(Petronius Arbiter sur les en-têtes des manuscrits qui nous sont parvenusPétrone porte le cognomen d'Arbiter sur les manuscrits qui nous sont parvenus, en particulier le texte copié par Joseph Juste Scaliger au et conservé à Leyde (source : Alfred Ernout dans son introduction à sa traduction du Satyricon aux éditions Les Belles Lettres 1970). Ernout souligne cette rencontre « qui n'est sans doute pas fortuite » avec le favori de Néron surnommé . Sur le prénom, Ernout constate que les auteurs diffèrent : C=Gaius (selon Tacite) ou Titus (selon Pline et Plutarque).) est un écrivain romain, auteur du Satyricon. Il est généralement (mais pas unanimement) identifié avec , ancien consul, l'un des favoris de Néron, jouant à la cour le rôle d'arbitre du bon goût (Tacite, Annales, livre XVI, chap 18.) dans les années 60, avant de tomber en disgrâce et de se donner la mort en s'ouvrant les veines après avoir relaté par écrit les turpitudes de Néron (Tacite, Annales, livre , 17 à 20). Toutefois, d'autres hypothèses quant à son identité ont été formulées.

Le Satyricon est considéré comme l'un des premiers romans de l'histoire de la littérature. Narrant les aventures singulières et scabreuses de héros assez spéciaux, il constitue une satire sociale, qui est, grâce à la psychologie des personnages et l'observation réaliste, une véritable innovation littéraire. Seuls des extraits nous sont parvenus, dont le festin chez Trimalcion ; manquent en particulier le début et la fin du roman. Pétrone est également l'auteur de poèmes, bien que certains de ceux qui lui furent attribués se soient révélés ne pas être de sa main. On lui attribue également des fragments narratifs, retrouvés au cours des siècles et supposés intégrer le récit du Satyricon.

L'esthétique de Pétrone est essentiellement parodique et satirique : ses écrits interrogent le monde romain par la dérision et le travestissement. Cependant, nombre de spécialistes lui reconnaissent un message social novateur, un style littéraire innovant et une recherche dans l'observation réaliste qui en fait l'un des auteurs précurseurs du roman.

Pétrone a influencé la littérature, le cinéma et la musique. Henryk Sienkiewicz, dans son roman Quo vadis ? (1895), fait de un personnage clé de l'intrigue alors que Federico Fellini adapte le Satyricon en 1969. Le compositeur italien Bruno Maderna en a composé un opéra en un acte. Plus généralement, la vie de Pétrone et son esthétique ont inspiré de nombreux auteurs tels que Henry de Montherlant, Laurence Sterne, Tobias Smollett, Henry Fielding ou encore Marcel Schwob.

Identité : éléments biographiques et controverses La polémique : la « » La « », expression italienne désignant la polémique érudite concernant l'identité de Pétrone et son autorité auctoriale sur le Satyricon, a produit nombre d'hypothèses. L'un des premiers traducteurs français de Pétrone à la fin du , Charles Héguin de Guerle a, par exemple, intitulé le commentaire qu'il lui consacre : « Recherches sceptiques sur le Satyricon et sur son auteur ».. Le débat est lancé par E. MarmoraleE. Marmorale , Bari, Laterza, 1948, qui situe l'auteur du Satyricon à l'époque des Sévères. Selon André Daviault, qui a écarté l'hypothèse de Marmorale, les recherches tendent en majorité à montrer que le Pétrone auteur du Satyricon est bien , mentionné par Tacite surtout. Cependant, plusieurs éléments remettent en question cette thèse.

Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille pointent le fait que En outre, à l'époque néronienne, la a produit plusieurs personnalités portant ce nom. Le supplément patronymique Arbiter ne permet que limitativement de préciser le personnage car il s'agit d'un gentilicium et d'un cognomen, alors que l'expression « arbitre de l'élégance » est certainement de l'invention de Tacite.. Deux hypothèses majoritaires existent à ce propos : une première situe Pétrone, auteur du Satyricon, sous le règne de Néron, alors que la seconde le localise après cet empereur, soit à l'époque flavienne (69–96), soit pendant celle des Antonins.

Pétrone de l'époque néronienne Pétrone selon Tacite thumb|Les Annales de Tacite.

Le portrait littéraire le plus complet de Pétrone est présenté par Tacite (55-120), dans ses Annales, au livre uniquement, dans ses sections 17 à 20. Au fragment 17, Tacite évoque la dénonciation de plusieurs personnes, dont Pétrone :

Les sections 18 et 19 concernent quant à elles exclusivement la mort de Pétrone :

Enfin, la section 20 raconte la possible relation qu'entretient Pétrone avec une femme du nom de Silia :

thumb|left|Buste de l'empereur Néron.

Tacite dépeint Pétrone comme un personnage , proche du modèle épicurien40. ; devenu l'ami et le protégé de Néron, il passe à la cour pour un , en latin. Selon Eugen Cizek, l'épicurien Pétrone paraît avoir fréquenté le cercle littéraire et érudit des Calpurnii, ce cénacle d'admirateurs des classiques grecs et latins. L'auteur du Satyricon a en effet tout d'une personnalité érudite et raffinée, urbaine également41.. Toujours selon Tacite, il semble que, par la suite, Pétrone ait été disgracié auprès de Néron par un rival, le préfet du prétoire Tigellin, jaloux de lui. Ce dernier réussit ainsi à compromettre Pétrone, grâce à la complicité d'un délateur qui le dénonça comme ami du sénateur Flavius Scaevinus, qui avait partie liée avec la conjuration de Pison visant à renverser Néron. Pétrone reçoit par la suite l'ordre de l'empereur de mettre fin à ses jours. Après avoir dicté, lors d'un voyage de Néron en Campanie, ce récit en vers (faciles versus) destiné à ridiculiser Néron, en décrivant les débauches de sa cour, Pétrone semble s'être suicidé à Cumes, en 67, en adoptant une attitude désinvolte et ce fidèlement à sa réputation. Il passe pour s'être ouvert les veines dans son bain, après avoir fait parvenir son récit satirique à Néron.. Selon Tacite en effet, avant de mourir, Pétrone a composé une description fleurie des débauches de Néron et la lui a envoyée sous pli cacheté. Selon Charles de Saint-Évremond :

Plusieurs éléments typiques de l'époque néronienne confortent cette thèse. Ils sont si exemplaires que, pour Kenneth F. C. Rose, le Satyricon n'aurait été écrit que pour le divertissement confidentiel de la cour de Néron, ce qui expliquerait que le récit ait été si peu connu dans l'Antiquité. L', marqué par la dépravation, l'ironie dominante et enfin la peinture fidèle des conditions de la plus basse classe sociale et la critique du milieu aristocratique, les jeux de mots et le personnage de Trimalcion, sorte de double de Néron, sont autant de preuves allant en ce sens.. Pour lui, l'épisode du festin chez Trimalcion apporte le plus de preuves, à travers les descriptions des comportements et des habitudes de vie des convives.. Selon Eugen Cizek, Pétrone semble avoir influencé Néron, notamment dans l'écriture par l'empereur d'une au poème de Lucain intitulé Iliacon. Pétrone aurait pu, par le moyen du poème d'Eumolpe sur la guerre de Troie, démontrer à l'empereur les erreurs à ne pas commettre. Pour Cizek, cet élément montre une connexion entre Néron et Pétrone, et renforce la thèse selon laquelle ce dernier est bien le personnage dépeint par Tacite.

Controverses

L'identité entre ce personnage historique et l'auteur du Satyricon est présentée comme une certitude au par Pierre Pithou et reste l'hypothèse défendue par la majorité des spécialistes modernes. Toutefois, l'édition révisée du Gaffiot distingue, dans sa rubrique « Auteurs et ouvrages cités en abrégé », Titus Pétronius, courtisan de Néron et Pétrone Arbiter, auteur du Satyricon.. En effet, plusieurs personnes de prestige du nom de « Pétrone » existent au , dans l'Empire romain, époque de rédaction supposée du Satyricon. Il semble toutefois que l'écrivain, qui signe son texte du nom de « Petronius Arbiter », soit très probablement un certain Caius (ou Titus parfois) Petronius Niger (ou encore : Gaïus Petronius selon Jean-Claude Féray.), gouverneur de Bithynie, puis consul suffect en 61 ou 62.

Il y a cependant peu d'allusions à l'époque néronienne dans le Satyricon. Kenneth F. C. Rose les énumère : le suicide de l'auteur (le Satyricon aurait en effet été écrit peu avant que Pétrone ne se donne la mort) n'est pas évoqué dans le roman et le raffinement luxueux n'est pas mis en avant ; par ailleurs le patronyme d'« Arbiter », à l'époque de Néron, ne se rapporte jamais, parmi les occurrences connues, à un artiste ou écrivain. Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille considèrent que Pétrone a bien vécu sous les Julio-Claudiens et que le Satyricon a été rédigé à la fin du règne de l'empereur Néron.. Pierre Grimal soutient lui aussi cette hypothèse : Il ajoute que, selon toute vraisemblance, le Satyricon a dû être censuré et qu'il était de fait inaccessible au temps de Tacite. Il pourrait être une satire des mœurs du prince Néron censurée sous son règne.. L'hypothèse de Pierre Grimal est séduisante, mais suppose que la mise à l'index ait survécu à la mort de Néron ce qui peut étonner.

Autres hypothèses sur son identité thumb|L'action semble se dérouler en Campanie, sous le règne de l'empereur Claude.

Roman de la période flavienne Le débat sur l'identité de l'auteur est lié à d'autres polémiques, à savoir : celle portant sur la période décrite dans le roman, celle liée à la date de rédaction et de sa publication.. Ses récits, et surtout le Satyricon, en raison du contexte social et politique qu'il présente, sont en effet les seules preuves de son existence. Selon René Martin, le Satyricon pose plus de questions qu'il n'en résout, si bien que le critique littéraire, ainsi que le lecteur, doivent être prudents vis-à-vis de ce texte.. René Martin émet en 1975 l'hypothèse que la rédaction du récit est issue du contexte Flavien (de 69 à 96), plus précisément de l'époque de Domitien.. On trouve déjà chez Voltaire des doutes à ce propos. L'écrivain considère en effet que l'édition de François Nodot (1691) a aggravé la confusion faite entre , vivant après l'époque de Néron, et , proche de ce dernier :

L'hypothèse de René Martin, qui veut que Pétrone ait existé après l'époque néronienne, se présente comme sérieuse., citant comme arguments que Pétrone n'est cité qu'à partir du , qu'il imita Silius Italius et Martial et non l'inverse, que le style est plus proche de l'époque flavienne, et que ce n'est pas le Petronius de Tacite, ce dernier ne lui attribuant aucun rôle littéraire. René Martin ajoute que le contre-argument le plus utilisé pour les serait les parodies de Sénèque, mais le philosophe stoïcien a eu une postérité et n'a pas été obligatoirement parodié de son vivant. Cette hypothèse est rejetée par François Ripoll., car elle se fonde sur les éléments romanesques présents dans le Satyricon. Pour lui, le Satyricon pourrait vraisemblablement être une parodie de Silius Italicus (26–101), auteur des Punica. En étudiant les éléments métriques constituant le poème du du Satyricon, Wei-jong Yeh a montré que Pétrone est en effet l'héritier de Silius ; il situe donc le roman à l'époque de Domitien.. Selon Martin toujours, Pétrone aurait vécu sous les Flaviens, et il aurait été un affranchi, ou le fils d'un personnage consulaire, lui-même ancien affranchi.. René Martin déclare que la datation post-néronienne est de plus en plus défendue dans les publications malgré des controverses, pour le cognomen, il n'exclut pas la coïncidence ou le pseudonyme.

Le secrétaire de Pline le Jeune