Jean-de-Dieu SoultLe prénom Nicolas est une erreur souvent rencontrée : , duc de Dalmatie, né le à Saint-Amans-la-Bastide, actuel Saint-Amans-Soult (Tarn), où il est mort le , est un maréchal d'Empire et homme d'État français.
Fils de notaire, il s'engage dans l'armée royale à et connaît une ascension fulgurante sous la Révolution française : sous-lieutenant en 1792, il est général de brigade deux ans plus tard, puis de division en 1799. Il participe dans l'intervalle à de nombreuses batailles au cours desquelles il fait preuve de courage et de talent. Élevé à la dignité de maréchal d'Empire le , il est considéré par Napoléon, après la bataille d'Austerlitz (1805) à laquelle il contribue de manière décisive, comme « le premier manœuvrier de l'Europe ». Après s'être distingué à Iéna, Eylau et Heilsberg de 1806 à 1807, il est affecté l'année suivante dans la péninsule Ibérique, où il demeure presque sans interruption jusqu'en 1814. Il y remporte des succès majeurs comme la bataille d'Ocaña en 1809, mais rencontre davantage de difficultés face à l'armée anglo-portugaise du général Wellington qui lui inflige plusieurs défaites. Dans les derniers mois de l'Empire, c'est à lui que revient la tâche de défendre pied à pied la frontière française des Pyrénées. Il est également chef d'état-major de Napoléon à la bataille de Waterloo en 1815.
Au retour de la monarchie, Soult traverse d'abord une période d'exil, mais finit par rentrer en grâce et entame une carrière politique importante, notamment sous la monarchie de Juillet. Ministre de la Guerre, il est le principal instaurateur de la Légion étrangère en 1831. Par trois fois chef du gouvernement, il détient le record de longévité à ce poste (9 ans, 3 mois et 17 jours, dont 6 ans, 10 mois et 20 jours en continu). En 1847, il reçoit du roi Louis-Philippe le titre unique de « maréchal général de France ». Il est, selon certains auteurs, avec Davout, Lannes, Masséna et Suchet, un des seuls maréchaux capables de diriger une armée en l'absence de l'Empereur..
Biographie Jeunesse vignette|gauche|upright|Maison où naît en 1769 le maréchal Soult.
Descendant par son père, Jean Soult (1726-1779), d'une lignée de notaires royaux, et de la famille de GrenierFrancis Riols de Fonclare, Les verreries forestières de Moussans, Imprimeur J. Bonnet, Toulouse, 1925, . par sa mère, Jean-de-Dieu Soult est promis à une carrière de juriste. Cependant, le , à seize ans, il s'engage comme simple soldat dans le régiment Royal-Infanterie, pour aider financièrement sa mère après le décès de son père. Son frère cadet, Pierre-Benoît, suit son exemple trois ans plus tard. Jean-de-Dieu Soult est nommé sergent après six ans de service.
Les guerres de la Révolution française Le , son colonel le nomme instructeur au de volontaires du Haut-Rhin, avec le grade de sous-lieutenant. La période de guerre qui commence en , lui offre de nombreuses occasions de se signaler et il gravit les échelons avec régularité. Adjudant-major le , capitaine le , adjudant provisoire à l'état-major de Hoche à l'armée de la Moselle le . Il prend part à la bataille de Kaiserslautern du 28 au , qui doit permettre de reprendre Wissembourg et débloquer Landau. Hoche confie à Soult le commandement d'un corps détaché pour prendre le camp de Marsthal, ce qui est brillamment exécuté. Du 26 au , il est présent à la deuxième bataille de Wissembourg. Il est nommé chef d'état-major de l'avant-garde le , chef de bataillon provisoire le , chef de bataillon en titre le , et adjudant-général chef de brigade le . Le , l'armée de la Moselle est remplacée par l'armée du Rhin sous le commandement de Jourdan. Elle rentre immédiatement en campagne. Deux combats sont livrés à Arlon les 17,18 et , puis le , auxquels Soult participe activement.
Après la bataille de Fleurus du , où il se distingue par son sang-froid, il rejoint l'armée de Sambre-et-Meuse le . Il est promu général de brigade le , par les représentants en mission. Pendant les cinq années suivantes, il est constamment employé en Allemagne sous les ordres de Jourdan, de Moreau, de Kléber et de Lefebvre. Il prend part à la bataille d'Aldenhoven le . Il passe dans la division Hatry et prend part au Luxembourg du au . Il prend une part brillante aux batailles d'Altenkirchen le , de Friedberg le , et à la bataille de Stockach contre l'armée de Charles d'Autriche le . Le grade de général de division lui est attribué le , à titre provisoire, et il est confirmé le suivant.
Il passe à l'armée d'Helvétie sous les ordres de Masséna. C’est à cette époque qu’il bâtit les bases de sa réputation militaire, en particulier lors de la première bataille de Zurich du 2-, puis il soumet les cantons insurgés, chasse les rebelles sur la Reuss et les refoule jusque dans la vallée d’Urseren, livre les combats de Frauenfeld, d'Altikon, d'Audelfinden. Il obtient une citation à l'ordre du jour du . Le 10 du même mois, il chasse, à la tête de la , les Autrichiens maîtres du mont Albis, passe la Linth le , fait subir à l'ennemi une perte de , puis vient à la rencontre des Russes qui s'avancent sur Kaltbrunn, fait poser les armes à un corps de , s'empare de Wesen et repousse l'ennemi jusqu'au lac de Constance.
La période du Consulat (1800-1804) Lorsqu'en 1800 le Premier consul charge Masséna de réorganiser l'armée d'Italie, celui-ci insiste pour que Soult lui soit adjoint. Il lui confie le commandement de l'aile droite.
Il se distingue par son activité dans la défense du pays de Gênes. Le , dans une première sortie, à la tête de plusieurs bataillons, il traverse l'armée autrichienne et délivre le général Gardanne, rejette l'ennemi au-delà de la Piotta, s'empare de Sassello et rentre dans Gênes avec de nombreux prisonniers, des canons et des drapeaux. Lors d'une nouvelle sortie, le général enfonce de nouveau l'armée autrichienne, enlève une division à Monte-Facio. Mais, lors d'un combat à Montecreto, un coup de feu lui fracasse la jambe et il est fait prisonnier. Il retrouve la liberté après la victoire de Marengo du . Nommé commandant militaire du Piémont, alors en pleine rébellion, il parvient à mater l'insurrection dite des Barbets. Il réussit même à discipliner ces hordes turbulentes et les utilise pour le service. Il reçoit ensuite le commandement de la partie sud du royaume de Naples.
Peu avant le traité d'Amiens, le général Soult rentre à Paris où le Premier consul l'accueille avec la plus haute distinction. Le , il est un des quatre généraux appelés au commandement de la Garde consulaire. Il fait dès lors allégeance au nouveau régime. En , il se voit confier, le commandement en chef du camp de Saint-Omer. Il y impose une discipline rigoureuse, qui n'est pas étrangère à l'efficacité des troupes françaises lors des futures campagnes, et y gagne son surnom de « Bras de fer ». Le , il est un des premiers promus à la dignité de maréchal d'Empire que Napoléon vient de créer. En hommage à l'empereur, il fait élever à Wimille un monument: la Colonne de la Grande Armée. En récompense de ses services passés, il est fait grand cordon et chef de la de la Légion d'honneur en . Il reçoit en outre le titre de colonel-général des chasseurs à pied de la Garde impériale et de commandant en chef du camp de Boulogne.
Les campagnes de 1805 à 1807 Au mois de , le maréchal reçoit le commandement du de l'armée d'Allemagne. Il force le passage du Rhin à Spire en , du Danube à Donauworth, s'empare d'Augsbourg, se porte sur Biberach et Memmingen, et se rapproche de Napoléon aux portes d'Ulm. À Austerlitz, il mène l’attaque décisive sur le centre allié en s'emparant du plateau de PratzenAusterlitz est une glorieuse journée pour le maréchal. Il commande l'aile droite, se dirige sur le plateau de Pratzen, défendu par l'artillerie adverse, s'en empare après un combat acharné, et après avoir coupé la ligne russe, en jette une partie sur le lac de Monitz dont il fait briser la glace à coups de canon. Ce mouvement contribue puissamment au succès de la journée : « Maréchal, dit Napoléon en l'embrassant sur le champ de bataille, vous êtes le premier manœuvrier de l'Europe. — Sire, répondit le maréchal, je le crois, puisque c'est Votre Majesté qui le dit. » L'Empereur le nomme gouverneur de Vienne après la prise de cette ville..
Dans la campagne de Prusse en 1806, Soult commande encore l'aile droite de l'armée. Durant la campagne de Pologne, il résiste au général russe von Bennigsen pendant que l'Empereur affronte les Russes à la bataille d'Eylau (7-). Par son attaque énergique sur le centre de l'armée ennemie, il contribue grandement à la victoire. Il rejoint ensuite à Greussen le maréchal Kalkreuth qu'il écrase, poursuit le roi de Prusse, bloque Magdebourg et force cinq escadrons des armées de Saxe à mettre bas les armes à Ruthnau. Il se rend ensuite maître de Lübeck et force Blücher à capituler à Schwartau, remporte de nouveaux succès à Wolfersdorf, à Heilsberg et entre dans Königsberg. Lorsque la paix de Tilsit () est conclue, il rentre en France. Le , il est fait duc de Dalmatie.
La guerre dans la péninsule Ibérique (1808-1813)
Alors que la guerre vient de se rallumer en Espagne, l'Empereur confie à Soult le commandement du de l'armée française, au centre-gauche de son dispositif. À peine arrivé dans le pays, le maréchal remporte, le , une victoire à la bataille de Gamonal, prend Burgos, Santander, culbute l'armée espagnole près de Reynosa, atteint enfin l'armée anglaise devant La Corogne, pour lui livrer une sanglante bataille au cours de laquelle son général en chef Moore est tué. Il force les débris de l'armée anglaise à embarquer en abandonnant , s'empare de La Corogne et du Ferrol avec le matériel considérable renfermé dans ces deux places.
Entré au Portugal sur ordre de l'Empereur le , le duc de Dalmatie passe le Minho, prend Chaves et remporte le la bataille de Porto. Au terme de cette bataille sanglante, il prend le commandement de la ville. L'état de son armée, l'absence de toute liaison avec les autres généraux ainsi que les velléités de soulèvement des habitants de Porto le poussent à désobéir aux ordres de l'Empereur, qui étaient de marcher sur Lisbonne.. Isolé, Soult administre la cité portugaise avec une indépendance de conduite qui fera plus tard l'objet d'une campagne de calomnie visant à dénoncer sa volonté supposée d'obtenir la couronne du Portugal, accusation sans fondement réel..
Les Portugais et Wellington finissent par le déloger de Porto. En moins de six jours, il reconduit en Galice les faibles débris de son armée. Il parvient à battre l'armée anglo-espagnole qu'il trouve sur son passage à Arzobispo, mais il est contraint à une pénible retraite par les montagnes, retraite cependant regardée par certains tacticiens comme une bonne opération voire comme un modèle du genre. Après la bataille de Talavera (27-), un décret de l'Empereur nomme le maréchal Soult major-général des armées françaises en Espagne, avec des pouvoirs étendus. Les 18 et , il obtient une grande victoire à la bataille d'Ocaña. Avec , il vainc et s’empare de , et . Après s'être emparé de Séville à la fin de , il passe dans l'Estrémadure et envahit l'Andalousie qu'il occupe entièrement, à l'exception de Cadix.
Durant l'occupation de Séville de à , l'armée française met en œuvre une spoliation systématique des biens ecclésiastiques : le patrimoine artistique des églises et des monastères est particulièrement visé. Des tableaux de Herrera le Vieux, de Zurbarán, de Roelas, de Pacheco et surtout de Murillo, peintre auquel Soult s'intéresse tout particulièrement, sont enlevés de leurs lieux d'origine et transportés à l'Alcazar de Séville. L'église de l'hôpital de la Charité, le couvent Saint-François ou la cathédrale sont privés entièrement de leurs œuvres précieuses.