Eugène Charles Hernu, né le à Quimper et mort le à Bron., est un homme politique français. Député-maire PS de Villeurbanne, il devient ministre de la Défense sous la présidence de François Mitterrand jusqu'à sa démission en 1985 à la suite de l'affaire du .

Biographie Origines familiales et jeunesse L'historien Claude Manceron, chargé de mission auprès de François Mitterrand durant sa présidence, affirme que Charles Hernu descend de Philippe II de Montmorency-Nivelle, comte des HornesClaude Manceron, Les Hommes de la liberté, éditions Robert Laffont, 1972, ..

Charles Hernu est le fils d'Eugène Hernu et de Laurence Prost, mariés en 1918 à Saint-Uze (département de la Drôme). Né en 1892 à Paris dans le 11e arrondissement, mort en 1961 à Lyon dans le 3e arrondissement, son père s'engage en 1911 dans le régiment de chasseurs à cheval. Il est décoré de la croix de guerre à l'issue de la Grande Guerre. Entre 1920 et 1927, il est gendarme, puis devient contrôleur à la Compagnie des Omnibus et tramways de Lyon. Il est engagé dans la franc-maçonnerie.

Charles Hernu effectue ses études à l'institut des Minimes de Lyon où il n'obtient pas de diplôme.. Le , il épouse, à Villeurbanne, Jeanne Puillat, institutrice, née en 1924. De leur union naît un enfant, Maxence Hernu. Le couple divorce en 1947.

Sous l'Occupation En 1993, le journaliste Jean Guisnel publie la biographie Charles Hernu ou La République au cœur dans laquelle il met en lumière le parcours de Charles Hernu sous l'Occupation et son rôle dans la collaboration. En 1996, le journal Le Monde affirme, en s'appuyant sur cette biographie : « Charles Hernu était prisonnier d'un secret de jeunesse, son appartenance en 1944 à l'administration de Vichy ». En 2013, une enquête du journal Franc-maçonnerie magazine, citée par Le Point, révèle et détaille ce parcours.

En 1943, Charles Hernu est incorporé dans les Chantiers de la jeunesse. En , il effectue un stage à l'École des cadres du Mayet-en-Montagne et devient délégué départemental à l'Information sociale pour le département de l'Isère, chargé de « briser l'hostilité contre la relève et contribuer au climat de collaboration franco-allemande », de faire « comprendre le caractère européen de la lutte menée par l'Allemagne contre le bolchevisme » et de « dresser entre les communistes et les travailleurs une digue solide et de ramener les ouvriers à la Révolution nationale ».

À la Libération, Charles Hernu est arrêté en raison de ses activités comme délégué départemental à l'Information sociale. Entre le mois d’ et le début d'année 1945, il est emprisonné à la prison Saint-Joseph de Grenoble dont il est libéré sans jugement. Alors qu'il est détenu, le , Charles Hernu est visé par une plainte d'Arthur Wolberg, fourreur juif de Grenoble. Propriétaire d'un magasin placé sous séquestre en vertu des lois sur le statut des Juifs, dont les deux enfants, Bronislaw « René » et Henri, ont été déportés dans le convoi n°62 du 20 novembre 1943 et assassinés au camp d'Auschwitz, il accuse Charles Hernu d'avoir dévalisé son magasin muni d'une réquisition délivrée par la préfecture de l'Isère le . Interrogé par la police dans sa cellule, celui-ci nie avoir occupé les lieux et dévalisé le magasin d'Arthur Wolberg, mais admet avoir demandé et obtenu sa réquisition alors que son propriétaire était pourchassé par les Allemands.

Charles Hernu est brièvement incorporé sous les drapeaux à sa sortie de prison dans un régiment homologué FFI avant d'être réformé. Son court passage dans ce régiment lui permet plus tard d'avancer un passé de résistant. Au milieu des années 1950, l'ancien collaborateur Georges Albertini utilise ces éléments pour distiller des informations sur le passé de l'intéressé, que celui-ci a constamment minorées ou niées. Bien que son fils, Patrice Hernu, ait prétendu plus tard que son père avait été totalement blanchi par un comité d'épuration après la guerre, aucun élément n'est jamais venu étayer cette assertion..

Ascension politique Après la guerre, Hernu rejoint son père au Parti radical dont il devient un cadre local dans la section du Rhône.

Partant pour Paris sur le conseil de Pierre Mendès France, il travaille en 1947 comme journaliste au Centre national du commerce extérieur (CNCE). Jacques Mitterrand, Grand Maître du Grand Orient de France, lui en ayant confié les patentes originelles, il réanime en 1953 le « Club des jacobins », proche de la gauche radicale et qui soutient Pierre Mendès France, club qu'avaient fréquenté les jeunes TurcsOn nommait ainsi les partisans d'une politique novatrice radicale de gauche en France, en faisant référence au parti des Jeunes-Turcs qui avait bonne presse pour leur radicalité, malgré le génocide arménien. avant la guerre.

Le , il est élu député du de la Seine (Aubervilliers, Saint-Denis, Montreuil, Vincennes), sous l'étiquette Front républicain. Après l’arrivée du Général de Gaulle au pouvoir, il perd son mandat de parlementaire.

En 1956, Georges Albertini, à l'époque animateur de la revue anticommuniste Est-Ouest et proche de Guy Mollet et de Jean-André Faucher, ancien collaborateur sauvé par Hippolyte Worms dont il a partagé la cellule, distille dans la presse les révélations sur le passé d'Hernu sous l'Occupation. C'est le dossier Albertini que fait connaître le journaliste d'extrême droite Nicolas Tandler tant pour alimenter les informations sur le passé vichyste d'Hernu, que celles concernant son rôle supposé d'espion à la solde de l'Est.

Le , lors de la commémoration de l'appel du général de Gaulle, Charles Hernu est giflé publiquement au Mont Valérien par l'ancien résistant Georges Jouvent qui, ulcéré de n'avoir pas été , le traite de collaborateur. L'incident est relaté par Paris-Presse l'Intransigeant« M. Charles Hernu giflé au Mont Valérien », Paris Presse l'Intransigeant, p. 1, 22 juin 1957.

En 1958, Hernu fait partie, avec Pierre Mendès France et François Mitterrand des cinq députés non communistes qui ne votent pas l'investiture du Général de Gaulle. Dès lors, les jeux sont faits. C'est à cette occasion que naît la transmission de témoin entre Mendès-France et Mitterrand.

Aux élections législatives de 1958, il est candidat UFD dans la 43e circonscription de la Seine, mais n'est pas élu.

Rapprochement avec François Mitterrand Si en 1962, Hernu rejoint le PSU par fidélité mendèsiste, il se rapproche de François Mitterrand : il est le directeur de communication du candidat de gauche lors de l'Élection présidentielle de 1965, contraint par Mitterrand d'être secondé par un ami de celui-ci, Jean-André Faucher, bien que ce dernier ait été un ancien collaborateur condamné à mort par contumace par la cour d'assises de la Haute-Vienne en 1944, et qu'il ait participé à la diffusion dans les ateliers de la Grande Loge de France des informations relayées par Albertini. Selon certains membres du Club des Jacobins, il faut sans doute voir dans ce fait l'origine des ennuis futurs de Charles Hernu.

Il adhère ensuite à la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) puis au PS et, bien qu'ayant été réformé à deux reprises, devient tout au long des années 1970, le spécialiste des questions de défense au sein du Parti socialiste. Il crée en avril 1974 « le Coran », Convention des officiers de réserve pour l'armée nouvelle, qui fusionne ensuite avec la Commission de la défense du PS. Il devient le responsable de la politique du parti pour les questions militaires et nucléaires. Alors que le Programme commun de Gouvernement entre le PS et le Parti communiste, entre 1972 et 1978, puis, le Projet Socialiste de 1981 prévoyaient la renonciation à l'arme nucléaire par la France, Charles Hernu engage une réflexion, au sein du PS, qui conclut très rapidement à son maintien, avec le soutien tacite de Mitterrand et de Jean-Pierre Chevènement. Cette contradiction renforce Mitterrand sur sa droite et provoque des protestations de son aile gauche.

Ses activités sous Vichy sont utilisées comme argument électoral par le gaulliste François Gerbaud lors de l'élection législative de juin 1968 à Châteauroux, où Charles Hernu s'était présenté, et reprises par le journaliste Martin Salvadori dans Juvénal à la même époqueLa Main droite de Dieu, ).

En mars 1977, il est élu maire de Villeurbanne. Il est élu député l'année suivante alors que précédemment, il avait été battu quatre fois de suite aux législatives.

Ministre de la Défense et affaire du Rainbow Warrior En , il devient ministre de la Défense après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981.

Le , il préside à la base aérienne de Toulouse-Francazal la cérémonie d'hommage aux neuf parachutistes du régiment de génie parachutiste de Montauban, tués accidentellement trois jours plus tôt au Tchad dans le cadre de l'opération Manta. Après avoir remis aux neuf soldats la médaille du mérite militaire à titre posthume, Charles Hernu présente ses condoléances aux familles. Lionel Réhal, frère du caporal Laurent Réhal, l'une des victimes, a alors un vif échange avec le ministre au cours duquel il aurait lancé : . Il part ensuite au parking chercher sa voiture qu'il projette contre le groupe des personnalités, ratant de peu le ministre et le général Jeannou Lacaze, chef d'état-major des armées. Il fait demi-tour et, après avoir renversé un cercueil, est stoppé par l'officier de sécurité du ministre qui ouvre le feu à quatre reprises et le blesse à la cuisse. Charles Hernu qualifie l’événement de « pénible incident ».

Il est contraint à la démission en , à la suite de l'Affaire du Rainbow Warrior, le dynamitage par les services secrets français d'un navire de Greenpeace en Nouvelle-Zélande qu'il avait ordonné sans en référer à ses supérieurs (Laurent Fabius, alors Premier ministre, et François Mitterrand).

Fin de carrière et mort vignette|Charles Hernu, à droite, en compagnie de Caspar Weinberger, secrétaire américain à la Défense, en au Pentagone.

thumb|right|Tombe. Charles Hernu est réélu député du Rhône aux élections législatives en 1986 et réélu à celles de 1988.

Le , il meurt d'une crise cardiaque en prononçant une allocution lors d'un meeting à Villeurbanne devant la communauté arménienne. Il repose au cimetière ancien de Villeurbanne auprès de ses parents..

Vie privée Marié cinq fois (notamment en 1944 à Jeanne Puillat ; en 1963 à Jacqueline Chabridon, dont il divorce après la liaison de cette dernière avec Jacques Chirac« Dans les années 70, Jacques Chirac a failli tout quitter pour une femme », Gala, Caroline Derrien, 26 septembre 2016.« Jacques Chirac et Jacqueline Chabridon, l'amour au sommet », Grazia, Lise Martin, 26 septembre 2016., alors Premier ministre ; et, en 1975, à Dominique Tétreau), Hernu connaît une vie compliquée Il est le père de Patrice Hernu (1948-2023), fonctionnaire et homme politique, auteur du livre Affaire Hernu. Histoire d'une calomnie (1997)..

Réputé pour « tout raconter à sa femmeJean Guisnel et David Korn Brzoza, documentaire pour LCP, Histoire des services secrets français, partie 3 : « Le grand malentendu, 1981 1989 », consulté le . », il n'est pas mis au courant par les services intérieurs de contre-espionnage de la DST lors de l'affaire Farewell, la plus importante percée du des secrets du KGB par un service de contre-espionnage occidental.

Gaston Defferre dit alors à Marcel Chalet : Sa vie privée interfère directement, en cette occasion, avec l'importance de ses fonctions politiques.

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