La bataille de Monte Cassino (on trouve aussi les appellations « bataille du mont Cassin » ou « bataille du Mont-Cassin » dans la littérature de langue française) couvre une série de quatre batailles de la Seconde Guerre mondiale livrées, autour du mont Cassin dans le Latium de à , par les Alliés contre les forces allemandes pour percer la ligne Gustave, afin de faire la jonction avec les forces débarquées à Anzio (à environ une centaine de kilomètres à vol d'oiseau à l'ouest du mont) et d'occuper Rome.
Durant cet épisode, des centaines de bombardiers anéantirent l'abbaye du Mont-Cassin.
L’importance stratégique de cette bataille résidait dans le fait que ce point constituait un verrou sur la route vers Rome et que la Wehrmacht y avait installé une importante garnison.
Contexte et géopolitique vignette|Albert Kesselring Après l' (débarquement et prise de la Sicile par les Alliés) en , puis le débarquement en Calabre et la prise de Naples, le front d'Italie s'est enlisé. Certes les Allemands ne peuvent aligner qu'une armée réduite face aux Alliés, mais le front lui-même se réduit à la largeur de la botte italienne, qui est bien plus facile à défendre que les immensités de l'espace russe.
L'Italie a théoriquement rejoint le camp allié, mais la plupart des troupes italiennes ont été désarmées ou froidement exécutées par les Allemands, comme la division Acqui sur l'île grecque de CéphalonieLa tragédie de Céphalonie.. Les Allemands ont installé une république fasciste fantoche dans le Nord de la botte, la république de Salò, dirigée par Mussolini. Si les Allemands disposent de troupes moins nombreuses que les Alliés, celles-ci sont solidement retranchées sur un solide dispositif de défense couvrant toute la largeur de la péninsule italienne, qui atténue leur infériorité numérique : échelonné sur plusieurs lignes, ce dispositif est constitué par une série de fortifications plus ou moins denses, qui utilisent les sommets des Apennins comme un véritable rempart. Les quelques vallées ou plaines littorales permettant les communications du sud vers le nord sont, quant à elles, entièrement minées et parsemées de réseaux de barbelés. La plus redoutable de ces rangées défensives est la ligne Gustave, qui s'appuie sur la région montagneuse des Abruzzes et dont le verrou est constitué du massif fortifié du mont Cassin.
Le maréchal allemand Kesselring barre ainsi fermement la route de Rome aux Alliés, tandis qu'après la conférence de Téhéran, fin 1943 avec les Soviétiques, un autre front doit être ouvert en Europe occidentale. Le théâtre de la Méditerranée et des Balkans est relégué au second plan, au grand dam du Royaume-Uni, qui a bien du mal à influer sur le cours des événements, isolé entre les deux grandes puissances : l'Union soviétique et les États-Unis.
Du point de vue géopolitique, Winston Churchill veut contrer directement et immédiatement l'avancée soviétique déjà amorcée dans les Balkans. Du point de vue militaire, la topographie montagneuse de la région des Abruzzes favorise la défense et les combats seraient très coûteux. Mais, après la campagne d'Afrique du Nord, les États-Unis mènent de plus en plus les affaires militaires par l’importance relative de leurs engagements, et l'URSS n'a aucun intérêt à voir contrariées ses ambitions en Méditerranée. Pour ces deux puissances, le débarquement en Sicile n'est que le préambule à la campagne d'Italie, qui elle-même n'est que le prélude à l'opération Overlord (nom anglo-saxon de la bataille de Normandie débutant par le débarquement en Normandie), en attendant que le renforcement en matériel et troupes destinés à cette dernière soit achevé sur le territoire du Royaume-Uni.
Début 1944, les Alliés ont donc finalement choisi la Normandie comme axe d'attaque principal, et le gros de leurs efforts se concentre sur la préparation de cette opération gigantesque. Dans ces conditions, les opérations alliées en Italie n'ont pas la priorité. De plus, les Allemands ne semblent pas prêts à abandonner Rome sans en faire payer le prix fort.
Chronologie Janvier - mars 1944 : échec des attaques frontales anglo-américaines sur Cassino vignette|Plan allié de l'offensive de . vignette|Plan allié pour l'offensive de janvier dans le secteur au nord de Cassino. vignette|Des « Diables verts » se servant d'un mortier sur le mont Cassin. Les Alliés veulent rompre la ligne Gustave pour pouvoir atteindre Rome, tandis que les Allemands essayent de freiner au maximum l'avance alliée. Le général Eisenhower, commandant suprême des forces alliées, le général Clark de la américaine, et le général Leese de la britannique, sont opposés au feld-maréchal Albert Kesselring, commandant en chef, et au général Heinrich von Vietinghoff, commandant de la allemande.
Kesselring va définir la situation de la bataille autour du mont en tenant une coupe de vin d'Asti en présence de ses officiers :
Les Alliés engagent à l'origine une division blindée et six divisions d'infanterie, puis, par la suite, trois divisions blindées et treize divisions d'infanterie, soit . Les Allemands ont au début quatre divisions de Panzers et cinq divisions d'infanterie, auxquelles s'ajoutent par la suite une division de Panzergrenadiere et cinq divisions d'infanterie, soit .
Il faut quatre opérations aux Alliés pour qu'ils parviennent à s'emparer du mont Cassin et de son monastère, pour dégager la vallée du Liri, seule voie pour prendre Rome. La hauteur sur laquelle se trouve le monastère () est la clef du dispositif défensif allemand. Elle surplombe la ville de Cassino (aussi nommée en français « Cassin »), ainsi que la route nationale 6 Via CasilianaEn ., et domine les vallées du Rapido au sud-est et du Liri au sud-ouest. Durant trois mois, le général von Senger und Etterlin, commandant le , renforce ses défenses constituées par la première division parachutiste d'élite des Fallschirmjäger soutenue par des bataillons d'infanterie et le .
Au début du mois de janvier, les Alliés lancent une succession de raids de contre les voies de communication allemandes. Le , le américain du général Keyes prend le mont Trocchio avec le soutien du corps expéditionnaire français (CEF). Cette unité française, composée essentiellement de troupes de l'Armée d'Afrique et commandée par le général Alphonse Juin, est en effet engagée sur le front d'Italie aux côtés des Américains depuis le mois de .
Le commence la première bataille du Monte Cassino. Initialement, le plan prévoyait que le CEF opère une attaque de diversion visant à déborder Cassino par la montagne, au nord-est, en atteignant Atina par le mont Santa Croce et le Carella ; tandis que le américain, avec une partie de la de chars, marche sur les villes de Cassino et de Sant'Angelo, et que le britannique progresse vers Minturno. Toutes ces opérations doivent préparer l'opération Shingle, qui consiste en un débarquement à Anzio-Nettuno, prévu pour le , sur les arrières du flanc droit de la ligne Gustave. Lors de la première phase des opérations, le britannique du général McCreery parvient à franchir le fleuve Garigliano, près de son embouchure. Il arrive le près de Castelforte. À partir du , les Allemands lancent des contre-attaques qui sont repoussées au bout de douze jours. Dans une seconde phase, le américain du général Keyes lance la contre Sant'Angelo, appuyée par la qui attaque Cassino. La tentative de franchissement du Rapido par la échoue toutefois le . La réussit presque à prendre Cassino et le monastère : ils approchent à seulement de l'objectif. Lorsque la indienne vient relever les Américains, la division ne compte plus que sur les au début de l'attaque.
Au début du mois de , les Allemands ont reconquis la majeure partie du terrain perdu. Le , la américaine est relevée par la néo-zélandaise. Les troupes débarquées à Anzio sont, quant à elles, immobilisées par les forces allemandes.
De son côté, si le CEF n'a pu s'emparer du mont Santa Croce et du Carella, faute de réserves, il a enregistré de nombreux succès sur un terrain escarpé particulièrement difficile : la prise de La Selva, de la Costa San Pietro ( d'altitude), d'Acquafondata et de la Monna Casale (dont les deux sommets jumeaux culminent à et ) ont constitué souvent autant d'exploits sportifs que militaires. En deux mois, la puis la d'infanterie algérienne (), appuyées par deux groupements de tabors marocains (GTM), ont obtenu des résultats significatifs : une avance de plus de à certains endroits en pays montagneux, la capture de , la mise hors de combat d'une entière division allemande. Au cours de l'offensive de , les tirailleurs nord-africains ont été les seuls à menacer sérieusement la ligne Gustave, réussissant même à la rompre au Belvédère lors de l'incroyable assaut du de tirailleurs tunisiens (). Plus tard, dans ses mémoires, le général de Gaulle écrira que lors de cette bataille, Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. L'unité. 1942-1944, , éd. Plon, Paris, 1960, .. Mais ces opérations sur le flanc nord-est de Cassino ne constituent pas la priorité de l'état-major anglo-américain, qui persiste à vouloir enfoncer le verrou du mont Cassin par une attaque frontale.
Du 15 au se déroule ainsi la deuxième bataille du Monte Cassino. La indienne et la néo-zélandaise se préparent à prendre d'assaut le mont Cassin, en passant par la crête de la Tête de Serpent, et à s'emparer également de la gare du chemin de fer de Cassino. Le , le commandement allié ordonne le bombardement du monastère du Mont-Cassin. Deux cent vingt-quatre appareils larguent quatre cent vingt tonnes de bombes qui rasent le monastère : les Alliés pensaient que des observateurs allemands se trouvaient sur les toits, ce qui était faux. La destruction du monastère permet toutefois aux Allemands d'en faire une véritable forteresse. L'attaque terrestre est déclenchée le . Les Néo-Zélandais prennent la gare de Cassino, mais doivent peu après s'en retirer. Le , la britannique se joint au corps néo-zélandais, mais le lendemain, l'opération est suspendue. Le mauvais temps neutralise les mouvements durant trois semaines. Du 14 au , la bataille reprend. Le général néo-zélandais Freyberg attaque en direction du sud, le long des deux rives du Rapido, après des bombardements intensifs. Les Alliés veulent s'emparer de la ville de Cassino, mais après six jours de combat, le corps néo-zélandais est obligé de se retirer. La situation s'enlise et la propagande allemande s'en donne à cœur joie : sur les murs de l'Europe occupée une affiche compare l'avancée des armées alliées en Italie à celle d'un escargot. Dans ses mémoires, von Senger écrira à propos de cette phase de la bataille que ce qu'il craignait le plus à ce moment , John Ellis, Cassino, the Hollow Victory - The Battle for Rome, January-June 1944, Andre Deutsch, 1984, p. 209. En ligne.Frido von Senger und Etterlin, Neither Fear Nor Hope, Presidio, 1989, p. 206 . En ligne.
Mai 1944 : succès de la manœuvre française de débordement au sud de Cassino
vignette|Plan de l'offensive de . Du 11 au ont lieu simultanément les troisième et quatrième batailles du Monte Cassino : la bataille des Français et celle des Polonais.
Au printemps 1944, les Alliés opèrent un repositionnement de leurs unités en vue de leur nouvelle offensive. La britannique et le corps expéditionnaire français sont ainsi redéployés en secret. L'offensive alliée qui se prépare s'appuie sur les plans audacieux du général Juin, qui a réussi à imposer ses vues à l'état-major anglo-américain. Juin veut éviter toute nouvelle attaque frontale contre le mont Cassin, dont les défenses ont été encore renforcées et d'où les troupes allemandes d'élite paraissent impossibles à déloger. C'est au contraire par la montagne, là où l'ennemi ne s'y attend pas, qu'il faut porter l'effort principal : à travers les monts Aurunci, à au sud-ouest de Cassino, considérés par les Allemands comme .