La musique bretonne est l'expression musicale de la Bretagne. Sous ses formes traditionnelles instrumentales (biniou -bombarde, accordéon, etc.), elle incorpore des instruments nouveaux (flûte traversière en bois, guitare). Ses formes d'expression sont aujourd'hui très diverses (musique à danser, musique de concert, , concours musicaux, etc.).
Les sources médiévales ne permettent pas de restituer la pratique musicale des Bretons durant le Moyen-Âge, hormis dans l'entourage de la noblesse où le luth semble être un instrument commun. Au cours de l'époque moderne et contemporaine, la musique bretonne s'est partagée entre la musique festive (accompagnement des danses), la musique descriptive ou de circonstance (mélodies, marches ou airs accompagnant le travail) et la musique religieuse. La chanson bretonne rassemble des chants à danser ( en Centre-Bretagne, chant à répondre ailleurs), des chants à écouter ( et complaintes), des chants populaires, des cantiques et des chants de marins. La musique et le chant bretons sont marqués en partie par les terroirs et par la division linguistique entre Basse-Bretagne (zone d'expression en breton) et Haute-Bretagne (zone d'expression en gallo).
Depuis le renouveau des années 1950, les musiciens bretons sont allés chercher des inspirations dans d’autres pays celtiques, en suivant l'exemple donné en particulier par les puis par Alan Stivell, à l'origine du des années 1970. En s'ouvrant à d'autres genres musicaux, celui-ci devient l'un des précurseurs du rock celtique et de la world music.
Histoire vignette|gauche|Avant 1908.
Du Moyen Âge, il reste des complaintes comme la SkolvanLa de Skolvan, transmise jusqu'à nous par la tradition orale sous plusieurs versions, est attestée dès le dans un manuscrit gallois.. Il existe peu de traces dans les textes de l’activité musicale des Bretons au Moyen-Âge. Les vitae de saint Guénolé et de saint Hervé, rédigées respectivement au et du , évoquent l’existence de musiciens ou de bardes. Ainsi, à la cour du légendaire roi Gradlon, les musiciens pratiquent la cithara (sorte de luth), la lyra, la tybia (flûte) et le tympana (tambour)American notes and queries, 1888.. Le père de saint Hervé est barde à la cour de Childebert. Ces récits hagiographiques sont peut-être le reflet des pratiques musicales de l’époque à laquelle ils ont été rédigées. Les chartes des différents cartulaires bretons fournissent aussi quelques indications. Ainsi, un certain Norman citharedo est cité comme témoin d’une charte du comte Conan II. Quelques années plus tard, c’est un mystérieux Cadiou citharista qui est cité dans l’entourage du comte Hoël II.
Jusqu'au , les prêtres en Bretagne interdiront de jouer de la cornemuse (l'instrument du diable) aux alentours des églisesLes musiques celtiques, E. Debaussart, p.17 " certains sonneurs sont même excommuniés ! " Après la révolte des Bonnets Rouges en 1675 par exemple, raconte Jean-Pierre Pichard, responsable du Festival interceltique de Lorient [...] On explique alors aux bretons que l'enfer est brûlant, une vraie « révélation » puisqu'ils se le représentait comme un endroit glacé et on promet un voyage dans cette diabolique rôtisserie à quiconque utilisera un biniou...Dans le Léon, en Cornouailles, la défiance de la religion vis-à-vis des instruments donnera également naissance à un nouveau style musical : les chorales..
Les chants religieux () en Bretagne augmentèrent l’étendu du savoir paysan, paysans qui se réappropriaient les sonorités de la cour et adaptaient les thèmes à leur quotidien. Les nobles quant à eux délaissèrent progressivement, durant le Moyen Âge, une partie de ce patrimoine, s’ouvrant aux troubadours et aux différentes entités politiques de l’époque. Deux instruments se révèlent emblématiques de l'époque brittonique : le crwth (en gallois), lyre à quatre cordes augmentées de deux cordes bourdons et la harpe ( en breton) pratiquée à la cour des ducs jusque vers la fin de l'indépendance au .
Les instruments représentatifs ne sont pourtant pas « autochtones » : la harpe est originaire vraisemblablement de Mésopotamie, la cornemuse serait partie de Chine par la Route de la soieorigines de la Musique Bretonne ...inventé visiblement en Chine, fut adopté, une première fois par ces populations de la Route de la Soie, se développant ainsi dans le bassin méditerranéen et que les populations celtiques ont emprunté à leurs ennemis conquérants romainsHistoire de la cornemuse : Après le déclin de l'Empire Romain, celles-ci restèrent dans les pays celtiques.....
La bombarde, identique au principe des flûtes turques (zurna...), fut importée du Moyen-Orient au temps des croisades. Mais c'est dans l'adaptation de ces emprunts que les Bretons vont révéler leur sensibilité propre.
Les cantiques bretons sont présents en Basse-Bretagne depuis le milieu du .
vignette|Barzaz Breiz vignette|Glenmor (1931–1996), barde militant.
La Révolution améliore les conditions de vie et permet l'avènement des très officiels arts populaires. La musique, la danse vont en bénéficier. À l'inverse, la culture et la langue bretonnes commencent à décliner progressivement et refluer vers l’Ouest. Au siècle suivant, le chemin de fer traverse la Bretagne et les usines s'installent le long les voies ferrées. Villes et campagnes connaissent un essor économique. Devant l'avènement de l'ère industrielle, un courant intellectuel d'opposition émerge et répertorie un patrimoine qui disparaissait doucement. À la suite de Joseph Mahé (en 1825), puis de Théodore Hersart de La Villemarqué (Barzaz Breiz, 1839), de nombreux collecteurs publièrent leurs ouvrages de collectages, jusqu'au début du avec Maurice Duhamel. La poésie celtique lance la vague romantique qui entraînera le réveil des nationalités. Au , les sonneurs commencent à participer aux fêtes publiques et les premières fêtes folkloriques apparaissent au Le folklore sera accompagné pendant longtemps des clichés. Jean-Pierre Pichard : "À la fin des années soixante, j'ai dû remettre une pétition au nom du huit cents sonneurs parce que le président d'un des deux grands festivals de l'époque avait interdit de séjour tous les musiciens qui ne portaient pas un chapeau rond"..
La musique bretonne est en déclin après la Première Guerre mondialele Vannetais Loeiz Herieu écrit en 1914 : « Si la bombarde et le biniou se taisent à jamais en basse Bretagne, adieu réjouissances, adieu la culture du pays ! Après le départ du biniou et de la bombarde, nous verrons disparaître la langue, les costumes... et ainsi progressivement, hélas ! les Bretons deviendront Français. Plaise à Dieu que cela n'arrive jamais ! »..
Renouveau d'après-guerre La musique bretonne est longtemps méprisée par beaucoup ; voici par exemple ce qu'écrivait l'hebdomadaire L'Illustration à propos du concours des binious de Brest en 1895 :
C'est dans une mouvance de dimension internationale que va s'inscrire l'épanouissement du patrimoine musical breton. Depuis 1944, les États-Unis ont amorcé le renouveau du , les pays du Sud redécouvrent avec enthousiasme leur folklore (ballets d'Amérique latine et du Pays basque, Ravi Shankar, ) et au Nord les pays celtiques voient un épanouissement de leur culture musicale. Pour Pierre-Yves Moign, « ce besoin de culture est mû par une volonté d'émancipation et s'accompagne d'un besoin de dire que l'on existe et de s'exprimer. Les danses et les musiques traditionnelles sont les formes initiales pour répondre à cette exigence ». Dans les années 1950, la recherche sur les musiques traditionnelles du monde s'amplifie et les musiciens cherchent à la fois à explorer des territoires nouveaux (technique sérielle, atonalité, musique électro-acoustique) ou à retrouver l'instinct créatif et spontané des musiques traditionnelles.. Ainsi, dans ce contexte, où l'art musical est en interrogation avec lui-même, la musique bretonne vit un véritable renouveau dans la du .
Rôle déterminant des Le Conservatoire de biniou d'Hervé Le Menn préfigure la formation du bagad. Les sonneurs s’approprient alors un instrument peu connu en Bretagne, la cornemuse écossaise (). En 1943 à Paris, pendant l'Occupation, la création de la BAS (, « réunion » ou « assemblée » de sonneurs) a pour but la protection et la diffusion de la musique traditionnelle, avec le développement des , répartis en catégories pour le championnat, et la division du territoire en fédérations départementales.
Les créés à l'issue de la guerre joueront pendant longtemps une musique réarrangée pour ces nouveaux ensembles : Carhaix, Alré, Brest, Rennes, Bleimor…
Utilisation de nouveaux instruments La multiplication des échanges musicaux avec les autres nations celtes (Irlande, Écosse, Pays de Galles et Cornouailles), débutés au , de ces échanges l’import le plus notable est l’arrivée de la flûte traversière en bois. La réimplantation de la harpe celtique en Bretagne par Georges Cochevelou et son fils Alan « Stivell ». Si la bombarde et le biniou-kozh étaient de plus en plus délaissés, il se formait de petits ensembles instrumentaux composés de saxophone, banjo, accordéon et batterie. La guitare acoustique permet aux chanteurs de s'accompagner, et l’introduction d’instruments électriques comme la basse ou la guitare électrique transforme le paysage musical.
Chant et la danse Le concours annuel du attire les chorales en nombre. Les premiers en salles, soirées consacrées à la danse traditionnelle, créées en 1954 par Loeiz Ropars en s'inspirant des veillées traditionnelles du centre Bretagne. Ils permettent l'organisation de concours de chant et de donner une visibilité publique aux chanteurs. C'est également le début de la chanson militante, aux revendications politiques (Glenmor, Kirjuhel).
Structures d'appui Les maisons d'éditions : les Cahiers du , ... La création de structures spécialisées dans le collectage de la tradition musicale (, qui signifie « recueillir »), dans le chant (, « le chant du peuple »), les (BAS ou « Bodadeg ar Sonerion ») ou les cercles celtiques ( et ),
Première « vague » À partir de 1965, se développe une scène musicale ouvertement bretonne et souvent militante (Alan Stivell d'abord, puis au début des années 1970 Tri Yann, Gilles Servat et bien d'autres) qui actualise des thèmes anciens par des sonorités d'aujourd'hui (utilisation systématique d'instruments amplifiésGuitare électrique, guitare basse, claviers électroniques, batterie de rock, etc.), combine différentes musiques (« cross-over ») et n'hésite pas à créer de nouvelles compositions (la Symphonie celtique : Tír na nÓg d'Alan Stivell, par exemple), favorisant la diffusion d'une musique bretonne élargie et diversifiée. Ce mouvement musical est largement soutenu dans les années 1980 et relayé localement par :
Une multitude de petits groupes qui produisent une musique festive jouée dans les ; La création des fêtes traditionnelles qui rassemblent un large public, sur tout le territoire breton (comme le festival interceltique de Lorient en 1971) ; L'apparition des maisons de disques bretonnes spécialisées (Coop Breizh et ses labels, Keltia Musique...) ainsi que certains distributeurs nationaux qui réservent une partie de leur catalogue à la musique bretonne.
Une nouvelle musique bretonne est née, prête à s'ouvrir aux influences d'Europe, d'Afrique et d'ailleursL’identité bretonne, situation et perspectives : « Ce qui fait l’originalité bretonne, dans le domaine musical comme dans tous les autres, c’est donc la façon dont des éléments anciens et nouveaux se mêlent, dont des apports allogènes et indigènes se combinent, pour produire, selon un mystérieux dosage, une culture bretonne vivante ».. Elle-même influence de plus en plus les autres peuples et selon Alan Stivell, Alan Stivell dans Racines interdites, 1979..
Caractéristiques Musique traditionnelle vignette|gauche|Denez Prigent, chanteur traditionnel breton.