. dit « le Chauve », né le à Francfort-sur-le-Main et mort le à Avrieux, est un des petits-fils de Charlemagne qui se partagent l'Empire carolingien en 843. Duc d'Alémanie (829-832), puis roi d'Aquitaine durant le règne de son père Louis le Pieux (832-834 puis 838-845), il est roi de Francie occidentale de 843 à 877, roi de Lotharingie occidentale à partir de 869, et est couronné roi de Provence, d'Italie et empereur d'Occident en 875.
Biographie Surnom Charles doit son surnom le Chauve à la circonstance suivante : dès 867, il est abbé laïc de Saint-Denis. Le , jour de la consécration par le pape Bulletin de la Société historique de Compiègne, 1904, 128. de la collégiale Sainte-Marie, future abbaye Saint-Corneille de Compiègne, il se serait fait raser le crâne en signe de soumission à l’Église malgré la coutume franque exigeant qu’un roi ait les cheveux longsHenri Leblanc-Ginet, Histoire des rois de France, 1997, 38.. Il porte de longues moustaches tombantes..
Il est aussi possible que son surnom ait une autre explication : dans sa petite enfance, ses demi-frères avaient tous un royaume attitré, en vue de l'héritage de leur père. Charles, né d'une autre mère, était le seul sans royaume, donc sans couronne, donc « chauve ».. Le surnom aurait par la suite été gardé par ses détracteurs et ennemis pour lui rappeler que son destin n'était pas d'être roi.
Origines et enfance Fils de l'empereur Louis le Pieux et de sa seconde épouse Judith de Bavière, Charles est né le ou Guy Breton, Histoires d'Amour de l'Histoire de France, , 1955, Editions Noir et Blanc.. Il est confié, à l'âge de sept ans, à un précepteur de renom, Walafrid Strabon (808/809 – 849), moine au monastère de Reichenau, en Alémanie, esprit cultivé attaché au mythe impérial, poète, auteur d'une glose contenant des commentaires de la Bible, sur lesquels se sont fondées durant des siècles les interprétations du livre sacré. Pendant neuf années, Strabon assure l'éducation du jeune prince, convaincu de la grande destinée qui attend son élève.
Honneurs et commandements sous le règne de Louis le Pieux vignette|gauche|Denier de le Chauve frappé à Paris. Dès à Worms, son père le fait duc d'Alémanie, incluant la Rhétie, l'Alsace et une partie de la BourgogneAugustin Fliche, La Chrétienté médiévale, 1929, 174., alors qu'il est âgé de six ans.
En , à neuf ans, il le nomme à Limoges roi d'Aquitaine en remplacement de son demi-frère ; ce dernier, ayant aidé son père dans la rébellion contre ses fils, récupère son trône le à Quierzy.
En 837, à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, son père lui accorde les territoires côtiers situés entre la Frise et la Seine. En 838, il obtient un territoire assimilé à un royaume incluant le Maine et la région comprise entre la Seine et la Loire. En 839, le 28Léonce Auzias, L'Aquitaine carolingienne (778-987), Privat, 1937, 132. ou le Jean Chélini, L'Aube du Moyen Âge : naissance de la chrétienté occidentale : la vie religieuse des laïcs dans l'Europe carolingienne (750-900), Picard, 1991, 408., à l'assemblée de Worms, Louis le Pieux lui donne une partie de la Francie occidentale comprise entre la Meuse et la Seine, l'ouest et le sud de la Bourgogne, la Provence, la Neustrie, la marche de Bretagne, le royaume d'Aquitaine, la Gascogne et la Septimanie.
Les faveurs accordées à Charles le Chauve, au détriment de ses demi-frères, constituent la cause des troubles qui agitent la fin du règne de leur père, et de la mésintelligence qui existe entre ses héritiers.
Le partage de l'Empire (840-843) vignette|Moulage du sceau de le Chauve, roi de France. Archives Nationales. En 840, à la mort de Louis le Pieux, la guerre commence immédiatement entre ses fils. Charles s'unit à Louis le Germanique, contre , leur frère aîné, qui aspire à les exclure du partage de l'Empire, ainsi que , le fils de , qui avait été dépossédé de son royaume par Charles le Chauve. Ensemble, Louis et Charles remportent en 841 la bataille de Fontenoy-en-Puisaye, en Bourgogne. Le , ils renforcent leur alliance en prononçant réciproquement les serments de Strasbourg, prononcés en langue romane et en langue tudesque afin d'être compris par les troupes de l'ouest comme de l'est de la Francie.
Les hostilités cessent avec le traité de Verdun en 843, partageant l'empire de Charlemagne en trois royaumes de taille comparable : reçoit la Francie médiane, Francia media (ultérieurement Lotharingie), de la mer du Nord à l'Italie et est nommé Empereur ; Louis le Germanique reçoit la Francie orientale, Francia orientalis ou Germanie ; Charles le Chauve reçoit la Francie occidentale, Francia occidentalis, origine du royaume de France..
Cinq ans plus tard, le Léon Levillain, Le sacre de Charles le Chauve à Orléans, Bibliothèque de l'école des chartes, 1903, volume 64, 33. dans la cathédrale d'Orléans et en présence de l'évêque de ce diocèse, Agius, Charles le Chauve, élu puis acclamé par les grands du royaume, est sacré par l’archevêque de Sens, Wénilon (ou Ganelon) : Jean de Pange, Le roi très chrétien, 1949, 195..
Les guerres contre les Bretons (843-851) En 841, Charles le Chauve reçoit le serment de Nominoë, missus de Bretagne durant le règne de Louis le Pieux. Par ailleurs, il confie à un fidèle aquitain, Bego (Bégon) la défense de la rive sud de la Loire ; Bego installe à quelques kilomètres de Nantes une place forte (à l'origine de la localité de Bouguenais), mais il est rapidement victime de dissensions au sein du camp franc.
Dès 843, les hostilités sont déclenchées entre Charles le Chauve et Nominoë. En 845, lors de la bataille de Ballon, Nominoë remporte une victoire sur Charles le Chauve. Un premier traité est conclu en 846 : Nominoë devient souverain de Bretagne. Lors de la reprise des hostilités en 849, les Bretons mènent de nombreux raids en Francie occidentale (Maine, Anjou, Poitou), et s'emparent des cités de Rennes et Nantes.
Le , Charles le Chauve est battu par Erispoë, lors de la bataille de Jengland. Cette défaite le conduit à signer au mois de septembre suivant le traité d'Angers qui cède à Erispoë les comtés de Rennes et Nantes ainsi que le pays de Retz, et lui reconnaît le titre de roi en échange de l'hommage.
Quelques années plus tard, sous le règne de Salomon, nouveau roi de Bretagne, Charles est encore obligé d'accepter une extension du royaume breton. Le Flach/ori Anc France V4, publié par Ayer Publishing . ou le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 2002, 439.Joëlle Quaghebeur, La Cornouaille du : mémoire, pouvoirs, noblesse, 2001, 36., par le traité de Compiègne, Charles le Chauve concède à Salomon la péninsule du Cotentin et l'Avranchin.
Les raids vikings et la guerre de 858 contre Louis le Germanique vignette|Confirmation par Charles le Chauve du partage des biens de l'abbaye de Saint-Denis entre l'abbé et les religieux. Établi à Compiègne le . Archives Nationales. Les Vikings multiplient les raids dès les années 840 dans l'ouest du royaume (pillage de Nantes en 843 ayant entraîné la mort d'un grand nombre d'habitants parmi lesquels l'évêque saint Gohard ; premier siège de Paris en 845 ; pillage de Bordeaux en 848), ce qui contribue à affaiblir les positions franques face aux Bretons durant cette période.
De à , la Francie occidentale est plusieurs fois rançonnée par les Vikings, alors très actifs (deuxième siège de Paris en 856-857 et troisième siège de Paris en 861).
Maintes fois, le roi Charles s'engage à leur donner de grosses sommes afin que ceux-ci se retirent et cessent de piller les riches abbayes ; les Normands touchent la rançon et reviennent plus tard. En raison de son incapacité à soumettre l'envahisseur, les grands du royaume, ayant à leur tête Robert le Fort, se rebellent contre Charles et demandent l'aide de son frère .
Au cours de l'automne , tandis que assiège l'île d'Oscelle (Oissel) occupée par des Vikings, quitte Worms et envahit le royaume de CharlesYves Sassier, Structures du pouvoir, royauté et res publica : France, s, Publication Univ. Rouen Havre, 2004, .. Il reçoit l'hommage des Aquitains, de la plupart des vassaux de la couronne et d'une faible minorité de prélats sous l'autorité de l'archevêque Wénilon de Sens qui lui donne même l'onction du sacreRobert-Henri Bautier, Sacre et couronnement chez les Carolingiens, Librairie Droz, 1985, .. Charles est contraint de se réfugier en Bourgogne ; plusieurs évêques réagissent, sous la conduite de l'archevêque Hincmar de Reims. Réunis à Reims le , ils demandent le départ des Francs orientaux et le retour de Charles. Louis s'exécute et licencie une partie de son armée. Profitant de la situation, Charles réussit à rassembler des troupes et marche vers le nord. Les deux armées se font face à Jouy, près de Soissons ; voyant que l'armée de Charles est plus importante que la sienne, Louis se retire sans combattre.
Par ailleurs, doit soutenir plusieurs guerres contre son neveu pour conserver son pouvoir sur l'Aquitaine.
La Monnaie. est instituée en par l'édit de Pîtres : c'est aujourd'hui l'une des plus anciennes institutions françaises.
Roi de Lotharingie (869) puis empereur (875) vignette|redresse|Charles le Chauve, miniature peinte vers 870. Après la mort de , il est couronné roi de Lotharingie le à Metz par l'archevêque Hincmar de ReimsJean Devisse, Hincmar - Archevêque de Reims, 1976, tome 1, 455., l’évêque de Metz Advence prétendant que tous les évêques et grands laïcs de Lotharingie souhaitent l'avènement de Charles. Avant le couronnement, Charles doit prendre des engagements envers ses nouveaux sujetsAnnales de Saint-Bertin (Annales Bertiniani), a. 869.Société Lorraine des études locales, Textes d'histoire lorraine. Du à nos jours, deuxième édition, Imprimerie Georges Thomas, Nancy, 1933, 5 et 8, Couronnement de Charles Le Chauve à Metz comme roi de Lorraine..
Mais Louis le Germanique intervient aussi en Lotharingie : en août 870, au traité de Meerssen, Charles doit lui céder une partie du territoire. La frontière entre leurs deux royaumes suit alors la Moselle et de la ville de Thionville vers la rivière l’Ourthe. en Belgique qui fort probablement servira de repère pour rejoindre la Meuse jusqu’à son embouchure en Mer du Nord. Le traité accorde aussi à Charles le Chauve la partie nord du royaume de Provence, domaine (avec l'Italie) de l'empereur Mais il (Charles le Chauve) se dédommagea en enlevant à l'empereur la province viennoise, cf. Traité de Meerssen, 41., fils aîné de .
En , après la mort de , héritier du trône impérial, ainsi que des royaumes d'Italie et de Provence, il entreprend un voyage en Italie. Le à Rome, exactement après le couronnement de Charlemagne, il est couronné empereur par le pape .
Louis le Germanique meurt à Francfort le . Charles en profite pour envahir la Lotharingie orientale. Mais les fils de Louis lui infligent une sévère défaite le à Andernach près de Coblence.
S'étant ensuite rendu en Italie afin de porter secours au pape en lutte contre les Sarrasins, il est contraint de revenir en France pour faire face à une attaque de Carloman, autre fils de Louis le Germanique. Sur le chemin, entre le et le , il promulgue le capitulaire de Quierzy, considéré comme la reconnaissance juridique de l'hérédité de la charge de comte et des honneurs, et donc l'un des fondements juridiques de la future féodalité..
Sur le chemin du retour, il est atteint d'une pleurésie, se réfugie à Aussois et meurt des suites de cette maladieJean-Joseph Julaud, L'Histoire de France pour les nuls, 2009, ., le , au village de Brios., l'actuel Avrieux, au pied du Mont-Cenis. La rumeur publique accuse rapidement Sédécias (Zédéchias), un de ses médecins juifs, de l'avoir empoisonnéClaude Charles Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants, 1836, 393., avec la complicité de Richilde.
Tombeau vignette|redresse|Apparition de Charles le Chauve et sa mise en sépulture à Saint-Denis (France, ). vignette|redresse|Dessin du tombeau de .