Adolphe William Bouguereau, né le à La Rochelle où il est mort le , est un peintre français, un des représentants principaux de la peinture académique française de la fin du . Ses thèmes de prédilection sont la mythologie grecque, la peinture religieuse, l'enfance et la maternité. Il fait partie, avec Alexandre Cabanel, Jean-Léon Gérôme et Jules Lefebvre, des principaux peintres du nu de la peinture académique.
Biographie Adolphe Williams BouguereauSon acte de naissance du , consultable aux archives départementales de Charente-Maritime (Collection du greffe), mentionne son nom de famille sous la forme « Adolphe Williams Bouguereau », mais la dénomination d'usage est celle de la signature de ses tableaux, « William Bouguereau ». est le fils d'Elie Sulpice Bouguereau, négociant en vins et de Marie Marguerite Bonnin, tous deux de La Rochelle. Sa famille, de confession catholique, a des origines anglaises.
Il passe par l'école des Beaux-Arts de Bordeaux et en 1846, il entre dans l'atelier de François Édouard Picot à l’École des Beaux-Arts.
Il remporte le second prix de Rome en 1848, ex æquo avec Gustave Boulanger, pour sa peinture Saint Pierre après sa délivrance de prison vient retrouver les fidèles chez Marie.
Il remporte le premier prix de Rome en 1850 avec Zénobie retrouvée par les bergers sur les bords de l'Araxe. Il part donc pour Rome au mois de décembre en compagnie du peintre Paul Baudry, du sculpteur Alphonse Guméry et de l'architecte Victor Louvet. Il revient en France en avril 1854 avec pour objectif de préparer l'Exposition Universelle de 1855.
En 1866, le marchand de tableaux Paul Durand-Ruel s'occupe de sa carrière et permet à l'artiste de vendre plusieurs toiles à des clients privés. Il a ainsi énormément de succès auprès d'acheteurs américains, au point qu'en 1878, lors de la première rétrospective de sa peinture pour l'Exposition universelle à Paris, l'État ne peut rassembler que douze œuvres, le reste de sa production étant localisée aux États-Unis. Il passe aussi un contrat exclusif avec la maison d'édition Goupil pour la commercialisation de reproductions en gravure de ses œuvres. Un contrat qui durera jusqu’en 1887.
En 1876, il devient membre de l'Académie des beaux-arts.
En 1866, il se marie avec son modèle, Marie-Nelly Monchablon, avec qui il vit déjà depuis plusieurs années et que l'on peut retrouver sur nombre de ses tableaux depuis les années 1850. Le couple a déjà trois enfants, nés avant mariage : Henriette (1857-1953), Georges William (1859-1875), et Jeanne (1861-1866) et qui meurt à l'âge de cinq ans. Deux autres enfants naissent après leur mariage : Paul (1868-1900) et William Maurice (1876-1877). Ce dernier meurt huit mois après sa naissance, suivi de près par sa mère, qui s'éteint en 1877. Ils étaient tous deux atteints par la tuberculoseDidier Jung, William Bouguereau, le peintre roi de la Belle Époque, éditions Le Croît vif, Saintes, 2014. et leur mort éprouve durablement Bouguereau, qui peint en 1877 une Vierge consolatrice.
En 1885, il est élu président de la Fondation Taylor, fonction qu'il occupera jusqu'à la fin de sa vie. La même année, il obtient la médaille d'honneur au Salon ..
Professeur en 1888 à l'École des beaux-arts de Paris et à l’Académie Julian, ses peintures de genre, réalistes ou sur des thèmes mythologiques, sont exposées annuellement au Salon pendant toute la durée de sa carrière. Il travaille aussi à de grands travaux de décoration, notamment pour l'hôtel de François Bartholoni, et peint aussi le plafond du Grand Théâtre de Bordeaux.
En 1896, Bouguereau épouse en deuxièmes noces une de ses élèves, la peintre Elizabeth Jane Gardner. Le peintre use de son influence pour permettre l'accès des femmes à beaucoup d'institutions artistiques en France.
L'appartement d'Elizabeth Jane Gardner se trouve dans la même rue que la famille de William Bouguereau, au rue Notre-Dame des ChampsBertrand Dreyfus, Le guide du promeneur : arrondissement, Paris, Parigramme, 1994, .. Peu de temps après la mort de Nelly Monchablon, Bouguereau souhaite épouser Elizabeth Gardner, une élève qu'il connaît depuis dix ans, mais sa mère s'y oppose ainsi que sa fille. Elizabeth Gardner fait jurer à Bouguereau qu'il ne se remarierait pas du vivant de celle-ci. Ils se fiancent en 1879. Après la mort de sa mère et après dix-neuf ans de fiançailles, ils se marient à Paris en . Ils passent leurs étés à La Rochelle et resteront ensemble jusqu'à la mort de celui-ci.
Son fils, Georges William, âgé de , en villégiature à Écouen, meurt chez Guillaume Seignac le Notice sur William Bouguereau sur le site Peintres-ecouen.com.. Son autre fils Paul meurt en 1900.
William Bouguereau meurt le à La RochelleArchives départementales de Charente-Maritime Acte de décès dressé le 20/08/1905, vue 119 / 198 en son hôtel particulier, ne laissant comme descendance que sa fille aînée, Henriette, mariée en 1880 à un cousin éloigné Georges Vincens (1839-1913) et morte en 1953Information documentée sur le site Gazette-drouot.com.. Elle a un fils unique William (1880-1963) qui prend comme nom de famille Vincens Bouguereau.
Le peintre est inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse (), au côté de sa première épouse.
Un peintre de la femme et de l'enfant vignette|redresse|L'Aurore (1861), Birmingham Museum of Art. Son thème de prédilection est la représentation du corps féminin. Avec Alexandre Cabanel, Jules Lefebvre et Jean-Léon Gérôme, il est associé au genre du nu académique. Sa Naissance de Vénus (1879, Paris, musée d'Orsay) est emblématique d'une peinture sensuelle profondément influencée par les Vénus d'Ingres. C'est avec ce genre qu'il connaît le plus de succès mais rencontre aussi le plus de critiques. À cause de la texture lisse et minutieuse de sa peinture, Joris-Karl Huysmans dit à son encontre : . Le peintre impressionniste Edgar Degas invente le verbe « bouguereauter » pour désigner ironiquement l'action de fondre et de lisser le rendu pictural de cette manière.
Après le deuil qu'il subit en 1877, il se tourne davantage vers la peinture religieuse et délaisse peu à peu les thèmes en rapport avec l'Antiquité de ses débuts.
Il représente également de nombreuses fois des portraits d'enfants à partir de 1870. Il peint sa fille Henriette et son fils Paul dans le tableau La Sœur aînée en 1869. Lorsqu'il se trouve à La Rochelle à partir de 1893, il prend pour modèles récurrents trois fillettes habitant près de La Rochelle : Yvonne et ses sœurs Jeanne et Marguerite. On retrouve Yvonne dans un grand nombre de mises en scènes intimistes ou champêtres, la plupart vendus aux amateurs américains dont Le Livre de prix, devenu invisible depuis 1916, qui réapparaît dans une vente chez Sotheby's à New York en 2019, où il atteint le prix de Vente sous le sur le site Sothebys.com..
Postérité vignette|redresse|Nymphes et satyre (1873) Williamstown, Clark Art Institute. Déconsidéré en Europe peu après sa mort et jusque vers la fin du , son œuvre y est redécouverte tardivement. De son vivant, les toiles de Bouguereau sont très recherchées par les collectionneurs américains qui les achètent à des prix élevés, de sorte qu'une grande partie de son œuvre a quitté la France. vignette|redresse|Dante et Virgile (1850), Paris, musée d'Orsay. Dans le contexte du , où l'influence du modernisme grandit en histoire de l'art pour en devenir finalement le courant officiel Corinne Robins, The Pluralist Era American Art, 1968-1981, Harper & Row, 1984, ., l'art académique se trouve discrédité et dévalué Academic American Encyclopedia, Grolier Academic, 1989, ., sévèrement critiqué par une pensée moderniste favorable à l'art d'avant-garde Tim Barringer, Rethinking Delaroche/Recovering Leighton, . et mis à l'index. Les artistes académiques comme Bouguereau connaissent alors une dévaluation très significative. Pendant des décennies, le nom du peintre a même fréquemment disparu des encyclopédies généralistes et des enseignements artistiques ou est simplement mentionné comme celui d'un exemple à ne pas suivre Mark Roth, « Gifted artist ? Bouguereau's work controversial more than a century after his death », Pittsburgh Post-Gazette, (en ligne)., objet de moqueries Lisa Small, « Dahesh Curator Lisa Small on Kitsch », sur daheshmuseum.org ( en ligne). et entaché par des rumeurs diffamantes Damien Bartoli, « Bouguereau William » sur artrenewal.org (en ligne).. On reproche au peintre sa participation aux jurys des salons officiels de peinture du , où il se serait opposé à l'admission d'œuvres de peintres impressionnistes (en réponse, Degas désigne le style académique par le néologisme « bouguereauter » ; Cézanne surnommait le Salon : ). Il a néanmoins influencé des peintres comme Fritz Zuber-Bühler..
À partir des années 1950, le surréaliste Salvador Dalí manifeste son admiration pour l'art de Bouguereau, qu'il oppose à Pablo Picasso, et contribue à sa redécouverte. Dans Les Cocus du vieil art moderneGrasset et Fasquelle, 1956., volontiers adepte d'une rhétorique paradoxale, Dali écrit : .
Depuis l'exposition rétrospective de ses œuvres organisée au Petit Palais à Paris en 1984, la réputation de Bouguereau s'est progressivement améliorée, sur fond de controverse entre partisans et opposants au retour en grâce de la peinture académique. Ainsi, à l'ouverture du musée d'Orsay à Paris en 1986, l'exposition d'œuvres académiques est sévèrement critiquée par une majorité de critiques d'art Michael Kimmelman, « Forgiving the popular paintings », New York Times, (en ligne) Andrea Kupfer Schneider, Creating the Musée D'Orsay. The Politics of Culture in France, Penn State Press, 1998, .. En 2001, Fred Ross, président du Art Renewal Center qui promeut la réhabilitation de Bouguereau, fustige ce qu'il estime être une du modernisme ayant conduit, selon lui, au . Il édite un catalogue raisonné de l'œuvre peint de Bouguereau rédigé par Damien Bartoli.
En 2006-2007 a lieu au Philbrook Museum of Art de Tulsa une exposition In the Studios of Paris: William Bouguereau & His American Students. consacrée au peintre et à ses élèves américains. La cote élevée de ses peintures témoigne du regain d'intérêt des collectionneurs d'art pour son œuvre Carly Berwick, « Who Is Buying All Those Bouguereaus? », New York The sun, (en ligne). et du goût du public pour ses peintures dans les musées « Sarah Hall, director of Curatorial Affairs for the Frick Art & Historical Center », post-gazette.com..
En 2019, le Milwaukee Art Museum à Milwaukee a organisé une exposition de plus de quarante tableaux de Bouguereau, intitulée Bouguereau & America « Bouguereau & America », Milwaukee Art Museum, 2019.. Cette exposition doit ensuite se déplacer à Memphis au ., puis à San Diego au San Diego Museum of Art Bouguereau & America, musée d'Art de San Diego, 2020..
Œuvres
vignette|redresse|Flore et Zéphyr (1875), musée des Beaux-Arts de Mulhouse.
Œuvres dans les collections publiques
Argentine Premier Deuil, 1888, Buenos Aires, musée national des Beaux-Arts.
Australie Vierge à l'Enfant, 1888, Adelaide, Art Gallery of South Australia
Canada Parure des champs, 1884, Québec, Musée des beaux-arts de Montréal. Autoportrait, 1879, Québec, Musée des beaux-arts de Montréal.
Cuba vignette|redresse|L'Art et la Littérature (1867), New York, Arnot Art Museum.
Le Crépuscule, 1882, La Havane, musée national des Beaux-Arts.
Espagne Baigneuse, 1870, Púbol, maison-musée château Gala Dalí. Après le Bain, 1875, Figueras, théâtre-musée Dalí.
États-Unis vignette|redresse|Sur la grève ou Sœurs sur le rivageYvonne et sa sœur Marguerite, modèles habituels du peintre à La Rochelle. (1896), Detroit Institute of Arts. Amour Fraternel, 1851, Boston, musée des Beaux-Arts.. La Bataille des Centaures contre les Lapithes, 1852, Richmond, musée des Beaux-Arts de Virginie.. Les Remords, 1862, Norfolk, Chrysler Museum of Art. Le Printemps, 1886, Omaha, Joslyn Art Museum..