Charles Robert Richet ( dans l'ancien arrondissement de Paris - à Paris Son acte de décès () dans les registres de décès du arrondissement de Paris pour l'année 1935. L'acte donne la date et le lieu de naissance) est un physiologiste français, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine de 1913 pour la description de l'anaphylaxie.

Il était aussi écrivain, militant pacifiste, chercheur en métapsychique, et l'une des principales incarnations du mouvement eugéniste en France.

Biographie vignette|gauche|upright=0.7|Charles Richet en 1922.

Charles Richet est le fils de l'anatomiste et chirurgien Alfred Richet, et le petit-fils du juriste et homme politique Charles Renouard.

Agrégé de physiologie à la faculté de médecine en 1878, membre puis président des Sociétés pacifistes (dont il préside les congrès nationaux et internationaux), professeur de physiologie en 1887, secrétaire général de la Société de psychologie physiologique (présidée par Charcot en 1886 et vice-présidée par Théodule Ribot et Paul Janet), secrétaire général du premier congrès international de Psychologie physiologique tenu à Paris en 1889, directeur de la Revue Scientifique, membre de l'Académie nationale de médecine en 1898, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine , membre de l'Académie des sciences en 1914, jubilé scientifique devant une Assemblée internationale de savants en 1926, c'est un excellent littérateur, philosophe, psychologue, curieux de tout, à commencer par l'homme.

En 1896, il fait partie des fondateurs de l'Alliance nationale pour l'accroissement de la population française.

De 1920 à 1926, il est président de la Société française d'eugénique, dont il fut fondateur, adoptant des positions eugénistes et aussi fortement racistes (idées qu'il soutient notamment dans Sélection humaine, publiée en 1913). Un exemple de déclaration de Richet à l'appui de ses idées : « …une véritable aristocratie, celle des blancs, de pure race, non mélangés avec les détestables éléments ethniques que l’Afrique et l’Asie introduiraient parmi nous ».

Dreyfusard de la première heure, et un temps membre du Grand Orient de FranceDans le volume 43 (2010/2) des Archives juives André Combes, professeur agrégé d’histoire le cite parmi les maçons fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme, il fut l'un des fondateurs de la Ligue des Droits de l'Homme, mais s'en éloigna par la suite.

En 1890, il réalise la première sérothérapie sur l'homme.

Il est également pionnier de l'aviation avec Victor Tatin avec qui il fait plusieurs essais de vol sans pilote sur sa propriété à Carqueiranne dans le Var en 1896-1897Charles Richet et l'aviation.Fontanon, Claudine. “Charles Richet et la recherche aéronautique : précurseur ou propagandiste ?”. Van Wijland, Jérôme. Charles Richet (1850-1935) : L'exercice de la curiosité. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2015. (pp. 105-112) Web. <http://books.openedition.org/pur/88564>..

Charles Richet milite aussi pour l'espéranto.

Il cofonde l'Institut métapsychique international en 1919, ayant promu ce terme dès 1894. Il consacre une grande partie de sa vie à l'étude des phénomènes paranormaux via cette science de l'inhabituel, notamment la télépathie, la psychokinésie, le moulage de mains de fantômes ectoplasmiques. Il participe à la fondation de la branche française de la Society for Psychical Research dont il fut président en 1905. Il a longtemps poussé ses collègues à s'incliner devant les faits de la méthode expérimentale, mais n'a jamais obtenu le consensus pour ces travaux. Charles Richet était un proche ami de Pierre Janet avec lequel il avait créé l'Institut Psychique International puis l'Institut Psychologique International en 1900-1901. Mais il s'en sépare notamment parce qu'il aurait été trompé dans l'épisode de la Villa Carmen (1905).

Propriétaire du château Richet à Carqueiranne, il achète en 1897, l'île du Grand Ribaud au large de la presqu'île de Giens.

Il meurt à son domicile, 15 rue de l'Université à Paris en 1935.

Charles Richet est par ailleurs le père de Charles Richet (fils), médecin et membre de l'académie de médecine, déporté à Buchenwald, le grand-père de Gabriel Richet (1916-2014), médecin néphrologue et membre de l'académie de médecine. Il est le beau-frère de Louis Landouzy.

Affaire Dreyfus et prises de position pacifistes Selon l'article nécrologique d'Eugène Osty, « Pacifiste ? » :

« Ce Français pacifiste n'était pas de l'imbécile espèce anti-France. Son pays le trouva prêt à l'aider à tout moment utile. En 1870, il devança l'appel. En 1916, âgé de 66 ans, il entreprit une croisade en Italie, en Roumanie, en Russie, pays peuplé de ses élèves, pour y encourager latins et slaves à la lutte qu'il espérait devoir clore l'horrible coutume de la guerre. De retour en France il va aux armées où ses conseils peuvent être utiles et il y étudie les effets du choc explosif sur les combattants. Puis il s'emploie à observer, à l'hôpital de la côte Saint-André, les effets bénéfiques de sa zomothérapie sur les soldats tuberculeux. »

Pacifiste et patriote, son désarroi face au déchaînement des violences et notamment celles du premier conflit mondial lui fait publier de multiples essais contre la guerre et en faveur de la paix, comme Le Passé de la guerre et l'avenir de la paix ou Les Coupables.

Il milite pour la création d'une société internationale d'arbitrage.

Dans la conclusion du même ouvrage, et suivantes :

Défenseur du capitaine Dreyfus et outragé par le déni de justice, Charles Richet fait part à Zola de son soutien et de ses encouragements lors de la publication du manifeste J'accuse…! où Emile Zola défend l'innocence de Dreyfus..

Travaux

Œuvre scientifique Sa plus grande découverte est l’anaphylaxie et, plus largement, la formation d’anticorps, qui sont le « souvenir humoral de toutes les injections et de toutes les infections précédentes ». C’est en 1902 au cours d’une croisière scientifique aux Açores, financée par le prince Albert de Monaco qu’il constata avec Paul Portier que, si une première injection d’extrait de tentacules de physalie à un chien était sans conséquences, la seconde devenait létale. L’anaphylaxie est un aspect du processus immunitaire et sa découverte a ouvert le champ aux diverses hypersensibilités immunologiques dont la connaissance a renouvelé la compréhension du mécanisme de nombreuses maladies. Cette découverte lui valut l'attribution du prix Nobel de médecine en 1913.

La liste des sujets d’intérêt de Charles Richet couvre pratiquement tous les domaines de la physiologie : le système nerveux et l’excitabilité musculaire, la sécrétion gastrique, la polypnée thermique et la régulation de la température, l’excrétion rénale des électrolytes et le régime déchloruré, les anémies aiguës, le choc hypovolémique et ses traitements de substitution, l’anesthésie animale et la découverte du chloralose, l’alimentation, la nutrition et la fermentation lactique, la leucocytose, la physiologie comparée allant des bactéries aux mammifères en passant par les batraciens et les crustacés. Son œuvre médicale déborde la physiologie avec la tuberculose qu’il essaya de soigner par sérothérapie et par l’apport de viande crue appelée zomothérapie et, bien entendu, les phénomènes psychiques dont le somnambulisme et la parapsychologie. Les conclusions auxquelles il a abouti sont pour beaucoup d’entre elles toujours admises et enseignées. Citons la polypnée thermique, principal moyen de refroidissement chez le chien, l’étude de la contraction musculaire et du frisson dans la lutte contre le froid, le rôle de la pression osmotique de l’urine dans la diurèse, la découverte de l’uréogenèse à partir de l’ammoniac. On peut y ajouter le rétablissement de la volémie par la perfusion de plasma considérée comme une urgence en chirurgie de guerre.

Charles Richet fut un précurseur en matière d’expérimentation chez l’animal. Il introduisit l’anesthésie contrairement à ses prédécesseurs qui se contentaient d’immobiliser l’animal en utilisant le curare. Il fut également un précurseur en insistant sur le fait que comprendre le mécanisme des maladies reposait sur la connaissance du fonctionnement des organes et des régulations physiologiques. « Ceux qui voient quelque antagonisme entre la clinique et la physiologie n’ont jamais rien compris, ni à l’une, ni à l’autre » écrivait-il. Ce principe, évident aujourd’hui, échappait aux universitaires cliniciens de son époque dont la première préoccupation n’était pas la recherche.

Il fixa les règles de l’éthique médicale en soulignant que « C’est la curiosité qui définit l’esprit scientifique... Elle ne doit jamais compromettre la vie ou la santé du malade ». Charles Richet est le dernier des physiologistes encyclopédistes. L’étendue de ses connaissances se retrouve dans le Dictionnaire de Physiologie qu’il a rédigé en grande partie avec de nombreux élèves et collaborateurs.

De 1878 à 1902, il a également été rédacteur en chef de la Revue scientifique, dans laquelle il a publié de nombreux articles. Il a également collaboré au Journal de physiologie et de pathologie générale et publié de nombreuses communications sur la physiologie, la chimie physiologique, la pathologie expérimentale, la psychologie normale et pathologique.

La dispersion des travaux effectués n’a nui en rien à sa créativité, c'est-à-dire à l’aspect original des découvertes présentées. Il a dépassé l’étude individuelle des phénomènes physiologiques par des réflexions générales sur la science et la médecine. On peut citer deux domaines toujours d’actualité où il a apporté sa contribution : comment constituer une bibliographie et classer la littérature médicale et comment réformer les études médicales en privilégiant la physiologie comme base indispensable à la compréhension des maladiesActes du Colloque « Charles Richet et son temps » de l'académie nationale de médecine du 14 novembre 2013. Présentations de Raymond Ardaillou et de Jean-François Bach..

Des sciences psychiques à la métapsychique L'ouvrage collectif, Des savants face à l’occulte : 1870-1940, paru en 2002, explique en détail cet aspect de ses travaux, encore communs pour le dernier quart du .

Disciple de Charcot, il participe à la « redécouverte » de l'hypnose en 1875. En , il parle dans un article de la suggestion mentale comme un fait indéniable — « fait inconscient et intelligent produit par une force que nous ne soupçonnions pas dans la pensée humaine ; une force d'émission, telle que la vibration », les tables tournantes constituant selon lui l'expérience la plus probante de ce phénomène.

En 1891, il cofonde avec Xavier Dariex les Annales des sciences psychiques, avec l'ambition d'étudier les phénomènes spirites sur le modèle de la Society for Psychical Research. Le comité de rédaction est composé de célèbres spirites européens, tels Camille Flammarion, Sir William Crookes, Cesare Lombroso, Marcel Mangin, Joseph Maxwell, Enrico Morselli, Julian Ochorowicz, , Albert de Rochas, Albert von Schrenck Notzing.

Le cas Eusapia vignette|Photographie extraite du livre L'extériorisation de la motricité d'Albert de Rochas, édition de 1896 (page189). Bien qu'il ait ri aux séances de lévitations de Daniel Dunglas Home, sa rencontre avec Eusapia Palladino à Milan en 1892 marque ce moment où il se penche sur les phénomènes physiques produits par la médiumnité. C'est d'ailleurs lui, aux côtés d'Albert de Rochas, qui la fait connaître en France, et c'est à son contact qu'il invente le terme d'ectoplasme.