Ambroise Paré, né vers fin 1509 ou 1510, près de Laval (Maine), au Bourg-Hersent selon la traditionJean-Pierre Leverrier, Le vray Ambroise Paré, Spinelle, 2021, ., et mort le à Paris, est un chirurgien et anatomiste français.

Chirurgien du roi et des champs de bataille, Ambroise Paré, a été considéré comme « le père et réformateur de la chirurgie française » . Inventeur de nombreux instruments, il participe à l’amélioration et à la diffusion d’une technique de cautérisation révolutionnaire. L'utilisation généralisée des armes à feu confronte les chirurgiens à des plaies d'un nouveau genre, cautérisées au fer rouge ou à l’huile bouillante avec le risque de tuer le blessé. Manquant d'huile bouillante, Paré utilise un pansement froid sous la forme d'un emplâtre « digestif » afin que la plaie suppure puis cicatrise. On attribue à Ambroise Paré la mise au point de la ligature des artères, même si la paternité de cette technique lui est contestéeCette technique et d'autres encore ont été cependant décrite six siècles plus tôt par le chirurgien arabe Abu Al-Qasim.. Il la substitue à la cautérisation dans le traitement des amputations.

: cette phrase modeste de Paré est souvent citée pour résumer sa philosophie (citation en moyen français signifiant : « Je le pansai, Dieu le guérit. »)Paré écrivit cette phrase, dans un cahier de notes, au sujet des soins qu'il donna au capitaine Le Rat, lors de la campagne de Piémont de 1537-1538. Il utilisera cette formule tout au long de sa carrière. (.) En 1552, les soldats français, assiégés à Metz par l'armée de Charles Quint, souffraient d'une grande disette. Le serviteur d'un capitaine voulut réquisitionner des vivres auprès de paysans, qui le percèrent de douze coups d'épée. Il était si mal en point que le capitaine s'apprêtait à le faire jeter dans une fosse. Ambroise Paré, persuadé de pouvoir sauver le blessé, obtint qu'il lui fût confié. « Je lui fis office de médecin, d'apothicaire, de chirurgien et de cuisinier : je le pansai jusqu'à la fin de la cure, et Dieu le guérit. » (Jean-Michel Delacomptée, Ambroise Paré, La main savante, Gallimard, 2007, .) Également cité par , qui renvoie à Ambroise Paré, Voyage d'Allemagne, Œuvres, t. , . Paré a écrit, dans le même ordre d'idées : « la préservation gît plus en la providence divine qu'au conseil du médecin ou chirurgien ». (Cité par .)Ces mots ne sont pas sans rappeler l'adage latin « Medicus curat, natura sanat » (« Le médecin soigne, la nature guérit »)..

Biographie Sources La vie d'Ambroise Paré n'est principalement connue qu'à partir de ce qu'il en dit lui-même. La première biographie sérieuse est celle de Joseph-François Malgaigne (1806-1865) publiée en 1840.

Malgaigne cherche à remonter aux sources, à démêler ce qui est de Paré de ce qui appartient à une légende orale ou à des ajouts brodés par des mémorialistes ou chroniqueurs des . Malgaigne se base aussi sur des nouveaux documents, réunis au (notamment à la Bibliothèque municipale de Metz) mais qui ont été jugés douteux ou sans valeur par la suite.

En 1884, le médecin historien Le Paulmier. accède à de nouvelles sources (archives détenues par les descendants de Paré, au château de Paley près de Nemours ; archives nationales à Paris). Plusieurs points, auparavant douteux, ont pu être éclaircis.

Au , beaucoup d'articles paraissent sur Ambroise Paré, mais peu d'ouvrages. Selon Paule Dumaître (1911-2002), l'ouvrage le plus important, par sa rigueur historique, est celui de l'américain Wallace B. Hamby, Ambroise Pare, Surgeon of the Renaissance, publié en 1967.

En 1986, dans Ambroise Paré, chirurgien de quatre rois de France, Paule Dumaître signale quelques nouveaux documents touchant à la vie privée d'Ambroise Paré.

Famille Son père, agriculteur et fabricant de coffres. Louis Vincelet, Ambroise Paré et la religion, communication présentée à la séance du 22 janvier 1968 de la Société Française d'Histoire de la Médecine, en lignel, signale que certains attribuent au père d'Ambroise Paré la profession de barbier., a quatre enfants : Jean, barbier-chirurgien à Vitré, en Bretagne ; un deuxième garçon prénom inconnu qui s’établit aussi comme coffretier à Paris, rue de la Huchette ; Anne, qui épouse Claude Viart, chirurgien juré à Paris (morte le ) et Ambroise.

Ambroise Paré se marie deux fois. En 1541, il épouse Jeanne Mazelin, fille de Jean Mazelin, barbier puis valet du chancelier Antoine Duprat. Devenu veuf en , il se remarie trois mois après, à l'âge de 63 ans, avec Jacqueline Rousselet 19 ans, fille de Jacques Rousselet chevaucheur des écuries du roi et bourgeois de Paris.

Il a quatre enfants de sa première femme et six de la seconde. La plupart meurent dans la petite enfance et il n'aura que deux petites-filles. Il n'existe donc aucun descendant qui porte le nom de Paré. Les descendants de Paré, connus jusqu'au , sont issus de ces deux petites-filles : les Paré-Rousselet et les Paré-Hedelin.

Enfance et jeunesse Il est né au Bourg-Hersent, en Mayenne, près de Laval et d'Avesnières, probablement en 1510Les dates données par les sources vont de 1509 à 1517. Pierre de l'Estoile, qui a noté dans son journal la mort de Paré comme survenue le 20 décembre 1590, ajoute qu'il était âge de 80 ans. Voir Louis Vincelet, Ambroise Paré et la religion, communication présentée à la séance du 22 janvier 1968 de la Société Française d'Histoire de la Médecine, en lignel..

L'instruction d'Ambroise est confiée à un chapelain qui se dédommage de l'extrême modicité de la pension en faisant de son élève son domestique au lieu de lui enseigner le latin.. Ambroise Paré, qui ignore toute sa vie le grec et le latin, quitte cette place sans avenir et entre comme marmiton chez le comte de Laval. Son sérieux, son intelligence et son adresse sont remarqués ; le barbier du comte le prend pour apprenti. Il coupe le poil, arrange les perruques et va ici et là panser les ulcères. Il devient ensuite aide-soignant d'un barbier d'Angers. puis travaille à Vitré avec son frère Jean, lui aussi chirurgien-barbier..

Métier de chirurgien En 1529, il entre comme compagnon chirurgien à l'Hôtel-Dieu et déclare : Durant trois années, Paré côtoie . Il observe malades et cadavres et enrichit son savoir anatomique. À la fin de ses études, il choisit, sans doute pour des raisons financières, de s'attacher au service du baron René de Montjean, lieutenant-général d'infanterie. Il devient maître barbier-chirurgien en 1536 d'après J.-F. Malgaigne, Introduction aux Œuvres complètes d'Ambroise Paré, 1, Paris, 1840, CCXXXIII, ..

Chirurgien des champs de bataille vignette|gauche|upright=0.7|Les blessures de guerre selon Ambroise Paré.

C'est en accompagnant le lieutenant-général qu'il connaît le baptême du feu en 1537 à la bataille du Pas de Suse (huitième guerre d'Italie). Il y pratique la première désarticulation du coude.Ambroise Paré, après avoir écrit : , ajoute Ce passage de Paré est cité par Aug. Vidal, Traité de pathologie externe et de médecine opératoire, , revue par Fano, , Paris, 1861, , qui insiste sur le fait que c'est là une désarticulation du coude. , qui renvoie pour Paré aux Œuvres complètes, t. 2, Paris, 1840, et pour Hippocrate, aux Œuvres complètes, trad. de Littré, Paris, 1844, , . et découvre que la poudre des arquebuses n'empoisonne pas les blessures comme on le croyait«Voyage» en Piémont avec Ambroise Paré par Paule Dumaître, Communication présentée à la séance du 28 novembre 1987 de la Société française d'Histoire de la Médecine, en ligne.. Il assiste à des scènes atroces et tente avec succès d'adoucir les méthodes de guérison trop brutales qui consistent, par exemple, à cautériser les plaies à l'huile bouillanteParé dans un premier temps utilise un pansement digestif tiède puis "perfectionne" son traitement en utilisant de l'huile de petits chiens (oleum catellorum) comme pansement suppuratif.. À la mort de Montjean, Ambroise Paré est de retour à Paris. Il se marie le avec Jeanne Mazelin à Saint-André-des-Arts (elle meurt et est inhumée en ladite église, le , en lui laissant la garde de leur fille âgée de treize ans, Catherine, et celle de leur nièce de dix-neuf ans, Jeanne Paré). Il entre alors une première fois au service de René de Rohan..

En 1542, il assiste au siège de Perpignan, alors ville espagnole. Les tentatives de René de Rohan pour reprendre la ville échouent ; Paré continue d'élaborer de nouvelles techniques chirurgicales. Le maréchal de Brissac ayant reçu une balle dans l'épaule, il a l'idée de replacer le blessé dans la position initiale au moment de l'impact pour révéler l'emplacement de la balle perdue et ainsi permettre au chirurgien du Dauphin Nicole Lavernault de l'extraireFabricio Cardenas, « Ambroise Paré à Perpignan en 1542 », Vieux papiers des Pyrénées-Orientales, 13 février 2015..

En 1543, Ambroise Paré accompagne René de Rohan dans l'ouest de la Bretagne« Le jeu de la lutte en Bretagne en 1543 », Wiki-Brest. défendre la province menacée par un débarquement anglais (dans le cadre de la guerre entre 1542 et 1546 entre Henry d'Angleterre, allié à Charles Quint, et ).

En 1544, il assiste au siège de Boulogne où la tradition lui prête l’opération remarquablement réussie de François de Lorraine, duc de Guise, grièvement blessé par un coup de lance au visageŒuvres complètes d'Ambroise Paré, introduction par J.-F. Malgaigne, Paris, 1840, CCXLII, ..

La campagne achevée, il rédige le récit de ses voyages qu'il souhaite faire paraître en français. Il lui faut le soutien du roi face à la faculté de médecine pour voir aboutir son projet ; en 1545, il publie la Méthode de traiter les plaies faites par les arquebuts et autres bastons à feu, et celles qui sont faites par la poudre à canon puis un Traité sur l'accouchement et l'anatomie. vignette|Ambroise Paré utilisant la ligature à Damvillers par Ernest Board. Au siège de Damvillers, il doit amputer l'un des gentilshommes de l'armée du comte de Rohan. Plutôt que d'appliquer le fer rouge pour éviter l'hémorragie, il tente sa nouvelle méthode et ligature les artères du blessé qui se rétablira. À la mort de Rohan, tué près de Nancy, Paré entre au service d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, puis à celui de Henri de France, qui l'admit au nombre de ses chirurgiens ordinaires aux côtés de Nicolas Lavernot, Jean d'Amboise et Jean Fromager. Désormais, la carrière de Paré sera intimement liée au destin des souverains de son pays. Il participa à plusieurs campagnes militaires aux côtés du roi. gauche|vignette|Carte postale de Théobald Chartran, Ambroise Paré au siège de Metz (Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, NuBIS). Il est présent au siège de Metz de 1552 dont il a écrit un récitAmbroise Paré, « Voyage de Mets - 1552 », dans L'Austrasie, 1906-1907, tome II, , .

En 1557, au siège de Saint-Quentin en Picardie, il note que les asticots d'une certaine mouche aident à la cicatrisation des plaies de blessésN Martinez-Lancien et M-J Roux, « La luciliathérapie » dans le site de la Société française et francophone des plaies et cicatrisations. L'asticothérapie est développée ou redécouverte à la fin du ., utile contre les souches nosocomiales de bactéries notamment.

Premier chirurgien du roi vignette|Vitrail polychrome représentant Ambroise Paré, en tenue du , conservé au Musée des Hospices civils de Lyon. En 1553, il est fait prisonnier lors du siège de HesdinVoyage d’Hesdin (1553) in : Œuvres, édition, , traictant des Rapports, & du moyen d’embaumer les corps morts. Chapitre : Apologie et Traicté contenant les voyages faicts en divers lieux. (actuellement Vieil-HesdinAmbroise Paré sur le site de l'association Le Vieil Hesdin. avant sa destruction par Charles Quint).