vignette|Carte postale représentant le lynchage de Lige Daniels, garçon noir de , accusé d'avoir tué une vieille femme blanche à Center au Texas (États-Unis) le .

Le lynchage est une pratique de justice expéditive américaine, instaurée par Charles Lynch (1736-1796), un planteur de la Virginie et juge de paix qui, pendant la guerre d'indépendance des États-Unis, préside un tribunal irrégulier qui s'est constitué pour punir les loyalistes à la couronne britannique.

Par la suite la pratique du lynchage se répand, lors de la conquête de l'Ouest des États-Unis, dans les nouveaux territoires où les instances judiciaires étaient souvent absentes ou insuffisamment représentées. Cette nouvelle pratique prendra une nouvelle dimension, la « loi de Lynch » qui désigne alors toute forme de violence par laquelle une foule, sous prétexte de rendre la justice sans procès, exécute un présumé coupable, généralement par pendaison.

À la fin de la guerre de Sécession, les lynchages de personnalités républicaines et d'Afro-Américains sont devenus fréquents dans les États du Sud pendant la période de l'ère dite de la Reconstruction et jusqu'à la fin des années 1950, avec par exemple le lynchage d'Emmett Till en 1955.

Après l'adoption de différentes lois comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968 abolissant toutes les lois et réglementations ségrégatives sur l'ensemble des États-Unis, cette pratique devient sporadique comme le lynchage de Michael Donald en 1981. Ces actions criminelles sont principalement le fait de l'organisation terroriste du Ku Klux Klan et de divers groupuscules issus de la mouvance du suprémacisme blanc.

Par extension, le mot lynchage et le verbe lyncher sont aussi employés de nos jours péjorativement et de façon abusive pour qualifier une attaque verbale ou médiatique, réalisée par un groupe ou pour qualifier un passage à tabac en réunion, même si celui-ci n'a pas provoqué la mort de la victime.

Le lynchage cybernétique ou informatique est considéré comme une forme de cyberharcèlement.

Charles Lynch et la loi de Lynch vignette|Charles Lynch. Charles Lynch est né en 1736 à Chestnut Hill dans l'actuelle Virginie. Entre 1769 et 1776, il a siégé comme représentant du comté de Bedford à la Chambre des Bourgeois de Virginie. En 1774, il est également nommé comme juge de paix., poste qu'il occupe jusqu'en 1780. En 1778, sur les recommandations du gouverneur de la Virginie, il est nommé colonel de la milice de l'État. Il siège au Comité du commerce, où il prend des décisions instituant des boycotts contre les produits d'origine britannique. Ses diverses fonctions placent le colonel Lynch dans une position de figure éminente de la cause patriote. Avec Patrick Henry, Thomas Jefferson et George Washington, il a formé une association pour interdire l'échange ou la vente de thé, de verre et de produits en papier jusqu'à ce que la taxe britannique sur ces articles soit supprimée. Dans une lettre envoyée à Charles Lynch par le gouverneur Thomas Jefferson en , il lui est demandé de saisir toute personne sur laquelle reposait une culpabilité probable de loyalisme. Lynch devait alors juger l'accusé, puis le coupable devait être envoyé à Richmond pour un nouveau procès, où seraient prononcées les peines. Mais Lynch redoutait que lors du transport jusqu'à Richmond, le convoi puisse être attaqué, ou bien que cela donnât du temps à la fabrication de faux témoignages. Il décide alors de faire exécuter les peines sur place dans son domaine de Green Level. Les peines allaient de un à cinq ans de prison, et étaient parfois de la flagellation. Dans un premier temps, Thomas Jefferson reproche à Charles Lynch sa pratique illégale de la justice, mais en 1782, l'Assemblée générale (futur Congrès des États-Unis) annule les charges retenues contre Charles Lynch en faisant valoir que ses décisions étaient justifiées au regard du caractère d'urgence de la situation. Par la suite l'expression Loi de Lynch désigne toute pratique d'exécution sommaire extrajudiciaire, généralement par pendaison, commise par un groupe ou une foule envers une personne présumée coupable...

Diverses utilisations de la loi de Lynch aux États-Unis Loi de Lynch et Ku Klux Klan vignette|Abraham Lincoln. Le Président Abraham Lincoln signe le la Proclamation d'émancipation qui abolit l'esclavage négrier. Cette proclamation va être suivie de plusieurs amendements à la Constitution à savoir : le treizième amendement du abolissant l'esclavage, le quatorzième amendement de 1868, accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et le quinzième amendement de 1870, garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis. Pour entraver les nouveaux droits des Afro-Américains, les États du Sud utilisent deux dispositifs : le premier est un dispositif d'intimidation par le terrorisme avec le Ku Klux Klan (KKK), l'autre légal, réglementaire : les lois Jim Crow issues des Black Codes...

gauche|vignette|Nathan Bedford Forrest.

Le Ku Klux Klan (KKK) sous la houlette de Nathan Bedford Forrest devient le bras armé des Blancs réfractaires aux lois abolitionnistes, utilisant toutes sortes de moyens : intimidations verbales et physiques (jusqu'aux coups de fouet), terreur, lynchages., chantage, corruption pour imposer ses candidats au sein du Parti démocrate, puis pour faire triompher ceux-ci aux élections pour les institutions parlementaires des États du Sud et faire voter des lois locales ségrégationnistes. Par exemple, dans le comté de Columbia, à l'élection d', votent pour le candidat républicain au poste de gouverneur de Géorgie, mais seulement une pour le candidat Ulysses S. Grant à l'élection présidentielle américaine de 1868..

Pour cela, le KKK sillonne le pays pour y tenir des réunions et saboter les réunions électorales des Républicains. Chacune de ses apparitions est suivie d'une vague de violence contre les Afro-Américains.. Les membres du KKK font irruption dans leurs maisons pour les fouetter ou les assassiner en les pendant aux arbres ou en les brûlant vifs dans des cages. Certaines femmes enceintes sont éventrées et des hommes castrés.

Les Blancs du Bureau des réfugiés qui instruisent les Afro-Américains sont également visés par le Ku Klux Klan ainsi que les . On estime que lors de cette campagne présidentielle, le KKK a assassiné ou blessé plus de rien qu'en Louisiane... Au Tennessee, de juin à , il est fait part de vingt-cinq meurtres, de quatre viols et de quatre incendies volontaires. Sous la pression de la terreur, les comtés de Giles et de Maury se sont vidés de leurs habitants Afro-Américains et Blancs loyaux au gouvernement fédéral..

L'année 1868 est marquée par l’implantation du Klan dans plusieurs États (Missouri, Mississippi, Kentucky, Virginie-Occidentale, Maryland, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Géorgie). Son ascension politique est facilitée par les notables qui voient dans le Klan un moyen de réduire, voire museler les Républicains pour assurer la victoire des Démocrates dans les élections. Des figures éminentes des États du Sud sont suspectées d'appartenir au Klan ou d'être des sympathisantes comme John Tyler Morgan.., Albert Pike.., Zebulon Baird Vance., John Brown Gordon..., sans que l'on puisse toujours en faire la preuve formelle, mais dont la carrière politique est facilitée par les actions du Klan..vignette|Dessin paru dans le d' critiquant l'alliance de la et du Ku Klux Klan contre la reconstruction du Sud.Le , Forrest accorde une interview à un journaliste du The Commercial de Cincinnati où il indique que le Klan dispose de dans les États du Sud, et présente le KKK comme une organisation militaire et politique pour protéger les gens du Sud de l'oppression de l'armée fédérale. Pour faire barrage à l'influence du Nord, Forrest affirme que le Klan met tous ses moyens en œuvre pour faire élire des Démocrates qui lui sont favorables. Il conclut très prudemment qu'il n'est pas membre du Klan mais qu'il souhaite travailler avec eux. Quand les membres du Congrès lisent l'interview, l'article confirme bien leurs craintes sur le fait que le Klan est une véritable armée contre-révolutionnaire, que ses effectifs ne sont pas que des rumeurs, qu'il n'est plus du tout une bande de petite taille et enfin qu'il s'étend largement au-delà du Tennessee..

Ulysses S. Grant déclare à propos du KKK : ..

Comme l'indique Wyn Craig Wade dans son livre , même un historien favorable au Klan ne peut que convenir que , les enseignants et enseignantes qui professent dans les écoles pour les Afro-Américains sont rossés, fouettés, voire assassinés et leurs écoles incendiées..

Diverses actions judiciaires sont lancées contre le Klan mais n'aboutissent pas car les membres des jurys sont composés de sympathisants du Klan et les témoins se rétractent par crainte de représailles.

Anticipant une réaction officielle bien que tardive des autorités de Washington, Forrest dissout le Klan en janvier 1869, officiellement parce que certains membres du Klan avaient jeté l'opprobre sur son image publique par leurs actions violentes. Mais plus officieusement, après avoir brûlé tous les documents du Klan, il fait entrer le Klan dans la clandestinité et il continue ses activités terroristes sous le nom de l'« Empire invisible des Chevaliers du Ku Klux Klan » selon sa dénomination interne. Il est décompté un minimum de commis par le KKK entre 1865 et 1900 (le nombre exact est inconnu car souvent les autorités ont classé les affaires sans suite)...

Frederick Douglass et Ida B. Wells et leurs actions contre les lynchages gauche|vignette|Ida Bell Wells-Barnett, journaliste et militante des droits de l'homme américaine. En 1892, l'Afro-Américain Frederick Douglass, figure fondatrice du mouvement des droits civiques, écrit un article dans lequel il fustige les lynchages menés par des foules alcoolisées sans que l'on soit capable de savoir si la personne est coupable ou non, actes barbares, indignes de la civilisation, actes désavoués par toutes les morales ; cherchant les causes, il écarte les foules ignorantes et les juges qui suivent la foule, pour condamner la presse qui se complaît à narrer les lynchages et en faire l'apologie..

vignette|Frederick Douglass.

En mars 1892, dans un contexte de tensions raciales attisées par des terroristes du Ku Klux Klan, une émeute nocturne visa la People's Grocery Company, une épicerie prospère, tenue par des Noirs, accusée de faire de l'ombre à un commerce similaire mais tenu par des Blancs. Trois hommes sont blessés par balle et les trois propriétaires du commerce sont emprisonnés.. Dans la nuit, la foule prend d’assaut la prison et les lynche à mort. Ida B. Wells, qui connaissait bien les trois hommes, était absente cette nuit-là, occupée à vendre des souscriptions pour son journal dans le comté de Natchez. Apprenant la nouvelle des lynchages de l'épicerie populaire, elle exprime sa colère dans le Free Speech sous la forme d'un article dans lequel elle presse ses concitoyens Afro-Américains de quitter la ville : . Cet assassinat de ses amis pousse Wells à mener un travail d'investigation sur le lynchage pratiqué à l'encontre des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis.. Après trois mois de recherches, son premier article sur le sujet conclut que l'accusation de viol, souvent avancée comme justification du lynchage, n'est en réalité qu'un prétexte utilisé pour punir les Afro-Américains surpris à avoir des relations sexuelles consenties avec des Blanches. Son article sur le lynchage est une analyse critique des divers actes de lynchage avec leurs motifs sur une période allant de 1882 à 1891, analyse faite à partir des données du Chicago Tribune, montrant en outre la phobie obsessionnelle des Blancs quant aux relations sexuelles entre des femmes blanches et hommes Afro-Américains...