élite des cités grecques une culture spécifique, marquée par la pratique du banquet (symposion), du sport, des compétitions (concours), la composition et la récitation de poésie (poésie lyrique), et à la fin de la période les premiers développements de la philosophie.

Contours et définitions Bornes chronologiques Les limites entre l'époque archaïque et les « siècles obscurs » qui la précèdent sont floues et mal définies, car il n'y a pas d'événement de rupture claire, plutôt de longues évolutions majeures durant le . Dans l'approche la plus restreinte, l'époque archaïque débute en 700 av. J.-C. Cette date peut être avancée autour de 750 av. J.-C., voire jusqu'en 800 pour embrasser tous les changements du ou, si on cherche une date symbolique, en 776 av. J.-C., année supposée des premiers jeux olympiques, bien qu'elle ne soit généralement pas jugée fiable Kurt A. Raaflaub et Hans van Wees, « Preface », dans .. En pratique il faut souvent remonter plus haut dans le temps pour procéder à une analyse plus pertinente de la trajectoire historique de la période.

La fin de l'époque archaïque et le début de l'époque classique est généralement placé en 480/79 av. J.-C., année de la seconde guerre médique, ou plus largement durant la période des guerres médiques (donc entre 490 et 480/79) H. A. Shapiro, « Introduction », dans .. Le conflit est certes d'une grande importance dans l'histoire grecque, mais il ne marque pas une rupture radicale dans le domaine politique, social ou culturel, et n'affecte pas toutes les cités grecques, loin de là, seule une minorité participant effectivement au conflit. Les réformes de Clisthène ayant eu lieu à Athènes autour de 508 constituent une autre date qui est parfois choisie. La formation de la ligue de Délos par Athènes en 478 av. J.-C. marque un autre changement notable. L'histoire athénienne reste en effet la référence pour l'histoire grecque antique. Quelle que soit la date retenue, la transition entre les deux époques s'accomplit entre la fin du et le début du , entre 510 et 478 av. J.-C.Par exemple ; ..

Dans le champ de l'histoire de l'art, la période archaïque est une phase durant de 600 à 480 av. J.-C., entre les périodes géométrique et orientalisante (900-600 av. J.-C.) et la période classique (480-323 av. J.-C.).

La notion d'époque « archaïque » La notion d'époque archaïque est assez difficile à définir en termes historiques. Elle est souvent envisagée comme la période précédant l'époque classique (v. 480-323), annonciatrice de celle-ci, posant les conditions qui la rendent possible. La notion d'archaïque provient du champ de l'histoire de l'art, renvoie à celles d'« ancien », voire « primitif », de phase préparatoire du classicisme, vu dans une perspective évolutionniste comme l'idéal à atteindre par ses qualités naturalistes, ce qui explique que par le passé les œuvres de l'époque archaïque aient pu être jugées comme des réalisations maladroites, non abouties. La désignation est restée bien que les études sur l'art de la période se soient démarquées de cette approche esthétisante John K. Davies, « The Historiography of Archaic Greece », dans ..

Depuis les progrès des travaux des archéologues et historiens, conjointement et en entremêlant leurs approches, la vision de l'époque archaïque s'est précisée, sous un jour plus positif. Cette ère a pu être présentée comme la (M. C. d'Ercole), (J. K. Davies) : John K. Davies, « The Historiography of Archaic Greece », dans .. Il y a une forme d'unité dans la diversité, puisque, (J. Hall) : .

Les principales problématiques de l'étude de l'époque archaïque, telles qu'elles ont pu être présentées par J. K. Davies en 2009, sont les suivantes : l'analyse des textes littéraires, en particulier Homère et Hérodote, avec les outils de la critique textuelle moderne ; l'analyse des mots et concepts présents dans les textes antiques, de la culture et des valeurs auxquelles ils renvoient ; une analyse plus fine et balancée du phénomène « orientalisant », qui a pu être occulté par le passé quand une approche auto-centrée du développement de la civilisation grecque était privilégiée ; une nouvelle approche de la polis, la cité-État grecque, de son processus de formation, et des autres entités politiques qui ont pu exister dans le monde grec, dont la diversité doit être prise en compte, plutôt qu'un récit centré sur ses deux plus illustres représentantes, Sparte et Athènes ; l'émergence de récits marqués par la notion de changement, en particulier ceux qui ont lieu au ; des réflexions sur les usages de l'écrit, l'alphabétisation ; les réflexions sur le rôle de la guerre, l'impact des évolutions des techniques militaires (l'apparition des hoplites) et leurs implications sociales ; l'exploration archéologique de régions longtemps laissées en marge, notamment au nord de la Grèce et dans les îles ; l'étude des changements des techniques ; une tendance à étudier conjointement l'époque archaïque et celle qui la précède, en remontant jusqu'à la chute des palais mycéniens vers 1200 ; de nouvelles réflexions sur le phénomène de « colonisation grecque », et aussi sur l'identité grecque dans l'Antiquité John K. Davies, « The Historiography of Archaic Greece », dans ..

Les sources Le premier groupe de sources servant à reconstituer l'histoire de l'époque archaïque sont les sources littéraires antiques qui ont été préservées depuis l'Antiquité, essentiellement postérieures à la période même. Les Histoires d'Hérodote, écrites autour de 450-440, sont les plus importantes, fournissant de nombreuses informations sur l'histoire des cités grecques et leur culture jusqu'aux guerres médiques incluses. D'autres auteurs postérieurs peuvent être mobilisés, comme Thucydide qui écrit peu après Hérodote, Aristote, aussi des écrivains d'époque romaine qui ont eu accès à des sources plus anciennes (mais probablement pas antérieures au ) disparues depuis, tels que Strabon, Plutarque, Pausanias. La question de la fiabilité de ces sources est souvent posée : il peut y avoir des pertes et altérations d'informations plus ou moins importantes avant la période de rédaction, sans parler des interprétations des auteurs en fonction de leurs propres objectifs et de leur propre contexte de rédaction. En tout état de cause leurs travaux ne sont pas à étudier comme on le ferait d’œuvres d'historiens ou ethnographes modernes, les méthodologies étant très différentes.

Le groupe le plus important de sources littéraires datées de la période archaïque qui nous soit parvenu sont les œuvres poétiques, en nombre très limité, la majorité de la production de la période n'ayant pas été préservée par les générations suivantes. Il s'agit en premier lieu la poésie épique d'Homère et d'Hésiode, le premier ayant été actif dans la seconde moitié du , et le second au début du . Il s'agit de sources de première importance et incontournables, car ce sont les seuls écrits développés à remonter aux débuts de l'époque archaïque et qu'elles font référence dans une certaine mesure aux réalités de leur temps, mais il s'agit avant tout de poésies fictionnelles, et pas d’œuvres visant à décrire précisément une réalité (voir plus bas). Il en va de même pour la poésie lyrique des périodes suivantes (Solon, Tyrtée, Alcman, Sappho, Pindare, etc.), qui renvoie souvent aux problématiques politiques et sociales de leur époque de rédaction H. A. Shapiro, « Introduction », dans ..