La bataille de Fontenoy est un affrontement de la guerre de Succession d'Autriche qui se déroula le près de Fontenoy dans les Pays-Bas autrichiens, actuellement une localité de la ville belge d'Antoing, dans la province du Hainaut, non loin de la frontière entre la Belgique et la France. Elle opposa les forces du roi de France, Louis XV, à une armée coalisée, formée de troupes des Provinces-Unies, de la Grande-Bretagne, de HanovreAussi dénommé Electorat de Brunswick-Lunebourg (Braunschweig-Lüneburg) et de l'Autriche, commandée par William Augustus, duc de Cumberland.

La bataille se solda par une victoire française et permit de reprendre la ville de Tournai, située à quelques kilomètres au nord, et sa citadelle après y avoir commencé le siège deux semaines plus tôt Les quinze grandes batailles "belges" qui ont changé l'Europe.

L'expression populaire « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! » est inspirée du récit de cette bataille par Voltaire.

Contexte militaire de la bataille (1744 -1745)

Le , l'armée de Louis XV, menée par le maréchal-duc de Noailles, envahit les Pays-Bas autrichiens et s'empare rapidement des places de Menin, Ypres, du fort de la Knocque et de Furnes.

L'année suivante, placée sous le commandement du maréchal de Saxe, l'armée française, forte de , entame le siège de la ville de Tournai, importante place militaire verrouillant la vallée de l'Escaut. Sa défense est assurée par une garnison hollandaise, commandée en 1745 par le baron Johan Adolf Van Dorth (1661-1747) et groupant 11 bataillons d'infanterie et 3 escadrons de cavalerieA. Tripnaux & C. Deligne, « Tournai - Fontenoy 1745, un siège, une bataille », Ville de Tournai, imprimerie Botteldoorn, Tournai, octobre 2015, , D/2015/2728/1.. Sous le couvert d'une diversion lancée vers Mons, le maréchal de Saxe rabat le gros de son armée vers Tournai qui est totalement investie le .

Leurrés par la diversion française, les généraux alliés rassemblent dans la précipitation leurs effectifs près de Bruxelles et se mettent d'abord en route le vers Mons avant finalement d'obliquer leur marche vers Tournai.

Arrivé le à la tête de l'armée, le roi Louis XV, accompagné du dauphin, son fils âgé de 15 ans qui devait connaître à cette occasion son baptême du feu, établit dans l'après-midi du ses quartiers au château des Quatre Vents, à Calonne, sur la rive gauche de l'Escaut, à quelque 2 kilomètres de FontenoyAlain Tripnaux, Fontenoy-La-Bataille, , Asbl Le Tricorne, Tournai, 2005..

Bataille Forces en présence

Armée française Le maréchal Maurice de Saxe aligne dans un premier temps une force de 55 bataillons d'infanterie, de 91 escadrons de cavalerie, du corps des arquebusiers de Grassin, et de 60 pièces d'artillerie, soit quelque . Au fil du combat, ses effectifs sont renforcés par l'arrivée de nouvelles unités qui portent en définitive les effectifs français au nombre de 62 bataillons et de 123 escadrons, soit quelque Colin J.L.A., Les campagnes du maréchal de Saxe, tome III, Librairie militaire R. Chapelot, Paris, 1901-1906. Néanmoins, la réserve tactique, , ne participe pas à l'action. Une force de 25 bataillons d'infanterie, de 2 bataillons et demi d'artillerie et de 17 escadrons de cavalerie, aux ordres du lieutenant-général marquis de Brézé, reste postée face à la ville de Tournai, soit environ .

Coalisés Les forces du duc William de Cumberland regroupent quelque 55 à , répartis en 65 bataillons, 76 escadrons dont 8 autrichiens, et 93 pièces d'artillerie. Ne comptant que , le contingent autrichien, aux ordres du feldmarshall Königsegg, est formé de quatre escadrons de dragons (Ferdinand de Ligne et Limbourg-Styrum), de quatre escadrons de hussards (Kàrolyi et Beleznay) et de deux compagnies franches (Bouvier et Pertuiseaux).

Déroulement de la bataille vignette|gauche|Plan de la bataille de Fontenoy, remportée par les Français le 11 mai 1745. La bataille entre les deux armées se déroule le mardi dans la plaine de Fontenoy, située entre Fontenoy, Antoing et Ramecroix, à 7 kilomètres au sud-est de Tournai.

Prévoyant l'arrivée de l'armée alliée, le maréchal de Saxe ordonne de construire des retranchements sur la rive droite de l'Escaut. Dès le , le village de Fontenoy est fortifié et deux solides redoutes édifiées près de la corne du bois de Barry ; le , trois nouvelles redoutes sont érigées entre Fontenoy et Antoing.

La bataille débute le mardi vers les cinq heures trente du matin par des tirs d'artillerie, ouverts en premier lieu par les Hollandais.. La brume matinale, enveloppant alors les deux armées, ne se dissipe toutefois que vers les six heures, entraînant un puissant duel d'artillerie dont les deux premières illustres victimes sont le lieutenant-général et duc Louis Antoine de Gramont (1689-1745) et le lieutenant-général britannique James Campbell of Lawers (1680-1745).

Informé de la présence d'un ouvrage fortifié garni d'artillerie sur la lisière du bois de Barry, le duc de Cumberland ordonne vers 5h30 au lieutenant-général Richard Ingoldsby de s'emparer de la position ennemie avec une brigade de quatre régiments d'infanterie afin de favoriser le déploiement des troupes britanniques. Apercevant les effectifs du régiment des Arquebusiers de Grassin disposés sur la lisière du bois, le brigadier-général arrête cependant son mouvement en bordure du Vieux chemin de Mons et y tient un conseil de guerre avec ses officiersInterprétant abusivement le texte de Voltaire ("Le Duc de Cumberland ne prit cette décision que, parce qu'un officier nommé Ingolsby, auquel il avait ordonné d'attaquer la redoute d'Eu, n'avait pas exécuté ses ordres".... - Histoire de la guerre de 1741, seconde partie, 1756, -), les historiens ont souvent présenté l'arrêt de la brigade Ingoldsby par une héroïque défense des Grassins. Longtemps restées inaccessibles aux historiens, les minutes du procès du brigadier général Ingoldsby (contenant de nombreux témoignages d'officiers britanniques) prouvent le contraire. La valeureuse conduite des Grassins est le fait de leur engagement dans le bois de Barry la veille contre les avant-gardes alliées ( Black Watch, compagnies franches) et durant la matinée, à partir de 8 heures contre les forces britanniques (Ilten et l'aile droite britannique en progression vers la ligne française vers 10h30), ainsi que leur capture de nombreux chariots et de prisonniers après le combat, ce qui leur vaut l'éloge du roi.. Redoutant la présence d'une importante force ennemie, il envoie demander un support d'artillerie. À cause du mauvais état des chemins, les canons ne rejoignent que fort tardivement la position du brigadier-général Ingoldsby, lui interdisant dès lors toute avance victorieuse sur un terrain à présent découvert et placé sous les tirs directs de batteries françaises disposées entre Fontenoy et le bois de Barry.. Irrité de l'inaction du brigadier-général Ingoldsby, le duc de Cumberland fait suspendre l'action de cette brigade vers les sept heures du matin et en rattache les effectifs à l'aile droite alliée, commandée par le lieutenant-général hanovrien Ilten. Pour son inaction manifeste, le duc de Cumberland fera mettre en accusation Richard Ingoldsby à Lessines et le fera juger en , à Dieghem, près de Bruxelles, par une cour martiale, présidée par le général John Murray, second Lord DunmoreJohn Murray, comte de Dunmore ( - ), vicomte de Fincastle et Lord Murray de Blair, Moulin et Tullimet, pair écossais et Général de l'armée britannique. Second fils de Charles Murray (1er comte de Dunmore) (1661-1710) et petit-fils de John Murray (1er marquis d'Atholl), il devient en 1704, à la mort de son frère aîné, James Murray (1683-1704) l'héritier en titre et succède à son père comme second comte de Dunmore en 1710. Il commande le bataillon des Gardes anglaises (Scots Guards) de 1713 à 1752. En 1719, il est l'un des commandants des forces britanniques lors de la capture réussie de Vigo pendant la Guerre de la Quadruple-Alliance. Présent à la bataille de Fontenoy, le 11 mai 1745, il assume le rôle de président de la cour martiale qui jugea en juillet 1745, à Dieghem, le brigadier-général Richard Ingoldsby pour son inconduite lors de la bataille. John Murray, second comte de Dunmore, siège à la Chambre des lords en tant que représentant écossais de 1713 à 1715, puis de 1727 jusqu'à sa mort, en 1752. (1685-1752) qui le suspendra « de paie et de service au bon gré de son Altesse royale ». L'infortuné brigadier sera dès lors désigné à l'opinion publique comme le principal artisan de la défaite des Britanniques lors de la journée de Fontenoy...

À la suite de nombreux retards dans le déploiement des troupes alliées, les premières attaques de la journée ne débutent que vers les neuf heures du matin. Sur l'aile gauche alliée, les troupes hollandaises, positionnées entre Fontenoy et Antoing, mènent d'abord deux attaques, l'une sur Fontenoy, par le prince de Waldeck, et la seconde, sur Antoing, commandée par le lieutenant-général Cronström. Les deux attaques échouent lamentablement sous les tirs de la puissante artillerie française disposée de Fontenoy à Antoing. Opportunément placée la veille près du moulin de Bruyelle, de l'autre côté de l'Escaut, une batterie de canons de 16 livres achève de semer la confusion dans les rangs hollandais. Vers les 10 heures, une seconde attaque, livrée contre le village de Fontenoy, et soutenue par des troupes hanovriennes et britanniques, est à nouveau repoussée, forçant les Hollandais à adopter une attitude désormais passive...

Vers 10h30, le duc de Cumberland ordonne pour sa part à ses troupes d'attaquer par le nord de Fontenoy, entre ce village et la lisière du bois de Barry. Disposés sur trois lignes, les bataillons Anglo-hanovriens, groupant quelque , s'avancent vers les positions françaises en remontant un sol légèrement pentu, le célèbre « ravin » de Fontenoy. Vers les onze heures, ils apparaissent face à la première ligne française, après avoir subi de lourdes pertes occasionnées par l'artillerie ennemie. Cette phase du combat aurait donné lieu à une anecdote légendaire, popularisée par Voltaire dans un ouvrage historique, paru en 1756. Invité à ouvrir le feu en premier par Sir Charles Hay, officier du des Gardes anglaises, le comte Joseph-Charles-Alexandre d'Anterroches (1710-1785)Le nom de cet officier fut d'abord erronément orthographié sous la forme d'Auteroches dans les premières éditions ; dès 1769, Voltaire lui restitue son identité : d'Anterroches (avec ou sans S)., officier français des Gardes-françaises, lui aurait rétorqué : « Monsieur, nous n'en ferons rien ! Tirez vous-mêmes ! » Cette anecdote, ne reposant que sur la seule version de Voltaire, est historiquement invérifiable. Il était cependant d'usage lors des batailles de se proférer des moqueries, voire des insultes, pour forcer l'adversaire à ouvrir un feu disparate et se retrouver en état de faiblesse. Une seule lettre de Sir Charles Hay, écrite à son frère, trois semaines après le combat, fait référence à un tel comportement lors de la bataille de Fontenoy.. S'avançant à la tête de son unité, il aurait sorti de son habit une petite flasque d'alcool et porté un toast moqueur à l'égard des Gardes-françaises, surnommés « les canards du Main » depuis leur piteuse conduite à la bataille de Dettingen en 1743. Quoi qu'il en soit, la tradition populaire ne devait retenir du légendaire dialogue, transcrit par Voltaire, qu'une citation déformée, sous la forme de : et faire de Fontenoy l'exemple type de la guerre en dentelles..