Jean X, (en ), est le 122e pape de l'Église catholique de à sa déposition en .. Candidat des comtes de Tusculum, il tente d'unifier l'Italie, sous la direction de , et joue un rôle dans la défaite des Sarrasins lors de la bataille du Garigliano en 915. En raison de son influence, sa chute est provoquée par et Guy de Toscane, qui, pour prendre le pouvoir à Rome, le capturent et le font enfermer au château Saint-Ange où il meurt empoisonné, étouffé ou à la suite de mauvais traitements liés à son enfermement. Son pontificat se déroule durant la période connue en tant que Saeculum obscurum (Pornocratie pontificale).
Biographie Jean X est né à Tossignano, au-dessus d'Imola, le long de la rivière Santerno dans la famille princière de Cenci. Il est nommé diacre par Pierre IV, l'évêque de Bologne. Il est souvent à Rome en tant que légat de Pierre IV. C'est durant cette période qu'il attire l'attention de , la femme de , le plus puissant seigneur de Rome. Liutprand de Crémone allègue que Jean est devenu son amant lors d'une visite à Rome. Il est également spéculé que Jean est lié soit à Théodora, soit à Théophylacte..
En tout état de cause, c'est sous l'influence de Théodora que Jean est sur le point de succéder à Pierre, évêque de Bologne, lorsque le poste de l'archevêque de Ravenne devient disponible.. Jean est donc consacré comme archevêque en par le pape Serge III, un autre candidat des comtes de Tusculum.
Au cours de ses huit années à l'archevêché, Jean travaille dur avec le pape Serge III, dans une tentative infructueuse de faire couronner Bérenger de Frioul en tant qu'empereur des Romains et déposer l'empereur Louis III l'Aveugle.
Il a également à se défendre contre un usurpateur qui essaie de prendre le Saint-Siège, qui fait alors partie du diocèse de Ravenne. Il doit aussi confirmer son autorité sur l'abbaye de Nonantola lorsque l'abbé tente de le libérer de la juridiction de l'archevêque de Ravenne.
Nomination pontificale Après la mort du pape Landon, en 914, une faction de la noblesse romaine, dirigée par Théophylacte de Tusculum, appelle Jean pour assumer le poste vacant de pape. Ce fait est à nouveau interprété par Liutprand comme une intervention personnelle de Théodora qui aurait fait élire pape son amant. Il est beaucoup plus probable que cela résulte des relations de travail entre Jean et Théophylacte mais aussi de son opposition lors du concile cadavérique du pape Formose : ces faits seraient les véritables raisons de son transfert de Ravenne à Rome.
Sa nomination est toutefois considérée comme une violation du droit canonique, ainsi que des décrets du synode de Latran en 769 qui interdisent l'installation d'un pape sans qu'il y ait une élection : la nomination de Jean est donc critiquée par ses contemporains. Néanmoins, tant que Théophylacte est en vie, Jean reste fidèle à son chef.
La guerre des Sarrasins et le couronnement de Bérenger vignette|gauche|redresse=1.0|Bérenger (assis à gauche) est couronné par Jean X en tant qu'empereur des Romains (décembre 915).
La première tâche à laquelle est confronté Jean X est l'existence d'un avant-poste sarrasins en bordure du Garigliano, qui sert de base pour piller la campagne italienne. Jean consulte , qui lui conseille de demander l'aide de l'Empire byzantin et d', marquis de Camerino et gouverneur du duché de Spolète. Jean suit ces conseils et envoie des légats pontificaux au roi d'Italie, divers princes italiens ainsi qu'à Constantinople, cherchant de l'aide pour repousser les Sarrasins.
Il en résulte une alliance chrétienne, précurseur des croisades du siècle suivant. Les forces du nouveau stratège byzantin de Bari, rejoignent celles de divers autres princes du sud de l'Italie : Landolf de Bénévent, , Docibilis II de Gaète, Grégoire IV, Jean II de Naples et Guaimar II de Salerne. Pendant ce temps, Bérenger amène avec lui des troupes de la partie nord de l'Italie et la campagne est coordonnée par Jean X, qui se rend sur le terrain en personne, aux côtés du duc de Spolète.
Après quelques engagements préliminaires à Campo Baccano et à Trevi nel Lazio, les Sarrasins sont chassés de leur fief du Garigliano. Là, lors de la bataille du Garigliano en 915, les alliés les assiègent durant trois mois, au terme desquels les Sarrasins brûlent leurs maisons et tentent de forcer l'encerclement. Avec Jean en tête, ils sont finalement tous capturés et tués, ce qui matérialise une grande victoire et permet d'éliminer la menace sarrasine sur la péninsule italienne. Jean confirme par la suite l'octroi de Traetto au duc de Gaète, en récompense, pour avoir abandonné ses alliés Sarrasins.
Depuis que le roi Bérenger de Frioul a battu et chassé l'empereur romain Louis III l'Aveugle d'Italie en 905, il se révèle pressé d'obtenir la couronne impériale. Jean X utilise cela comme un levier pour pousser Bérenger en le soutenant et en lui fournissant les troupes de la grande campagne sarrasine..
Ainsi, en , Bérenger de Frioul rejoint Rome, et après avoir été accueilli par la famille de Théophylacte, qui l'assurent de leur soutien, il rencontre le pape Jean X à la basilique Saint-Pierre. Le dimanche , Jean X couronne Bérenger en tant qu'empereur romain, tandis que Bérenger, à son tour, confirme les dons antérieurs au Saint-Siège, effectués par les empereurs précédents.
Les réalignements politiques Bien que Bérenger de Fréoul soit soutenu par la grande noblesse romaine et le pape, il a des ennemis ailleurs. En 923, une alliance des princes italiens provoque la chute de Bérenger, faisant échouer, de nouveau, l'espoir d'une Italie unie, suivie de son assassinat en 924. En 925, Théophylacte de Tusculum et de Spolète meurent aussi ; cela signifie qu'en une année, trois des principaux partisans du pape Jean sont morts, le laissant dangereusement exposé aux ambitions de la fille de Théophylacte, Marozie, qui, dit-on, éprouve un ressentiment au sujet de la présumée liaison entre Jean et sa mère Théodora.
Pour contrer cette menace grandissante, cette année-là, en 925, Jean X invite Hugues d'Arles, afin qu'il soit le prochain roi d'Italie. Il envoie son émissaire à Pise pour être parmi les premiers à saluer Hugues lors de son arrivée. Peu de temps après Hugues est reconnu roi d'Italie à Pavie : il rencontre Jean X à Mantoue et conclut une sorte de traité avec lui, peut-être afin de défendre les intérêts de Jean X à Rome. Cependant, les Italiens changent d'avis et désignent un autre roi rival en la personne de Rodolphe II de Bourgogne, ce qui signifie que Hugues n'est pas en mesure d'aider Jean X. Ces années sont une période d'anarchie et de confusion en Italie.
Dans l'intervalle, Marozie épouse Guy de Toscane. Bientôt, une lutte pour le pouvoir commence entre eux et le pape Jean X, avec Pierre, le frère de Jean qui est le premier à comprendre leur inimitié. Jean X avait donné à Pierre le titre de duc de Spolète, à la mort d'Albéric et sa puissance accrue menace Guy et Marozie. Pierre est contraint de fuir vers le lac d'Orta, où il demande l'aide d'une bande de Magyars déchaînés. En 926, il revient à Rome en leur compagnie et, avec leur soutien, il intimide Guy et Marozie ; Pierre est autorisé à reprendre son ancien rôle de conseiller principal et partisan du pape Jean X.
Affaires de l'Est Malgré les difficultés que rencontre Jean X à Rome, il est encore en mesure de participer et d'influencer plus largement les questions ecclésiastiques et politiques à travers l'Europe. En 920, il est sollicité par les empereurs byzantins et Constantin VII Porphyrogénète ainsi que le patriarche de Constantinople afin qu'il envoie des légats à Constantinople pour confirmer les actes d'un synode qui condamne le quatrième mariage, dans le conflit qui implique le père de Constantin, Léon VI le Sage, mettant ainsi fin à un schisme entre les deux Églises..
En 925, Jean X tente d'enrayer l'usage de la liturgie slave en Dalmatie et impose l'utilisation locale du latin dans la messe. Il écrit à et au duc , leur demandant de suivre les instructions comme exprimées par les légats de Jean X..
Il en résulte un synode à Split en 926, qui confirme la demande de Jean X ; il interdit l'ordination de personnes ignorant le latin et interdit la messe faite en langue slave, sauf en cas de pénurie de prêtres.
Les décrets du synode sont envoyés à Rome pour être confirmés par Jean X : il les confirme tous à l'exception de la décision qui place Grégoire de Nin, l'évêque croate de Nin sous la juridiction de l'archevêque de Spalato. Il convoque les parties à Rome, mais celles-ci ne peuvent y assister, forçant Jean X à envoyer des légats pontificaux pour régler la question, qui sera finalement résolue par le pape Léon VI après la déposition et la mort de Jean X.
Vers la même époque, le tsar propose des ouvertures à Jean, offrant le renoncement à l'obéissance de son pays à la patriarchie de Constantinople et place son royaume sous l'autorité ecclésiastique du pape à Rome. Jean X envoie deux légats exhortant Siméon à se réconcilier avec l'Empire byzantin. Cependant, Jean ne confirme que le titre de tsar de Siméon, équivalent au titre d'empereur, mais pas à celui d'empereur des Romains. Ce sont les représentants de Jean qui couronnent le fils de Siméon, en tant que tsar en 927.
Enfin, Jean X envoie un légat en tant qu'intermédiaire pour tenter d'arrêter une guerre entre les Bulgares et les Croates.
Affaires en Europe occidentale Jean X est tout aussi vigoureux dans ses activités en Europe de l'Ouest. Dès le début de son pontificat, il apporte son soutien à , dans ses luttes contre les ducs allemands. Il envoie un légat pontifical à un synode des évêques, convoqué par Conrad à Altheim en 916, avec pour résultat que ce synode ordonne aux adversaires de Conrad de se présenter devant le pape Jean à Rome : à défaut de comparaître, un autre synode sera organisé pour leur jugement avec menace d'excommunication.
En 920, Jean X est appelé par le roi des Francs Charles III le Simple afin d'intervenir dans la succession à l'évêché de Liège, lorsque Hilduin, le candidat de Charles, se retourne contre lui et rejoint la rébellion, Gislebert de Lotharingie, duc de Lorraine. Charles tente alors de le remplacer par un autre candidat, Richer de l'abbaye de Prüm, mais Hilduin capture Richer et oblige celui-ci à le consacrer évêque. Jean X ordonne aux deux hommes de se présenter devant lui à Rome : Jean confirme la nomination de Richer et excommunie Hilduin. Quand en 923, Charles est capturé par Herbert II de Vermandois, Jean X est le seul chef qui proteste contre cette capture ; il menace Herbert d'excommunication à moins qu'il rende la liberté à Charles, mais Herbert l'ignore.
Méprisant l'autorité du pape, en 925, Herbert a un fils âgé de cinq ans, Hugues de Reims qui est alors consacré archevêque de Reims, un arrangement auquel Jean est contraint de céder. Il confirme Hugues, du fait qu'Herbert avait déclaré que si son fils n'était pas élu, il ferait dépecer l'évêché et distribuer leurs terres à divers partisans.
Jean X a également appuyé le côté spirituel de l'Église, comme son conseil à Hervé, l'archevêque de Reims, en 914, qui lui demande des conseils sur la conversion des Normands au christianisme. Jean écrit :
De plus, Jean X soutient le mouvement de réforme monastique à l'abbaye de Cluny. Il confirme la règle stricte de Cluny pour les moines. Il écrit ensuite au roi Raoul (roi des Francs), ainsi qu'aux évêques et comtes locaux, avec pour instruction de restituer à Cluny la propriété que Guido, abbé de l'abbaye de Gigny, avait prise sans permission et de mettre le monastère sous leur protection.
En 924, Jean X envoie un légat pontifical, nommé Zanello, en Espagne afin d'étudier le rite mozarabe. Zanello en parle favorablement et le pape lui donne un nouvel agrément, n'imposant que de changer les paroles de la consécration au rite romain.