Rodrigo García est un auteur, metteur en scène et scénographe hispano-argentin né en 1964 à Buenos Aires.
Il fonde la compagnie La Carnicería Teatro en 1989 à Madrid et a ainsi collaboré, avec le Centro Dramático Nacional (Espagne), Théâtre du Rond-Point, le Festival d'Avignon, le Festival d’Automne ou la Biennale de Venise.
Biographie Débuts en Argentine Rodrigo García naît en 1964, à Buenos Aires d'un père boucher et d'une mère marchande de légumes, tous deux immigrants espagnols. Il grandit dans les quartiers pauvres de la périphérie de Buenos Aires. C'est à l'âge de sept ans que Rodrigo Garcia va au théâtre pour la première fois. Ses parents l'emmènent voir une pièce de Federico García Lorca, mise en scène par Víctor García : Yerma. La mise en scène totalement folle de Victor Garcia déclenche sa passion et ses ambitions pour le théâtre.
Ses parents refusent qu'il fasse des études artistiques, un domaine qu'ils jugent sans avenir. Il commence alors des études en communication publicitaire, un domaine dans lequel il excelle et trouve rapidement du travail. Il découvre l'impact sur le public des slogans publicitaires et des phrases courtes. Ses revenus lui permettent de prendre des cours de théâtre en parallèle de ses études. Il se forme à la dramaturgie et à la mise en scène à l'école du Nuovo Teatro sous la direction de David Amitin, mais la méthode Stanislavski qu'il étudie ne lui convient pas. Rodrigo Garcia préfère arrêter les cours, jurant de ne plus jamais étudier le théâtre.
De 17 à 20 ans, il devient un grand consommateur de théâtre en allant voir une grande quantité de pièces de théâtre et d'œuvres cinématographiques. Il découvre les grands noms du théâtre de l'absurde comme Beckett, Ionesco ou encore Pinter. Il fréquente les quartiers de San Telmo, la Cinemateca Hebraica, le cinéma Leopoldo Lugones et le Cosmos 70. Il voit le spectacle de Kantor, Wielopole-Wielopole, et découvre un autre théâtre, un théâtre comme il a envie de le faire. Il reprend goût à la discipline et est influencé par d'autres artistes comme Inda Ledesma, Eduardo Pavlovsky.
Carrière en Espagne
En 1986, la situation politique déplorable de l'Argentine le pousse à émigrer en Espagne, pour essayer de poursuivre sa carrière de metteur en scène et de dramaturge tout en gagnant sa vie dans la publicité. À Madrid, il se heurte au point de vue conservateur. Ses propositions de mise en scène d'œuvres de Pavlovsky ne sont pas bien reçues. Ces premiers échecs de mise en scène le poussent à écrire. Il remporte un prix d'écriture avec Macbeth imagenes, un texte qu'il avouera dans les années 2000 avoir plagié de Heiner Müller.
Il rencontre plus tard Carlos Marquerie, qui deviendra son plus fidèle collaborateur. C'est avec lui qu'il construit un espace pour la création interdisciplinaire au Teatro Pradrillo. Favorisant un croisement entre les arts plastiques, la musique, le théâtre et la danse leur projet est d'établir des relations d'échange avec les théâtres européens. Marquerie réussit à organiser et produire une programmation théâtrale radicale et utopique. Lorsque Marquerie quitte le Teatro Pradillo en 1996 pour former la compagnie Lucas Cranach, il est le seul Madrilène de la ville d'Ercilla qui accueille les propositions de García. Rodrigo García construit son théâtre, en Espagne, sous l'influence de Heiner Müller. Il crée en 1989 sa compagnie: La Carniceria Teatro (Théâtre boucherie). une mise en pièce de la dramaturgie conventionnelle. Le nom de la compagnie fait directement référence à la boucherie familiale dans laquelle il a grandi.
Pendant les années 1990, son œuvre interagit fortement avec le paysage artistique contemporain : installations, vidéos et performances. Il met également en avant ses influences : Samuel Beckett, Thomas Bernhard, Luis Buñuel.
García cherche à mettre en scène la liberté que les artistes plastiques utilisent et à dépasser les formes du théâtre traditionnel.
Il crée en 1993 Los tres cerditos et en 1996 El dinero qui aujourd'hui sont d'une grande actualité. Ils utilisent des réseaux textuels pour laisser le spectateur désorienté et affecté. Rodrigo García prend de la distance par rapport à ces pratiques très commerciales utilisées comme champ de bataille. Il travaille comme dans un laboratoire, expérimente et cherche de nouvelles formes de mise en scène, son travail trouve peu à peu une empreinte forte.
Dans les années 1990 la création de Rodrigo García évolue vers une communication scénique plus directe, plus explicite dans ses références sociales et aussi plus physique. Le degré d'implication physique des acteurs est à mettre en parallèle avec le degré d'engagement social qui est visible dans son œuvre. Le travail des acteurs cherche un face à face avec le public et avec la société. L'œuvre transmet une attitude de confrontation et d'insolence. La scène retourne la société de consommation, moraliste et hypocrite.
Cette période correspond à ses œuvres les plus célèbres, celles qui lui ont ouvert les portes du théâtre public européen et les festivals internationaux. After sun (2000) atteint trois cents représentations et J'ai acheté une pelle à Ikéa pour creuser ma tombe (2002) remporte également un grand succès. L'histoire de Ronald, le clown de McDonald's (2002) est toujours programmée six ans après la première représentation. Celles qui ont déjà quitté l'Espagne, comme Jardineria humana et Agamemnon (à mon retour du supermarché, j'ai flanqué une raclée à mon fils) toutes les deux en 2003 où García atteint les extrémités de son langage scénique.
L'organique est privé de limites. Il en va de même chez David Lynch ou Cindy Sherman, García utilise ce qui est abject avec l'intention de pénétrer dans ce que l'on appelle "l'univers du mal". Pour ces artistes, la liberté, le chaos, le désordre et la sexualité suscitent la peur et la crainte des spectateurs.
Selon Oscar Cornago, après cette période d'accélération, Rodrigo García prend un temps de réflexion, dans lequel il continue de faire tourner ses spectacles, mais il suspend la création. En 2004, il utilise des propositions simples pour présenter des textes sous forme de monologues, Borges et Goya.
En 2009, l'UNESCO lui remet le Prix Europe Réalités Théâtrales, avec d'autres artistes : le Belge Guy Cassiers, l'Italien Pippo Delbono, le Hongrois Árpád Schilling et le Français François Tanguy et son Théâtre du Radeau. Malgré l'importance de cet événement, il passe pratiquement inaperçu dans l'opinion publique espagnole.
Avec Mort et réincarnation en cow-boy (2009) ou Daisy (2013), il engage une exploration plus abstraite du monde, dont il offre des métaphores dérangeantes et lucides. Il confronte le public à ses propres mystères, à ses peurs ou à ses fantasmes, non sans provoquer parfois la polémique comme avec Accidens (2005) et Golgota Picnic (2011).
Carrière en France Depuis le , il est le directeur du centre dramatique national (CDN) de Montpellier, le Théâtre des Treize vents, qu’il a rebaptisé « Humain trop humain » en . Il crée en le spectacle 4, sa première pièce en tant que directeur du CDN. Il décide en 2016 de ne pas renouveler son mandat qui se termine en . Il explique sa décision par le manque de moyens financiers alloués et le faible soutien de l'agglomération.
Écrivain de plateau D'après Bruno Tackels, Rodrigo García fait partie des quatre écrivains de plateau contemporainsTACKELS Bruno, Rodrigo Garcia : Écrivains de plateau iV, Les Solitaires Intempestifs, Besançon, 2007. Il définit la notion d'« écrivain de plateau » comme une notion qui n'est assimilable à aucune doctrine ni dogme. Elle n'a aucun point commun sur le contenu esthétique. C'est « une manière d'être ». Elle implique un rapport étroit entre le poème et l'acteur, entre l'écriture et la scène. La proximité du plateau donne vie au texte théâtral. Bruno Tackels évoque une approche non « texto-centrée ». Il y a une coexistence des formes et des pratiques. Le théâtre accueille l'altérité. Le travail débute seulement à partir du moment où l'on est sur le plateau. Le texte sort du livre pour se livrer aux forces et à l'ordre propre du plateau. C'est le travail scénique qui donne les critères pour choisir certains de ces textes déjà écrits. Les textes repris peuvent créer des situations différentes sur le plateau selon les acteurs et raconter des histoires différentes. Donc cela permet des mises en scène très différentes sur un même texte. Cela est renforcé par le fait que Rodrigo García refuse les didascalies.
Selon Tackels, l'apparition de la notion de metteur en scène, au , a considérablement marginalisé le travail des écrivains de théâtre. La mise en scène devient un art à part entière car elle place le texte au centre du dispositif théâtral et la scène au service d'un sens textuel. Il oppose cette conception à un nouveau théâtre, celui des écrivains de plateau, théâtre qui s'écrit d'après le théâtre et non pour le théâtre et qui puise toute son énergie dans la scène. Une écriture qui disparaît aussitôt qu'elle est matérialisée.
Il va jusqu'à dire que la conception de metteur en scène commence petit à petit à devenir obsolète, et qu'il faut trouver un nouveau langage pour une nouvelle génération d'artistes. D'où l'apparition d'une querelle en 2005, au Festival d'Avignon, sur ce thème. Car chez l'écrivain de plateau, les mots s'inscrivent en une construction essentiellement mûrie dans l'espace et le temps du plateau. Il s'intéresse également à la scène et davantage aux personnes qu'aux personnages. Dans ces derniers spectacles, le travail est engagé avec les acteurs. Ce sont eux qui prennent en charge, par l'intermédiaire de leurs corps, la violence d'une société.
Ils sont en relations avec ce qui d'habitude est au service de l'homme : la nourriture, les biens de consommation. Il n'occupe plus le centre texto-centré du plateau. Cette désertion peut désorienter car sa présence et son pouvoir de témoigner pour l'humanité est au cœur du travail du plateau.
Les écrivains de plateau produisent un texte non dramatique construit pour la scène et à partir de la scène. Rodrigo García apparaît comme l'une des figures emblématiques de cette posture. Ces écritures modifient la figure et le travail de l'acteur. Tout doit sortir du sérieux sacralisant, tout ce que nous devons dire doit sortir de la langue d'un théâtre théâtral.
Chez Garcia, le plateau est parfois fragilisé par le fait qu'il n'est pas protégé par le masque d'une fiction marquée.
Fascinant et inquiétant, généreux et glaçant, travaillé par des pulsions contradictoires qui se retrouvent dans la réception très contrastée de ses spectacles. Comme pour les autres écrivains de plateau, le travail de Rodrigo García se prolonge dans l'esprit de chaque spectateur.
Une esthétique avant-gardiste
Son expérience dans le monde de la publicité influence considérablement Rodrigo García dans ses choix esthétiques. C'est pour cela qu'il développe son esthétique dans la première partie de son œuvre. Ainsi Rodrigo García actualise l'agit-prop, cependant il l'utilise avec des formes culturelles actuelles. La présence de l'imaginaire de la publicité et les références communes à la variété en témoignent.
Le théâtre épique contribue également au développement de son esthétique liée à la publicité car il ne travaille pas sur l'apitoiement ni la compassion.
Cette connaissance du monde intérieur de la publicité va contribuer à ses techniques mises en œuvre pour dénoncer des phénomènes de société.