Les Lutrinae (Lutrinés) sont une sous-famille de mammifères carnivores de la famille des Mustélidés. Désignées au sens large sous le nom de Loutre, en référence à l’espèce nominale : la Loutre d’Eurasie (Lutra lutra), ces animaux semi-aquatiques se caractérisent par un corps plus ou moins allongé, de courtes pattes aux doigts palmés, ainsi qu'une longue queue épaisse.

Ce groupe, décrit pour la première fois en 1838 par le zoologiste Charles-Lucien Bonaparte, dénombre quatorze espèces, fréquentant aussi bien les milieux d'eau douce que marins, et se nourrissant principalement de poissons, d’amphibiens ou de crustacés. Reconnues comme des espèces clés de voûte pour l'équilibre des écosystèmes, les loutres ont vu leur aire de répartition fortement régresser au cours du siècle dernier, à l'instar des castors avec lesquels elles partagent souvent leur habitat. En raison de leur discrétion naturelle, leur suivi scientifique repose sur l'analyse d'indices de présence ou la télémétrie, tandis que des programmes de protection, de réintroduction Jessop RM & Cheyne DL (1992) « The reintroduction of European otter into lowland England carried out by the Otter Trust 1983–1992: a progress report ». Otters, J. Otter Trust 11–16. ou de translocation Spelman LH (1998), « North American river otter (Lutra canadensis) translocation in North Carolina 1989–1996 ». Proc. Eur. Assoc. Zoo Wildl. Vet 1998:461–465. visent à stabiliser leurs populations Armeno JM (1991) « Surgical implantation of intraperitoneal radiotelemetry devices in European river otters (Lutra lutra) ». In: Reuther, C., and R. Röchert (eds.). Proceedings of the Fifth International Otter Colloquium. Habitat, 6. Hankensbütter, Germany. Hoover JP (1984) « Surgical implantation of radiotelemetry devices in American river otters ». J. Am. Vet. Med. Assoc 184:1317–1320.. Les loutres occupent une place notable dans la culture et les mythologies des peuples du monde entier, où elles sont souvent associées à l'agilité ou à des facultés surnaturelles comme la métamorphose.

Noms, étymologie et définition La loutre est définie comme étant un petit mammifère carnivore de la famille des Mustélidés. Cet animal semi-aquatique ou amphibie vit au bord des lacs et des cours d'eau, où il se nourrit principalement de poissons et de gibier d'eau. Morphologiquement, elle se caractérise par un corps allongé, des pattes palmées et une fourrure brune, courte et très épaisse.

Sur le plan historique et économique, la loutre a longtemps été chassée pour sa peau, le terme « loutre » désignant d'ailleurs par extension la fourrure elle-même dans le commerce. Bien qu'elle ait pu être considérée comme un animal nuisible par le passé, elle est aujourd'hui emblématique des milieux humides.

L'étymologie du mot remonte au latin lutra, mais sa forme actuelle en français, stabilisée après plusieurs variantes médiévales (telles que lutre ou loirre), s'explique probablement par l'influence du terme germanique correspondant (vieux francique otter).

L’espèce nominale pour cette terminologie est la Loutre d’Eurasie (Lutra lutra).

Animaux similaires à des loutres De nombreuses autres espèces de mammifères carnivore évoquent des loutres, par leur apparence physique ou encore leur écologie proche des milieux aquatique. Dans certains cas, ces espèces ont reçu le nom de loutre dans leur dénomination scientifique, comme c’est le cas du Vison d’Europe (Mustela lutreola).

Taxonomie Histoire taxonomique Dans son Histoire naturelle (Tome VII), Buffon décrit la loutre parmi les animaux carnassiers, après le loup et le renard, mais avant la fouine et la belette. C’est un animal dit « vorace » de poisson. Bien qu'il note ses aptitudes physiques remarquables, notamment ses pattes palmées qui lui permettent de nager presque aussi vite qu'elle ne marche, il précise qu'elle n'est pas un animal pleinement amphibie car elle doit régulièrement remonter à la surface pour respirer. La loutre est difficile à apprivoiser une fois adulte, mais elle peut être dressée à pêcher pour son maître si elle est élevée au lait dès son plus jeune âge. Concernant son habitat, il indique qu'elle ne creuse pas de terrier mais occupe de manière opportuniste des cavités naturelles sous les racines ou les rochers. Dans le tome XIII, Buffon complète ses observations en décrivant des espèces d'outre-mer. Il traite de la « Saricovienne », à savoir la loutre de mer ou l’Énhydre marine, qu'il distingue de la loutre commune par sa taille plus imposante, sa fourrure beaucoup plus épaisse, longue et d'un noir brillant, ainsi que par ses pattes arrière ressemblant à celles d'un phoque. Il note la grande valeur de sa peau, particulièrement prisée pour le commerce avec la Chine. Concernant la loutre du Canada, il note qu'elle ressemble à l'espèce européenne mais s'en distingue par sa plus grande taille et la couleur de son poil, plus noir et plus dense, caractéristiques qu'il attribue à la rigueur du climat nord-américain.

Dans la dixième édition du Systema Naturae : les deux premières espèces de loutres décrites dans la taxonomie moderne sont :

La Loutre (Mustela lutra) ; La Saricovienne (Mustela lutris)

Le genre nominal de la sous-famille : Lutra fut décrit pour la première fois en 1762 par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson dans la seconde édition de son ouvrage Regnum Animale, au sein de l'ordre des « Quadrupèdes » (Ordo XVI). Il y décrit notamment la loutre commune (Lutra castanei coloris) et introduit la « Loutre du Brésil » (Lutra brasiliensis). Brisson caractérise ce genre par la présence de cinq doigts à chaque pied, tous reliés entre eux par des membranes interdigitales (palmes), un pouce plus court que les autres doigts, ainsi que des oreilles très courtes et rondes placées sous la ligne des yeux.

Les premières espèces à quitter du genre Lutra sont généralement des animaux dont les caractéristiques physiques sont suffisement distinctes d’emblée, et faisaient déjà l’objet d’une dénomination vernaculaire distinct pour les différencier des autres loutres : Le genre Enhydra fut créé par le naturaliste écossais John Fleming en 1822 pour y isoler la loutre de mer (Alors nommée Lutra marina), sur la base de différence dans le nombre de dents, la longueur de la queue ainsi que par l’absence de sac odorant au niveau de l’anus. En 1837, le zoologiste britannique John Edward Gray établit le genre Pteronura pour y placer une nouvelle espèce de loutre géante en provenance de Demerara (actuel Guyana), qu'il nomme Pteronura sambachii. Gray définit ce taxon comme un genre distinct, occupant une position morphologique intermédiaire entre les loutres à proprement dites (Lutra) et la loutre de mer (Enhydra). Il justifie cette distinction principalement par la structure unique de sa queue, qu'il décrit comme pourvue d'une dilatation latérale en forme de nageoire sur sa moitié postérieure, ainsi que par ses pieds largement palmés munis de griffes acérées, Paul Gervais donne le nom vernaculaire d’Énhydre pour le genre Enhydra et fixe les noms Saricovienne et Ptéronure pour le genre Pteronura.

Le concept de « Loutre » en tant qu’entités comportant plusieurs genres cohérents sur le plan zoologique, se fera très succinctement par Charles-Lucien Bonaparte en 1838 sous le nom de « Lutrina ». Il ne s’agit pas ici d’une subdivision des Mustélidés, mais d’un groupe de carnivores totalement indépendant.

Entre-temps, d’autres loutres d’Eurasie se verront attribuées un genre spécifique au fil du temps à cause de certaines de leurs caractéristiques anatomiques. C’est le cas de la loutre du Cap qui se verra attribué le nouveau genre Aonyx en 1827 par René Primevère Lesson, sur la base d’une absence de griffes aux pattes antérieures. Il en sera de même avec la loutre cendrée d’Asie qui, en 1832 se verra affublée par Constantine Samuel Rafinesque du nom encore différent d’Amblonyx, sur la base là encore de ses courtes griffes aux pattes antérieures. La loutre au pelage lisse, une autre loutre asiatique se verra désignée quant à elle du genre Lutrogale, encore par John Edward Gray en 1865 sur la base de la forme du nez et de front. Ces changements taxinomiques se produisent encore bien plus tard, avec l’attribution en 1921 d’un nom encore différent par Martin Hinton qu’est Paraonyx pour la loutre du Congo, sur la base de différences de conformations des pattes antérieuses encore différentes de celles d’Aonyx.

La même année, le zoologiste britannique Reginald Innes Pocock, suggère également de placer la loutre à cou tacheté dans son propre genre Hydrictis, sur la base de caractéristiques crâniennes spécifiques..

Les loutres américaines, jusqu’ici relativement épargnées par les propositions de reclassement, firent l’objet d’une étude collective par Cornelis G. van Zyll de Jong, aboutissant à la proposition du genre Lontra, sur la base de caractéristiques anatomiques et ostéologiques, les rendant très nettement distincts des loutres de l’ancien monde, genre Lutra notamment.

Classification moderne Cependant, cette proposition ne fut pas estimée comme vraiment importante et fut reléguée qu’à un simple synonyme. Ainsi, dans la première édition de Mammal Species of the World paru en 1982, les lutrinés sont réparties de la manière suivante :

Mais en 1987, une nouvelle étude phylogénétique menée par van Zyll de Jong provoqua un chamboulement massif dans la classification des lutrinés : les loutres américaines comme la loutre géante et les espèces décrites en 1972 dans le genre Lontra sont les plus à la base de l’arbre ; la loutre de mer n’est pas un genre de pinnipède et trône même au milieu de l’arbre, à la jonction entre les genre américains et eurasiens, comme Lutra, Aonyx et Lutrogale, qui eux sont situés tout au bout de l’arbre.

Les loutre du clade eurasien verront leur classification sans cesse remise en cause au cours des années 2000-2010, mais c’est en 2022 où il sera proposer de supprimer les genre Aonyx, Amblonyx et Lutrogale au profit du simple genre Lutra pour l’ensemble du clade des loutres de l’ancien monde, hors Hydrictis.

Liste des genres et espèces actuels

+Liste des espèces actuelles de lutrinés selon GenreEspèceRépartitionStatut UICNLutraLutra lutra(Linnaeus, 1758)Loutre d’Eurasie150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheLutra sumatrana(Gray, 1865)Loutre de Sumatra150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheAonyxAonyx capensis(Schinz, 1821)Loutre du Cap150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheAonyx congicus(Lönnberg, 1910)Loutre du Congo150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheAonyx cinereus(Illiger, 1815)Loutre cendrée150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheLutrogaleLutrogale perspicillata(Gray, 1865)Loutre à pelage lisse150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheHydrictisHydrictis maculicollis(Pocock, 1921)Loutre à cou tacheté150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheEnhydraEnhydra lutris(Linnaeus, 1758)Énhydre marine150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheLontraLontra canadensis(Schreber, 1777)Loutre du Canada150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheLontra provocax(Thomas, 1908)Loutre du Chili150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheLontra longicaudis(Olfers, 1818)Loutre à longue queue150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gaucheLontra annectens(Forsyth Major, 1897)Loutre méso-américaine150px|sans_cadre|gaucheAmérique centrale (du Mexique au Panama)Lontra felina(Molina, 1782)Loutre féline150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gauchePteronuraPteronura brasiliensis(Gmelin, 1788)Saricovienne du Brésil150px|sans_cadre|gauche150px|sans_cadre|gauche

Phylogénie Phylogénie des espèces actuelles de loutres (Lutrinae) d'après les études de Koepfli et al. (2008) et de Ferran et al. (2024) :

Taxons éteints Sous-famille des Lutrinae Genre Lutra †Lutra castiglionis – Corse, Pléistocène †Lutra euxena – Malte, Pléistocène †Loutre du Japon (Lutra nippon) – Japon, éteinte vers 1979 Genre Lutrogale †Lutrogale cretensis Genre Enhydra