Uvea (en wallisien : ) est l'un des trois royaumes coutumiersWallis-et-Futuna est partagée en trois royaumes coutumiers : Uvea, Alo et Sigave. Un roi, assisté de cinq ministres et d'un chef de la police, exerce un pouvoir symbolique sur chaque royaume ou chefferie. . qui constituent la collectivité d'outre-mer française de Wallis-et-Futuna. Son territoire comprend la totalité de l'île de Wallis ainsi que les îlots qui l'entourent. Le palais royal d'Uvea se situe au chef-lieu, Mata Utu. Son existence a été consacrée par le statut de Wallis-et-Futuna de 1961, qui a transformé le protectorat de Wallis-et-Futuna en territoire d'outre-mer..
Uvea est localisé à de Paris et est situé en Océanie éloignée polynésienne (océan Pacifique occidental), entre la Nouvelle-Calédonie et Tahiti.
Géographie
Le royaume coutumier comprend l'île principale (Wallis) et les différents îlots qui se situent à l'intérieur de son lagon. La zone économique exclusive de Wallis-et-Futuna, elle, est gérée par la France, bien que des interprétations conflictuelles existent entre l’État et les autorités coutumières depuis 2010 sur la souveraineté de cet espace maritime.
La population du royaume d'Uvea est de (en 2018)..
Le chef-lieu est le village de Mata-Utu avec (en 2018). Il est le plus important de l'île, mais aussi de l'ensemble de la collectivité territoriale dont il est également le chef-lieu.
Toponymie
Le nom Uvea provient du wallisien . Cette graphie inclut un coup de glotte initial. Cette appellation se retrouve dans la plupart des langues polynésiennes. En français, ce toponyme est transcrit par Uvea et parfois Uvéa (voire ʻUvéa), mais jamais par Ouvéa, parfait homophone, qui désigne une île de Nouvelle-Calédonie ainsi nommée par des Wallisiens l'ayant peuplée au Tomasi Tautu'u, dir. Bernard Rigo, Histoires, mythes et migrations : entre « Uvea Mamao » et « Uvea Lalo »., IV, 1, C, Université de Nouvelle Calédonie, Nouméa, février 2012.. Les descendants de ceux ci distinguent au besoin les deux îles homonymes par un qualificatif, , c'est-à-dire , pour Wallis, et , c'est-à-dire , pour OuvéaTomasi Tautu'u, dir. Bernard Rigo, Histoires, mythes et migrations : entre « Uvea Mamao » et « Uvea Lalo »., VIII, Lexique, Université de Nouvelle Calédonie, Nouméa, février 2012.. Une toponymie similaire existe à Futuna lalo au Vanuatu, peuplée par des habitants partis de FutunaTomasi Tautu'u, dir. Bernard Rigo, Histoires, mythes et migrations : entre « Uvea Mamao » et « Uvea Lalo »., III, 3, Université de Nouvelle Calédonie, Nouméa, février 2012..
Le capitaine britannique Samuel Wallis donne son nom à l'île lors de son passage en . Depuis, les habitants sont appelés Wallisiens. Certains auteurs préfèrent cependant le terme . En anglais, certains auteurs utilisent pour parler de l'époque pré-européenne et pour désigner l'époque après le contact européen.
Histoire
Arrivée des Polynésiens à Uvea La date exacte du peuplement de 'Uvea (Wallis) est sujette à débat. Daniel Frimigacci l'estime à 1300 , tandis que pour Christophe Sand, les premiers habitants n'ont pu arriver avant 850 et 800 à Wallis. Ces premiers habitants appartiennent à la civilisation Lapita; ils s'installent en bord de mer, avant d'aller explorer progressivement l'intérieur de l'île. Bernard Vienne et Daniel Frimigacci nomment cette période Utuleve, du nom du lieu initial où se fixent ces premiers habitants (cet endroit se trouve aujourd'hui sur le village de Vaimalau). Plusieurs chefferies indépendantes apparaissent.
Naissance du royaume d'Uvea (1000-1400) Le royaume de 'Uvea, avec une chefferie hiérarchisée, se met en place lors de la deuxième période, nommée Atuvalu, qui va de l'an mil à 1400. Les premiers « rois » (en wallisien ) de 'Uvea apparaissent à cette époque. Il est difficile d'établir avec précision leur existence, mais ils sont très importants au niveau symbolique, car ils fondent la royauté wallisienne. Ces rois plus ou moins mythiques sont tous enterrés dans un même lieu, Atuvalu (ce qui signifie en wallisien « les huit [rois] alignés »).
Conquête tongienne
Premiers contacts européens et influence missionnaire
L'île d'Uvea est abordée en par le capitaine britannique Samuel Wallis, qui lui donne son nom. Le second européen à aborder l'île fut le capitaine Maurelle, à bord de la Princesse, qui nomme l'île « Consolation ». Par la suite, plusieurs marins () s'installent sur l'île à la suite du passage de navires baleiniers. En , des méthodistes venus de Niuatoputapu tentent de convertir l'île au protestantisme, mais échouent et finissent massacrés par les hommes du lavelua Soane Patita Vaimua.
Ce n'est qu'en 1837 que la présence européenne se consolide avec l'arrivée de deux pères maristes, dont le père Bataillon qui convertit la population au catholicisme.
Le père Bataillon comprend rapidement l'importance du pouvoir royal et rédige un Code de Wallis, promulgué en 1871 par la reine Amelia Tokagahahau, qui affirme le pouvoir suprême du lavelua. Ce code fixe également par écrit la composition de la chefferie (six ministres, ainsi que trois chefs de districts et 21 chefs de village, tous nommés par le roi) et entérine la religion catholique comme religion officielle. Pierre Bataillon installe donc une véritable théocratie missionnaire. Ce code est néanmoins assez vite oublié : la configuration de la royauté wallisienne est perçue par la population comme ancestrale, alors même qu'elle avait auparavant évolué dans le temps au gré des guerres entre les différents clans et familles royales (correspondant également à des conflits entre le nord, le centre et le sud de l'île).
Protectorat Le royaume d'Uvea à Wallis signe un traité de protectorat avec la France (demandé par la reine Amelia Tokagahahau Aliki dès , sous l’impulsion des missionnaires maristes, et ratifié en ). Le , le protectorat de Wallis-et-Futuna est créé : pour la première fois, Wallis et Futuna sont rassemblées dans une même entité politique. Un résident de France dirige le protectorat, mais doit composer avec la puissante mission catholique et avec la chefferie qui conserve son pouvoir coutumier sur la population wallisienne.
Territoire d'Outre-Mer Le protectorat de Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer (TOM) en 1961 après un référendum en avec les royaumes d'Alo et Sigave.
La loi du 29 juillet 1961, qui transforme Wallis-et-Futuna en territoire d'outre-mer, reconnaît à l'article 3 l'autorité coutumière : Pour Sophie Chave-Dartoen, la formulation fait référence à l'ensemble de la chefferie et des rois, sans plus de précision. Cela devait laisser place à un transfert progressif des pouvoirs coutumiers vers l'assemblée territoriale et un appareil administratif conséquent. Cependant, la loi de 1961 n'a pas changé et ce transfert de compétences ne s'est pas réalisé.
Après la révision constitutionnelle du , l'archipel est censé entrer dans la nouvelle catégorie des collectivités d'outre-mer à statut particulier, mais le régime de 1961 ne change pas en raison de l'opposition de l'Assemblée territoriale des îles Wallis et Futuna.
Crise politique depuis 2005
En , une crise politique éclate quand le petit-fils du roi Tomasi Kulimoetoke II (en place depuis ) est condamné pour homicide involontaire après avoir tué un motocycliste en conduisant en état d'ivresse. Le petit-fils se réfugie au palais royal pour se protéger des gendarmes. Ce choix divise les familles aristocratiques, partagées entre soutien coutumier et loyauté envers la puissance tutélaire française. Deux camps apparaissent : les partisans du roi d'un côté, et de l'autre les « rénovateurs » qui souhaitent une évolution de la coutume. Pour Frédéric Angleviel, la famille Kulimoetoke, dont sont issus de nombreux membres de la grande chefferie, refuse d'abandonner le pouvoir après tant d'années.
Les rénovateurs, initialement soutenus par le préfet Christian Job, décident d'introniser un nouveau roi. Le préfet reconnaît la nouvelle chefferie et décide de ne plus verser l'indemnité de due par l'État français à Tomasi Kulimoetoke et à ses ministres. En réponse, les partisans du roi occupent l'aéroport de Hihifo et édifient des barrages pour éviter l'arrivée de gendarmes depuis la Nouvelle-Calédonie. La situation s'arrange finalement grâce à l'intervention d'un médiateur français qui reconnaît l'autorité du roi Tomasi Kulimoetoke et la cérémonie d'intronisation du roi rénovateur est alors annulée. Cette affaire laisse des traces et les tensions restent vives les années suivantes. Des palabres de réconciliation sont toujours en cours entre les deux chefferies rivales.
Le , le tribunal administratif de Mata'utu a annulé les décisions prises par le préfet Xavier de Fürst (successeur de Christian Job) et condamné l'État français à verser des indemnités à la Circonscription territoriale d'Uvea et aux membres de la chefferie du Lavelua. Le tribunal se base sur l'article 3 du statut de 1961 qui interdit l'ingérence de l'État français dans les affaires coutumières..
Le , Tomasi Kulimoetoke décède après de règne. Les négociations débutent après le deuil coutumier de six mois ; finalement, c'est l'ancien premier ministre (Kivalu) Kapeliele Faupala qui est choisi pour devenir lavelua, malgré l'opposition de certains chefs coutumiers rénovateurs« Wallis : le nouveau lavelua intronisé vendredi matin », Les Nouvelles Calédoniennes, 23/07/2008. Décrit comme Le roi de Wallis officiellement destitué, Le Monde, 5 septembre 2014 et , il est finalement destitué le après avoir renvoyé son premier ministre sans l'aval des familles royales ni de la chefferie.
S'ouvre alors une période d'interrègne : pendant un an et demi, le royaume d'Uvea, profondément divisé, n'a plus de roi. ..
Une nouvelle crise provoque en l'intronisation de deux rois rivaux, Tominiko Halagahu (chef du district nord) le par la Grande chefferie et Patalione Kanimoa (ancien président de l'Assemblée territoriale de Wallis-et-Futuna) le par la Nouvelle chefferieConfusion à Wallis, deux rois pour un royaume !, Outremers 360°Uvea, un deuxième roi intronisé, Wallis et Futuna . Le , l'État français reconnaît ce dernier.. Tominiko Halagahu dénonce une ingérence de la République française dans les affaires coutumières du royaumeArticle de Wallis et Futuna . Le conflit entre les deux rois s'éternise et provoque des tensions. Deux administrations coutumières coexistent, chaque Lavelua investissant ses propres ministres et ses propres représentants dans les villagesTensions coutumières à Wallis et Futuna, Le Figaro du 11 octobre 2016. Les cérémonies religieuses se font également en double.
Les deux Lavelua sont toujours en fonction en , malgré des efforts de réconciliation..
Politique et institutions
Roi coutumier Le roi d'Uvea (portant le titre de Lavelua) est le chef de la hiérarchie coutumière. Il est assisté d'un premier ministre (Kalae kivalu) et de cinq ministres. Il nomme encore, sur proposition de la population, trois chefs de district () qui ont autorité sur les vingt et un chefs de village reconnus par la population. Les chefs de village, qui peuvent lever les corvées d'intérêt général, sont plébiscités ou destitués au cours d'assemblées générales de village () qui ont lieu le dimanche dans une case commune ().
Le roi dispose pour couvrir ses frais d'une dotation annuelle de la République qui indemnise aussi les ministres royaux et les chefs coutumiers de districts et de villages. En , cette dotation était de .
Le roi a des pouvoirs importants mais toutefois assez décentralisés, le roi devant négocier avec les chefs de village et répondre aux demandes des 'aliki qui l'élisent et dont l'autorité morale s'appuie aussi sur la population, tout en négociant avec le représentant de l'État pour obtenir les budgets de développement du territoire.
Chefferie