vignette|Représentation d'une farce publiée dans le chansonnier de Zeghere van Male en 1542. La farce est un genre théâtral né au Moyen Âge, qui a pour but de faire rire et qui a souvent des caractéristiques grossières. Son origine remonte à l'Antiquité gréco-romaine, nous en trouvons déjà des traces chez Aristophane et Plaute.

Farce du Moyen Âge Les origines de la farce sont difficiles à retracer. L’hypothèse d’une filiation avec les premières pièces comiques au et a parfois été suggéréeVoir par exemple Normand Leroux, « La farce du Moyen Âge », Études françaises, volume 15, numéro 1-2, avril 1979, p. 87 (lire en ligne).. C'est à la fin du qu'apparaît le mot « farce » pour la première fois. En France et en Angleterre, on employait le mot « farce » pour parler des phrases insérées entre kyrie et eleison dans les litanies et aussi pour parler des passages en français ajoutés entre les phrases en latin en chantant l’épître. Plus tard, on commença à l’employer pour décrire les interludes de jeu improvisés et farfelus joués par les acteurs au milieu d’un drame religieux au théâtre appelés mystères (on disait alors que l'on « farcissait » la représentation). On appelle farce les pièces de théâtre comiques composées du jusqu'au , issues du répertoire des monologues comiques, des sermons joyeux des jongleurs (héritiers de la tradition des mimes latins). Elle présente des situations et des personnages ridicules où règnent tromperie, équivoque, ruse, mystification.

Avant l'invention de l’imprimerie par Gutenberg au , la plupart des informations, nouvelles, chansons et pièces de théâtre étaient communiquées oralement. Les premiers imprimeurs profitaient de la popularité du genre en imprimant les textes qu'ils vendaient aux spectateurs, sous format d'exemplaire aux pages longues mais très étroites-format dit « agenda ». Même après cette invention, les deux sources de communications les plus importantes étaient l’église et les troupes de comédiens ambulants. Ces acteurs voyageaient en jouant des pièces de théâtre dont le public était friand. Ils essayaient de jouer n’importe où, y compris sur les places publiques et dans les tavernes.

vignette|gauche|Gravure du dépeignant une représentation médiévale de La Farce de Maître Pathelin. Même si la plupart des farces étaient issues de la tradition orale, certaines étaient écrites, telles que Le Garçon et l'Aveugle (), première farce française écrite, et La Farce de Maître Pathelin, une œuvre très célèbre écrite vers 1457.

La farce est satirique mais échappe à la censure car elle fait rire les gens.

Chaque personnage est individualisé, a un nom et est lié aux autres personnages : ce ne sont pas des stéréotypes et ils n’incarnent pas tout un groupe. Lorsqu’un gentilhomme apparaît dans la farce, il est ridiculisé. Comme dans les fabliaux, les occupations des personnages sont très matérielles : argent, trouver de quoi se nourrir, amour C’est un monde de tromperie : la faible femme triomphe généralement, les moines sont paillards et débauchés, le thème du trompeur trompé revient fréquemment. Le décor est simple et permet de jouer dans n'importe quel lieu.

Il se trouve aussi que les clercs étaient les plus grands auteurs de farces au point où on leur attribue même La Farce de Maître Pathelin citée plus haut, dont la paternité revient en fait à Triboulet, le bouffon du roi René d'Anjou. Ces clercs étaient des membres de la justice d'où de nombreuses pièces de jugements qui leur permettaient de s’entraîner à leurs futurs jugements. On connait aussi les Enfants Sans-Soucis et les Cornards de Rouen, deux confréries joyeuses d'amateurs.

Farce au Au commencement du en France, les trois genres dramatiques reflétaient les strictes divisions des classes sociales à cette époque: la tragédie était associée à la noblesse, la comédie à la bourgeoisie, la farce au peuple.

Les grands changements apparaissent en France au , avec les apports de la commedia dell'arte et son influence sur la farce française. En parcourant la France, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, rencontre des acteurs de la commedia. Inspiré des techniques de ce genre théâtral, Molière commence à écrire des farces, en employant les dispositifs littéraires utilisés par la commedia dell'arte, comme le lazzi (acrobatie verbale et gestuelle), le quiproquo et l'humour bouffon. Il utilise aussi des noms de personnages très similaires à ceux des pièces de la commedia dell'arte, comme Sganarelle et Lucinde. En écrivant ses farces, Molière a non seulement rétabli la farce en France, mais il lui a aussi donné la respectabilité. La nouvelle farce française est plus drôle et amusante que la comédie traditionnelle et n'est plus seulement destinée au peuple. La stricte division entre les genres dramatiques tend à s'estomper. À la même époque, Corneille crée un nouveau genre théâtral, la comédie de mœurs, qui rompt avec la farce grossière et bouffonne en vogue.

Principales farces vignette|Une répétition de la farce en 1887, pièce dont la reine Victoria a commandé une représentation. En France, les farces les plus célèbres sont : La Farce de Maître Pathelin Le Pâté et la Tarte La Farce du cuvier La Farce des deux savetiers Les Fourberies de Scapin

vignette|Spectateurs d'une farce, peinture de Kouzma Petrov-Vodkine. D'autres auteurs contemporains se sont illustrés dans ce style : L'Abbé Prout (1902), de Paul-Élie Ranson Farces et Moralités (1904), d'Octave Mirbeau. Le Testament du père Leleu (1914) et La Gonfle (1928), deux farces paysannes écrites par Roger Martin du Gard. Le Cocu magnifique (1921) de Fernand Crommelynck Le Minotaure (1969), de Marcel Aymé. Caviar ou Lentilles (1956), de Giulio Scarnicci et Renzo Tarabusi.

Notes et références

Bibliographie, éditions Charles Mazouer, Farces du Grand Siècle. De Tabarin à Molière. Farces et petites comédies du XVIIe siècle, Presses universitaires de Bordeaux, Bernard Faivre, Répertoire des farces françaises, des origines à Tabarin, Paris, Imprimerie nationale, 1993 Bernard Faivre (trad.), Les Farces. Moyen Âge et Renaissance, Paris, Imprimerie nationale, 1997-1999 (2 vols.) Noah D. Guynn, "Pure Filth. Ethics, Politics and Religion in Early French Farce", Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2020 Jelle Koopmans (éd.), Le Recueil de Florence. 53 farces imprimées à Paris vers 1515, Orléans, Paradigme, 2011 Normand Leroux, « La farce du Moyen Âge », Études françaises, volume 15, numéro 1-2, avril 1979, p. 87-107 (lire en ligne). Mireille Losco‑Lena, « Rien n’est plus drôle que le malheur ». Du comique et de la douleur dans les écritures dramatiques contemporaines, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Le spectaculaire », 2011, 280 p., EAN 9782753513259 François Rémond, Les Héros de la farce. Répertoire des comédiens-farceurs des théâtres parisiens (1612-1686), Paris, Honoré Champion, 2023. André Tissier, Recueil de farces, Genève, Droz, 1986-1999 (13 vols.) Zoé Ververopoulou, «Aspects et codes de la mort farcesque», in J.-F. Kosta-Théfaine (dir.), La Mort dans la littérature française du Moyen Âge, Villers-Cotterêts, Ressouvenances, 2013, pp. 305-323. Zoé Ververopoulou, «La Théâtralité de la ruse dans la farce française du Moyen Âge», in Catherine Emerson & Maria Scott (dir.), Artful Deceptions. Verbal and Visual Trickery in French Culture, Oxford/Berlin/New York, Peter Lang, 2006, pp. 209-226. Zoé Ververopoulou, «La Cachette farcesque: variantes et fonctions», in A. Sivetidou & A. Tsatsakou (dir.), Le Verbe et la Scène'', Paris, Champion, 2005, pp. 379-398.

Annexes

Articles connexes farce, sens 2 sur le wiktionnaire, trivial, vulgarité, bouffonnerie Fabliau, conte facétieux Farces et attrapes, farce (canular) Sermon joyeux Fête des Fous, carnaval Littérature française du Moyen Âge, littérature médiévale, poésie médiévale française Théâtre de l'absurde Mime et pantomime Comédie loufoque

Kyōgen et Mibu-kyōgen, théâtre comique japonais Commedia dell'arte Satire Grommelot

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