Le HMS Victory est un navire de ligne de premier rang britannique à trois ponts et à trois-mâts voiles carrées.

Il est principalement connu comme le vaisseau de l'amiral Nelson lors de la bataille de Trafalgar (vaisseau amiral en second de l'état-major de la Marine, commandant en chef de l'amirauté). Il connut une succession de victoires à la tête de la flotte britannique entre 1778 et 1812.

Lancé en 1765 et désormais préservé en cale sèche, il est le plus ancien navire de guerre intact au monde. La frégate américaine , lancée en 1797, est quant à elle le plus ancien navire de guerre encore à flot.

Histoire du navire Le HMS Victory est construit entre 1759 et 1765 au Chatham Dockyard, il est mis en réserve jusqu'en 1778.

En 1778, le HMS Victory devient le navire amiral d'Augustus Keppel, quand commence la guerre d'indépendance américaine en 1778 (bataille d'Ouessant de 1778).

En 1780, il subit une modification pour améliorer la résistance de sa coque contre les organismes marins : (17 tonnes au total) viennent recouvrir la base de la coque.

En 1781, le HMS Victory est le navire amiral de Richard Kempenfelt, lors de sa victoire à Ouessant le (bataille d'Ouessant de 1781).

En 1782, le HMS Victory est le navire amiral de Richard Howe, basé à Gibraltar.

En 1792, le HMS Victory est le navire amiral de Samuel Hood, commandant en chef la flotte britannique en Méditerranée. En 1793, il occupe Toulon que lui ont livrée les royalistes et s’empare des vaisseaux français. Il doit cependant l’abandonner face au siège des troupes de Charles François Dumouriez. Il occupe brièvement la Corse livrée par Paoli mais échoue en raison des vents défavorables dans une tentative de reprise de Toulon début 1794. Critiqué sur la façon dont il a mené les opérations en Méditerranée, il est rappelé. Bien que promu amiral et vicomte en 1796 il n’exercera plus de commandement.gauche|vignette|Proue du HMS Victory avec les armoiries de . En 1797, le HMS Victory est le navire amiral de John Jervis qui triomphe lors de la bataille du cap Saint-Vincent le en prenant l'avantage, grâce à sa maîtrise de la navigation, sur une armada largement supérieure en nombre. Lors de cette bataille, le commandant de la frégate Minerve, Horatio Nelson s'illustre par sa tactique et son courage, mais aussi par sa désobéissance aux ordres, qui conduit toutefois à la prise brillante de 2 navires espagnols.

Entre 1800 et 1803 le navire est en réparation.

En 1803, le HMS Victory reprend du service sous les ordres de Horatio Nelson, désormais commandant en chef la flotte britannique en Méditerranée. Il possède une nouvelle figure de proue (armoiries de George III) et de nouvelles couleurs : noir et jaune, celles que nous pouvons observer aujourd'hui.

Le , la bataille de Trafalgar offre une victoire britannique décisive sur la flotte franco-espagnole et devient une des batailles navales les plus importantes de l'histoire tant sur le plan historique et ses conséquences sur l'épopée napoléonienne, que sur le nombre de navires engagés. Nelson est tué par un tireur d'élite français. vignette|Poupe du HMS Victory. De 1808 à 1812, le navire effectue diverses campagnes en mer Baltique.

Après 1824, le HMS Victory est retiré du service actif et positionné à Portsmouth où il reçoit le titre symbolique de navire amiral de Portsmouth.

Le , il est placé en cale sèche à Portsmouth pour être préservé.

En 1928, le navire est ouvert au public par le roi George V.

En 1941, il est endommagé par une bombe allemande tombée entre la coque et le quai.

Aujourd'hui le HMS Victory est la pièce maitresse du Royal Naval Museum à Portsmouth. En 2024, il faut entreprendre sa rénovation, pour un budget de . Les travaux devraient s'achever en 2032.

Galerie photos : Le Victory à travers les âges

Gréement du Victory Les 3 mâts du Victory gréés avec des voiles carrées permettaient le déploiement de 37 voiles. Malgré l'imposante voilure lui permettant d'atteindre une vitesse maximale entre 8 et 11 nœuds ( environ), un navire du gabarit du Victory ( pour de long) reste peu manœuvrant et présente une vitesse moyenne lente. C'est pour cela qu'en dehors des batailles de ligne, c'étaient les frégates qui étaient le plus utilisées pour porter des messages ou escorter des convois. Elles étaient plus rapides et plus maniables, avec toutefois une bordée 3 fois inférieure à celle d'un vaisseau de rang mais qui reste suffisamment fournie pour engager le feu.

Les hauteurs de travail sur voiles étaient vertigineuses. Le grand mât atteint la hauteur de . À chaque changement de manœuvre de voile, les gabiers du Victory devaient monter dans le gréement pour : détacher les garcettes de ris (cordage d'accroche des voiles) pour déplier les voiles au vent, et les nouer pour éviter qu'elles ne s'emmêlent ; diminuer les voiles (prendre un ris) avec les garcettes de ris pour diminuer leur surface offerte aux vents ou les attacher aux vergues (les carguer) avec des rabants pour fermer complètement leur prise au vent.

Armement du Victory vignette|317x317px|Canons de la batterie moyenne. L'artillerie navale du Victory est composée d'une série de canons de calibre identique par pont. Les canons les plus lourds sont placés les plus bas, pour optimiser la stabilité du navire..

Pour la batterie inférieure de 30 canons de 32 livres, chacune de ces pièces pèse ( pour le canon lui-même et pour son affût en bois). Ils tirent des boulets de 32 livres soit . Propulsés par de poudre, ils sortent du canon deux mètres au-dessus de l'eau à une vitesse de par seconde pour atteindre une distance de mètres et pénétrer le chêne sur à bout portant, il était extrêmement rare de voir un boulet traverser une coque, en revanche le choc détachait de longues échardes de bois qui voltigeaient et causaient des sérieuses blessures à l'équipage.

La batterie moyenne est constituée de 28 canons de 24 livres. Chaque canon pèse .

La batterie supérieure comporte 22 canons longs de 12 livres et 8 canons courts de 12 livres.

Sur le pont de quart, dans le gaillard d'arrière, une batterie plus légère est formée par 12 canons courts de 12 livres.

Deux caronades de 12 livres et deux de 68 livres sont situées sur le gaillard d'avant à bâbord et à tribord, projetant de la mitraille à courte portée. Des canons à l'arrière ou à l'avant pouvaient être orientés pour tirer sur les navires ennemis « qui ont pris chasse », c'est-à-dire poursuivant le navire (pièce de retraite) ou qui étaient pris en chasse (pièce de chasse).

Une partie de ces canons étaient mis en place dans les appartements des officiers dans la poupe, lorsque le navire entrait en ordre de bataille. En ordre de bataille tout l'équipage était sollicité et affecté à une tâche très précise : manœuvre du navire, manœuvre des canons, approvisionnement en poudre et munitions, tir au mousquet, soins...

Il fallait en moyenne une minute et demie aux servants d'un canon pour le recharger. Des cales permettaient de régler la hauteur de ceux-ci en fonction de la cible.

Il y avait plusieurs types de munitions : boulet plein rond : dommages structurels pour couler le navire et dommages aux hommes par éclats de bois de la coque au niveau des ponts d'artillerie ; boulet à chaînes : dommages aux cordages et voiles pour immobiliser le navire ; boulet à barres ; dommages aux mâts et aux vergues pour immobiliser le navire ; mitraille ou grappes de raisin : dommages aux hommes sur le pont supérieur. Il s'agissait de petites billes de métal utilisées généralement dans des canons courts ou des caronades.

Un vaisseau était cher et long à construire ; aussi le principal objectif n'était pas de les couler mais d'immobiliser les vaisseaux ennemis afin de les capturer. L'équipage recevait une partie de la prise.

Galerie photo : L'armement du HMS Victory

Vie à bord Équipage vignette|332x332px|Horatio Nelson par George Baxter (1853). L'équipage du HMS Victory comportait de nombreuses nationalités à bord et se divisait comme suit (lors de la bataille de Trafalgar). : l'amiral Horatio Nelson (commandant de flotte) ; le capitaine du navire Thomas Hardy ; 9 officiers ; 48 sous-officiers non assignés : maître : commande les boscos et matelots, responsable de la navigation ; bosco (bossman, boatswain ou bosun en anglais) : maître d'équipage chez les manœuvriers, commande les matelots ; commissaire du bord (intendant et administrateur du navire) ; chirurgien de marine : artisans de marine : charpentier de marine, artificier... cuisinier de marine 22 aspirants / cadets (élèves officiers) ; 479 matelots : 80 maistrance (sous-officier marins) ; 204 marins confirmés ; 195 marins ordinaires ; 90 terriens (sur les navires de cette époque, c'étaient des hommes embauchés à bord qui n'avaient pas de connaissances maritimes et qui aidaient aux tâches ordinaires ou de navigation sous la responsabilité de matelots ou d'un bosco) ; 40 mousses (souvent des enfants ou des adolescents enrôlés comme les terriens pour aider à la marche du navire) ; des soldats non marins embarqués appelés troupes de marine qui tiraient au mousquet depuis le pont et les gréements sur les navires ennemis ou composaient des troupes aguerries au combat en cas d'abordage : 4 officiers de marine ; 149 marines.

Logement à bord vignette|356x356px|Batterie inférieure qui servait de logement aux marins. Les hamacs étaient suspendus aux poutres et parois.|alt=

Quartier des matelots Comme sur la majorité des autres navires de guerre de l'époque, les conditions de logement à bord étaient spartiates. Près de 500 membres de l'équipage étaient logés dans la batterie inférieure (pont le plus bas au-dessus de la ligne de flottaison portant les canons de 32 livres). Comme les écoutilles des canons étaient maintenues fermées, les ponts inférieurs étaient humides, sombres et malodorants. Les marins dormaient dans des hamacs de de large, suspendus à des crochets. Les hamacs étaient décrochés quand ils ne servaient pas et étaient rangés dans des filets sur la rambarde du pont supérieur. Ils servaient de protections contre les balles durant les combats et de bouée de sauvetage en cas de chute en mer. 90 tables étaient dressées entre les canons où prenait place un "mess" de 4 à 8 hommes.

Les lieux de vie n'étant pas suffisamment grands pour tous les marins, ils n'étaient occupés que par le quart qui n'était pas de service.

vignette|354x354px|La Cabine de l'Amiral Nelson sur le Victory|alt=

Quartier des officiers Les cabines de poupe où logeaient les officiers étaient à l'opposé des logements des matelots. Les cabines s'étendaient sur 3 niveaux, vastes, luxueuses et lumineuses. Le Capitaine Hardy logeait au dernier étage, l'amiral Nelson au milieu et les officiers au premier niveau avaient des cabines luxueuses mais collectives. En ordre de bataille, ces logements étaient réquisitionnés : le mobilier et les cloisons intérieures étaient déplacés et remplacés par des canons (dans les batailles de navires de ligne, la supériorité était en partie liée à la capacité de tir de chaque bordée de canons).vignette|404x404px|Poupe de l'HMS Victory avec les 3 niveaux de quartier des officiers|centré

Repas vignette|352x352px|Le carré des officiers sur le Victory vignette|349x349px|Durant la guerre mondiale, les marins de la Royal Navy prennent leur repas comme leurs prédécesseurs un siècle et demi avant. Un énorme foyer en fonte, entouré de briques, au centre du gaillard d'avant, permettait de préparer les repas de plus de 800 hommes trois fois par jour. Nourriture et boissons étaient fournis à profusion sur le Victory, mais peu variées. Il y avait trois repas par jour : le petit déjeuner comprenait une bouillie froide de flocons d'avoine appelé « burgoo » et une boisson constituée d'eau chaude et de biscuits écrasés appelée « thé écossais » ; le dîner, désignant à cette époque le repas de midi, comportait de la viande salée cuisinée en ragoût avec des légumes secs ;