Marius Berliet, né le à Lyon Archives municipales numérisées de l'état civil de Lyon, acte de naissance , date et lieu du décès mentionnés en marge de l’acte (consulté le 12 février 2013) . et mort le à Cannes, est le fondateur de la société des Automobiles Marius Berliet, constructeur automobile de voitures et camions jusqu'en 1939 et exclusivement de véhicules industriels à partir de cette date.

Marius Berliet et sa famille appartiennent à la Petite Église de Lyon, groupe de catholiques traditionalistes qui est né de l'opposition au Concordat de 1801Isabelle Lisowski, Marius Berliet, in Cent ans de catholicisme social à Lyon et en Rhône-Alpes. La postérité de "Rerum Novarum", De l'Atelier, 1992, ..

Biographie Une famille catholique anticoncordataire

Marius Maximin François Joseph Berliet est l'aîné d'une fratrie de sept enfants nés de l'union de Joseph-Marie Berliet et Lucie-Philippine Fabre, deux familles qui appartiennent à la Petite Église, groupe de catholiques qui n'ont pas reconnu le concordat signé en 1801 entre Bonaparte et le pape Pie VIIJean-Pierre Chantin, "Des sectes dans la France contemporaine " Éditions Privat, 2004- ; " la famille Berliet et les anticoncordataires " Lettre d'information de la Fondation Berliet (LIFB) , février 2014 ..

Il est éduqué selon les principes de la Petite Église : instruction religieuse, rigueur et intégrité, sens de l'effort et de la famille, attitude stricte à l'égard de l'argent - ni gaspillage, ni spéculation.

À la Croix-Rousse, le père de Marius crée avec Jacques Bellet, également de la Petite Église, un atelier de tissage de tissu pour coiffes de chapeaux.

Marius fréquente l'école de la Petite Église, entre au lycée Ampère à 13 ans, obtient son certificat d'études, est mis en apprentissage comme ouvrier tisseur et rejoint l'atelier paternel.

Son goût pour la mécanique se révèle tôt. Lecteur assidu de journaux techniques et de vulgarisation scientifique, il se forme par des cours du soir à la Société d'Enseignement professionnel du Rhône (mécanique et anglais) et développe son penchant pour le bricolage mécanique.

Il fait construire sur ses propres plans de nouveaux équipements pour l'atelier, en particulier une machine à découper les rubans qui divise automatiquement le tissu et le prix de revient..

En 1894, il réalise son premier moteur dans un appentis de la propriété familiale et monte sa première voiture en 1895. La voiture , assemblée dans les locaux Berliet & Bellet, 5 rue Magneval sort en .

En 1899, il s'installe avec un compagnon 56 rue Sully, dans un atelier de et, à la mort de son père, le , il confie l'entreprise familiale à ses frères.

En 1900, il aménage un local cinq fois plus grand.

En 1902, il achète l'usine automobile Audibert et LavirotteAFB - fonds Berliet D1 6 Domaine - boite 2. dans le quartier de Monplaisir, 250 personnes et couverts.

Les 300 voitures produites en 1903 ont bonne réputation : simples, solides, puissantes ; leur notoriété dépasse la région lyonnaise.

Vie personnelle

De taille moyenne, svelte, des yeux bleu gris, Marius est d'un abord réservé. Timide, gêné car il n'a pas reçu une éducation policée, il parle peu, il écoute, observe, apprend, réfléchit et tranche. Son impatience explique une certaine brusquerie.

Il est décrit par ses ouvriers comme . Cite Georges Navel, Travaux, 1945..

Une excellente mémoire, une forte puissance de travail le caractérisent ainsi qu'une sévère discipline de vie..

Autodidacte ouvert et cultivé, il joue du violon sans avoir jamais appris ; il est amateur d'opéra.

Les ouvrages techniques, les écrits de saint Augustin, les œuvres poétiques de Ronsard et Baudelaire font partie de ses lectures.

En 1887, son grand bi Rochet lui sert pour aller à la campagne, il observe la nature qu'il apprécie, il aime la marche en montagne. dira-t-il plus tard à ses ingénieursAutomobiles M. Berliet, Marius Berliet, 1866-1949, Draeger Frères Montrouge 10/1966.. Il montera régulièrement à cheval.

Il plantera progressivement des milliers d'arbres sur le tènement de Vénissieux dont les surfaces non encore utilisées sur le plan industriel constitueront la .

En 1907, il épouse Louise Saunière, (1881-1973), de parents entrepreneurs de plomberie-zinguerie à Paris.

En 1912, le couple et ses deux enfants, Jean (1908-1981) et Simone (1910-1912) s'installent 39, rue Esquirol dans la villa dont la construction débute au printemps 1911 sur les plans de l'architecte lyonnais Paul Bruyas.. Entourée d'un jardin de , elle est située à l'est de Lyon, dans le quartier de Montchat en voie d'urbanisation, à mi-distance de l'usine de Monplaisir et du futur complexe industriel intégré à Vénissieux dont l'industriel nourrit le projet. Trois filles et trois garçons naissent dans cette demeure décorée dans le style Art nouveau par Louis Majorelle et Jacques GruberMarie-Reine Jazé-Charvolin, La Villa Berliet, Edira, "1997 : la villa a été inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 31 juillet 1989, moins d'un an après le classement du camion Berliet type M de 1910. Ces deux mesures de protection lient symboliquement les deux pôles de la vie de Marius Berliet, consacrée entièrement à sa famille et à l'automobile". : Odette (1913-2013), Yvonne (1914-2021), Henri (1915-2012), Maurice (1915-2008), Paul (1918-2012), Jacqueline née en 1923.

« J'ai voulu faire une grande œuvre » Le , American Locomotive Company (ALCO), qui souhaite se diversifier dans l'automobile, signe l'acquisition, pour une durée de trois ans, de la licence de fabrication de la gamme de voitures Berliet moyennant le versement comptant de , la fourniture de pièces coulées et forgées, la construction d'une usine dans l'État de Rhode Island et le paiement de royaltiesAFB-ALCO, extraits de presse américaine 1905: The Horseless Age, vol.16 - /5/1905 - Cycle & Automobile Trade Journal, 8/1905, - The Automobile, 8/6/1905 - Automobile Review, 6/15/1905,..

Marius Berliet transforme cette manne financière en terrainsAFB - fonds Berliet, Domaine Berliet D1/4767/2, bâtiments, équipements.

L'usine de Monplaisir couvre sept hectares. La locomotive chasse-buffles devient l'emblème de la marqueAFB - fonds Berliet, C45- dépôt de marque , 6/12/1907. remplaçant les initiales MB entrelacées, traitées en style Art nouveau.

Pressentant le développement du transport routier de marchandisesAFB - fonds Berliet - catalogue Automobiles Berliet camions et omnibus, Draeger Frères, 1907,. et collectif de personnes, il réceptionne au service des Mines son premier camion en 1907Le premier camion de 1907 réceptionné par le service des Mines est le type L, moteur à essence de pétrole / 4 cylindres verticaux 100 x 120 / Transmission par le système dit « trains baladeurs », un engrenage supplémentaire permet d'obtenir la marche AR /Deux freins métalliques sur le différentiel et deux freins métalliques à sabots extérieurs sur les roues motrices / Direction à vis: Feuille des Mines signé à Lyon le 11 octobre 1907..

En 1913, et camionsAFB - fonds Berliet - fontex 4432/3 Extrait catalogue Berliet 1913. sortent des usines de Monplaisir qui emploient . Cette même année, le camion CBA est réceptionné au service des Mines AFB - fonds fiches des Mines Berliet G 102. pour (il le sera pour en 1914) et primé au Concours militaireAFB - fonds thématique / concours / fontex 5690 : 28.. Simple, robuste, économique, il est apprécié par l'Armée à laquelle près de seront livrés pendant le premier conflit mondial et qui notamment composeront plus de la moitié de la noria de camions sur la Voie SacréeJean-Louis Loubet, L'Industrie automobile: 1905-1971, Droz, 1999, ..

Parallèlement, des commandes d'obus sont adressées à Berliet comme aux autres constructeurs automobiles. Pour satisfaire cette demande, Marius construit deux bâtiments à Monplaisir et obtient d'Édouard Herriot, maire de Lyon, l'autorisation d'installer à la halle Tony Garnier le matériel nécessaire à la production d'obus, ce qui permettra de sortir par jour.

En 1916, il commence la construction de l'usine intégrée à Vénissieux / Saint-Priest sur près de . Egerton Banks, ingénieur britannique de 29 ans, responsable de Westinghouse-EuropeAFB - fonds Berliet C11, archives Marius Berliet, . engagé par Marius Berliet en tant que stagiaire en et auquel fut confiée l'organisation des nouveaux ateliers, écrit : .

Les châssis-mécaniques CBA sont fabriqués à Monplaisir, le montage de leur carrosserie en bois est effectué au rythme de 40 par jour à Vénissieux. Au deuxième semestre 1918 sortiront Renault FTArticle " le char léger Renault FT 17 " par C.H. Tavard in l'Automobiliste , 1978 .. travaillent chez Automobiles M. BerlietL'entreprise Berliet adopte le statut de société anonyme par actions en 1917, sa raison sociale devenant Automobiles Marius Berliet. Après absorption de Saviem en 1978, sa dénomination sera Renault Véhicules Industriels..

Parallèlement aux installations industrielles, Marius Berliet développe des œuvres sociales : la Crèche, créée en ., est animée par l'épouse de Marius ; la Cité. sur la commune de Saint-Priest, dont la construction qui débute en 1917, comptera 250 familles en 1925 ; la Ferme, qui utilise les terrains de la réserve foncière de Saint-Priest à l'élevage et à la culture céréalière. Une école sera créée, la Cité étant excentrée par rapport à Vénissieux et Saint-Priest.

La pratique des sports est facilitée par la fondation de l'Union Sportive Berliet (USB) et la mise à disposition d'un stade en 1920.

À partir du , le gouvernement autorisant la vente des surplus de l'armée française et des stocks américains, les livraisons et les commandes se tarissent brusquement.

L'entre-deux-guerres

La chute d'activité contraint Marius Berliet à demander l'application de la loi du , c'est-à-dire le recours au règlement transactionnelCette loi institue une forme de dépôt de bilan pour les entreprises brutalement privées de commandes après l'armistice. prononcé le . Le pouvoir est assumé par trois banques, M. Pariset, délégué du Crédit lyonnais étant nommé président du conseil d'administration. Marius Berliet, qui devient administrateur délégué chargé des bureaux d'études et des fabrications, doit renoncer à son droit de vote aux assemblées générales et ne peut rien décider sans autorisation.

Des économies, la diversification des productions, la croissance des ventes à l'exportation contribuent à assainir la situation financière. En 1929, l'ensemble des créanciers est remboursé. Marius reprend le contrôle de ses usines.

Convaincu que le moteur qui fonctionne au gazole est l'avenir du transport routier, il s'engage dans cette voie dès 1930. Durant cette décennie, il continue de fabriquer voitures de tourisme, camions, camionnettes, tracteurs, autobus inter et urbains, engins de voirie, incendie, travaux publics, automotrices, autorails, locotracteurs, trolleybus, voitures et camions tout terrain et arméeSaint-Loup, " Marius Berliet l'inflexible", Éditions Les Presses de la Cité - 1962.. Il devient le leader du transport routier en France.

En mars-, des dispositions « coordination rail-route » des décrets DautryDécrets rail-route: coordination des transports ferroviaires et routiers: J.O. du 20 avril 1934 . freinent l'industrie française de véhicules industriels dont la production décline. En 1936, la France produit contre en 1933, l'Allemagne contre , la Grande-Bretagne contre AFB: L'Argus bis 25/05/1937 statistiques annuelles..

Alors que le mouvement de grèves du Front populaire intervient en chez les concurrents automobiles, la grève chez Berliet débute dès le , assortie d'un lock-out suivi le d'une reprise progressive sous surveillance policière. La grève se termine vers le sans négociation avec la CGT. Il est hors de question de traiter avec des délégués accompagnés de personnes politiques ou extérieures à l'entreprise qui puisent leurs revendications dans la théorie des soviets.