Le couvent des Jacobins de Toulouse est un édifice religieux situé dans le centre de la ville de Toulouse, en France, à mi-chemin entre le Capitole et la Garonne, juste à côté du lycée Pierre-de-Fermat.
Il est constitué d'une église dite « église des Jacobins », d'un cloître, d'une salle capitulaire, d'un réfectoire et d'une chapelle, la chapelle Saint-Antonin. Il est parfois appelé « ensemble conventuel des Jacobins », appellation qui est aujourd'hui abandonnée. Il a été construit par l'ordre des Prêcheurs, un ordre mendiant dont la branche masculine a été fondée en 1215 à Toulouse par Dominique de Guzmán, futur saint Dominique, afin de promouvoir la prédication de l'Évangile et lutter contre l'hérésie cathare.
Le fait que l'ordre dominicain soit né à Toulouse (à la Maison Seilhan) vaut au couvent toulousain d'être parfois considéré comme l'église-mère de l'ordre, bien qu'il ne soit pas le premier couvent construit par l'ordre et bien que d'autres églises revendiquent également ce titre (notamment l'église Sainte Sabine de Rome).
Ces bâtiments entièrement faits de brique sont considérés comme des joyaux de l'art gothique languedocien en matière de construction monastique des et .
Dès le deuxième quart du , les Frères prêcheurs ont été appelés Dominicains et aussi JacobinsLa plus ancienne source connue, encore allusive, est la postille d'Hugues de Saint-Cher, cf.Martin Morard, ed., Hugo de Sancto Caro. Postilla in totam Bibliam (Ps. Psalmus 80:2 | ), in : Sacra Pagina, IRHT-CNRS, 2024. Consultation du 29/08/2024. L'usage explicite de "Jacobite", équivalent latin de Jacobins, pour désigner les dominicains est attesté par plusieurs chroniques dès la seconde moitié du XIIIe siècle, cf. par exemple Chronicon Austriacum rhythmicum (1152-1268), MGH SS 25, p. 357.43 : "Post hoc anno septimo surgunt Iacobite, Nigras cappas deferunt, spargunt verbum vite"., en référence à l'église dédiée à saint Jacques donnée aux dominicains lors de leur installation à Paris en 1217 à l'emplacement du couvent du même nom, au haut de la rue Saint-Jacques (détruit au ).
L'église abrite depuis 1369 les reliques (reliques de premier ordre) de saint Thomas d'Aquin, auquel elle est consacrée. C'est également dans ces bâtiments qu'a été établie pendant plusieurs siècles l'ancienne université de Toulouse depuis sa fondation en 1229 jusqu'à sa suppression à la Révolution française.
Histoire thumb|left|Le quartier des Jacobins, vu par Mazzoli (1865). Le couvent a été construit en quatre fois sur des terrains acquis en 1229 sur la partie nord du vieux rempart romain, avec de l'argent donné par un riche capitoul, Pons de Capdenier.
La première campagne de construction a débuté en 1230 et consistait à construire une église de plan rectangulaire, aux murs de briques, au chevet plat et couverte d'une charpente. La nef des Jacobins est déjà divisée en deux par une ligne de cinq piliers avec soubassements carrés. Ainsi, la partie nord était destinée aux religieux tandis que la partie sud était destinée aux laïcs assistant aux offices.
Cette église, lieu de prédication, développe un plan simple en rapport avec l'idéal de pauvreté qui caractérise les Mendiants. Dépourvue de transept, elle présente un volume associant chœur et nef. Totalement accessible aux fidèles, la nef est de type église-halle et elle est pauvre en décor.
La deuxième campagne d'agrandissement a duré de 1245 à 1252 et a permis d'allonger l'église vers l'est, où un nouveau chœur est aménagé avec des chapelles funéraires.
La troisième campagneLivret "Le Couvent des Jacobins de Toulouse", juin 2018, (de 1275 à 1292 essentiellement, jusqu'à 1315 marginalement) a été particulièrement importante, dotant l'église d'une abside dont les voûtes gothiques à croisées d'ogives culminant à 28 mètres sont soutenues par trois colonnes élevées dans l'axe est-ouest des piliers existants. Jaillissant du sommet de la colonne orientale, 22 nervures composent un gigantesque palmier minéral à la ramure géométrique. Prouesse architecturale unique, l'histoire n'a pas conservé le nom de son architecte. Le une messe inaugurale célébrée par Bertrand de Montaigu, abbé de Moissac, marque symboliquement la fin des travaux. Le clocher est terminé en 1298 et abrite la cloche de l'Université, sa tour de 45 mètres de hauteur supporte alors une flèche de plan octogonal qui sera détruite pendant la Révolution.
La dernière campagne de construction date du et permet d'enlever le contraste entre le palmier de l'abside et la nef charpentée. La double nef est reconstruite sur l'exemple de l'abside grâce aux financements du cardinal Guillaume-Pierre Godin.
Depuis 1369, on y vénère les reliques de saint Thomas d'Aquin attribuées par le pape Urbain V. En 1385, l'église est enfin terminée et consacrée sous le nom d'église Saint-Thomas-d'Aquin. En 1791, lorsque les dominicains durent partir, celles-ci furent transportées à Saint-Sernin, mais elles ont récemment regagné leur place en 1974, à la faveur du septième centenaire de la mort du saint homme.
Le couvent des Jacobins, abandonné par les dominicains avec l'interdiction de leur ordre sous la Révolution française, est confisqué comme bien national et utilisé comme caserne et comme dépôt.
Une partie est attribuée à la ville de Toulouse en 1810, mais l’autre continue d’héberger une armée de chevaux, et plus de 5 000 mètres cubes de terre afin d’en surélever le sol. Les chapelles latérales sont légèrement endommagées pour agrandir les lieux. L’église devient une vaste écurie tandis que la chapelle Saint-Antonin devient une infirmerie vétérinaire. Enfin le cloître est démoli aux trois-quarts pour améliorer le passage des chevaux. En 1865, le monument fut échangé à la ville de Toulouse contre des terrains où des casernes furent construites et l’armée quitte les lieux. C’est le lycée Pierre-de-Fermat qui récupère les bâtiments, car il est alors fort à l'étroit, partageant ses locaux avec la bibliothèque de Toulouse.
En 1832, la famille Cavailhé représentée par Marie Cavailhé présidente du cercle catholique toulousain finance les rénovations du couvent.
En , le réfectoire du couvent abrite le congrès de la SFIO.
Pendant la Première Guerre mondiale, le couvent des Jacobins de Toulouse sert de lieu de refuge aux collections nationales et à certaines collections municipales. Le dépôt est placé sous la garde de Paul Jamot, conservateur adjoint au département des Antiquités orientales et de la céramique antique au musée du Louvre, et de Pol Louis Neveux, inspecteur général des bibliothèques. Tout au long du conflit, Paul Jamot s’est attaché à dépeindre l’église des Jacobins et les wagons de stockage des œuvres que celle-ci abritait, en parvenant à allier à la documentation historique un témoignage sensible et une part de symbolisme.
L’ensemble des Jacobins a bénéficié d’une restauration commencée en 1920 et qui s'est étendue jusqu'au début du . Alors que les bâtiments menaçaient de tomber en ruine, leur sauvetage doit beaucoup au dévouement de Maurice Prin, qui passa l'essentiel de sa vie, plus de 60 ansLe sourire de Marie, Le couvent des Jacobins - Toulouse - Son histoire, par M. Sompayrac, n°456, juin-juillet 2018, p.45., au chevet de la réhabilitation du couvent. Au départ simple amateur il sera plus tard nommé Conservateur honoraire du monument.
En 2016, à l'occasion des 800 ans des dominicains, la chapelle Saint-Antonin du couvent des Jacobins accueille l'exposition « Trajectoires Dominicaines » afin de renouer avec les racines médiévales de cet Ordre né à ToulouseLes Dominicains se racontent au Couvent des Jacobins.
Description Église des Jacobins thumb|gauche|Palmier des Jacobins.thumb|Rénovation des Jacobins, 1964. Photographie d'André Cros, Archives de Toulouse. L'église fut considérée comme la plus belle église dominicaine de l'Europe chrétienne. Elle mesure 80 mètres de long sur 20 mètres de largeur créant un volume intérieur impressionnant. Les piles en pierre de moulin sont hautes de 22 mètres. Le « palmier » est un chef-d'œuvre unique au monde s'élevant à 28 mètres de hauteur. Cependant, à l'origine, l'édifice est sobre, dans la lignée de l'idéal de pauvreté de l'ordre mendiant des Frères prêcheurs. Moitié moins haut et long que l'église actuelle, il sera allongé au milieu du 13e siècle, et le chœur sera rehaussé à la fin de ce même siècle (grâce à la solution technique que représente ledit palmier). Suivra le rehaussement de la nef au milieu du 14e siècle.
L'extérieur du bâtiment a une apparence stricte et très imposante. Les murs sont hauts et droits avec de puissants arcs brisés en surplomb et avec des flancs armés de hauts contreforts à ressauts. Seule une porte et quelques gargouilles ornent les façades de l'édifice. À l'ouest, seul un portail en plein cintre de 1234 rompt l'aspect strict de la façade.thumb|Tour du couvent vue depuis le cloitre.|gauche|256x256pxL'intérieur est peint de décor polychrome avec çà et là des croix de Toulouse. Des vitraux inspirés des roses occidentales du ont été réalisés par Max Ingrand en 1955. L'installation lumineuse Mesure de la lumière de l'artiste Sarkis Zabunyan, initialement créée dans le cadre du Printemps de Septembre 2018, y est maintenue de façon pérenne.
L'église a été consacrée plusieurs fois, notamment le , et au retour des reliques de saint Thomas d'Aquin.
Clocher Le clocher repose sur le flanc nord de l'église et mesure 45 mètres de haut. Il a été construit entre 1275 et 1298 de façon similaire à celui de la basilique Saint-Sernin toute proche. C'est un clocher octogonal de quatre étages en retrait percés de baies géminées couvertes d'arc en mitre. Sa flèche originale a été détruite à la Révolution.
Cloître vignette|Cloître des Jacobins Le cloître est formé de quatre galeries construites entre 1306 et 1309. Les colonnades sont en marbre gris de Saint-Béat et les chapiteaux sont ornés de sculptures végétales. Elles soutiennent un toit en appentis reposant sur des arcs de briques, eux-mêmes reposant sur les chapiteaux.
Salle capitulaire La salle capitulaire datant d'entre 1299 et 1301 est située dans la galerie occidentale du cloître. C'est une vaste salle dont la voûte repose sur deux fines colonnes prismatiques en marbre.
Réfectoire Le réfectoire est situé dans le prolongement de la galerie orientale du cloître. C'est une vaste salle avec des arcs diaphragmes portant une charpente lambrissée. Il mesure 17 m de hauteur et est l'un des plus vastes réfectoires monastiques de l'époque médiévale. Il accueille aujourd'hui des expositions temporaires.
Chapelle Saint-Antonin thumb|Chapelle Saint AntoninLa chapelle Saint-Antonin est située entre le réfectoire et la salle capitulaire. Elle est construite et décorée entre 1335 et 1341 aux frais de Dominique Grima, frère prêcheur et évêque de PamiersLa Haute-Garonne, encyclopédie illustrée, Éditions Privat, page 288 . Elle est destinée à recevoir les tombes des chanoines et la dépouille de son fondateur.
Son décor est peint à la détrempe et représente la deuxième vision de l'Apocalypse. Près des fausses fenêtres à fleurs de lis blanches sur fond bleu, on retrouve des anges avec une série d'instruments, parmi lesquels une viole, une cornemuse, une harpe, un orgue portatif, un double bourdon et un psaltérion. Les murs présentent des peintures de la vie de saint Antonin, patron de la cathédrale de Pamiers.
Citations, représentations