Friedrich Paulus, souvent appelé à tort « von Paulus », est un Generalfeldmarschall du Troisième Reich, né le à Guxhagen (Empire allemand) et mort le à Dresde (Allemagne de l'Est). Il s'est fait connaître au cours de la Seconde Guerre mondiale, principalement pour avoir été capturé avec les restes de son armée à l'issue de la bataille de Stalingrad, défaite majeure de l'Allemagne et tournant dans la guerre.
Après avoir combattu pendant plus de six mois dans la région de Stalingrad, il est encerclé par l’Armée rouge et est contraint de rendre les armes le , le lendemain de sa nomination par Hitler au grade suprême de Generalfeldmarschall de l’Armée de terre allemande, lequel Hitler espérait ainsi un suicide de sa part, pour l'honneur des militaires allemands.
Pour la suite de la guerre, collaborant avec ses anciens ennemis, il devient très critique à l'égard du régime nazi, servant la propagande de guerre antinazie de l'Union soviétique. La guerre finie, en 1946 lors du procès de Nuremberg, il est appelé comme témoin à charge contre ses anciens collègues survivants, militaires ou dignitaires du régime hitlérien. En 1953, autorisé par les autorités soviétiques à rentrer dans son pays natal, il passe les trois dernières années de sa vie en République démocratique allemande, apportant un peu de son expérience à la construction de l'armée est-allemande et en faisant quelques conférences.
Biographie
Origines et nom de famille Friedrich Paulus est né à Guxhagen , en province de Hesse-Nassau de l'Empire allemand ; il est le fils de Ernst Paulus, percepteur, et de Bertha Nettelbeck.
La particule von est parfois accolée au nom de Paulus, mais il s'agit d’une erreur manifeste car la famille de Paulus n'a jamais été noble ni anoblie. La confusion vient à la fois du mariage de Paulus (le ) avec une femme de la noblesse, la princesse roumaine Elena Konstance Rosetti-Solescu, et du fait que nombre de figures de la Wehrmacht étaient issues de l'aristocratie prussienne, comme Erich von Manstein, Gerd von Rundstedt, Wilhelm von Leeb, Fedor von Bock Il avait en outre la réputation, dans les cercles mondains, d'avoir une prestance noble par ses manières policées et son port altier.
Jeunesse et Première Guerre mondiale Paulus essaye sans succès d'entrer comme cadet dans la Marine impériale, puis étudie brièvement le droit à l'université de Marbourg. Après avoir quitté l'université sans diplôme, il rejoint le d'infanterie comme cadet en .
Il épouse (-), sœur d'un camarade de régiment, le , dont il a trois enfants : Olga, épouse von Kutzschenbach (1914–2003) et des jumeaux, Friedrich (1918-tué le à la bataille d'Anzio) et Ernst Alexander (1918-1970). Ce mariage lui ouvre les portes des milieux aristocratiques allemands, sa femme étant issue de la haute noblesse roumaine. Dès lors, sa carrière s'en trouve quelque peu accélérée. Paulus est un officier d'état-major plus que de terrain. Elena Rosetti-Solescu s'oppose à Hitler dès 1933. Pendant la guerre, elle est arrêtée et persécutée par la Gestapo, mais refuse de divorcer et de se séparer de son mari. Elle décède en 1949, à Baden-Baden, dans la misère, sans avoir revu son mari, revenu de captivité soviétique seulement en 1953.
Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, son régiment participe à l'offensive allemande sur le front français. Il combat dans les Vosges et autour d'Arras à l’. Après une absence du front pour maladie, il rejoint l’Alpenkorps comme officier d'état-major, servant en Macédoine, en France et en Serbie. Il termine la guerre au grade de Hauptmann (équivalent de capitaine en France).
Entre-deux-guerres Après l'armistice, Paulus combat avec les corps francs à l'Est (pays baltes) comme adjoint d'un commandant de brigade. Il reste dans des grades subalternes de la nouvelle Reichswehr crée après le traité de Versailles et est affecté au comme commandant d'une compagnie. Il sert dans différentes fonctions d'état-major pendant plus d'une décennie puis commande brièvement un bataillon motorisé (1934-1935) avant d'être nommé responsable d'état-major au quartier général des Panzer en , une nouvelle formation placée sous le commandement du général Oswald Lutz qui dirige l'entraînement et le développement des trois divisions blindées de l'Armée de terre.
En , Paulus est nommé Chef des Generalstabes (« chef de l’état-major général ») du nouveau d'armée (Motorisiert, c'est-à-dire motorisé), succédant au commandement de Lutz. Guderian, qui le décrit comme « brillamment intelligent, consciencieux, travailleur, original et talentueux », a des doutes sur sa capacité de décision et sa fermeté. Paulus reste dans cette fonction jusqu'en , date à laquelle il est promu Generalmajor et devient chef d'état-major pour la allemande, alors commandée par le général Walter von Reichenau.
Seconde Guerre mondiale thumb|Adolf Hitler, Adolf Heusinger, Fedor von Bock, Friedrich Paulus, au quartier général du groupe d'armées Sud. Avec cette unité, il sert lors de l'invasion de la Pologne, en septembre 1939, puis sur le front de l'Ouest, lors de l'offensive sur les Pays-Bas et la Belgique (pour celle-ci, son unité est renommée « »).
Paulus est promu Generalleutnant (à l'époque, équivalent en France de général de division) en août 1940 et, le mois suivant, il est nommé adjoint au chef d'état-major adjoint de l'Armée de terre, Franz Halder. Dans ce rôle, il contribue, par son expérience de l'arme blindée, à l'élaboration des plans pour l'invasion de l'Union soviétique.
Paulus est également chargé de missions diplomatiques auprès des gouvernements hongrois, finlandais et italien. Il se rend en Libye, en 1941, pour enquêter sur les initiatives de Rommel.
Nommé général des troupes blindées, il prend le commandement de la le , alors qu'il n'a jamais commandé un corps d'armée ni même une division. Il subit trois mois d'offensives soviétiques pendant . Sa hiérarchie le considère comme « un homme assez ordinaire ».
Paulus semble avoir eu des rapports distants avec l'idéologie nazie. Il refuse d'appliquer l'« ordre sur les commissaires » () qui affranchit explicitement les troupes allemandes de la convention de Genève en prévoyant d'assassiner les commissaires politiques de l'armée rouge et les cadres du Parti communiste. Il fait rapporter les mesures féroces contre les civils russes, juifs en particulier, qui ont été édictées par son prédécesseur, Walter von Reichenau (décédé d'une crise cardiaque en janvier 42). Paulus semble avoir été apolitique : ni partisan ni opposant au régime nazi.
Stalingrad
vignette|Friedrich Paulus sur un aérodrome militaire du front de l'Est en janvier 1942. Paulus progresse le long du Don et jusqu'à la Volga de juillet à septembre 1942, en menant une série de batailles d'encerclement contre les armées soviétiques. Il lance alors ses troupes à l'assaut de Stalingrad à trois reprises, sans parvenir à contrôler totalement la ville.
Paulus suit les ordres de Hitler de ne pas évacuer la position allemande à Stalingrad quoi qu'il arrive et ce malgré son encerclement par de puissantes formations soviétiques en novembre 1942. Le réel effort du groupe d'armées du Don sous les ordres du Generalfeldmarschall Erich von Manstein pour faire la jonction échoue en décembre 1942. Paulus ne reçoit jamais l'autorisation de faire une sortie, même lors de l'opération de secours de Manstein. Après guerre, les généraux allemands lui reprocheront de n'avoir rien tenté. Les historiens pensent aujourd'hui que, hormis peut-être le tout premier jour après l'encerclement, une sortie n'était guère réalisable en raison de la faiblesse des réserves de carburant disponibles dans la poche encerclée, et que la ne pouvait que se défendre sur place.
vignette|redresse=1.1|Promu Generalfeldmarschall par Hitler la veille, Paulus (à gauche), vient avec son état-major présenter sa reddition à Stalingrad (quartier de Beketovka) le . Les troupes assiégées de Paulus résistent jusqu'au début du mois de février 1943. Le manque de ravitaillement en vivres, munitions et carburant, la détérioration de l'équipement et de la condition physique des soldats allemands, la rigueur de l'hiver, et, bien sûr, les assauts soviétiques, ont finalement raison des défenseurs. Paulus a refusé plusieurs offres de reddition présentées à partir du par le général Konstantin Rokossovski, commandant du front du Don de l’Armée rouge.
Alors que les combats touchent à leur fin, Hitler promeut Paulus au grade de Generalfeldmarschall le , probablement pour le dissuader de toute reddition : aucun maréchal de l'armée allemande ne s'étant rendu jusque là, Hitler attendait de Paulus qu'il se suicidât plutôt que de se rendre. Mais Paulus refuse, déclarant ne pas vouloir se suicider « pour un caporal » (Hitler avait en effet été caporal durant la Première Guerre mondiale) et en outre de par ses convictions religieuses chrétiennes, qui condamnent le suicide.
Malgré sa promotion, Paulus et son état-major se rendent le lendemain, le . Le surlendemain, le , les restes de la allemande capitulent ; et sont faits prisonniers. Mikhaïl Choumilov, commandant de la de la Garde lors de l', mène l'interrogatoire du maréchal Paulus. Durant son interrogatoire, Paulus ne montre que de la haine envers Hitler.
Prisonnier, bien qu'ayant dans un premier temps refusé de collaborer avec les Soviétiques, Paulus devient après l'attentat du contre Hitler une voix critique contre le régime nazi, rejoignant le Comité national pour une Allemagne libre, parrainé par les Soviétiques et appelant les Allemands à se rendre.
Paulus reste prisonnier des Soviétiques jusqu'à la capitulation de l'Allemagne nazie.
Témoin de l'accusation à Nuremberg L'annonce des procès contre les principaux criminels de guerre allemands suscite en une grande agitation parmi les officiers capturés qui avaient combattu à Stalingrad : un des chefs d'accusation concernait le meurtre de . Les subordonnés de Paulus rejettent toute responsabilité et se retranchent derrière ses ordres. C'est ce qui pousse sans doute Paulus à collaborer avec l’Union soviétique : il fait savoir à l'officier de liaison du NKVD qu'il souhaite témoigner au sujet de la préparation de l' et de ce qu'il sait sur le Gouvernement général de Pologne.
Sous le pseudonyme de Satrap et sous protection soviétique, il est emmené discrètement en Allemagne au début de 1946 et le , il est témoin de l'accusation devant le tribunal. Il explique son propre rôle lors de la préparation de l' et aussi le caractère de guerre de conquête et de destruction que les accusés ne pouvaient pas ignorer. Interrogé sur les principaux coupables, il désigne Keitel, Jodl et Göring. La défense ne parvient pas à affaiblir ses affirmations en lui reprochant son propre rôle dans l'état-major général de la et ensuite, après sa capture, au sein du NKVD : en effet, le juge ne considère pas ces aspects comme importants. La déclaration de Paulus satisfait parfaitement les attentes des responsables soviétiques, mais Paulus n'obtient rien en échange. Il lui est notamment interdit d’aller au chevet de sa femme gravement malade : « On n'en voit pas l'utilité ». Ainsi, celle-ci meurt en 1949 sans avoir revu son mari.