La francisation désigne le processus par lequel l'usage de la langue française se développe ou se généralise au sein d'une population, d'un territoire, d'une institution ou d'un groupe social. Elle peut concerner l'adoption du français comme langue maternelle, langue seconde, langue véhiculaire, langue d'enseignement, langue de travail ou langue de communication. Elle peut résulter de dynamiques démographiques et sociales, de la scolarisation, des migrations, de politiques linguistiques ou de choix individuels et collectifs.
La francisation ne se confond pas avec la francophonie, qui désigne l'ensemble des personnes et des espaces faisant usage du français, ni avec la Francophonie institutionnelle. Au , la diffusion du français se déroule principalement dans des sociétés plurilingues, où son usage peut coexister avec plusieurs autres langues. L'Organisation internationale de la francophonie définit ainsi comme francophone toute personne capable de communiquer en français, à l'oral ou à l'écrit, indépendamment du fait que le français constitue ou non sa langue maternelle.
Le terme francisation possède également d'autres acceptions. En linguistique, il peut désigner l'adaptation à la langue française d'un mot, d'un nom propre ou de sa prononciation. Des noms ont ainsi été francisés au cours de l'histoire, par exemple Schlettstàdt en Sélestat, Van de Walle en De Gaulle ou Winchester en Bicêtre. En droit maritime français, la francisation désigne également historiquement l'acte conférant à un navire le droit de battre pavillon français.
Dans le monde
vignette|La francophonie :
Le français connaît depuis le début du une forte augmentation du nombre de ses locuteurs. Selon la méthode de dénombrement utilisée par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) pour établir des comparaisons dans le temps, le nombre estimé de francophones est passé de en 2010 à environ en 2025, soit une augmentation d'environ 58 % en quinze ans. Cette évolution résulte à la fois d'une progression de l'usage du français et d'une amélioration des données disponibles et des méthodes de dénombrement.
Pour l'année 2025, l'Observatoire de la langue française introduit une seconde méthode de calcul, prenant notamment en compte les enfants déjà alphabétisés en français dans les pays du Sud où celui-ci est langue officielle, co-officielle ou langue d'enseignement. Cette méthode porte l'estimation mondiale à de francophones. Sur cette base, le français est classé au rang des langues les plus parlées dans le monde en considérant conjointement locuteurs de langue maternelle et de langue seconde, derrière l'anglais, le mandarin et l'espagnol.
La croissance contemporaine est principalement portée par l'Afrique. Avec la nouvelle méthode de dénombrement, environ 65 % des francophones résident sur le continent africain. Dans plusieurs pays, la progression du nombre de francophones est supérieure à celle de la population totale. En Côte d'Ivoire, leur nombre est estimé à en 2010 et en 2025, soit une augmentation de 131 %, tandis que la population totale du pays augmente de 52 % sur la même période. En République démocratique du Congo, le nombre estimé de francophones passe d'environ en 2010 à en 2025, soit une progression de 119 %.
Cette évolution démographique s'accompagne d'une extension ou d'un renforcement de l'enseignement du français dans plusieurs régions du monde. Ces situations sont cependant de nature différente : selon les pays, il peut s'agir d'une augmentation mesurée du nombre de francophones, d'une croissance des effectifs scolaires, de l'introduction du français dans de nouveaux établissements ou de politiques publiques destinées à développer son enseignement. Elles sont détaillées ci-dessous en distinguant ces différents indicateurs.
Croissance du nombre de francophones
Les estimations disponibles montrent une augmentation importante du nombre de personnes capables d'utiliser le français depuis la fin du . En 1986, un rapport du Sénat français reprenant les estimations disponibles à l'époque évoquait environ de personnes ayant le français comme langue maternelle ou seconde, auxquelles étaient distinguées environ de personnes qualifiées alors de « francisants ». Ces anciennes évaluations reposant sur des définitions et des méthodes différentes, elles ne sont toutefois pas directement comparables aux statistiques contemporaines.
Depuis 2010, l'Observatoire démographique et statistique de l'espace francophone (ODSEF) et l'OIF publient une série plus homogène. Selon cette méthode, appelée « méthode 1 » dans le rapport de 2026, le nombre estimé de francophones est passé de en 2010 à en 2014, en 2019, en 2022 et en 2025. À méthode comparable, l'estimation augmente donc d'environ entre 2010 et 2025, soit près de de francophones supplémentaires.
+ Évolution des estimations du nombre de francophones depuis 2010 Année Nombre estimé Méthode 2010 Méthode 1 (ODSEF) 2014 2019 2022 2025 2025 Méthode 2 (OLF)
Le rapport de 2026 souligne néanmoins que cette évolution ne peut pas être interprétée intégralement comme l'acquisition nouvelle du français par de personnes. Une partie de l'augmentation résulte de l'amélioration des outils statistiques et de l'intégration progressive de populations auparavant mal documentées. Le passage de en 2010 à en 2014 s'explique notamment en grande partie par l'utilisation des enquêtes d'Eurostat permettant de mieux estimer les populations francophones des pays européens. Les éditions suivantes ont de même intégré de nouvelles données de recensement concernant notamment la Russie et les États-Unis ; l'amélioration des données a également conduit à revoir certaines estimations à la baisse.
Pour 2025, l'Observatoire de la langue française introduit une seconde méthode, dite « méthode 2 ». Dans les 30 pays du Sud où le français est langue officielle, co-officielle ou langue d'enseignement, celle-ci ajoute notamment les enfants de 6 à 9 ans déjà alphabétisés en français aux populations prises en compte par la méthode antérieure. Ces 30 pays regroupent ainsi environ de francophones et l'application de la nouvelle méthode à l'ensemble du monde porte l'estimation à .
Au-delà de l'amélioration statistique, plusieurs pays connaissent également une augmentation du nombre de francophones plus rapide que leur croissance démographique. En Côte d'Ivoire, le rapport estime que leur nombre est passé de en 2010 à en 2025, soit une augmentation de , tandis que la population totale du pays augmentait de . En République démocratique du Congo, le nombre estimé de francophones est passé d'environ en 2010 à en 2025, soit une progression de .
Les enquêtes menées dans douze grandes villes africaines montrent également une évolution des compétences linguistiques. Dans les échantillons interrogés à Abidjan, Alger, Bamako, Brazzaville, Casablanca, Dakar, Douala, Kinshasa, Libreville, Ouagadougou, Nouakchott et Tunis, le taux moyen déclaré de maîtrise des quatre compétences étudiées — expression orale, compréhension orale, lecture et écriture — est passé d'environ en 2015 à en 2024. Les évolutions demeurent cependant contrastées selon les villes : le rapport constate notamment des progressions à Casablanca, Douala et Libreville, mais des diminutions dans certains indicateurs à Abidjan, Kinshasa ou Tunis.
Déplacement du centre démographique vers l'Afrique
La croissance contemporaine de la population francophone s'accompagne d'un déplacement de son centre démographique de l'Europe vers l'Afrique. Avec la nouvelle méthode de dénombrement utilisée en 2025, environ des de francophones recensés par l'OIF vivent en Afrique.
Avec la méthode 1, utilisée pour établir les comparaisons démographiques et les projections, l'Afrique regroupe en 2025 environ des de francophones recensés, soit du total. L'Europe en rassemble , les Amériques et l'Asie-Océanie .
Cette évolution est liée à la combinaison de la forte croissance démographique africaine, de l'urbanisation et surtout de la scolarisation. Dans de nombreux États africains plurilingues, le français est utilisé comme langue d'enseignement et comme langue véhiculaire entre des populations ayant des langues maternelles différentes. L'OIF considère ainsi l'école comme l'un des principaux déterminants de la diffusion future du français.
Dans tous les scénarios démographiques étudiés par l'ODSEF, la part de l'Afrique dans la population francophone continue d'augmenter. Dans le scénario où les taux de francophonie de 2025 demeurent constants, elle passerait de en 2025 à en 2050 et en 2070. Dans le scénario reposant sur d'importants investissements éducatifs en Afrique subsaharienne, cette proportion pourrait atteindre en 2050 et en 2070.
L'OIF considère ainsi que, quels que soient les scénarios retenus, l'Afrique devrait devenir durablement le principal centre démographique de la francophonie mondiale.
Projections démographiques
L'édition 2026 de La Langue française dans le monde propose quatre scénarios jusqu'en 2070. Contrairement à certaines projections antérieures fondées essentiellement sur la croissance démographique des pays francophones, ces scénarios distinguent l'effet de la démographie de celui de l'évolution de la scolarisation et des politiques éducatives.
Le scénario de référence (S1) maintient constants les taux de francophonie estimés en 2025 et mesure donc essentiellement l'effet de la croissance démographique. Il conduirait à environ de francophones en 2050 et en 2070. La seule évolution démographique ajouterait ainsi environ de francophones entre 2025 et 2050.
Le scénario S2 envisage une diminution de moitié des taux de francophonie dans les pays où le français n'est ni langue officielle ni langue de travail. Malgré cette hypothèse de recul, le nombre total de francophones continuerait d'augmenter sous l'effet démographique, atteignant environ en 2050 et en 2070.
Les scénarios S3 et S4 reposent au contraire sur une amélioration de la scolarisation dans dix-huit pays d'Afrique subsaharienne où l'enseignement primaire, secondaire ou universitaire est assuré entièrement ou principalement en français. Le scénario S3 suppose un redressement de la scolarisation, tandis que le scénario S4 suppose des investissements éducatifs suffisamment importants pour entraîner une hausse pouvant atteindre des taux de francophonie concernés.
+ Projections de la population francophone mondiale selon quatre scénarios de l'OIF/ODSEF Scénario 2025 2050 2070 Part de l'Afrique en 2050 Part de l'Afrique en 2070 S1 — Maintien des taux de francophonie de 2025 63,4 % 70,0 % S2 — Recul du français hors des pays où il est langue officielle ou de travail 66,4 % 72,9 % S3 — Redressement de la scolarisation en Afrique subsaharienne 70,9 % 76,8 % S4 — Investissements importants dans l'éducation en Afrique subsaharienne 73,5 % 79,2 %
Dans les quatre scénarios, le nombre absolu de francophones est donc supérieur en 2050 et en 2070 à celui de 2025. L'écart entre les scénarios montre toutefois que la démographie seule ne détermine pas l'avenir du français. Dans le scénario S3, le nombre de francophones atteint déjà en 2050, soit davantage que les obtenus seulement en 2070 dans le scénario de référence. Le scénario S4 conduirait à plus de de francophones en 2070.
L'OIF précise cependant que la réalisation des scénarios S3 et S4 dépend d'investissements durables dans les systèmes éducatifs africains, de la formation des enseignants et du maintien d'un enseignement de qualité.
Enseignement et transmission
L'enseignement constitue l'un des principaux vecteurs de diffusion du français. Selon l'Organisation internationale de la francophonie, le français est en 2026 la deuxième langue la plus apprise dans le monde après l'anglais. Il est enseigné sur tous les continents comme langue maternelle, langue seconde, langue de scolarisation ou langue étrangère.