En grammaire, une phrase peut être considérée comme un ensemble autonome, réunissant des unités syntaxiques organisées selon différents réseaux de relations plus ou moins complexes appelés subordination, coordination ou juxtaposition. Cette autonomie peut être définie comme un prédicat (en français, le plus souvent un verbe conjugué) associé à une modalité d'énonciation (assertion, interrogation, injonction, exclamation dans un sens restreint, amorcé par un marqueur exclamatif).
La phrase possède une unité sémantique (ou unité de communication), c'est-à-dire, un contenu transmis par le message (sens, signification…). Ce contenu se dégage du rapport établi entre les signes de la phrase, et dépend du contexte et de la situation du discours : chaque phrase a sa référence. Cette référence résulte de la mise en rapport avec une situation, même imaginaire, de discours. Selon Roman Jakobson, le mot seul n’est rien. Il ne se définit que par rapport aux autres éléments de la phrase. Le sens ne dépend pas seulement des mots (aspect lexical). L’organisation grammaticale y est aussi très importante : c'est l'aspect syntaxique. Normalement, la syntaxe ne dépasse jamais les limites de la phrase. Au-delà de la phrase, il existe cependant la grammaire de texte. Celle-ci étudie les énoncés (écrits, paroles, discours...) composés de plusieurs phrases enchaînées, avec, notamment, leurs connecteurs (adverbes permettant la transition logique entre les phrases d'un énoncé) et leurs représentants textuels (mots renvoyant à d'autres mots de l'énoncé). À la frontière de la morphosyntaxe, la grammaire de texte permet d'accéder à d'autres disciplines sortant du cadre de la grammaire stricte : littérature, stylistique, rhétorique, philologie, etc. Il est nécessaire de bien différencier la phrase de l'énoncé. La phrase a une signification (toujours la même, quelle que soit la situation d'énonciation), celui produit par les choix lexicaux et syntaxiques (elle se situe plutôt du côté de la grammaire). L'énoncé a un sens, qui, en fonction de la situation d'énonciation, peut s'avérer différent du sens de la phrase. En conséquence, l'énoncé se situe plutôt du côté de la pragmatique (branche de la linguistique). C'est pourquoi une phrase tirée de son contexte, c'est-à-dire, hors situation d'énonciation, conserve sa signification mais peut perdre son sens :
Il fait beau. La phrase ci-dessus, quelle que soit la situation d'énonciation, signifie qu'il fait beau. Rien de plus, rien de moins. En tant qu'énoncé par contre, elle peut avoir des sens différents. S'il fait vraiment beau, le sens de l'énoncé ci-dessus correspond à la signification de la phrase. Si, au contraire, le temps n'est pas beau, et que l'énonciateur s'exprime ironiquement, le sens de l'énoncé sera : « Il ne fait vraiment pas beau ! », tandis que la signification de la phrase restera inchangée : « Il fait beau. »
Il convient de déterminer trois choses : d'abord, où commence et où finit la phrase, ensuite, quelle est sa structure interne, enfin, quels sont les éléments éventuels qui échappent à sa syntaxe.
Construction des phrases dans le cerveau En 2022, des chercheurs ont comparé plusieurs modèles d'intelligence artificielle à l'activité cérébrale de lisant . Ils concluent que les modèles qui ressemblent le plus au fonctionnement du cerveau sont ceux qui peuvent prédire les mots (ou tokens) à partir du contexte, comme le fait l'humain. Cette similarité a engendré d'autres recherches comparant les manières dont le cerveau et les IA (de type LLM) construisent progressivement le sens : d'abord en reconnaissant les sons et les mots, puis en combinant leur sens dans la phrase. Le croisement de ces deux disciplines aide à mieux comprendre les bases du Traitement du langage naturel..
En 2023, des chercheurs comparent comment le cerveau comprend le langage, en comparant l'activité cérébrale de 304 personnes écoutant des histoires, en le comparant avec le fonctionnement de modèles d'intelligence artificielle. Ils montrent que le cerveau, comme les modèles de langage, prédit en permanence les mots à venir, mais à plusieurs échelles de temps. Les prédictions les plus simples se font dans les zones temporales, alors que les zones frontales et pariétales anticipent des informations plus complexes et plus longues. Les auteurs observent que les LLM naissants deviennent plus proches du fonctionnement du cerveau quand on leur ajoute des capacités de prédictions à long terme..
En 2025, une autre étude montre que, pour comprendre une histoire ou la raconter, notre cerveau essaie constamment d'anticiper, de deviner les mots et les phrases qui vont arriver ; on observe que le cerveau organise la compréhension du langage à différents niveaux en même temps. Grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM) et à des modèles d'intelligence artificielle, les chercheurs ont découvert que cette anticipation se fait de manière organisée : certaines zones du cerveau prédisent les mots à court terme, tandis que d'autres prédisent le sens des phrases entières. Ils montrent aussi que les régions qui traitent les phrases ne se mettent à jour, séquentiellement, qu'à la fin de chaque phrase, et non en continu..
Des chercheurs ont ensuite (2026) pu observer sur l'imagerie cérébrale en temps réel, comment le cerveau humain construit des phrases (avant même qu'une personne ne parle). En enregistrant l'activité de neurones chez des patients épileptiques équipés temporairement d'électrodes, on a récemment découvert que certaines cellules du cortex fronto‑temporal sont spécialisées : certains réseaux ne neurones réagissent uniquement aux noms, d'autres aux fins de phrases Le cerveau, via certains neurones, assemble le langage, en fonction de règles grammaticales précises (comme les relations entre les mots ou leur catégorie grammaticale), tandis que d'autres suivent la structure globale de la phrase et l'enchaînement des segments de phrase. Ensemble, ces neurones combinent syntaxe, sens des mots et contexte de la phrase pour encoder le langage de manière très fine. L'étude révèle aussi comment ces cellules sont organisées localement, comment leurs signaux diffèrent des activités électriques plus larges du cerveau, et comment ces représentations linguistiques sont surtout situées dans l'hémisphère gauche..
En comparant ces données à des modèles d'intelligence artificielle, les scientifiques ont aussi montré que le cerveau, comme les IA, mémorise les cinq derniers mots pour prévoir le sens du suivant. Cette étude offre une vision nouvelle et fine des mécanismes neuronaux qui permettent de formuler des phrases..
Délimitation de la phrase
À l'oral, une phrase est habituellement identifiée par l'intonation : c'est la chute du ton de la voix dans son ultime segment qui nous indique qu'une phrase se termine. À l'écrit, la limite habituelle de la phrase est un signe de ponctuation : le point, mais également, le point d'exclamation, le point d'interrogation, les points de suspension. Par ailleurs, la première lettre de la phrase est obligatoirement une majuscule. Cependant, il peut arriver que ce cadre formel (phrase orale aussi bien que phrase écrite) ne coïncide pas avec la syntaxe. Deux cas peuvent alors se présenter : soit la syntaxe déborde du cadre de la phrase, soit celle-ci contient plusieurs syntaxes indépendantes.
Syntaxe débordant du cadre de la phrase
En suivant les à-coups spontanés de la pensée et le jaillissement incontrôlé des émotions plutôt que la planification structurée de la syntaxe, un tel type de phrase permet de faire partager l'état d'esprit du locuteur. À l'écrit, il s'agit le plus souvent d'une figure de style :
Et j'ai connu un moment de désespoir absolu. Le premier de ma vie consciente. Un moment de haine pure, aussi, envers cette femme altière et ses manigances. (Françoise GIROUD, Leçons particulières. Fayard, 1990)
Ces trois phrases formelles n'en forment qu'une seule du point de vue syntaxique. Les deux dernières phrases (phrases nominales) sont en fait des appositions du nom « moment » de la première phrase.
Phrase pouvant contenir plusieurs syntaxes indépendantes
La grammaire traditionnelle appelle de telles unités des propositions indépendantes. Elles sont soit juxtaposées par un signe de ponctuation, tel que virgule, point-virgule, double point, tiret, soit reliées par un coordonnant (coordonnées, donc) :
Ce sont les vacances : je fais la grasse matinée.
Les deux segments séparés par le deux-points sont liés d'un point de vue sémantique (le second est la conséquence du premier) mais autonomes d'un point de vue syntaxique. C'est ainsi que, quoique appartenant à une même phrase formelle, ces deux segments peuvent parfaitement être analysés comme deux phrases indépendantes.
Remarquons que lorsqu'une proposition indépendante se confond avec la phrase, une telle phrase est dite monopropositionnelle :
Anatole dort.
Structure minimale de la phrase Une phrase est constituée d’une ou plusieurs propositions. Chaque proposition est typiquement constitué d’un sujet et d’un prédicat (groupe verbal) auxquels peuvent s’ajouter des éventuels compléments circonstancielsLa Grammaire du français, ..
Le sujet (accompagné de tous les éléments qui en dépendent) constitue le thème de la phrase, c'est-à-dire, ce dont on parle.
Le sujet peut être implicite. Ainsi, dans le mode impératif, la terminaison du verbe aide à le déterminer..
Le prédicat (le verbe accompagné de tous les éléments qui en dépendent directement) constitue le rhème (ou propos) : c’est ce que l’on dit du thème.
Le verbe constitue le noyau de la phrase.
Phrases atypiques Par exception à la constitution usuelle de la phrase, certaines phrases n’ont pas de verbe conjugué et sont donc « atypiques »La Grammaire du français, ..
Phrase elliptique La phrase elliptique est une phrase où le sujet implicite provient directement du contexte. Ainsi, isolée, elle n’a pas de sensLa Grammaire du français, ..
Mot-phrase Certains mots ou certaines locutions peuvent constituer à eux seuls des phrases correctes. C’est le cas des adverbes d’affirmation et de négation (oui et non) ou des formules de politesse (bonjour).
Phrase averbale Les autres phrases atypiques sont dites averbales. Le noyau repose donc sur un autre élément : un adjectif, un groupe nominal , un adverbe ou un groupe prépositionnel.
Elle se combine, tout comme une phrase, d'une modalité d'énonciation, l'assertion (parfois avec un supplément d'affect) :
Ainsi la phrase nominale peut également contenir deux éléments comme ci-dessus. Dans ce cas, on peut dire qu'il y a un début d'organisation (un début de syntaxe, donc) ; on peut par exemple être en présence d'un sujet (ou support) et d'un élément juxtaposé qui nous renseigne sur ce sujet. Dans les phrases ci-dessus, on a le noyau (ou prédicat) suivi du sujet (ou support). L'absence de verbe nous invite à deviner le type de lien existant entre ces deux éléments : Autres exemples : Habitude servitude. C'est-à-dire « L'habitude est une servitude » ou encore, « On est l'esclave de ses habitudes ». Ô les calvaires et les moulins du désert, les îles et les meules. Phrase nominale de Arthur Rimbaud dans Enfance / Illuminations.
La phrase averbale peut être également constituée d'un seul et unique élément :
La mer. Les vacances. Le soleil. Le camping. Formidable. C'est-à-dire (par exemple) « Nous voici au bord de la mer. Ce sont les vacances. Il y a du soleil. Nous faisons du camping. C'est formidable." [Nota : "Formidable." est une phrase adjectivale, et non nominale, car elle est constituée d'un adjectif qualificatif.]
Autres exemples : Très bon, très bon, et très neuf comme saveur; une trouvaille, mon cher ! (Maupassant, ex. tiré de Lefeuvre 1999)
Elle peut avoir un sens attributif comme dans les cas répertoriés jusqu'ici, mais également un sens existentiel, posant l'existence d'un objet :