Errico Malatesta, né le à Santa Maria Capua Vetere dans la province de Caserte (Campanie), et mort le à Rome, est un écrivain, propagandiste et révolutionnaire anarchiste italien.
Étudiant en médecine à Naples et déjà républicain, il adhère à l’anarchisme à la suite de la Commune de Paris. Au congrès de Berne de l'Association internationale des travailleurs (1876), il préconise la « propagande par le fait » comme moyen d'action. Il est condamné à seize mois de prison pour sa participation à une insurrection dans la province de Bénévent (). Rentré en Italie en 1914, il est considéré comme le principal responsable de la « Semaine rouge » d’Ancône (7-)La Grande Encyclopédie Larousse en ligne : notice biographique.. Il occupe une place importante dans le mouvement libertaire international du fait de sa capacité critique et pratique.
Il est avec Pierre Kropotkine l'un des principaux théoriciens du communisme libertaire, Paul Claudel, « Enrico Malatesta », Encyclopædia Universalis, texte intégral. et élabore le concept de « gradualisme révolutionnaire » qui postule que l'anarchie ne peut être réalisée que par un processus cumulatif d'étapes.
Biographie Malatesta naît le à Santa Maria Capua Vetere dans une famille de propriétaires terriens. Le père Federico et son épouse Lazzarina Rastoin (originaire de Marseille) possèdent aussi la fabrique de tannage de cuir la plus florissante de la région. Errico fait ses études dans un collège tenu par les pères piaristes (padri scolopi). Très jeune, il se range aux idées républicaines de Giuseppe Mazzini. À l'âge de quatorze ans, il écrit une lettre au roi , se plaignant de l'injustice locale, il est inquiété par la police. En raison de son âge, il est laissé libre. En , il est arrêté une première fois, pour une réunion organisée dans un cercle d'étudiants républicains. Il est alors inscrit à l'université de Naples, où il fait des études de médecine pendant trois années sans obtenir de diplôme. En effet, il est expulsé de l'université parce qu'en 1871, il adhère à la Première Internationale. Il devient le secrétaire de la section italienne. Entretemps, après la commune de Paris, il abandonne les idées républicaines pour adopter les idées anarchistes. La même année, il apprend la mécanique et l'électricité.
En 1872, durant le congrès de Saint-Imier, pour la création de l'Internationale antiautoritaire, il rencontre le révolutionnaire libertaire Michel Bakounine. De cette période « bakouniniste », il écrira plus tard :
Durant les quatre années suivantes, il participe à la propagande internationaliste en Italie, il est emprisonné deux fois pour ses activités. Après le congrès, il commence une intense période de subversion. En 1873, il est arrêté à Bologne. En 1874, il participe avec un petit groupe à une tentative infructueuse d'insurrection à Castel del Monte ; il est arrêté peu après à Pesaro. Le procès se termine par l'acquittement de tous les inculpés, résultat d'une grande popularité pour les insurgés et en particulier pour Malatesta.
Le , Malatesta entre dans la franc-maçonnerie afin de tenter de diffuser l'idéal socialiste et en sort définitivement le , indigné de la décision de sa loge d'organiser une réception d'honneur pour Giovanni Nicotera, élu depuis peu ministre de l'intérieur.
Le communisme anarchiste est proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'AIT anti-autoritaire au congrès de Florence de 1876 par Costa, Malatesta, Cafiero et Covelli. Cette prise de position suscite l'opposition au collectivisme qui est la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (l'influence de Michel Bakounine) de cette époque.
En , Malatesta, Cafiero, le Russe Sergueï Stepniak et une trentaine d'autres commencent une insurrection dans le Bénévent, prenant les villages de Letino et Gallo sans un combat. Les révolutionnaires brûlent les registres communaux sur les propriétés et déclarent la fin du règne du roi. Ils sont accueillis par la population avec enthousiasme, même un prêtre montre son soutien. Après avoir quitté Gallo, ils sont arrêtés par les troupes gouvernementales et mis en prison pendant seize mois avant d'être acquittés.
À la suite de l'attentat de Giovanni Passannante sur le roi Humbert , la police commence à garder sous une surveillance constante les radicaux et révolutionnaires. Bien que les anarchistes clament n'avoir aucun lien avec Passannante, Malatesta, en tant que militant pour la révolution sociale, fait partie des éléments sous surveillance. Après son retour de Naples, il est obligé de quitter l'Italie et commence une longue période d'exil.
Départ de l'Italie En 1878, Malatesta commence une longue période de pérégrinations : il fait un bref passage en Égypte où il visite quelques amis italiens avant d'être expulsé par le consul italien, à cause de son implication dans les révoltes anticoloniales survenues dans le pays. Après avoir travaillé sur un bateau français et s'être vu refuser son entrée en Syrie, en Turquie et en Italie, il débarque à Marseille, d'où il part pour la Suisse, à Genève (à ce moment-là un haut lieu de l'anarchisme). Il y fait la connaissance d'Élisée Reclus et de Pierre Kropotkine, dont il devient un grand ami et avec qui il publie Le Révolté. Il est expulsé de Suisse et part pour Londres en 1880, en passant par la Roumanie, par Paris et par la Belgique où il organise avec Kropotkine le Congrès international socialiste révolutionnaire.
En 1882, il prend connaissance de la révolte d'Arabi Pacha et retourne en Égypte pour essayer de transformer le mouvement nationaliste en révolte sociale. Il est arrêté par les soldats anglais et rentre en Italie clandestinement en débarquant à Livourne. Peu de temps après, il est arrêté pour conspiration avec son ami Francesco Merlino et d'autres révolutionnaires. Profitant de sa liberté provisoire, il se rend à Florence où il entreprend la publication de La Questione sociale.
Malgré une condamnation à trois années de réclusion, en 1884, il se rend à Naples, pour aider la population touchée par une épidémie de choléra, puis quitte la ville précipitamment pour l'Amérique du Sud afin d'éviter l'emprisonnement.
Exil en Argentine
Il s'installe à Buenos Aires, où il entre en contact avec le Cercle communiste Anárquico et reprend la publication - en langue italienne - de La Questione sociale. En 1886, il tente l'expérience qui se révéla désastreuse, de chercheur d'or en Patagonie et en 1887, il participe à la naissance du premier syndicat argentin, le syndicat des ouvriers boulangers (la Sociedad Cosmopolita de Resistencia y Colocación de Obreros Panaderos), dont il écrit les statuts.
En 1888, il est accusé d'avoir falsifié de la monnaie, cela se révélera faux. Il prend la décision de partir et après un court séjour à Montevideo, il rentre en Europe en 1889.
Retour en Europe thumb|left|Errico Malatesta.
Il s'établit d'abord à Nice, où il publie le quotidien clandestin L'avvenire. La police française se met rapidement sur ses traces, l'obligeant à se réfugier de nouveau à Londres.
Entre 1891 et 1892 il tient une série de meetings en Espagne avec son ami Pedro Esteve et il participe à une révolte populaire à Jerez de la Frontera. Recherché par la police, il retourne à Londres où en 1896, il assiste au Congrès socialiste international. À Paris, il aurait eu des contacts avec Marie Sophie de Bourbon, surnommé romantiquement la Reine des Anarchistes, rapports probablement seulement de connaissance compte tenu du peu de sympathie politique que montre l'aristocratie à l'égard des « subversifs. »
En 1897, il contribue aussi au journal Les Temps Nouveaux.
thumb|Entre paysans, publié en 1897 par Les Temps nouveaux (dessin de Georges Willaume).
En 1897, il voyage clandestinement jusqu'à Ancône, où il participe à la création de L'agitazione. L'année suivante, à l'occasion du Mouvement pour le pain, il est arrêté et condamné à sept mois de réclusion. Il effectue le voyage jusqu'à Ancône avec Enrico Defendi, âgé de quatorze ans, fils d'Eugenio Defendi et d'Emilia Zanardelli. En effet, lorsqu'il séjourne à Londres, Malatesta habite avec le couple en union-libre et est probablement le père d'Enrico. Celui-ci est également condamné à une peine de prison de quelques mois pour insubordination et propagande subversive puis rentre à Londres à sa libération.
À peine Malatesta a-t-il fini sa peine qu'il est condamné à cinq ans de résidence forcée à Ustica, puis à Lampedusa d'où il s'évade en 1899 pour se rendre en Tunisie. En 1900, après deux bref séjours à New York et à Cuba, il s'installe à Londres où il reste douze années à l'exception d'un voyage à Amsterdam en 1907 pendant lequel il participe au Congrès Anarchiste International.
À Londres Pendant le séjour dans la capitale britannique, Malatesta gagne sa vie comme électricien et mécanicien. Cette période montre le ralentissement de son activité subversive. Il fréquente le cercle anarchiste de Charlott Street, dans le quartier de Soho. Son entourage comporte plusieurs espions comme Federico Lauria, alias Calvo, qui renseigne l'ambassade d'Italie à Londres, Bruno Bertiboni à la solde du gouvernement britannique et Ennio Belelli, alias Virgilio spécialement chargé de la surveillance de Malatesta et de son entourage. Lorsqu'un quatrième espion, Gennaro Rubino, est démasqué, Malatesta organise un procès pour le confondre le , au cercle de Charlott Street. L'anarchiste Sante Ferrini est lui aussi convoqué, à ses dépens, pour expliquer les liens qu'il entretient avec Rubino, son patron.
Rapidement, Malatesta gagne l'estime des travailleurs anglais qui tiendront d'importantes manifestations de protestation lorsqu'il rencontre des problèmes judiciaires. L'épisode du est emblématique : quand la cour de Bow Street le condamne à trois mois de réclusion à la suite de la plainte pour diffamation de la part de l'espion italien Ennio Belelli, alias Virgilio, la condamnation est accompagnée d'un décret d'expulsion qui est annulé à la suite de la manifestation populaire du .
Il laisse le Royaume-Uni en 1913 pour rentrer en Italie où il commence la publication d'un hebdomadaire . En 1914, il est le principal artisan de la Semaine rouge () ; recherché de nouveau par la police, il est obligé de revenir une nouvelle fois dans la capitale britannique.
À la veille de la Première Guerre mondiale il se sépare douloureusement de son ami Kropotkine, après un âpre débat sur l'attitude que les anarchistes doivent adopter au sujet de l'interventionnisme. Malatesta soutient les idées de l'antimilitarisme et de l'internationalisme. Cette position est encore plus évidente en 1916, au travers de sa réponse au Manifeste des Seize publiée en avril par Freedom.
Le retour en Italie thumb|right|Errico Malatesta vers 1920.
En 1919, après plusieurs tentatives vaines, Malatesta obtient un passeport du consul italien à Londres, il s'embarque pour Taranto le . En Italie, il utilise immédiatement sa popularité pour mener une intense activité de propagande et de subversion qui en fait l'un des acteurs principaux de la période biennio rosso. Il prend contact avec les Arditi del Popolo.
Entre 1919 et , il participe avec Gabriele D'Annunzio au coup de force sur la ville de Fiume. Son influence se fait sentir dans la charte du Carnaro écrite par le syndicaliste révolutionnaire Alceste de Ambris, et finalisée par D'annunzio sous la forme d'une régence pirate autonome et littéraire.