Juno, communément connue comme Juno Beach, est une des principales plages du débarquement allié en Normandie le lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle s'étend sur , entre un point à l'ouest situé à mi-parcours entre Courseulles-sur-Mer et le lieu-dit de La Rivière, hameau à l'est de Ver-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer à l'est. Elle est encadrée par Gold Beach à l'ouest et Sword Beach à l'est.
Juno Beach, située entre Gold Beach (initialement Goldfish) et Sword Beach (initialement Swordfish), est le terrain de bataille des armées canadiennes. Pour compléter la série des poissons, elle aurait dû être baptisée Jellyfish (Méduse), et aurait par conséquent eu pour diminutif Jelly, le nom de la fameuse gelée translucide anglaise. Le général Montgomery émet quelques réticences quant à ce nom un peu farfelu. Winston Churchill, Premier ministre du Royaume-Uni, aurait également refusé le nom de Jelly.
Un lieutenant-colonel canadien du nom de Dawney propose alors Juno Beach, le prénom de son épouse, une sorte de porte-bonheur puisque l’opération n’a pas rencontré trop de résistance.
Sa prise fut assignée à la d'infanterie canadienne commandée par le major-général Rodney Keller, assisté par la Marine royale canadienne et la Royal Navy britannique. Les objectifs de la étaient de couper l'axe routier Caen-Bayeux, capturer l'aérodrome de Carpiquet et d'établir la jonction avec les plages britanniques de Gold Beach et Sword Beach.
La plage était défendue par deux bataillons de la d'infanterie allemande, ainsi que des éléments de la Panzerdivision dans les environs de Caen. Le secteur de Juno était défendu par quatre « nids de résistance », équipé d'au moins plusieurs canons de 50 mm KwK, de trois canons de et d'un canon de .
Le plan d'invasion consistait en le débarquement de deux brigades d'infanterie de la sur deux secteurs de la côte focalisées sur les communes de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer. Il est prévu que les bombardements préliminaires détruisent et désorganisent les défenses côtières allemandes. Le support blindé doit être assuré par la blindée canadienne. Une fois les plages sécurisées, le plan prévoit le débarquement de la d'infanterie canadienne afin d'avancer dans les terres, et la jonction par les commandos avec la d'infanterie de Sword Beach et par la d'infanterie canadienne avec la d'infanterie de Gold Beach. Les objectifs du au soir pour la d'Infanterie Canadienne étaient de prendre l’aérodrome de Carpiquet et d'atteindre la voie ferrée Caen-Bayeux sur une ligne fictive nommée pour l'occasion Oak Line.
Le débarquement initial rencontre une vive résistance allemande, les bombardements préliminaires n'ayant pas été aussi efficaces qu'espéré et le mauvais temps forçant la première vague à retarder son débarquement, prévu entre et . Plusieurs compagnies de la première vague, notamment celles des Royal Winnipeg Rifles et des The Queen's Own Rifles of Canada subissent l'anéantissement dans les premières minutes du débarquement. Cependant, avec des forces supérieures en nombre et un support coordonné de l'artillerie navale et des escadrons blindés, les Canadiens parviennent à sécuriser la plupart des défenses allemandes en deux heures. Les compagnies de réserve de la et , ainsi que les Royal Marines, commencent à débarquer vers , tandis que la commence son déploiement vers .
L'avance dans les terres vers les objectifs de Carpiquet et de la Oak Line rencontre un résultat mitigé. Le nombre important d'hommes et de véhicules débarqués sur les plages crée des encombrements et des retards de déploiement, empêchant la réussite des objectifs pour la soirée du . Le contact est établi à l'ouest à Creully avec les troupes britanniques de Gold Beach mais la résistance allemande et la contre-attaque de la à l'est entre Juno et Sword empêchent la jonction des deux plages le jour même. Cependant, les troupes canadiennes seront celles qui auront le plus avancé dans les terres au soir du .
Forces en présence Défenses allemandes
vignette|gauche|Photo du général Erwin Rommel inspectant les défenses du mur de l'Atlantique, avril 1944.
Bien que l'armée allemande ait vu sa force et son moral grandement entamés par ses campagnes de Russie, d'Afrique du Nord et d'Italie, elle reste malgré tout une puissante force combattante. Cependant, la plupart des divisions déployées le long des côtes françaises depuis 1943 sont composées de jeunes recrues ou d'unités au repos ou en reconstruction à la suite des pertes de front de l'Est. En tout, allemands sont stationnés en France, de manière prédominante le long de la côte atlantique. En complément, près de , principalement russe et polonais, servent sous l'uniforme allemand. Sous le commandement du maréchal Erwin Rommel et de Gerd von Rundstedt, les fortifications du Mur de l'Atlantique ont été renforcées dans les mois de 1944. Environ de mines et de plage ont été installés le long de la côte.
À Juno, les défenses allemandes sont composées de d'appui principaux (Widerstandnesten). Le à Saint-Aubin est composé de mitrailleuses et d'un canon de sous abri bétonné. Le à Bernières est défendu par la 5. Kompanie, régiment d'infanterie. Il se compose d'un canon de , de plusieurs mitrailleuses et de plusieurs mortiers de . Le à Courseulles se compose de de , d'un canon de et d'un canon de , tous sous abris bétonnés. Il est renforcé par plusieurs mortiers et mitrailleuses. Le WN 31 à Graye-sur-Mer est le poste de commandement de la 7. Kompanie. On y trouve un poste d'observation H666 avec coupole et poste de commandement souterrain, ainsi qu'un canon de et deux canons de renforcés par des mitrailleuses et des mortiers.
Forces canadiennes
La préparation des forces canadiennes débute en , quand le Lieutenant-Général Andrew McNaughton de la Première Armée Canadienne informe Harry Crerar, commandant du canadien, que la 3e Division d'infanterie jouerait un rôle dans l'invasion de la France et qu'il incomberait à son quartier général la responsabilité de l'entrainement. Mais après le départ du vers l'Italie, la passe sous le commandement du britannique. L'entrainement initial est ardu et compliqué, notamment par le manque de barges de débarquement disponibles. Des entraînements de terrain débutent en Écosse en août et et permettent la mise en place de techniques d'assaut et l'utilisation d'équipement spéciaux pour les blindés et l'artillerie de débarquement, dont les chars DD. Des mécanismes spéciaux sont mis en œuvre afin que l'artillerie puisse bombarder la plage depuis des barges de débarquement. Pendant l'hiver 1943, des exercices conjoints permettent d'améliorer les techniques d'assaut des régiments qui débarqueront sur Juno.
Le débarquement sera soutenu par la plus large flotte d'invasion de l'histoire militaire . La Marine Royale Canadienne contribue à hauteur de , incluant des destroyers, des frégates, des corvettes, des bateaux de débarquement, des dragueurs de mines et des torpilleurs. Quatre destroyers de Classe Tribal canadiens servent dans la 10th Destroyer Flotilla de la Royal Navy qui conjointement avec d'autres unités de la Marine britannique sécuriseront la Manche. La Force Navale J débute d'intenses exercices avec la d'infanterie en avec une simulation à taille réelle du débarquement le lors de l'exercice Fabius. Lors du jour-J, la force J, commandé par le HMS Hillary devra bombarder les défenses côtières allemandes avec l'ensemble de son artillerie, des gros calibres des croiseurs jusqu'à l'artillerie auto-tractée déployée dans les barges de débarquement même. Selon l'historien C. P. Stacey, un bombardement mesuré commencera avant l'heure H et se poursuivra ensuite pendant sur les zones de débarquement, un bombardement plus intense attaquera les flancs des zones de débarquement jusqu'à l'heure H. Un soutien supplémentaire sera fourni par la Royal et la Royal Canadian Air Force avant et pendant le jour-J. Une invasion surprise ne pouvant réussir qu'avec une maîtrise aérienne complète au-dessus de la Manche. Dans les mois qui précèdent le débarquement, la Second Tactical Air Force de la RAF attaque les aérodromes, les défenses côtières, les radars, les voies de chemin de fer et les routes afin d'affaiblir les capacités allemandes ainsi que de prévenir une éventuelle offensive de la Luftwaffe pouvant mettre la supériorité aérienne des alliés lors du débarquement. Au , la RAF possède et chasseurs-bombardiers ainsi qu'environ légers ou moyens en support.
Le plan opérationnel de Juno divise la plage en deux secteurs : Mike (à l'ouest) et Nan (à l'est). Mike doit être attaqué par la , les Royal Winnipeg Rifles, les Canadians Scottish, ainsi que les chars du 1st Hussars en appui blindé. Le secteur de Nan doit être attaqué par les Regina Rifles de la ainsi que par les Queen's Own Rifles et le North Shore Regiment de la tandis que les chars du Fort Garry Horse fournissent l'appui blindé. De même, un escadron de AVRE de la blindée britannique doit débarquer dans chaque secteur en appui. Les réserves sont constitués de la , les Cameron Highlanders of Ottawa, les North Nova Scotia Highlanders, les Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders et le Highland Light Infantry of Canada, ainsi que des chars des Fusiliers de Sherbrooke qui seront déployés sur la plage entre après les premiers débarquements. Le plan prévoit une avance sur trois lignes d'objectifs à l'intérieur des terres. La première ligne, du nom de code YEW comprend les villes côtières de Graye-sur-Mer, Courseulles, Bernières et Saint-Aubin-sur-Mer. La seconde ligne, ELM correspond à l'avance d'une douzaine de kilomètres à l'intérieur des terres. Enfin, l'objectif final du jour-J pour les troupes canadiennes est la ligne OAK, permettant de sécuriser la voie de chemin de fer Caen-Bayeux et de capturer les hauteurs à l'ouest de Caen, vers Carpiquet.
Débarquement Bombardements préalables Les bombardements aériens n’avaient fait que peu de dégâts. Le pilonnage naval entre et n’avait endommagé que 14 % des fortifications et à cause d'une météo défavorable les Allemands eurent une demi-heure pour se regrouper.
Débarquement de la brigade vignette|gauche|Hommes du Royal Winnipeg Rifles s'approchant des côtes à bord de LCA.