Tony Duvert, né le à Villeneuve-le-Roi et mort le à Thoré-la-Rochette, est un écrivain français. Homosexuel revendiqué, il est surtout connu pour s'être déclaré pédophile et avoir prôné dans son œuvre les rapports sexuels entre adultes et enfants.
À partir de 1973, ses romans et essais sont remarqués, aussi bien pour leur style (Paysage de fantaisie reçoit le prix Médicis) que pour leurs thèmes (pédophilie, homosexualité, critique de la famille, etc.). Il devient un écrivain d'une certaine renommée malgré son refus de la médiatisationIl décline par exemple une invitation chez Bernard Pivot en 1973 pour Paysage de fantaisie...
Il profite du contexte favorable de l'époque, marqué par l'émergence de débats sur la liberté sexuelle et ses limites, pour faire l'apologie de la pédophilie dans presque tous ses livres. Dans les années 1980, son audience diminue : confronté à l'impossibilité de faire entendre ses idées, il cesse d'écrire après 1989. Vivant en reclus dans le Loir-et-Cher, il passe seul les douze dernières années de sa vie.
Il a essentiellement été publié par les Éditions de Minuit.
Biographie Enfance et adolescence (1945-1966) Tony Duvert est le fils de Georges Duvert, receveur d'enregistrement né à Meknès en 1918, et de Ferdinande Maury, née à Worms en 1920. Il a deux frères, Alain et Gilles. Sa mère est décrite comme , elle aime la lecture. Le père, quant à lui, employé d'une compagnie d'assurance-vie, s'intéresse surtout aux émissions sportives de la radio et de la télévision. L'ambiance familiale est lugubre : , témoigne Alain, le frère survivant de Tony.
Sa petite enfance n'a probablement pas été heureuse : voilà ce qu'il dit de son double littéraire, le personnage de Jonathan :
Tony n'entre à l'école qu'à l'âge de 6 ans, sa mère, lui ayant déjà appris à lire, écrire et compterL'enfant au masculin, p. 18..
Sa vie érotique commence très jeune : Alain Duvert a raconté à Gilles Sebhan se souvenir de « jeux très poussés » avec son frère et un jeune cousin. Sebhan en déduit que Tony Duvert a connu ses premières expériences sexuelles avec son frère et le cousin en question.
Outre la sexualité, le jeune Tony découvre dans l'enfance deux passions qui l'accompagneront toute sa vie : l'écriture et la musique : Il étudie ainsi le piano à la Schola Cantorum de Paris avec Nadia Tagrine.
À l'adolescence, la situation se complique : Ses parents finissent par apprendre son homosexualité quand Tony a 15 ans (Duvert laisse entendre qu'il leur en a parlé lui-même) et décident de l'en « guérir » : il est envoyé chez le psychiatre Marcel Eck, spécialiste du traitement de l'homosexualité, dont il a décrit en 1980 les méthodes comme brutales et humiliantesL'Enfant au masculin, pages 32-33.. À la suite de quoi il fait une fugue et une tentative de suicide. Ces événements serviront de base à son premier roman Récidive (1967).
En 1961, il intègre à Savigny-sur-Orge le lycée Jean-Baptiste Corot, réputé dans la région. Élève brillant, il rebute par sa morgue et son homosexualité, et a peu d'amis proches avant que son professeur de philosophie ne lui fasse rencontrer à la fin de 1963 Christian Duteil, futur professeur de philosophie et journaliste. Tous deux sont primés en 1963 au concours général, Duvert par un accessit, Duteil par une mention spéciale. Duvert se rend assez souvent à Paris, où il multiplie les expériences homosexuelles. Après le lycée, il hésite sur la voie à suivre : études de médecine, de philosophie, de lettres ? Une carrière de pianiste, ou encore devenir guide de haute montagne ? Ce sera finalement la littérature.
Débuts littéraires (1967-1973) En 1967, Tony Duvert adresse le manuscrit de Récidive à Jérôme Lindon des Éditions de Minuit, dont le catalogue exigeant et le succès critique (il a publié Samuel Beckett et de nombreux auteurs du nouveau roman) paraissent au jeune écrivain un gage de qualitéPour ce paragraphe : . Lindon reconnaît immédiatement le potentiel de Duvert et accepte de publier l'ouvrage. Tony Duvert fait donc ses débuts en littérature à l'âge de 22 ans. Cependant, Lindon, conscient des risques de publier un roman où la pornographie est très présente, fait le choix d'un tirage restreint (712 exemplaires) et d'une sortie discrète : publié sans service de presse, le livre n'est disponible que par souscription, ou dans des librairies sélectionnées qui le vendent discrètement. Cela n'empêche pas Récidive de recevoir des critiques élogieuses dans la presseVoir sur leseditionsdeminuit.fr..
Très productif, Duvert publie dans les années suivantes trois romans : Interdit de séjour et Portrait d'homme-couteau en 1969, Le Voyageur en 1970. , ils restent vendus par souscription, ce qui n'empêche pas Interdit de séjour d'être interdit à la vente aux mineurs, à la publicité et à l'exposition par un arrêté du .
Dans ces quatre premiers romans, le rejet des conventions du roman classique se fait de plus en plus extrême, plus par volonté subversive que pour suivre la mode : style décousu, jeux typographiques, absence ou multiplicité des intrigues, des narrateurs, de la chronologie ou des faits, absence de ponctuation dans Le Voyageur. De plus, ces expérimentations narratives et stylistiques se doublent d'une « dimension politique » des ouvrages, qui critiquent la société bourgeoise au moyen de la pornographie violente, et par ses thèmes scandaleux : fugue, relations sexuelles entre adultes et enfants. Duvert est souvent rattaché au courant du nouveau roman ; il fait d'ailleurs en 1968 l'éloge du romancier Robert Pinget dans un article publié par la revue CritiqueDuvert (1968).. Interrogé sur sa filiation littéraire, il précise cependant éprouver une pour les styles d'autres auteurs du nouveau roman comme Alain Robbe-Grillet ou Michel Butor.
Si ces caractéristiques commencent à lui assurer un certain succès critique, il vend peu. Afin de lui assurer un revenu fixe, Lindon décide de le salarier en lui confiant la direction d'une nouvelle revue littéraire, Minuit, qui publie dès son premier numéro, outre Duvert, Samuel Beckett, Pierre Bourdieu, Robert Pinget et Alain Robbe-Grillet. S'il s'acquitte durant plusieurs années de la tâche avec réussite, son caractère limite toujours l'extension de son réseau, même si la même année il se lie d'amitié avec le dessinateur Michel Longuet.
Au début des années 1970, Tony Duvert entre en relation avec une mère de famille qu'il apprécie peu afin de se rapprocher du fils de cette dernière. Apparemment peu attentive à son fils et désirant partir seule en voyage, elle aurait confié durant l'été 1973 le garçon à Tony Duvert, qui aurait alors abusé de l'enfant. Cet épisode sert de trame à Quand mourut Jonathan, publié cinq ans plus tard. Dans le second ouvrage qu'il a consacré à Tony Duvert, Gilles Sebhan a pu établir que cette histoire a bel et bien eu lieu, que l'enfant s'appelait Jean et qu'il est mort d'une overdose au début des années 1980. Cependant, d'après son ami Michel Longuet, Duvert était plutôt désemparé quand un enfant croise sa route. Michel Longuet raconte ainsi :
Reconnaissance critique (1973-1979) La publication en 1973 de son roman Paysage de fantaisie marque un tournant. Sorte de longue rêverie hallucinée autour d'un bordel de petits garçons, il est accueilli très favorablement par la critique de l'époque qui y voit, selon l'expression du psychanalyste Serge André, Serge André, « La signification de la pédophilie ».. Ainsi, pour Claude Mauriac, l'ouvrage révèle
Grâce à l'appui de Roland Barthes, entré peu avant au jury, Duvert reçoit début novembre le prix Médicis 1973, ce qui constitue une petite surprise. Face aux journalistes qui découvrent son visage pour l'occasion, il apparaît nerveux et mutique, et son caractère difficile l'amène à se disputer le soir même avec ses soutiens, Barthes compris, lors du repas célébrant le prix : une violente querelle éclate entre Duvert et Barthes, au sujet de la pédophilie« Tombeau pour Tony Duvert », L'Express, 10 avril 2010.. Invité à l'émission littéraire Ouvrez les guillemets, il laisse son éditeur le représenter.
Jusque-là très peu connu au sein des milieux de la culture et des médias, Tony Duvert accorde à l'époque ses premières interviews à la presse écrite. Cette visibilité médiatique permet à son premier essai, Le Bon Sexe illustré, prolongation de son article de 1973 « La sexualité chez les crétins », d'être commenté dans la presse à sa parution en 1974. Dans cet ouvrage, il critique violemment les cours d'éducation sexuelle, matière préventive récemment introduite dans les écoles, et qui ne vise selon lui qu'à « châtrer » les possibilités érotiques des enfants afin de leur faire suivre le modèle hétérosexuel conjugal et reproducteur. Duvert affirme, dans Le Bon Sexe illustré :
La réception est positive. Le Nouvel Observateur écrit ainsi Chacun des chapitres de l'essai est illustré d'une photo représentant un jeune garçon en érection, tirée de l'Encyclopédie de la vie sexuelle (volume destiné aux 10-13 ans) des éditions Hachette, que l'auteur décrit comme Tony Duvert, Le Bon Sexe illustré, éditions de Minuit, 1974, page 7..
Début 1974, grâce à l'argent du prix, il quitte Paris qu'il apprécie peu et s'installe à Marrakech dans le quartier du Guéliz. Dans ses premiers mois au Maroc, il couche avec de nombreux adolescents et enfants, et délaisse l'écriture. À la fin de l'année, il quitte son logement moderne pour un appartement dans la vieille ville, et se lance dans la rédaction de Journal d'un innocent, transposition espagnole de son expérience marocaine, au style plus classique que celui de ses précédents livres. Le livre est publié en 1976.
Pendant cette période, Duvert fait des allers et retour entre la France et le Maroc : ainsi il écrit dans Journal d'un innocent () : Il s'agit de Jean, qui inspira le Serge de Quand mourut Jonathan (1978). Duvert a ainsi probablement hébergé un été ou deux le jeune garçon, entre ses 8 et 10 ans, et eut une relation sexuelle avec lui.
Il rentre en France à la fin de l'année 1975, pensant continuer à vivre entre les deux pays, mais le manque d'argent le pousse à resterLettres de Tony Duvert à Michel Guy et Jérôme Lindon, archivées à la BNF, cote : 4-COL-70(100).. Il s'installe à Tours, à proximité de son frère et de sa mère, fuyant Paris et les milieux littéraires.
À la fin de l'année, il se met à écrire Quand mourut Jonathan, transposition romancée de son histoire avec Jean. Durant la même période, il écrit des poèmes en prose, de courtes nouvelles recueillis aux Éditions Fata Morgana en 1978 dans deux ouvrages, District et Les Petits Métiers, des portraits de notre société, le premier sur un mode réaliste et impersonnel, le deuxième jouant sur l'ironie et l'absurde,
À Tours, si la solitude comme toujours constitue son ordinaire, il y fréquente néanmoins le bar Le petit faucheux, « lieu alternatif » à la fois bar, restaurant, salle de spectacle et librairie, où se croisent squatters, immigrés, artistes, pensionnaires de l'hôpital psychiatrique, condamnés en liberté conditionnelle et flics en civil… Il y rencontre notamment le metteur en scène José Manuel Cano Lopez, qui adaptera au théâtre ses Petits métiers.