Georg Leo, comte von Caprivi de Caprara de Montecuccoli, né Georg Leo von Caprivi, fait comte en 1891 (né le à Charlottenbourg et mort le sur le domaine de Skyren près de Crossen-sur-l'Oder) est un général d'infanterie et homme d'État prussien.
Après une formation militaire à l'Académie de guerre de Prusse, il gravit les échelons hiérarchiques et se distingue en particulier lors de la guerre franco-allemande de 1870. Nommé chef de la Marine, il entre rapidement en conflit avec l'empereur Guillaume II qui envisage la Marine comme une pièce offensive dans ses projets militaires et finit par démissionner. En 1890, il prend la succession d'Otto von Bismarck en tant que chancelier de l'Empire allemand et le reste jusqu'en 1894.
Caprivi inaugure alors sa politique du « Nouveau cours ». Sur le plan intérieur, elle est marquée par une volonté d'apaisement au sein des différentes couches de la population. Caprivi tente de concilier les antagonismes en engageant par exemple des réformes sociales en matière de code du travail ou de temps de travail. Sur le plan extérieur, la politique de Caprivi est synonyme de rapprochement avec le Royaume-Uni et d'une politique commerciale offensive. Il met ainsi fin à la politique protectionniste mise en place par son prédécesseur.
Sa politique, aussi bien intérieure qu'étrangère, rencontre une forte résistance, aussi bien de la part des nationalistes extrémistes que de la part des grands propriétaires terriens, les . On lui reproche de ne pas défendre assez fermement les intérêts de l'Allemagne. C'est la réforme scolaire prévoyant la confessionnalisation de l'école qui cause la chute du chancelier en 1894.
Renvoyé par Guillaume , il se retire aussitôt de la vie politique. La figure de Caprivi a peu fait l'objet d'études scientifiques. Si ses contemporains ont longtemps relayé l'image d'un chancelier maladroit et incapable la majorité des historiens actuels s'accordent sur une image plus nuancée de l'action de Caprivi, voyant en lui un homme politique ambitieux mais manquant de soutiens dans le monde politique.
Famille Si certaines recherches le présentent comme provenant d'Italie du nord et descendant de la famille Caprara de Montecucculi, les documents ne permettent pas d'attester cette ascendance. La ne comporte elle non plus aucune référence à ce patronyme. Il est toutefois prouvé que Caprivi appartient à une famille originaire de Carniole dont l'ancêtre connu le plus lointain est Andreas Kopriva, un chevalier mort aux alentours de 1570 (kopriva signifiant « ortie » en slovène). Au , la famille se transplante en Silésie. Elle est anoblie au rang de chevalier en 1653 par Ferdinand III, empereur du Saint-Empire romain germanique, puis est de nouveau anoblie en Autriche pour services rendus dans les guerres contre les Turcs. C'est à la fin de ce même siècle que la famille prend le nom de « ».
Arrière-petit-fils de l'historien et poète Julius Leopold von Caprivi, Leo von Caprivi est le fils aîné de Leopold von Caprivi, membre de la cour suprême de Prusse, syndic et membre de la Chambre des seigneurs de Prusse, et d'Émilie Köpke. Sa mère fait partie d'une famille de la bourgeoisie « éduquée ». Elle est la fille de Gustav Köpke alors professeur de théologie et directeur du lycée berlinois du monastère franciscain. La famille von Caprivi compte un certain nombre de militaires. Ainsi le frère cadet de Leo, Raimund est lieutenant général. Son neveu, également prénommé Leo, est (grade militaire) de l'empereur . Le fait que Caprivi ne soit pas un grand propriétaire terrien le différencie nettement de la plupart des autres membres de l'élite prussienne.
Carrière militaire Ascension vignette|Image de presse représentant la bataille de Mars-la-Tour. Caprivi étudie au lycée de Friedrichswerder de Berlin où il obtient son en 1849. Le , il s'engage comme volontaire dans la du de grenadiers de la Garde. Il est nommé sous-lieutenant () le quand il entre à l'Académie militaire prussienne d'où il sort le avec le grade de premier-lieutenant. Il sert ensuite dans le département topographique de l'état-major en tant que capitaine. Lors de la seconde guerre des Duchés en 1864, il est membre du commandement de la . En 1865, il devient chef de compagnie d'un régiment d'infanterie. Pendant la guerre austro-prussienne de 1866, il fait partie une nouvelle fois de l'état-major au grade de major, ce qui lui permet de guider la conjointement avec Frédéric-Charles de Prusse.
Par la suite, il entre dans le commandement du corps de la Garde, puis il devient en 1870, tout d'abord de manière provisoire, chef de l'état-major du d'armée. Caprivi est alors considéré comme l'élève le plus talentueux de Moltke. Lors de la guerre franco-allemande de 1870, il est confirmé à son poste de commandant du d'armée au grade de lieutenant-colonel. Cette décision de nommer un officier si jeune à la tête d'un corps d'armée est particulièrement remarquée. Il remplit les attentes placées en lui en contribuant plusieurs fois à la victoire : à Mars-la-Tour, lors du siège de Metz, tout comme à Beaune-la-Rolande que les commentateurs de l'époque qualifient de .. Pour ses services, il est nommé colonel en 1872 puis décoré de l'ordre Pour le Mérite.. Tout d'abord nommé directeur d'un département au sein du ministère de la Guerre, il est notamment responsable de la rédaction d'une loi sur le casernement et de l'introduction de nouveaux fusils produits par Mauser. Promu général de division () en 1877, il commande par la suite plusieurs divisions et à chaque fois pour de très courtes périodes. C'est ainsi qu'il est à la tête d'une brigade d'infanterie à Stettin en 1878, d'une division à Metz en 1882, jusqu'à devenir chef de l'amirauté en 1883.
Chef de la marine En 1883, Caprivi devient en effet chef de la marine impériale allemande après la démission d'Albrecht von Stosch. Il obtient par la même occasion le grade de vice-amiral. Selon certains biographes, cette décision est prise contre la volonté explicite du chancelier Otto von Bismarck qui ne veut pas priver l'armée impériale d'un de ses meilleurs officiers. Thomas Nipperdey écrit au contraire qu'il s'agit d'une « mise au placard » de Caprivi en l'envoyant dans la marine., d'autant plus que Caprivi n'avait eu jusque-là aucun emploi dans ce domaine. Caprivi accueille cette décision sans enthousiasme. Il se montre cependant bon administrateur en réformant la marine et en la renforçant.
Dès 1884, sa politique est avant tout marquée par le développement des torpilleurs pour la défense des côtes. Il rédige avec Alfred von Tirpitz un mémoire qui lui permet de défendre devant le l'intérêt que représente la flotte. Pour lui, la défense est en effet capitale : . Il veut conforter l'empire dans son statut de puissance continentale et le pays étant de plus en plus dépendant du commerce maritime, il voit d'un très mauvais œil la possibilité d'un blocus occidental. Plaidant pour la professionnalisation de la Marine, il n'hésite alors pas à dépasser à plusieurs reprises le budget qui lui est attribué.
En 1888, peu après l'accession au pouvoir de , qui a une très haute estime de ses propres compétences dans le domaine naval, des différends apparaissent entre les deux hommes. L'empereur veut séparer le commandement administratif et militaire de la flotte qui sont jusqu'alors réunis sous la direction de l'. Mais c'est avant tout sur les nouvelles orientations stratégiques que la division est profonde. Caprivi défend une doctrine militaire traditionnelle et continentale, la flotte doit avoir un rôle purement défensif. Guillaume rêve au contraire de construire une flotte à vocation offensive capable de rivaliser en haute mer avec la puissance britannique. Caprivi pour marquer son désaccord, démissionne de son poste sans pouvoir entraver l'armement de la marine allemande. Il redevient alors général du d'armée.
Chancelier du Nouveau cours
thumb|Johannes von Miquel a fortement influencé la politique de Caprivi. La nomination de Caprivi au poste de chancelier impérial et ministre-président en 1890 en lieu et place d'Otto von Bismarck est une véritable surprise au vu de ses précédentes relations avec l'empereur.. Ce dernier décide de le nommer parce qu'il voit en lui un homme à contre-courant de Bismarck sur les sujets des lois antisocialistes, du et des minorités. Il mène ainsi au départ une politique de réconciliation. Par ailleurs, Caprivi est un général qui a fait ses preuves et qui, l'empereur en est convaincu, peut redresser la situation politique intérieure par des mesures audacieuses. Après sa prise de fonction, Caprivi déclare au que sa tâche principale serait de . Caprivi prend alors beaucoup d'initiatives politiques de manière indépendante. Cette politique est connue sous le nom de « Nouveau cours » (), expression employée en 1890 par .. Elle est tout d'abord couronnée de succès, ce qui conforte l'empereur dans son choix.
L'historien Robert K. Massie le décrit au moment de son arrivée au pouvoir : .
Caprivi promet au début de sa gouvernance de . Cela marque le début du nouveau cours aussi bien dans la politique intérieure qu'extérieure. Les grandes lignes de son programme économique émanent cependant de Johannes von Miquel, le meneur des nationaux-libéraux. Des réformes sont ainsi annoncées comme dans le domaine de la politique sociale. Dans le cabinet de Prusse, les membres les plus influents sont le ministre du commerce Hans Hermann von Berlepsch, le ministre de l'Intérieur Ernst Ludwig Herrfurth et le ministre de la Guerre Hans Karl Georg von Kaltenborn-Stachau. Dans son cabinet impérial, les secrétaires d'État Karl Heinrich von Boetticher et Adolf Marschall von Bieberstein ont également leur mot à dire. Cette politique de rééquilibrage ne conduit toutefois pas à une diminution de l'autorité étatique, que cette dernière provienne du gouvernement ou du monarque. Ainsi le strict contrôle de la liberté d'association est maintenu, la discipline, notamment au niveau politique, est renforcée vis-à-vis des fonctionnaires et des juges aux vues conservatives sont nommés pour traiter ces affaires. Thomas Nipperdey décrit cette politique de pour l'administration..
Pour pouvoir imposer ses projets politiques, Caprivi, tout comme Bismarck avant lui, doit composer avec l'approbation du . Le changement vient de la position du nouvel empereur, qui veut prendre une plus grande place sur la scène politique que son prédécesseur. Ses prises de positions changeantes et ses exigences aux allures absolutistes, deviennent à partir de cette époque un facteur central dans la politique allemande. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer l'influence et le pouvoir de nuisance opposés par l'ancien chancelier, quelque peu rancunier par sa démission forcée. Une autre difficulté pour Caprivi est la gestion du rapport entre la Prusse et l'Empire. Il adopte un style collégial au sein du cabinet ministériel prussien contrairement à son prédécesseur. Il en fait part à la chambre des représentants de Prusse dès son discours d'ouverture.. Le fait qu'il ne demande pas à être systématiquement présent quand un de ses ministres veut s'entretenir avec l'empereur est aussi un changement majeur dans la façon d'exercer la fonction de chancelier. Cela le conduit toutefois à rencontrer de nombreuses difficultés pour imposer sa ligne politique. Ainsi en Prusse, son ministre des Finances, Miquel, acquiert un pouvoir total dans son domaine.
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