Charles Joseph Clark, dit Joe Clark, né le à High River (Alberta), est un homme d'État canadien. Il est premier ministre du Canada du au .

Il est élu à la Chambre des communes du Canada en 1972 comme membre du Parti progressiste-conservateur du Canada (PPCC). Il est nommé chef du parti en 1976. Lors des élections fédérales canadiennes de 1979, les progressistes-conservateurs remportent un gouvernement minoritaire et il devient premier ministre, mettant fin aux seize ans que le Parti libéral du Canada a passés au pouvoir. La défaite de son premier budget provoque les élections fédérales de 1980 qui voient le retour du premier ministre Pierre Elliott Trudeau et du parti libéral au pouvoir avec une majorité absolue. Son mandat de 273 jours en poste est le quatrième plus court de l'histoire canadienne. Il perd la chefferie du parti progressiste-conservateur en 1983. Après le retour au pouvoir du PPCC en 1984, il est nommé Secrétaire d'État des Affaires extérieures dans le cabinet du premier ministre Brian Mulroney de 1984 à 1991, puis nommé Président du Conseil privé de la Reine pour le Canada de 1991 à 1993. Il choisit de ne pas se présenter comme candidat pour les élections fédérales de 1993.

Il fait un retour politique en 1998, lorsqu'il est nommé à nouveau chef du PPCC et dirige le parti lors des élections fédérales de 2000. Après la fusion du PPCC avec l'Alliance canadienne en 2003, il refuse de rejoindre le nouveau Parti conservateur du Canada et siège ainsi comme député indépendant. Il ne se présente pas comme candidat pour les élections fédérales de 2004.

Biographie Joseph Clark naît à High River, en Alberta. Son père est éditeur du journal local. Il fait ses études dans les écoles secondaires locales, et ensuite à l'Université de l'Alberta, où il décroche un baccalauréat et une maîtrise en sciences politiques. Il étudie le droit à l'Université Dalhousie à Halifax (Nouvelle-Écosse) et à l'Université de la Colombie-Britannique à Vancouver (Colombie-Britannique). Il est actif en politique étudiante, et abandonne ses études en droit pour travailler à plein temps pour le Parti progressiste-conservateur du Canada.

Carrière politique Avant de devenir politicien, il fit toutes ses années de cadet (de 12 à 18 ans). Joe Clark devient politiquement actif pour la première fois au niveau universitaire. Il est président des Jeunes progressistes-conservateurs de l'Université de l'Alberta. Clark croise l'épée avec son futur rival politique Preston Manning dans les forums de débat sur le campus entre les Jeunes PC et la Ligue des jeunes du Parti du Crédit social de l'Alberta. Clark est très conscient de la politique canadienne dès un très jeune âge. Dans sa jeunesse, il est un admirateur du chef progressiste-conservateur et premier ministre canadien John Diefenbaker, et il se lance lui-même en politique, au niveau provincial, pour la première fois à l'âge de 28 ans. Sa première incursion en politique, en tant que candidat officiel pour le Parti progressiste-conservateur de l'Alberta aux élections provinciales de 1967, s'avère toutefois un échec. Clark est ensuite assistant-chef au chef de l'opposition provincial et futur premier ministre albertain Peter Lougheed.

Il est élu pour la première fois à la chambre des communes du Canada lors de l'élection fédérale de 1972. Après la démission du chef progressiste-conservateur Robert Stanfield, Clark présente sa candidature à la direction du parti et l'emporte au congrès d'investiture de 1976. Au premier tour, Joe Clark avait obtenu la troisième position derrière Claude Wagner et Brian Mulroney. Cependant, il était assez vite apparu comme le candidat du compromis, l'aile droite du parti se ralliant derrière Wagner alors que Mulroney, un homme d'affaires québécois sans expérience politique en tant qu'élu, paraissait incapable d'élargir sa base d'appuis de façon significative ; plusieurs délégués étaient choqués par sa campagne dispendieuse. À mesure que d'autres candidats Red Tory étaient éliminés sur les quatre premiers tours de vote, Clark avait progressivement rattrapé Mulroney puis Wagner, pour arracher finalement la victoire au cinquième tour.

La montée fulgurante de Clark, de député albertain quasiment inconnu à chef de l'opposition, prend le Canada par surprise. Le quotidien ontarien Toronto Star annonce la victoire de Clark avec la manchette : « Joe Who? » (Joe Qui?), l'affublant d'un surnom qui lui colle à la peau pendant des années au Canada anglais. On fait bon nombre de farces sur sa maladresse et ses manières gauches. Grand et mince, les caricaturistes le dessinent comme une sorte de suçon ambulant, avec une tête énorme et des oreilles pendantes comme un chien. Initialement, il paraît peu probable qu'un tel homme, cible de tant de moqueries, puisse jamais espérer faire compétition à Pierre Trudeau, l'intellectuel sûr de lui et immensément populaire.

Toutefois, Clark est féroce dans ses attaques contre le gouvernement de Trudeau, tenant la dragée haute au premier ministre à la chambre des communes. Bien des Canadiens perçoivent les tentatives de Trudeau de ne pas accorder d'importance à Clark comme un exemple de l'arrogance d'un premier ministre qui prenait sa position pour acquise.

Clark est le premier homme politique canadien à prendre position fortement pour la décriminalisation de la marijuana au Canada, et pour un revenu minimal garanti — deux positions caractéristiques des Red Tories. À bien des égards, son "progressisme" social dans les années 1970 était aussi "avancé" que l'avait été celui de Trudeau dans les années 1960.

Premier ministre upright|vignette|Joe Clark en 1979. Les efforts de Joe Clark portent fruit : le , à la suite de l'élection de 1979, il bat le gouvernement libéral de Trudeau et devient à l'âge de 39 ans le plus jeune premier ministre du Canada. Clark est le premier conservateur à prendre la direction du gouvernement fédéral canadien depuis la défaite de John Diefenbaker à l'élection de 1963.

Par contre, avec seulement un gouvernement minoritaire à la Chambre des communes, Clark doit obtenir le soutien soit du Parti Crédit social avec ses 6 députés, soit du Nouveau Parti démocratique avec ses 26 députés. À défaut, les libéraux peuvent le renverser à n'importe quel moment.

Le Crédit social n'a pas les 12 députés requis pour obtenir le statut de parti officiel à la Chambre des communes. Toutefois, ces six sièges auraient suffi à donner à Clark une majorité parlementaire s'il avait consenti à former un gouvernement de coalition avec les créditistes, ou alors si les deux partis avaient consenti à travailler ensemble. Toutefois, Clark refuse de donner le statut de parti officiel au petit caucus créditiste ; il refuse également de négocier une coalition ou de coopérer de quelque façon que ce soit avec ce parti. Ceci mène directement à la défaite en chambre du gouvernement en décembre 1979. Les libéraux votent avec le NPD sur une motion de censure liée au budget du gouvernement de Clark, présentée par le député néo-démocrate Bob Rae. Le caucus créditiste s'abstient de voter, assurant ainsi l'adoption de la motion. Clark est critiqué pour son « incapacité à faire de l'arithmétique » en n'étant pas capable de prédire le résultat du vote ; mais en même temps, la défaite est partiellement voulue pour son parti. En cas d'élection anticipée, les progressistes-conservateurs pensaient pouvoir facilement vaincre les libéraux, démoralisés et sans direction.

Pendant la campagne électorale de 1979, Clark avait promis de réduire les impôts afin de stimuler l'économie. Toutefois, une fois en place, il propose un budget visant à ralentir l'activité économique avec pour objectif avoué la lutte contre l'inflation, et où figure une nouvelle taxe de 18 cents par gallon sur l'essence pour soi-disant réduire le déficit budgétaire. Clark avait espéré que ce changement de politique lui gagnerait des appuis, mais il lui vaut au contraire un grand ressentiment de la part des électeurs, furieux de le voir renier ses engagements même pour une période aussi courte.

Pierre Trudeau revient rapidement sur sa démission de la direction du Parti libéral et, lors de l'élection fédérale de février 1980, remporte 146 sièges parlementaires contre les 103 progressistes-conservateurs de Clark et revient au pouvoir après une courte absence.

Attitude de Trudeau envers Clark Lors des funérailles de Trudeau en 2000, son fils Justin Trudeau raconte une anecdote dans laquelle il avait, lorsqu'il était enfant, insulté un des rivaux politiques de son père ; celui-ci l'avait corrigé, lui donnant un sermon sévère pour lui apprendre à quel point il était mal de diaboliser ou d'insulter quelqu'un simplement parce qu'il était en désaccord. À ce moment de la rediffusion de la cérémonie, la CBC avait inséré une photo de Clark, faisant croire à plusieurs qu'il avait été l'homme que Justin avait insulté.

Trudeau commente dans ses mémoires que Clark avait été beaucoup plus coriace et agressif que le précédent chef conservateur Robert Stanfield, notant que ces qualités avaient servi à Clark dans sa victoire électorale en 1979. Toutefois, Trudeau complimente aussi Clark en disant de celui-ci qu'il était un chef respectable et que Trudeau le préférait personnellement à Mulroney lorsque Clark avait été battu dans la course à la direction en 1983. Contrairement à Clark, Mulroney et Trudeau étaient des ennemis jurés, malgré le fait qu'ils ne s'affrontèrent jamais lors d'une élection.

Sous Mulroney

En 1983, après avoir récolté les appuis de seulement 66 % des délégués au congrès biennal du parti et considérant que ceci est insuffisant, Clark lance une course à la direction pour décider de la question. Candidat à sa propre succession, il espère raffermir son leadership. Après une campagne passionnée, il est en avance aux trois premiers tours avant de perdre au quatrième tour, devancé par son rival de toujours, Brian Mulroney. Des analystes politiques se sont interrogés sur les raisons de la décision de Clark de déclencher cette élection à la direction. En 1987, lors d'un dîner donné en l'honneur de la visite de Charles, prince de Galles, le prince, assis à côté de Clark, lui demande pourquoi 66 % n'était pas assez. La femme de Clark, Maureen McTeer, explique la décision de son mari dans son autobiographie In My Own Name, publiée en 2003. Elle explique que pour Clark, moins de 75 % ne constituait pas un appui assez fort. Il craignait que les quelque 33 % de membres qui ne l'appuyaient pas deviennent ses critiques lors de la prochaine campagne électorale, et que sa continuité à la tête du parti étant donné ces circonstances auraient mené à la fragmentation du parti. Clark était convaincu qu'il parviendrait à remporter une autre course à la direction et qu'il obtiendrait un niveau d'appui clair une fois ses qualités comparées à la poignée de rivaux inexpérimentés qui convoitaient son poste et qui travaillaient en coulisse pour saboter son leadership.

Secrétaire d'État aux Affaires extérieures Mulroney remporte une victoire énorme dans l'élection fédérale générale de 1984, et devient premier ministre. Malgré leurs différences personnelles, Clark travaille habilement au sein du conseil des ministres de Mulroney en tant que secrétaire d'État aux Affaires extérieures.

Certains considèrent qu'il a été un des ministres des Affaires étrangères les plus compétents que le Canada ait eu. Parmi les accomplissements et actions qu'il réalise dans ce rôle : Il convainc Mulroney de nommer Stephen Lewis au poste d'ambassadeur à l'ONU — qui devient plus tard l'envoyé spécial de l'ONU sur la crise du SIDA ; plusieurs croient que la nomination de Lewis était le prix demandé par Clark pour servir sous Mulroney.