Un marché est l'institution sociale abstraite où se rencontrent l'offre et la demande de biens ou de services. Le marché est ainsi le lieu, physique ou virtuel, où les échanges commerciaux ont lieu.

Définition

Le marché représente l'environnement dans lequel va évoluer l'entreprise et où se rencontrent l'offre et la demande d'un bien ou d'un service, c'est-à-dire principalement les clients potentiels et la concurrence. Origines Dans son acception la plus ancienne, un marché est une institution qui accueille un commerce localisé précisément dans l'espace et le temps mais de dimension variable, par exemple les marchés traditionnels, les marchés aux puces et Lloyd's of London. Cette institution est dite aussi « place de marché » (d'où la notion d'emplacement) même si les parties contractantes ne sont pas physiquement réunies au même endroit. Sous l'effet de la transformation numérique, les places de marché incluent désormais aussi certaines formes de commerce en ligne, c'est-à-dire les places de marché dématérialisées ou plateformes de commerce électronique, comme une multitude de places de marché accessibles par l'internet. Étant donné ces formes dématérialisées, cette acception du marché est maintenant mieux caractérisée par l'existence d'une autorité organisatrice dédiée, généralement dotée de la personnalité juridique, plutôt que par l'emplacement géographique comme autrefois.

Institution sociale Le marché est une institution sociale, qui assure la possibilité d'une rencontre entre des offreurs (qui détiennent un bien ou un service) et des demandeurs (qui souhaitent acheter un bien ou un service). A ce titre, le marché est la condition de la possibilité du commerceFontaine, . Paul Samuelson et William D. Nordhaus définissent le marché comme Samuelson et Nordhaus, , 1998, 2000, .

En tant qu'institution sociale, le marché peut aussi se définir fonctionnellement et minimalement comme un processus de coordination entre plusieurs fournisseurs/vendeurs et plusieurs clients/acheteurs. Ces derniers sont mutuellement indépendants. La rencontre aboutit à et inclut l'échange volontaire de biens ou services substituables, sous la forme de transactions, sans limites particulières d'espace ni de temps.

Le marché est une abstraction. Il ne s'agit pas nécessairement d'un marché physique, avec des étals. Le concept permet de résumer la rencontre entre des offreurs et des demandeurs aboutissant à des achats. Pour Roger GuesnerieGuesnerie, 2006, , le terme générique de marché est une abstraction qui recouvre des . Il existe des marchés de biens et services, marchés financiers, marchés monétaires, marchés du travail, et même un marché du « droit de polluer » qui se développe dans le cadre de la bourse du carbone.

Ainsi, Augustin Cournot écrit Augustin Cournot, Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, chap. IV, V cité dans Alfred Marshall, 1906, Principes d'économie politique, Librairie de Droit et de Jurisprudence et Gordon&Beach, 1971, .

Constitution Pour Philippe Aurier (1990), qui s'intéresse dans le cadre de sa thèse à l'analyse de la structure des marchés dans le contexte de la concurrence entre marques, Philippe Aurier. Analyse de la structure des marchés et étude du concept de concurrence entre les marques : une application sur données de panel. Gestion et management. HEC PARIS, 1990. Français. NNT : 1990EHEC0010 . pastel-00994956.

Polysémique Dans une acception qui correspond à une catégorie de commerce plus diffuse dans l'espace et le temps, un marché désigne aussi un segment commercial correspondant à des catégories particulières de biens ou services, d'acheteurs, d'aire géographique, ou de forme institutionnelle, par exemple le « marché des deux-roues », le « marché de l'argent », le «marché de la ménagère de moins de cinquante ans », le « marché italien », les « marchés internationaux ». Cette acception du marché est purement analytique et ne s'accompagne pas d'une autorité organisatrice dédiée. Le « marché » désigne alors les échanges commerciaux de façon générique, sans limites d'espace, de temps, de catégories d'objets ou d'acteurs, ni de forme institutionnelle, par exemple dans l'économie de marché. Par métaphore, un marché peut aussi désigner une catégorie d'échanges sociaux non commerciaux, comme le « marché des idées ».

Par métonymie, un marché peut aussi désigner la demande individuelle qui donne lieu à une transaction ou bien la transaction elle-même, comme dans l'expression « faire un marché ». Cette acception peut être technique dans le cadre d'un appel d'offres lancé à un ensemble de vendeurs, comme un marché public dans le cas où l'acheteur serait une administration publique.

Outre d'éventuelles autorités organisatrices, la plupart des marchés modernes sont formellement gouvernés par de multiples régimes juridiques et autorités de tutelle, plus ou moins spécialisés par segment commercial, par exemple la Répression des fraudes en France, les autorités de la concurrence, les SAFER pour le marché foncier rural en France, etc. Le commerce peut être régi en plus par des traités, des organismes et des associations internationaux ou des organisations supranationales.

Conditions Deux conditions importantes au bon fonctionnement d'un marché sont la liberté commerciale et la participation de plusieurs vendeurs et plusieurs acheteurs :

La liberté commerciale permet que les échanges commerciaux ne soient pas dirigés par une autorité publique. Cependant, les échanges peuvent être limités par le dirigisme économique. Sous un régime politique collectiviste ou totalitaire, la répression de la liberté civile, dont fait partie la liberté commerciale, tend à la disparition du commerce légal et au développement du marché noir. La participation de plusieurs vendeurs et plusieurs acheteurs favorise l'exercice de la concurrence commerciale. Cependant, la concurrence peut être affaiblie ou quasiment absente dans un marché oligopolistique, monopolistique ou monopsonistique.

Histoire du marché

Sociétés primitives Dans les sociétés primitives les biens étaient mis en commun puis redistribués. Les échanges de biens et de services se faisaient également dans le cadre d'alliances durables ou combinés à des liens sociaux ou couplés à une certaine réciprocitéPolanyi, .

L'activité marchande s'est développée il y a plus de mille ans entre les cités mésopotamiennes. Elle était administrée par les pouvoirs en place qui rémunéraient les commerçants. Le commerce proprement dit est né mille ans plus tard à partir des cités phéniciennes.

Marchés locaux médiévaux Les marchés locaux ont été créés au Moyen Âge par les princes. Ils ont fréquemment été mis en place par la violence pour permettre aux seigneurs de convertir en espèces les prélèvements en nature effectués sur les paysans. Le seigneur déterminait les lieux du marché, les dates où il avait lieu, voire les prix. Ces marchés étaient réglementés dans l'intérêt du seigneur et des populationsColloque, . Ils servaient à subvenir aux besoins de la localité et à fournir des produits de la campagne et des ustensiles de la vie de tous les jours. Cet échange marchand était d'ordinaire un métier secondaire pour les paysans ou les personnes occupées à une industrie domestiquePolanyi, .

Le commerce proprement dit s'est développé lors du Moyen Âge à partir du commerce extérieurPolanyi, . Ce commerce avait lieu dans les foires et les ports. Il était sans influence sur les marchés locaux et sur l'organisation intérieure de l'économiePolanyi, . Avant le Moyen Âge, Polanyi, .

Marché et modernité Max Weber considère que le marché relève de la modernité, et insiste sur la rationalité introduite par le marché dans la société moderne, qu'il oppose à la rationalité plus partielle des communautés anciennes : Max Weber, économie et société 2, .

Fonctionnement du marché

Mécanisme d'ajustement L'économie a étudié les mécanismes d'ajustement qui président les marchés. Le marché établit l'équilibre entre l'offre et la demande par l'intermédiaire des prix. Cet équilibre est obtenu grâce aux rétroactions négatives. Si les prix montent, la demande diminue. S'ils baissent, elle augmente.

Léon Walras introduit la notion du commissaire-priseur en notant Walras, .

Pour Alfred Marshall, l'ajustement sur le marché se fait avant tout par la quantité alors que pour Léon Walras, l'ajustement se fait par les prix, Jessua, 1991, .

Chez Adam Smith au contraire les prix ne sont pas donnés avant l'échange mais en résultent Mathiot, 1990, .

Institutions du marché

Pour Roger GuesnerieGuesnerie, 2006, pour qu'il y ait marché, au moins deux institutions sont nécessaires. Selon Xavier de la Vega et les régulationnistes les institutions sont l'ensemble des règles formelles (lois, constitutions, règlements) et informelles (conventions, routines, normes sociales) qui encadrent les interactions« L'économie des institutions », in Sciences Humaines, , octobre 2005. Ces règles sont : Des règles de droit nécessaires pour garantir les échanges. Hernando de Soto dans Le Mystère du capital insiste sur l'importance d'un système de droits de propriété clairement garanti par l'État. Selon lui, la généralisation et la standardisation des titres de propriété permet une plus grande confiance dans les relations entre acteurs économiques (et donc un marché plus fluide) qui entraîne la création d'un système complexe de mutualisation du risque (et donc un marché plus souple, moins soumis aux à-coups) pour in fine aboutir à une économie plus prospère. La monnaie

Les régulationnistes font remarquer que, vu l'asymétrie d'information entre acheteurs et vendeurs, des dispositifs institutionnels sont nécessaires pour fixer un prix. Par exemple : lois, agences de notation, lieux d'échange, marchés au cadran, cotations électroniques, réputation. Au Moyen Âge, les artisans se regroupaient dans des guildes afin de garantir la qualité des produits qu'ils offrent. De même, l'agrégation des offres et des demandes n'est pas spontanée. Au Moyen Âge, les lieux, les dates des marchés et les conditions de transparence étaient fixées par les seigneurs. Pour les régulationnistes, le marché est une construction sociale et non le résultat d'un état de nature spontanément engendréBoyer 2004, .

Coordination de marché Depuis les travaux de Ronald Coase et de leur approfondissement par Oliver Williamson, les économistes distinguent deux modes de coordination des activités économiques : un mode décentralisé, où les individus sont libres : le marché ; un mode centralisé où les êtres humains sont soumis à une hiérarchie : la firme.

Le marché engendre des coûts de transaction (recherche d'information, incertitude, opportunisme des agents, etc.) et la firme des coûts d'organisation (appareil bureaucratique, difficulté de gérer des ensembles complexes, etc.). Si les coûts de transaction sont inférieurs aux coûts d'organisation, il est intéressant de recourir au marché et pour les entreprises d'éventuellement adopter une stratégie d'externalisation. Dans le cas contraire, il est intéressant de recourir à la firme et éventuellement pour les sociétés d'adopter une stratégie d'intégration verticale ou d'intégration horizontale.

Marché et société

Construction sociale du marché Les travaux de sociologie économique sur les marchés montrent que les marchés sont des constructions sociales. Par exemple, l'étude de Marie-France Garia-Parpet sur le marché aux fraises en Sologne montre que le marché n'est pas « naturel » mais socialement construit et met en avant le rôle des économistes eux-mêmes dans la construction de ce marché parfait.

Société de marché