L'Affaire Tournesol est le dix-huitième album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, créée par le dessinateur belge Hergé. L'histoire est d'abord prépubliée du au dans les pages du journal Tintin, avant d'être éditée en album de soixante-deux planches aux éditions Casterman.

Dans cette nouvelle aventure aux allures de thriller, Hergé s'inspire librement du contexte de la guerre froide pour donner corps à une histoire d'espionnage haletante. Le récit s'ouvre au château de Moulinsart, frappé par une série de phénomènes étranges qui sont en réalité le fait d'un appareil à ultrasons mis au point par le professeur Tournesol. La Syldavie et la Bordurie, deux États imaginaires et rivaux, créés par Hergé pour les besoins du Sceptre d'Ottokar, se livrent une course sans merci pour enlever le savant et s'emparer des plans de l'appareil. Craignant pour la sécurité de leur ami, Tintin et le capitaine Haddock suivent d'abord sa trace en Suisse puis en Bordurie, où ils parviennent finalement, avec l'aide de Bianca Castafiore, à délivrer le professeur.

Considéré par de nombreux tintinologues comme l'album le plus abouti de la série, L'Affaire Tournesol peut être vu comme une satire des totalitarismes de tous bords. La Bordurie emprunte de nombreuses caractéristiques de l'Union soviétique et de son chef Joseph Staline, mort quelques mois avant la publication de l'aventure, mais la trace de l'Allemagne nazie est elle aussi visible à travers les symboles du régime.

Salué pour sa qualité narrative, L'Affaire Tournesol l'est aussi pour la précision et la richesse de ses dessins. Pour la première fois, Hergé se déplace sur les lieux de son action, en Suisse, pour effectuer une série de repérages et représenter les décors le plus fidèlement possible. Ainsi, la gare de Genève, l'hôtel Cornavin et les bords du lac Léman, entre autres, sont soigneusement reproduits dans l'album. Malgré la tension permanente, le récit se double d'une succession de gags parmi les plus célèbres de la série, comme ceux du sparadrap du capitaine Haddock et de l'appel téléphonique à la boucherie Sanzot. L'Affaire Tournesol marque également la première apparition de l’agent d’assurances Séraphin Lampion, figure de l'éternel casse-pieds qui deviendra l'un des personnages récurrents des derniers albums.

L'histoire Résumé

vignette|gauche|Le château de Moulinsart d'après une photographie modifiée du château de Cheverny. Au cours d'un orage, de mystérieux évènements frappent le château de Moulinsart : verres, miroirs et porcelaines volent tour à tour en éclats. Un assureur, Séraphin Lampion, passait devant les grilles quand les vitres de sa voiture ont explosé : à la suite de l'incident, il se réfugie dans le château. Bien qu'agacé par la présence de ce nouvel arrivant très envahissant, le capitaine Haddock lui sert un verre de whisky, puis se sert par la même occasion, quand son verre éclate dans sa main. D'abord hilare, Séraphin Lampion est pris de panique quand il se produit la même chose avec son propre verre. L'orage ayant cessé, il décide de prendre congé. Immédiatement, des coups de feu sont échangés dans le parc. Tintin et Haddock s'y précipitent et rencontrent le professeur Tournesol regagnant le château, imperturbable. Cependant, son chapeau est percé de deux trous, visiblement causés par des balles. En inspectant le parc, les deux héros trouvent un homme à terre, blessé et évanoui. Le temps de prévenir la police et de chercher de l'eau pour le blessé, celui-ci a disparu. Tintin suit Milou sur une piste, qui n'aboutit à rien, à l'extérieur du château.

Les bris de verre se poursuivent à Moulinsart les jours suivants, attirant les badauds, et ne cessent qu'après le départ urgent pour Genève du professeur Tournesol. Convaincus que ce dernier est en lien avec les phénomènes étranges des derniers jours, Tintin et le capitaine pénètrent dans son laboratoire, où ils tombent sur un individu masqué qui parvient à s'enfuir. Milou réussit néanmoins à arracher la poche de son manteau, dans laquelle se trouvent une clé et un paquet de cigarettes bordure sur lequel est inscrite l'adresse de l'hôtel Cornavin, où Tournesol a prévu de descendre.

upright=0.8|vignette|alt=Photographie en couleur d'un immeuble.|L'hôtel Cornavin à Genève avec ses portes tournantes. Craignant pour la sécurité de leur ami à Genève, les deux héros décident de l'y rejoindre, mais le ratent de peu. Apprenant que Tournesol doit rencontrer un confrère à Nyon, ils se mettent immédiatement en route, mais leur taxi finit sa course dans le lac Léman, victime d'une queue de poisson opérée par une mystérieuse Citroën 15 noire.

Ils atteignent finalement Nyon, et plus précisément le domicile du professeur Topolino, où la même voiture noire manque de les écraser. Ils pénètrent dans la maison et découvrent d'abord le parapluie de Tournesol, attestant de sa venue, avant de délivrer Topolino qui était enfermé et bâillonné dans sa cave. Ce dernier accuse Tournesol de l'avoir agressé.

En échangeant avec Topolino, Tintin comprend qu'un individu, selon toute vraisemblance un agent secret bordure, s'est fait passer pour Tournesol avant de l'assommer, pour ensuite endosser le rôle de Topolino, accueillir Tournesol et l'enlever. Le professeur explique le motif de leur rencontre : Tournesol travaillait sur une arme à ultrasons, qu'il souhaitait en discuter avec un spécialiste. Quelques instants plus tard, une bombe explose dans la maison. Tintin et Haddock s'en sortent miraculeusement et, une fois rétablis, prennent la route de l'ambassade bordure à Rolle, où ils pensent que le professeur est retenu prisonnier. Ils y arrivent en barque, de nuit, et tombent au milieu d'une bagarre rangée entre agents bordures et syldaves. Tournesol leur échappe encore et, au terme d'une course-poursuite rocambolesque, d'abord en hélicoptère, puis en voiture et à pied, Tintin ne peut empêcher un avion syldave de décoller, emmenant à son bord le professeur.

C'est à ce point du récit que se situe le célèbre épisode de la course-poursuite en voiture, à la fois haletante et comique, dans laquelle apparaît ex machina l'un des personnages secondaires les plus réussis de la saga Tintin : le Milanais Arturo Cartoffoli, un as (ou un fou) du volant, féru de conduite ultra-sportive qui pilote une rugissante Lancia Aurelia B20, un bolide qui collectionnait les lauriers en courses sur route et rallyes automobiles à l'époque. Il prend Tintin et le capitaine Haddock en stop et fonce aux trousses des ravisseurs syldaves de Tournesol qui, eux non plus, ne traînent pas en route avec leur puissante voiture américaine. Alors qu'au prix de prises de risques insensées — dont la classique traversée d'un passage à niveau en cours de fermeture (un trope déja utilisé dans l'Oreille Cassée et souvent vu au cinéma, entre autres dans le court métrage contemporain de Carl Dreyer Ils attrapèrent le bac) — le trio de poursuivants a presque « recollé » la Chrysler des espions, ils trouvent sur leur route le paisible village frontalier de Cervens dont la grand-rue et la place sont bondées de piétons et de véhicules (c'est le jour du marché). Bousculant tout sur son passage, mais miraculeusement sans blesser personne, la Lancia est arrêtée par un gendarme... qui commence à verbaliser, puis renonce, préférant s'épargner la peine de transcrire les nombreux prénoms du conducteur (dont le nom complet est : Arturo Benedetto Giovanni Giuseppe Pietro Archangelo Alfredo Cartoffoli). Le grandiose chamboule-tout de la traversée du village est représenté par Hergé sur une planche unique, pleine page, une occurrence relativement rare dans son œuvre, qui est devenue un classique du 9° art. Lorsque enfin les poursuivants parviennent à bloquer les ravisseurs (moyennant « ouné savantissima pétite queue de sardine »), Tournesol ne semble pas être à bord — en fait, il a été chloroformé et dissimulé sous la banquette arrière. Outré, le Milanais démarre en trombe, accusant Tintin et Haddock d'être des imposteurs prêts à raconter n'importe quoi pour se faire prendre en stop... Il ne leur reste plus qu'à rejoindre à pied la ville de Genève et son aéroport.

En attendant l'avion qui doit les conduire à Klow, la capitale syldave, Tintin et Haddock découvrent dans le journal que l'avion des ravisseurs syldaves a finalement été détourné vers la Bordurie. Ils embarquent donc pour Szohôd, la capitale bordure, où leur arrivée est annoncée par des agents secrets. Dès leur atterrissage, ils subissent une surveillance rapprochée dont ils ne se débarrassent qu'en se réfugiant dans les coulisses de l'opéra, où ils retrouvent Bianca Castafiore. Celle-ci les cache dans sa loge, quand survient le colonel Sponsz, chef de la police locale, venu rendre hommage à la cantatrice. Le colonel révèle à son insu qu'il détient Tournesol à la forteresse de Bakhine et qu'il possède dans la poche de son manteau l'ordre de libération du professeur, à condition que ce dernier coopère avec les autorités bordures. Tintin et Haddock subtilisent le document et, le lendemain, grimés en agents de la Croix-Rouge, se présentent à la forteresse pour libérer Tournesol. Les trois amis s'enfuient en voiture mais l'alerte est donnée : à hauteur d'un barrage gardé par un char d'assaut, Tintin perd le contrôle du véhicule et l'envoie dans un ravin. Pendant que les militaires y descendent pour inspecter l'automobile, Tintin et Haddock, sains et saufs, conduisent le professeur, évanoui, dans le char abandonné, à bord duquel ils prennent la fuite.

Ils regagnent alors la frontière syldave, puis la Suisse où, dans la poursuite, Tintin et Haddock avaient égaré le parapluie de Tournesol. Ce dernier leur confie avoir caché les plans de son arme secrète dans le manche de l'objet, mais quand celui-ci est retrouvé, les plans ne s'y trouvent pas. C'est finalement à Moulinsart, où Séraphin Lampion s'est entre-temps installé avec sa famille, que Tournesol les retrouve, oubliés dans sa table de chevet. Craignant une mauvaise utilisation de son invention, le professeur décide de détruire les microfilms des plans, avant de provoquer involontairement le départ de Séraphin Lampion.

Personnages vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'une voiture.|Une 2 CV belge, similaire à celle des Dupondt, qui apparaît pour la première fois dans cet album. Le capitaine Haddock acquiert une nouvelle posture dans cet album, en confiant dès l'entame à Tintin qu'il n'aspire plus qu'au repos. Cette résistance à l'aventure devient peu à peu une constante des derniers albums de la série, mais elle est à chaque fois contredite par les besoins de l'intrigue. En l'occurrence, il s'agit de libérer le professeur Tournesol, au cœur d'une lutte acharnée entre agents bordures et syldaves qui veulent accaparer une arme secrète dont il est l'inventeur. Le professeur joue donc une nouvelle fois le rôle de catalyseur de l'aventure, comme auparavant dans Le Temple du Soleil.

Les détectives Dupond et Dupont sont présents dans l'aventure, mais c'est la première fois depuis L'Étoile mystérieuse qu'un nombre aussi faible de cases leur est consacré.. Ils n'apparaissent qu'à deux reprises dans le récit, brièvement : d'abord, ils arrivent à Moulinsart à bord de leur 2 CV pour enquêter sur les mystérieux évènements qui se produisent au château, puis une autre fois en Suisse où, vêtus d'un costume traditionnel appenzellois, ils sont venus rendre visite à Tintin et Haddock à la clinique et y sont soignés à leur tour après une immanquable chute.